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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique

52 réponses - Page : 1 sur 3 - 1 2 3

[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique
le 31 janvier - 20:35

Genre : action/aventure
Type : Recueil de récits dans l’Univers de Néogicia
Chronologie : Avant les romans de Fabien Fournier et les aventures de Saly Asigar
Autre : Recueil d’histoires liées, indépendantes et chronologiquement dans le désordre.

Commentaires : https://www.noob-online.com/forum/topic.php?t=3899


Chapitres :

Chaque chapitre est accompagné d'une scène bonus pouvant se dérouler avant, pendant ou après le chapitre concerné. Elle permet de lui apporter un nouvel éclairage, des détails ou une explication.

Mission #1 - Nouvelles recrues
Mission #2 - Mercenaires
Mission #3 - Académiciens
Mission #4 - Traîtres
Mission #5 - Questeurs
Mission #6 - Journalistes
Mission #0 - Origine
(en cours)



Édité le 24 avril - 17:11 par Epsilone
Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #1
le 31 janvier - 20:38

Mission #1 – Nouvelles recrues



– Les ennemis de l’Empire…

– … doivent périr !

L’envie de lever les yeux au ciel était forte, mais je réussis à maintenir un visage impassible, le regard fixé sur les nouvelles recrues qui avaient répondu au cri de guerre du Capitaine Bayehl. Rien que leur intonation et leur posture trahissaient leur personnalité.

Trois d’entre eux laissèrent paraître un tel enthousiasme que je les plaçais aussitôt sur ma liste de personnes à surveiller. C’était souvent les plus excités qui fonçaient dans le tas sans réfléchir et attiraient les ennuis. Sur ma liste venait s’ajouter également une jeune femme anxieuse. Là encore, ses réactions pourraient être des plus inattendues et pas des meilleures. Ne restaient qu’une personne de chaque sexe qui ne causeraient vraisemblablement pas de situation critique dans les jours à venir.

Deux sur six, cela ne faisait pas beaucoup, mais la proportion n’était pas si surprenante. Avant d’avoir eu leur baptême du feu, les nouveaux étaient toujours survoltés. Passée la première bataille, s’ils survivaient, leur ardeur se calmait radicalement.

– Vous avez été sélectionnés car vous êtes la future élite de l’Empire, commença le Capitaine Bayehl. Soyez bien conscients que vous n’avez qu’une seule chance de la rejoindre. Votre carrière commence ici, sous mes ordres. J’attends une obéissance absolue. Restez attentifs, et je vous guiderai vers la première marche de la réussite.

Son discours me donnait envie de vomir. Et voir les nouveaux pendus à ses lèvres encore plus. Le Capitaine poursuivit avec acerbité :

– Le Major Leygue ainsi que l’Adjudant Alcroy vous aideront du meilleur de leur capacité.

Cette dernière remarque était pour moi. Près de trois ans s’étaient écoulés depuis que j’avais été placé sous les ordres du Capitaine Bayehl. Contrairement à Leygue, je n’avais reçu aucune promotion depuis mon affectation.

– Notre mission, poursuivit le Capitaine Bayehl, est de délivrer le fils du baron Oreüse des mains de la Coalition.

Trois soldats lambda et six gamins. Les chances du prisonnier de s’en sortir vivant étaient bien minces. Ce ne devait pas être quelqu’un d’important s’il servait d’examen pour les nouvelles recrues. Des soldats fraîchement sortis de l’école qui avaient été repérés pour évoluer un jour dans les hautes sphères.

– Nous devons le récupérer avant qu’il ne soit transférer dans un territoire plus reculé de la Coalition. Gardez bien en tête que ceci est notre seule et unique chance.

Après avoir obtenu un signe de tête affirmatif, le Capitaine poursuivit :

– De plus, d’ici cinq heures nous devrions croiser un groupe de huit hommes de la Coalition. Nous les éliminerons. Aucune information supplémentaire ne vous est nécessaire à ce stade. En route. L’Adjudant Alcroy fermera la marche.

Chacun saisit son paquetage et se mit en ordre. Jernön était affecté au poste de garde présentement et m’offrit un discret signe d’encouragement en nous ouvrant la sortie de l’avant-poste. Lui non plus n’était pas dans les petits papiers du Capitaine. Cela avait créé une sorte de camaraderie entre nous.

Une longue marche nous séparait du lieu de détention du jeune noble. Le chemin était relativement aisé, évoluant au sein d’une forêt clairsemée de par la présence de nombreuses roches affleurantes sur lesquelles s’accrochaient ardument mousse et buissons sauvages. Ainsi, nous passâmes la frontière invisible entre l’Empire et la Coalition vers dix heure et quart. Tandis que la journée passait, le rythme se maintint pour tout le groupe, même si certaines filles respiraient plus difficilement.

– Halte ! ordonna le Capitaine.

Comme un seul homme nous cessâmes tout mouvement.

– D’après nos renseignements, le groupe de la Coalition est proche de notre position. Nous avons été chargés de l’éliminer. Devant nous se situe un promontoire rocheux duquel nous pourrons les observer. Silence et en avant.

Nous rampâmes sur les derniers mètres. Effectivement, en contrebas se situaient douze Olydriens dont quatre étaient attachés. Le Capitaine nous fit signe de reculer.

– Bien. Nous sommes en hauteur, ils ignorent que nous sommes là, nous avons l’avantage. À nous d’en profiter. Y a-t-il des snipers parmi vous ?

L’un des deux garçons leva la main pour se signaler. C’était celui qui était calme. Rien d’étonnant à cela.

– Excellent Aspirant Merryl. Vous et l’Adjudant Alcroy vous chargerez de les éliminer.

Je blanchis en entendant l’ordre. Je n’avais rien d’un sniper. Je n’avais même pas le matériel adéquat.

– Les autres, préparez-vous à intervenir. Il faudra réagir vite ou l’ennemi risque d’éliminer les prisonniers. Nous devons conserver l’effet de surprise.

Merryl sortit un bâton plié en trois de derrière son dos, jusqu’à lors caché par son manteau. D’un geste sec du poignet, les trois pièces vinrent s’assembler. À côté de ça, je sortis mon blaster standard. Merryl me jeta un coup d’œil étonné mais ne commenta pas. Nous nous mîmes en position.

– Prends les quatre de gauche, je m’occupe de ceux de droite, lui murmurai-je.

– À vos ordres, répondit-il sur le même ton.

Puis j’arrêtai de me préoccuper de lui pour me concentrer sur mes cibles. J’ajustai sur le plus à droite qui était hors du champ visuel de ses compagnons. Je retins ma respiration. Un dernier ajustement… J’appuyai sur la gâchette. Un rayon de rosaphir quitta mon canon. Je n’attendis pas que mon tir atteignît sa cible et passait au suivant.

Je notais en arrière-plan que Merryl avait tiré en même temps que moi, avait d’ailleurs probablement attendu que je tirasse, et qu’il rechargeait maintenant son arme, à une vitesse qui montrait une habitude née de gestes répétés des centaines voire des milliers de fois. Il utilisait d'ailleurs des projectiles métalliques et non un cœur de rosaphir.

Je pris en cible mon troisième homme. Le groupe commençait à réagir. Le deuxième tomba. Je passai au quatrième. Le troisième évita la salve. Merde ! Je revins sur le troisième. Les ennemis commençaient à s’agiter. Il n’y avait pas une seconde à perdre !

Déjà je sentais mes compagnons se préparer à entrer dans l’action, prêts à bondir au milieu des tirs. Puis d’un coup tout s’arrêta, mon troisième et mon quatrième hommes effondrés, morts d’une balle dans la tête.

– Bien visé Aspirant Merryl, le félicita le Capitaine. Heureusement que vous étiez là.

– Merci mon Capitaine.

– Je ne peux pas en dire autant de vous Adjudant Alcroy, me reprocha mon supérieur.

Je me tus. Il n’y avait rien que je pusse dire.

– Ce n’est pas la première fois que vous me décevez. J’attends mieux de votre part. L’Empereur attend mieux de votre part.

– Oui mon Capitaine, ne pus-je que répondre en serrant les dents.

– Tâchez de prendre exemple sur l’Aspirant Merryl, à défaut de le donner, asséna-t-il.

Je me forçai à desserrer les poings.

– Major Leygue, prenez Dizier et Langrèz et sécurisez le périmètre, ordonna le Capitaine.

– À vos ordres, salua l’autre avant d’accomplir sa mission suivit des deux filles susmentionnées.

Le reste du groupe partit délivrer les prisonniers. Peu de temps fut nécessaire pour que Leygue effectuât un tour du périmètre et constatât qu’il n’y ait personne. Évidemment. Notre intelligence ne faisait part que de huit ennemis et Merryl s’en était chargé. Il était un sniper hors pair, sans l’ombre d’un doute.

Les quatre captifs étaient des militaires dans la branche magique de l’armée. Ils n’avaient visiblement pas eu le temps d’être maltraités et ne supportaient que quelques blessures superficielles. Apparemment, l’ennemi les avait pris par surprise. Ils remercièrent le Capitaine pour notre intervention avant de reprendre leur chemin et une mission qui leur était propre.

Nous continuâmes notre route vers notre propre objectif.

Le soir venu, le camp fut rapidement monté et les tours de garde distribués. L’ambiance avait un air survolté, les nouvelles recrues ravies de cette victoire, même s’ils n’y avaient pas contribuée. Les compliments pleuvaient sur Merryl qui, loin de se laisser enivrer, les prenait avec flegme. Je ne le connaissais pas suffisamment pour savoir si c’était de l’orgueil et qu’il trouvait naturel d’être ainsi félicité ou de l’humilité et qu’il jugeait avoir accompli son devoir et rien de plus.

Langrèz semblait approuver le comportement de Merryl tout en fronçant les sourcils devant l’exubérance des autres. Elle n’avait pas tort. Même s’il n’y avait personne dans les environs, nous n’en demeurions pas moins en territoire ennemi.



Édité le 05 février - 18:15 par Epsilone
Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #1 (suite)
le 31 janvier - 20:39

Le sort, ou plutôt le Capitaine Bayehl, voulut que je fusse assigné au premier tour de garde avec le héros du jour. Je n’en fus pas surpris outre mesure. Je n’avais plus qu’à espérer qu’il soit sympathique ou enclin au silence. Au vu des premières minutes qui s’écoulèrent, la seconde option était la plus raisonnable. Je savais malheureusement reconnaître que j’avais la nécessité de briser cette quiétude pour apaiser ma conscience.

– Merci, commençai-je donc par lui dire après quelques temps.

Il me jeta un regard interrogatif alors je poursuivis :

– Tu as assuré cet après-midi. Sans toi et ton habileté la situation aurait pu dégénérer.

Je pensais chacun de mes mots. Je n’étais certes pas qualifié pour la tâche qui m’avait été confiée, il n’en demeurait pas moins que la mission de sauvetage aurait tourné au désastre sans lui. Il avait abattu ses cibles, plus deux des miennes. Six tirs pour six morts. J’avais tiré quatre fois et n’en avais eu que deux.

– J’ai fait ce que je savais faire, répondit-il pragmatique. Vous vous êtes bien débrouillez.

Mes yeux s’écarquillèrent de stupeur.

– Un blaster n’est pas fait pour sniper, compléta-t-il.

– C’est une belle arme que tu as là d’ailleurs, me remémorai-je.

– Merci, je l’ai construite moi-même.

Il la ressortit et me la montra.

– Vraiment ? m’étonnai-je impressionné. Incroyable…

Il m’expliqua rapidement son fonctionnement en termes simples. Il était évident qu’il avait bien plus à dire sur le sujet, mais pour un néophyte comme moi, ses explications étaient largement suffisantes sans me noyer. Puis il me donna quelques conseils pour améliorer ma précision.

– Il ne faut pas oublier de prendre en compte l’environnement et la distance, expliquait-il. Un non-néogicien en serait incapable, mais le décuplement de nos facultés physiques et mentales grâce au sérum nous permet d’intégrer l’ensemble de ces paramètres.

– Donc un praticien de la magie serait incapable d’utiliser un sniper avec précision ? l’interrogeai-je curieux. Pour avoir vu des archers à l’œuvre, j’ai du mal à l’imaginer.

– C’est la magie qui guide leur tir. Même si certains sorts augmentent la précision et la portée d’un arc, un sniper a une plus grande portée. Donc une plus grande distance à parcourir et davantage de temps pour que les paramètres extérieurs viennent perturber la trajectoire. Je pense qu’un non-néogicien pourrait utiliser un sniper avec efficience mais qu’il aurait besoin d’une aide extérieure, justement pour lui donner les paramètres et les traduire.

Nous continuâmes de discuter à voix basse tout en patrouillant. Merryl m’apparut rapidement comme naturellement peu bavard mais néanmoins pédagogue, acceptant de satisfaire ma curiosité. De la même manière il m’écouta avec attention dispenser mes conseils que mon expérience m’apportait comparée à ses études théoriques. Lorsque la relève arriva, il m’était fort sympathique. J’espérai que cela continuerait.

Le lendemain, nous fûmes attaqués par trois bourzous, des créatures de près de trois mètres à l’interminable pelage brun. Mais le plus inquiétant était leurs longs appendices au bout desquels deux boules hérissées de piques pendaient.

– En position ! ordonna le Capitaine Bayehl.

Ce qui ne voulait rien dire, car il n’avait pas donné d’instructions en cas de rencontre fortuite avec la faune locale. Chacun se hâta cependant de sortir son arme de prédilection, un blaster standard dans la plupart des cas, et de se rassembler derrière lui.

– Ne restez pas groupés ! criai-je. Et faites attention à leurs appendices, ils ont plus de portée qu’il n’y paraît.

Comme pour prouver mes dires, le plus proche d’entre eux lança ses deux bras l’un après l’autre, tentant de balayer notre groupe comme un paysan faucherait du blé. J’étais suffisamment éloigné pour ne rien avoir à craindre, mais ce n’était pas le cas des recrues qui avaient suivies le Capitaine Bayhel dans son assaut.

Ce dernier ainsi que le Major Leygue et Langrèz étaient suffisamment proches du bourzou pour n’avoir qu’à se laisser choir sur le ventre avec célérité. Essiah décida de poursuivre sur sa lancée et accéléra tout en se baissant afin de passer sous le danger. Noidant eut le réflexe inverse, freinant avant de bondir en arrière. Son esquive manqua de vitesse et le poing l’envoya valser dans un arbre. Merryl choisit quant à lui de sauter par-dessus l’obstacle. Je crûs un instant qu’il serait percuté par le second à la réception. Impossible qu’il pût reprendre son élan pour l’éviter. Mais il ne posa même pas les pieds à terre, saisissant une branche et l’utilisant pour se propulser bien au-delà de la zone périlleuse.

Comme je m’en étais inquiété le premier jour, Piz, la fille nerveuse, resta paralysée par la peur. Elle aurait été broyée si ce n’était pour Dizier qui s’interposa entre elle et la boule de pique. Je n’en revins pas quand elle l’arrêta à mains nues, glissant simplement sur quelques mètres, laissant une traînée de terre fraîchement retournée sur son passage.

Piz avait été entraînée dans la course et tomba lourdement sur le postérieur à la fin. Dizier resserra sa prise et avec un effort visible, propulsa le bourzou contre ses congénères qui, courts sur pattes, n’eurent pas le temps de l’esquiver. D’où sortait cette fille ?!

Je me repris et me mit à tirer sur les monstres déboussolés, bien vite imité par les autres. Si les tirs de rosaphir brûlaient leur pelage, ce dernier était bien trop épais pour que des armes de notre calibre leur soient funestes. Cela ajoutait certes à leur confusion, mais cela attisait surtout leur rage.

La gueule de l’un d’entre eux s’ouvrit soudainement pour laisser sortir un rugissement de colère. Je pointai aussitôt mon arme sur cette faille dans sa défense. La salve de rosaphir le traversa de part en part. Le bourzou hurla de douleur mais il était loin d’être mort. Balançant ses appendices dans tous les sens, il frappa ses propres alliés tandis que notre équipe reculait précipitamment.

– Il tient encore debout ? pesta Essiah.

Puis elle fonça sur le monstre, déterminée à en finir. Cette fille était complètement cinglée ! Elle cherchait à se faire tuer ?! Je n’osais même plus tirer de peur de la toucher. Elle s’agitait en tous sens pour éviter les trajectoires aléatoires des dangereux bras du bourzou fou. Elle frôla plus d’une fois les longs poils. Contre toute attente, elle parvint au plus près du bourzou. Trop près.

La créature choisit cet instant pour refermer sa mâchoire. Le bras d’Essiah aurait été déchiqueté, si ce n’était pour l’intervention inopinée et inattendue de Merryl qui tacla la jeune fille. J’avais été tellement absorbé par la course folle d’Essiah que je ne m’étais pas aperçu de son déplacement à lui. Et tandis qu’il protégeait Essiah de son corps, le bourzou explosa.

– Il lui a fait bouffer une bombe ! s’exclama Dizier avec enthousisame.

– Une capsule explosive, se crut obliger de corriger Langrèz ce que ne releva heureusement pas la première.

– En avant ! ordonna le Capitaine Bayehl.

Plus que décontenancés par la désintégration de leur compagnon, les deux autres bourzous se laissèrent facilement abattre par le Major Leygue qui ne manqua pas d’être félicité chaudement par notre supérieur.

– Excellent Major Leygue, je n’en attendais pas moins de vous.

– Naturellement mon Capitaine, répondit Leygue avec un sourire qui se transforma en rictus dans ma direction quand le Capitaine cessa de le regarder.

– Aspirant Merryl, vous ne cessez de me surprendre. Vous irez loin, je le sens.

– Merci mon Capitaine, accepta simplement Merryl.

– Aspirant Essiah, ne foncez pas tête baissée. Apprenez à vous contrôler. J’espère que vous avez conscience que vous auriez pu y laisser la vie.

– Oui mon Capitaine, acquiesça la susnommée penaude.

– Aspirant Piz, si vous comptez rester paralysée à chaque fois qu’il y a un problème, je vous conseille de changer de voie.

Les yeux de cette dernière s’écarquillèrent et les larmes s’accumulèrent.

– Aspirant Piz ! s’impatienta le Capitaine Bayehl.

– Je… je suis désolée, déclara-t-elle d’une voix chevrotante. Cela ne se reproduira plus…

Puis des perles se mirent à dévaler ses joues tandis que son corps était secoué de sanglots silencieux. Je me demandais ce qui avait pu être repéré chez elle pour qu’elle se trouvât dans le groupe de la future élite. Aucun de nous n’avait eu accès à leur dossier, l’objectif étant de les évaluer sur le terrain, sans préjugé.

– Aspirant Dizier, beau travail, poursuivit le Capitaine en se désintéressant de Piz. Il est important de se soutenir et de se protéger dans une équipe.

– Vous pouvez compter sur ma force ! déclara-t-elle avec aplomb.

Après l’avoir vu arrêter ainsi le bourzou, personne ne devait douter de sa capacité. Entre autre, elle avait une stature massive avec des muscles saillants dignes d’un bodybuilder.

– Le Major Leygue va vous aider à soigner vos mains, ordonna le Capitaine Bayehl.

– Inutile, j’ai des gants armés en titane.

Dizier nous montra effectivement des mains recouvertes par un métal bien griffé mais qui avait rempli son rôle.

– Excellent, approuva le Capitaine.

– Noidant a besoin de soin, intervint Merryl.

Il était déjà aux côté du pauvre garçon qui était recroquevillé les deux mains pressées sur son estomac. Le Capitaine Bayehl arrêta son débriefing pour se rendre auprès du blessé. Je récupérai le paquetage de secours avant de les rejoindre. Son équipement était en lambeau et son abdomen lacéré.

Merryl versait le contenu d’une gourde sur la blessure afin de nettoyer le sang. Noidant grinça des dents pendant toute l’opération, retenant difficilement un râle de supplice. Une fois les dommages visibles, je pus constater avec soulagement que si les lésions étaient nombreuses, elles n’étaient pas profondes pour autant.



Édité le 05 février - 18:20 par Epsilone
Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #1 (suite)
le 31 janvier - 20:40

– Maintenez-le immobile, ordonnai-je sachant qu’il se débattrait contre la douleur qui ne manquerait pas.

Merryl lui saisit les épaules tandis que Langrèz se chargea des jambes. J’appliquai ensuite une crème pour désinfecter la plaie, avant d’étaler une épaisse couche de pâte censée régénérer les tissus. Merryl aida ensuite Noidant à se redresser et je pansai son torse. Je n’avais pas une grande connaissance médicale mais un minimum était demandé à chaque soldat pour parer au plus urgent sur le terrain.

– Il s’en sortira, annonçai-je finalement. D’ici demain, il devrait être de nouveau opérationnel.

L’Empire pouvait se targuer d’une technologie de soin efficace, à défaut de pouvoir faire appel à la magie.

– Aspirant Noidant, reprit alors le Capitaine Bayehl le problème réglé, vous avez eu de la chance de ne recevoir qu’une blessure superficielle.

En ce moment même, Noidant ne devait pas sentir le superficiel de sa blessure.

– Mais je ne m’inquiète pas. Vous apprendrez à prendre de meilleures décisions avec de l’expérience, conclut le Capitaine. Que ceci vous serve de leçon.

Noidant grimaça et acquiesça en silence.

– Aspirant Langrèz, fit le Capitaine en se tournant vers la dernière recrue. Bonne analyse de la situation. Continuez ainsi.

Le visage de la jeune fille se mit à rayonner de fierté. Puis elle regarda les autres aspirants de haut, comme si elle avait été la seule à avoir bien agi et que les autres étaient des échecs. Génial… un autre Major Leygue en vue…

Puis le Capitaine Bayehl s’intéressa à ma personne. Le dernier rapport sur sa liste, mais celui dont il devait se réjouir le plus. Je me préparai psychologiquement au sermon qui suivrait indéniablement.

– Adjudant Alcroy. Ce n’est pas de la déception que j’éprouve à votre égard, mais une honte sans mesure. Bien que nous soyons certes dans une mission de haute importance, il n’en demeure pas moins que la vie de ces six jeunes recrues est de notre responsabilité. Or par votre faute, au moins trois d’entre eux auraient pu mourir aujourd’hui.

Je blanchis devant son accusation. Il m’avait trouvé nombre de torts ces trois dernières années, mais jamais encore ne m’avait-il imputé le risque de perdition d’un de mes compagnons d’armes.

– Vous ne comprenez de toute évidence pas le péril engendré par vos actes. Commençons par votre contre-ordre, poursuivit le Capitaine Bayehl. J’ordonne la charge et vous ordonnez la débâcle. Ordre que vous n’aviez aucune légitimité à donner, vu votre illustre passé. Cela a bien évidemment créé la confusion chez les nouvelles recrues qui ne savaient plus alors comment réagir. L’Aspirant Noidant, comme vous avez pu le constater, a pris la mauvaise décision et s’est fait ouvrir vif par la créature. Il aurait pu, en plus de cela, se briser la nuque en percutant un obstacle. L’Aspirant Piz a, quant à elle, été incapable de prendre une décision. Mais elle n’avait pas à en prendre, elle était censée obéir et non choisir. Heureusement pour elle que l’Aspirant Dizier a su réagir avec alacrité, tandis que vous restiez loin, bien à l’abri du danger après la panique que vous avez générée. Point suivant, l’agitation que vous avez suscitez chez les monstres, les rendant encore plus brutaux, imprévisibles, hargneux et dangereux. Tout cela pour essayer de vous distinguer. Et bien laissez-moi vous dire que votre bêtise m’a effectivement impressionnée. Je n’aurais jamais crû que vous puissiez provoquer une telle catastrophe à vous tout seul. Vous avez manqué tuer l’Aspirant Essiah. Et l’Aspirant Merryl. Heureusement que l’Aspirant Merryl est au-delà des attentes que nous pouvions avoir de lui. L’Aspirant Merryl représente assurément la future élite de l’Empire. Vous devriez prendre exemple sur l’Aspirant Merryl. L’Aspirant Merryl, comme vous avez pu le constater, est un excellent sniper. L’Aspirant Merryl sait prendre les bonnes décisions pour le bien commun.

Merryl, Merryl, Merryl ! Et encore Merryl ! Je ne supportais plus d’entendre ce nom.

– … C’est l’Aspirant Merryl qui déjà hier vous a sauvé la mise et a réparé vos erreurs. Et aujourd’hui encore vous pouvez remercier l’Aspirant Merryl. Sans l’Aspirant Merryl, très certainement ce combat aurait tourné à la catastrophe… M’écoutez-vous seulement, Adjudant Alcroy ?

– Oui mon Capitaine, répondis-je en grinçant des dents.

Et même si je le regardai droit dans les yeux, je n’avais qu’une envie, c’était de partir loin de lui. J’avais beau savoir qu’il exagérait volontairement, que tout n’était pas de ma faute, que j’avais eu le bon réflexe en leur disant de se disperser… Il parvenait à me faire culpabiliser, générant un profond sentiment de honte et de malaise me rongeant les entrailles.

– Je n’ose plus espérer que vous compreniez ce que je vous raconte, mais je dois malheureusement composer avec vous pour le reste de la mission, asséna le Capitaine Bayehl avant de se tourner vers les autres. Prenez bien note de ne jamais suivre une initiative de l’Adjudant Alcroy.

J’encaissai difficilement d’être aussi sévèrement mis sur la touche. J’avais eu nombre de désaccords avec le Capitaine Bayehl, mais jamais encore n’avait-il cherché à se débarrasser si ostentatoirement de moi.

– À toute fin utile, Adjudant Alcroy, vous aiderez l’Aspirant Noidant à se déplacer. Nous n’avons pas le luxe du temps et nous devons continuer d’avancer, ordonna le Capitaine Bayehl.

– À vos ordres.

Noidant ne pouvait pas marcher. Même avec de l’aide. Il était tout simplement incapable de contracter ses abdominaux lui permettant de lever et de faire avancer ses jambes. Je me résignai donc à le porter. Sauf que sa blessure s’appuyant contre mon dos déclenchait une douleur insoutenable. Je dus donc d’abord l’assommer à l’aide d’antidouleurs et de somnifères. Et me retrouvai donc avec un poids mort. Il n’était pas si lourd mais il était encombrant.

Aucun nouvel événement ne vint perturber la journée qui me parut s’étirer encore et encore. Je ne pus retenir un soupir de soulagement quand le Capitaine Bayehl donna l’ordre de monter le camp. Je me déchargeai avec empressement de mon paquet qui dormait encore, puis fis rouler mes épaules et m’étirai le dos. Le haut de mon corps était crispé d’être resté dans la même position tandis que mes jambes étaient endolories par le poids supplémentaires qu’elles avaient dû supporter.

Noidant sortit doucement de sa torpeur tandis que le dîner finissait d’être préparé. Le malheureux garçon était encore un peu pâle, ses cheveux sombres accentuant le contraste. Néanmoins, hormis une grimace, il ne se plaignit pas et parvint à se redresser tout seul en position assise. Essiah lui tendit une assiette et, tandis que tout le monde attaquait le repas, divers conversations fleurirent.

– Je me sens vidé, soupira Noidant.

– Entre ta perte de sang et les médicaments que tu as pris, il n’y a rien d’étonnant à cela, répliqua Langrèz en le toisant.

Noidant devait véritablement être encore sous l’influence des expédients, car il ne remarqua absolument pas le ton méprisant employé.

– Tu as encore assuré Merryl, souffla Essiah avec une pointe de jalousie. Moi, tout ce que j’ai réussi c’est de montrer que je pouvais me faire tuer de manière expresse ! À ce rythme, je ne serais jamais teknögrade…

– Ha ! fit Langrèz avec dédain. Nous avons peut-être tous été présélectionnés, mais il est incontestable que seuls certains d’entre nous deviendrons un jour teknögrade de rang un.

– Redescends de ton perchoir, se moqua Essiah. Tu n’as rien fait de particulier. Moi au moins j’ai su prendre une initiative.

– Ça c’est l’esprit ! appuya Dizier.

– L’important dans une carrière militaire, c’est de savoir suivre les ordres, les contredit Langrèz. Vous devez être des injectées pour ne pas le savoir.

– Je ne te permets pas ! s’insurgea Essiah. Ma famille est néogicienne depuis cinq générations.

– Sept pour moi, ajouta Dizier.

Je ne pensais pas qu’être injecté diminuait nos aptitudes, même si je savais qu’il y avait beaucoup de préjudices dans ce sens. Qu’un praticien de la magie décide de devenir néogicien affectait uniquement, de mon point de vue, une perte de repères et une difficulté supplémentaire à se faire accepter par la Société.

– J’ai un ami qui est un injecté, intervint Noidant.

– De toute évidence, il n’est pas suffisamment bon pour être là, cracha Langrèz.

– Forcément, il a choisi d’être ingénieur, pas militaire, railla Noidant.

– Il ne doit pas exceller, ne se démonta pas Langrèz.

Elle était vraiment bornée…

– Tu en penses quoi Merryl ? sollicita-t-elle.

Il n’avait pas parlé jusque-là et j’étais assez curieux d’entendre son avis sur la question. Piz non plus n’avait pipé mot, mais personne ne s’intéressait à elle.

– Je pense que sans nom, il m’est difficile de savoir de qui on parle, et que, même avec un nom, il y a peu de chance que je connaisse son ami.

Il avait prononcé ces mots avec un tel sérieux, qu’un long silence s’en suivit. Puis Essiah explosa de rire. Langrèz leva les yeux au ciel. Le visage de Merryl ne bougea pas.

– Tu es d’accord que les injectés nous sont inférieurs ? insista Langrèz. Que nous leur sommes de loin supérieurs ?

– C’est une question à laquelle je ne peux répondre, déclara calmement Merryl.

J’étais déçu de sa réponse. J’étais certain que son opinion était des plus intéressantes.

– Pourquoi ?

– Je suis un injecté.



Édité le 05 février - 18:26 par Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #1 (suite)
le 31 janvier - 20:41

Tout le monde dévisagea Merryl surpris. Moi le premier, je ne m’attendais pas à ce qu’il soit un nouveau néogicien. Vu sa connaissance de la technologie, j’aurais crû qu’il eût été né dedans. Le sujet ne put être approfondi davantage, le Capitaine Bayehl annonça les tours de garde :

– Aspirant Noidant, au vu de votre blessure, pas de garde pour vous cette nuit. Inutile d’avoir quelqu’un d’inattentif. L’Adjudant Alcroy vous remplacera.

Je retins un grognement devant la nouvelle. J’étais déjà éreinté d’avoir porté Noidant une bonne partie de la journée, et maintenant je devais me coltiner deux tours ?!

– En premier, Aspirant Langrèz et Adjudant Alcroy. En deux, Aspirant Merryl et Aspirant Essiah. Trois, Aspirant Piz et Adjudant Alcroy. Quatre, Major Leygue et Aspirant Dizier.

C’était une plaisanterie ?! Je n’avais même pas les deux tours à la suite, j’avais les tours un et trois ?! J’aurais à peine le temps de m’endormir qu’il faudrait me réveiller. La nuit serait tout sauf reposante. Et il faudrait repartir le lendemain matin aux aurores.

– Je vous conseille de vous reposer tant que vous le pouvez encore, recommanda le Capitaine Bayehl avant de se retirer pour la nuit.

Bien évidemment, Leygue avait le dernier tour, celui où il pouvait dormir d’une traite et même se reposer d’abord, pensai-je avec rancœur. Pour couronner le tout, j’étais avec Langrèz, me toisant comme si j’étais un insecte qu’elle écraserait s’il s’approchait d’un peu trop près. La nuit promettait d’être longue.

Pourtant, peu de temps après que tout le monde se soir retiré, Merryl vint nous rejoindre.

– Je prends votre tour de garde, m’annonça-t-il sans préambule.

Mon expression devait définitivement montrer ma surprise, car il ajouta :

– Vous êtes épuisé. Allez vous reposer. J’assure votre tour et le mien qui vient ensuite.

Une douce chaleur reconnaissante fleurit dans mon corps.

– Ce ne sont pas les ordres du Capitaine Bayehl, coupa Langrèz me ramenant durement à la réalité.

– Elle a raison, admis-je à contrecœur. J’ai déjà suffisamment de problème comme ça avec le Capitaine. Je ne vais pas lui donner une raison supplémentaire de me blâmer.

Merryl n’insista pas mais ne retourna pas se coucher pour autant. J’avais envie d’imaginer que c’était par sollicitude, mais c’était probablement parce qu’il doutait de ma capacité à faire mon devoir.

Non. J’étais injuste envers lui. Il s’était toujours montré respectueux à mon égard. Ce n’était pas de sa faute si le Capitaine Bayehl avait choisi de le mettre en avant, lui, pour mieux me discréditer.

– Je vais patrouiller, annonçai-je incapable de rester en place une seconde de plus sous peine de m’assoupir.

Merryl m’emboita le pas sans un mot.

Et tandis que les minutes s’égrenaient, un sentiment de mal-être qui se changeait en colère bouillonna en moi. J’avais besoin qu’il dît quelque chose. Qu’il m’accablât ou qu’il me rassurât. Mais il resta muet, nullement dérangé par le silence qui m’oppressait.

Puis en un instant, les mots se bousculèrent à ma bouche. Je lui racontai comment Bayehl m’avait aussitôt pris en grippe dès mon affectation. Comment je m’étais tout aussi rapidement retrouver son bouc émissaire. Que j’avais essayé d’avoir une attitude irréprochable mais que quoi que je fisse, il trouvait toujours un défaut. Qu’il ne pouvait pas me voir en peinture mais me gardait toujours sous la main pour mieux me désavouer.

J’étais incapable de réfréner le flux torrentiel. Je lui racontais tout. Des reproches indirects aux regards méprisants, de l’humiliation quotidienne aux plus basses corvées… Trois années de mépris et de dégradation que j’avais dû subir en silence.

Pendant que je déversai ma rancœur et ma haine, Merryl écouta patiemment.

– Tout n’est pas de votre faute, déclara-t-il simplement une fois que le flot se fut tari.

– Je crois… Je crois que le pire, c’est que je commence à le croire.

– Pourquoi ne pas avoir demandé de mutation ?

– Toute demande passe par un supérieur. Et Bayehl est le seul à qui je puisse m’adresser.

– Une erreur du système, constata-t-il. Vous supportez bien la pression.

J’eus un rire nerveux.

– Tu n’imagines pas le nombre de fois où Bayehl a cherché à me pousser à commettre une faute grave. Il voudrait bien me radier ou me faire fusiller. Mais je ne lui donnerai pas ce plaisir.

– Vous êtes resté par opiniâtreté.

– Non, admis-je. Malgré tout… Malgré tout je souhaite toujours servir l’Empire. Et je sais que les actes de Bayehl ne sont pas représentatifs des décisions de Keynn Lucans.

Il n’ajouta rien.

Plus tard, tandis que je m’étendais mon premier tour terminé, le regret fit son apparition. Je n’aurais pas dû m’ouvrir à Merryl ainsi. Je ne savais rien de lui, je le côtoyai depuis moins de deux jours et j’ignorais ce qu’il ferait de ces informations. Je pouvais vraiment être stupide parfois. S’il répétait quoique ce soit au Capitaine, mon compte était bon. Et même si ce n’était pas au Capitaine, mes propos finiraient par lui revenir aux oreilles. Probablement déformés et amplifiés, qui plus est. Le seul espoir que j’avais, c’était de croire au côté taciturne que Merryl avait présenté jusque-là.

Je m’endormis sur ces pensées anxieuses.

Je me ranimai aux bruits du camp qui s’éveillait. Quelque chose clochait sans que je ne parvinsse à mettre le doigt dessus. Je tendis mes sens vers l’extérieur, cherchant frénétiquement le problème. Tout le monde s’activait peu à peu, la faune locale vaquait à ses occupations…

Puis mon regard se posa sur Piz et je compris. À ma plus grande horreur, j’avais dormi pendant le troisième tour de garde. Celui que j’étais censé assuré. Le Capitaine allait me démonter morceau par morceau… Je n’eus pas le temps d’angoisser plus longtemps qu’il se dirigeât vers moi.

– Adjudant Alcroy, vérifiez la blessure de l’Aspirant Noidant.

C’était tout… ? Je n’y comprenais rien. Pas un mot de reproche sur cette nuit ?

– Et bien, qu’attendez-vous ? Votre stupidité aurait-elle franchit de nouvelles limites pendant la nuit ?

– À vos ordres mon Capitaine.

Je me hâtai de m’éloigner avant qu’il ne trouvât autre chose à me faire réaliser.

Je défis le bandage autour du torse de Noidant, puis nettoyais la pâte séchée à l’aide d’un linge humide. Pour notre plus grand soulagement, la plaie était complètement fermée, ne laissant que de minces traces légèrement boursoufflées en lieu et place des lacérations. J’appliquai alors un baume qui terminerait le processus de cicatrisation. D’ici ce soir, il n’aurait probablement plus un souvenir de son attaque.

Ma tâche effectuée, je m’approchai discrètement de Piz. Je désirais comprendre ce qu’il s’était passé et savoir à quelle sauce je risquais d’être mangé sous peu.

– Aspirant Piz ? demandai-je à voix basse.

– Que puis-je pour vous Adjudant ? répondit-elle sur le même ton.

– Pourquoi ne pas m’avoir réveillé cette nuit au lieu d’assumer la garde seule ? S’il était advenu quoique ce soit…

– Oh, je n’étais pas seule.

– Je vous demande pardon ?

– Merryl, qui assurait déjà le deuxième tour, a préféré vous laissez vous reposer et s’en occuper lui-même.

– Je vous demande pardon ?

J’étais sidéré.

– Ne vous inquiétez pas, me rassura-t-elle aussitôt. Je lui ai promis de n’en parler à personne. Je ne souhaite pas vous attirer de nouveaux ennuis avec le Capitaine.

– Merci, ne pus-je que répondre légèrement hébété.

Mon regard se porta naturellement sur l’objet de mes pensées. Il avait l’air aussi frais que la veille. Personne n’aurait pu penser qu’il avait assuré trois tours de garde et qu’il avait à peine fermé l’œil de la nuit.

À ma plus grande surprise, qui ne semblait plus en finir, je vis Piz se diriger d’un pas décidé vers Dizier.

– Merci de m’avoir sauvée hier, déclara-t-elle d’une voix claire.

– T’inquiète pas, va ! tonitrua la voix de Dizier. Entre filles il faut s’entre-aider ! Tu me revaudras ça la prochaine fois !

Piz répondit d’un hochement de tête étrangement assuré. Puis elle se dirigea vers le Capitaine qui l’interrogea d’un regard.

– Je m’excuse de mon comportement de la veille. Cela ne se reproduira plus.

Elle ne bafouilla pas un instant. Sa voix était calme et assurée. Une lueur nouvelle brillait dans ses yeux, une confiance qui n’était pas là le jour dernier.

Décidément, cette journée commençait drôlement. Je me demandais vaguement si je n’étais pas encore au pays des songes. D’autant plus que le trajet continuait de se dérouler sans incident notoire. Ce ne fut qu’en fin d’après-midi, alors que je discutais à voix basse avec Merryl, qu’un semblant de normalité revint. Inutile de préciser que j’aurais préféré rester dans mon illusion.

– Aspirant Merryl, appela le Capitaine. Vous êtes très prometteur. N’allez pas gâcher votre potentiel en vous associant aux mauvaises personnes.

Mon souffle resta un instant coincé dans ma gorge.

– Impliquer tous ses membres est utile à la force d’une équipe, énonça Merryl.

Ô combien j’appréciai qu’il me défendît ainsi. C’était un sentiment nouveau pour moi d’avoir le support de quelqu’un.

– Certains n’en valent pas la peine et ne sont que gangrène, répondit le Capitaine sans équivoque.

– Entendu mon Capitaine, répondit Merryl sans hésitation.

Mon monde s’effondra, brisé en des milliers de morceaux.

– Je savais que vous étiez un garçon intelligent, fit le Capitaine satisfait.

Merryl ne m’accorda pas un regard. Pas une expression sur son visage ne trahit de signes de désaccord.

– Ce conseil est valable pour vous tous, conclut le Capitaine en s’adressant au reste de l’équipe.

Les nouvelles recrues l’appliquèrent à la lettre. Le mieux que j’eus fut un regard compatissant de Piz.



Édité le 05 février - 18:33 par Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #1 (suite)
le 31 janvier - 20:42

Je détestais Merryl. Je le détestais de m’avoir donné un espoir d’une camaraderie, d’un soutien, quand il m’avait aussi vite abandonné.

Plus que tout, je me détestais. D’avoir espéré. D’être aussi stupide. De mettre voilé la face. D’avoir vu en Merryl ce que je voulais voir. Et de me retrouver maintenant désillusionné brutalement.

Je n’aurais définitivement pas dû m’ouvrir à lui comme je l’avais fait la veille. J’avais pris ses silences pour de la compassion, mais sans doute étaient-ils la preuve de son désintérêt. Et nos discussions n’étaient que la révélation de son arrogance. Une manière de montrer sa supériorité.

Je le voyais se rapprocher du Capitaine Bayehl. Et je ne pouvais pas lui en vouloir quand je savais que sa carrière était en en jeu. Quand je savais que l’autre alternative était misérable. Au moins avait-il dû tirer ces conclusions en m’écoutant déblatérer mes inepties.

Le reste du voyage fut miséreux.

Au milieu du cinquième jour, nous atteignîmes le fort où était détenu le jeune Oreüse. Nous prîmes un poste d’observation pour savoir à quoi et à qui nous avions à faire. Nous pûmes dénombrer rapidement dix hommes en patrouille autour du camp, travaillant par paires. À cela s’ajoutait trois sentinelles sur chacun des quatre remparts. Les hautes palissades en bois nous cachaient malheureusement les effectifs à l’intérieur. Nous nous retirâmes pour discuter stratégie.

– Bien, qu’avez-vous remarqué ? demanda le Capitaine aux nouvelles recrues.

Il était toujours en quête de les évaluer. Ils passèrent une bonne demi-heure à discuter de ce qui était visible, de ce qu’il était imaginable de trouver et à élaborer une stratégie. Je me contentais bien sagement de remplir mon rôle et restais silencieux et effacé, sans me faire remarquer. Même si certains points du plan retenu me mettaient mal à l’aise et me paraissaient excessivement incertains. Il y avait beaucoup trop de « si » qui pouvaient aisément faire échouer la mission. Mais je n’avais pas voix au chapitre.

– Merci. La catastrophe s’arrête ici, intervint la voix de Merryl qui une fois de plus n’avait pas participé au débat. Je reprends le commandement de cette mission.

– Vous déraillez mon pauvre, railla le Capitaine.

Merryl continua, imperturbable comme toujours :

– Je me re-présente. Je suis le teknögrade Merryl.

Nous étions tous soufflés.

– De rang un en plus je parie, rit nerveusement Essiah.

– C’est exact.

Il nous présenta un document qui certifiait de son statut.

– Tu n’es pas un peu jeune ? demanda Langrèz sceptique.

– Je suis le plus jeune des teknögrades. Mon âge n’a jamais empêché Keynn Lucans de me faire confiance.

– Que faites-vous ici ? demanda Piz avant d’ajouter hâtivement. Si je puis me permettre…

– Des discordances sont remontées de l’avant-poste dirigé par le Capitaine Bayehl. Un endroit stratégique que nous ne pouvons nous permettre de céder à la Coalition. Ma présence consiste à comprendre et régler ce conflit.

Il avait donc bien cherché à me soutirer des informations. Je les lui avais servies sur un plateau. Et une fois qu’il avait eu ce qu’il voulait, il s’était tourné vers le Capitaine Bayehl. J’étais vraiment le dernier des crétins. La situation était pire que je me l’étais imaginée. Ce n’était pas aux oreilles de mon supérieur direct que mes jérémiades étaient remontées, mais directement à celle d’un teknögrade de rang un. L’élite de l’Empire qui ne répondait qu’à Keynn Lucans. Le fracas avait été tel qu’un bruit était remonté jusque dans les plus hautes sphères et qu’un teknögrade se penchât directement sur mon cas.

– Je suis également ici pour mener cette mission de sauvetage à bien ainsi que pour évaluer et assurer la survie des nouvelles recrues, conclut Merryl. Procédons maintenant à l’opération sous mes directives. Mon rapport prendra en compte la façon dont vous vous comporterez dans les heures à venir. Dans votre intérêt, je vous conseille d’être attentif et d’obéir avec promptitude.

– À vos ordres ! s’exclama Piz qui semblait la moins déstabilisée d’entre nous.

Elle paraissait clairement ravie du changement et prête à suivre Merryl jusqu’au bout du monde.

– Des questions ? demanda Merryl.

Il y eut quelques signes de têtes négatifs et d’autres « Non monsieur. ».

– En route. Et en silence, décréta Merryl.

En toute honnêteté, il n’avait pas volé son rang de teknögrade. La mission se déroula sans le moindre accroc. Il commença par tuer à distance nos ennemis à l’aide de son sniper. Il prit d’abord pour cible les patrouilles, composées de guerriers, dès qu’ils se trouvaient dans l’angle mort des sentinelles. Le tout avec une précision et une vitesse incroyable qui m’avait épatée dès le premier jour. Puis ce fut au tour des sentinelles, des mages cette fois-ci, de tomber les uns après les autres.

– On continue, ordonna Merryl en repliant son arme.

Aucune alarme n’avait retentit. Personne ne s’était aperçu de rien dans le camp. Incroyable.

Il distribuait ses ordres calmement, sans aboyer comme le faisait le Capitaine Bayehl. Notre progression fut rapide, les ennemis rencontrés tués en silence. Piz était la plus douée pour cela, soit en lançant un couteau qui finissait immanquablement dans la gorge de l’ennemi, soit en s’élançant à toute vitesse vers l’ennemi pour l’égorger. Avec du sang sur son uniforme, elle était épanouie.

J’aurais aimé ne pas être en reste, mais Merryl m’avait commandé de garder mon blaster prêt à l’utilisation avec interdiction de tirer sans son signal. Donc j’attendais. Leygue avait une consigne similaire, mais lui était en charge d’assurer nos arrières tandis que je restais au milieu du groupe, une charge inutile et dangereuse qu’on devait surveiller.

Plutôt que de ruminer, j’admirais l’habileté de Merryl à tous nous diriger. Il avait recueilli des informations sur chacun d’entre nous les jours passés, et il s’en servait aujourd’hui d’une main de maître. Ou alors il avait lu nos dossiers, ce qui était aussi une large possibilité. Dans un cas comme dans l’autre, chacun était à la place où il était le plus efficace.

Lorsque nous parvînmes à la prison, le camp demeurait calme malgré les nombreux cadavres qui commençaient à le joncher. Cela ne durerait pas. Noidant et Dizier ouvrirent la porte qui n’était maintenue fermée que par une barre en travers, un moyen certes rudimentaire, mais qui remplissait son rôle à la perfection.

– Teknögrade Merryl, se réjouit la personne à l’intérieure dissipant tout doute que nous aurions pu avoir sur son statut.

Le prisonnier était un homme d’une trentaine d’années dont la barbe emmêlée et les habits souillés et déchirés lui donnaient un aspect miteux. On devinait néanmoins aisément ses origines nobles à travers l’étoffe riche cachée sous la saleté ainsi que de par son port altier et dédaigneux.

– Vous en avez mis du temps, reprocha le noble. Et qui sont ces gens ? Pourquoi vous être encombré de ces incapables ?

J’avais envie de lui demander pourquoi nous nous décarcassions à venir le sauver. Celui-là m’apparaissait déjà antipathique.

– Pour une autre mission qui ne vous concerne pas, répondit imperturbablement Merryl. Taisez-vous et suivez-moi.

L’homme referma sa mâchoire à contrecœur et une réplique cinglante sur les lèvres mais il ne protesta pas et obéit. Je m’étais préparé à une plus grande rébellion de sa part au vu de la minute précédente, mais sa connaissance préalable du teknögrade lui avait enlevé toute envie de velléité.

L’alarme retentit finalement. Quelqu’un avait probablement dû enfin tomber sur un cadavre. La sortie fut plus musclée mais la Coalition était désordonnée et Merryl savait ce qu’il faisait. J’eus enfin l’autorisation d’utiliser mon blaster, maintenant que le silence n’était plus de mise. Je l’employai avec efficience.

Puis nous fûmes loin du chaos. Merryl nous força à avancer afin de mettre le plus de distance possible avec nos ennemis. L’otage nouvellement libéré trébucha et serait tombé si Merryl ne l’avait pas rattrapé. Il était apparent que ses jours en prison l’avaient affaibli.

– Dizier, portez Oreüse, ordonna Merryl. Piz, vous prenez le commandement. Continuez dans la même direction. Je vais les retarder.

Oreüse protesta vivement contre le fait d’être ainsi transporté avec si peu de dignité. Dizier obéit sans état d’âme, balançant le corps d’Oreüse en travers de ses épaules. Ce dernier objecta d’autant plus. Nous avions nos ordres et Merryl ne s’était pas attardé pour écouter la plainte.

Piz passa devant et imposa un rythme de course soutenu, mais pas effréné, qui nous permettrait de tenir sur une longue distance avec l’entraînement que nous avions.

Nous arrêtâmes de courir à la nuit tombée. Toujours pas de trace de Merryl.

– Continuons, décida Piz en marchant.

– Tu es sûre ? la questionna Noidant.

– Oui.

Elle n’avait aucune hésitation, ne montrait aucune faiblesse à exploiter. Était-ce parce que Merryl l’avait choisie ou Merryl l’avait-il choisie parce qu’il savait qu’elle agirait ainsi ? Difficile de trancher. J’avais l’impression d’avoir une autre Piz devant moi. Envolée l’anxiété qui la paralysait dans les moments critiques.

– Vous pouvez vous arrêter.

Merryl nous avait rejoints. À ma plus grande honte, moi comme les autres, nous laissâmes choir sur notre séant avec un soupir de soulagement.

– Montez le camp sommairement. Vous vous reposerez après. Je vais patrouiller.

N’était-il donc jamais fatigué ? Il avait dû gérer les ennemis puis courir plus vite que nous pour pouvoir nous rattraper, et il ne paraissait même pas essoufflé. Je me représentais mieux le fossé qui nous séparait des teknögrades.



Édité le 05 février - 18:40 par Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #1 (suite et fin)
le 31 janvier - 20:43

Nous rentrâmes à l’avant-poste trois jours plus tard. J’avais envie d’étrangler Oreüse. Était-il véritablement nécessaire de le délivrer ? Je songeai méchamment qu’il nous aurait été plus utile en étant prisonnier de la Coalition. Il avait passé son temps à se plaindre et à exiger. Pour mon plus grand plaisir, Merryl l’avait superbement ignoré ce qui l’avait vexé. Mais pas assez pour qu’il cessât.

Une fois dans la place, Merryl confia Oreüse au personnel soignant et demanda la préparation d’un véhicule dans deux heures. Puis il rassembla les Hommes, du moins, ceux qui n’étaient pas affectés à des tâches essentielles. Il commença par annoncer la raison de sa présence, avant de donner ses directives.

Un nœud s’était formé dans mon estomac. J’avais peur de ce qui suivrait, de ce que cela signifierait pour moi.

– Chacun a ses torts. Il est donc inconcevable de laisser l’un des concernés en poste. Le Capitaine Bayehl, le Major Leygue et l’Adjudant Alcroy sont démis de leurs fonctions. Messieurs, vous avez une heure et demie pour plier bagage. Vos nouvelles affectations vous seront données à Centralis. Le Major Vynl prend le commandement de ce camp en attendant le remplacement du Capitaine Bayehl. Ce sera tout. Rompez.

Ce fut le cœur au bord des lèvres que je rangeai mes affaires et me rendit au transport qui devait nous ramener à la capitale. J’avais envie de vomir. Je ne savais toujours pas ce qui m’attendait et mon esprit ne faisait qu’imaginer les pires cas.

Merryl profita du trajet pour faire un rapport personnel à chacune des recrues. Il leur indiqua également qu’ils recevraient leur affectation définitive à Centralis, à partir de ce qu’il avait évalué.

Je rejoignis mon nouveau peloton du côté de Paröw avec angoisse. Un soldat m’emmena aussitôt devant mon actuel supérieur, le Commandant Brëtzëvlich. Un homme solide, à la réputation impeccable et au glorieux tableau de chasse. Cela s’annonçait bizarrement mieux qu’à mon précédent poste.

Le Commandant me sourit chaleureusement.

– Major Alcroy, ravit de vous accueillir. J’attends beaucoup de vous. Ce n’est pas quiconque qui arrive ici avec la recommandation d’un teknögrade.

Je sentis ma mâchoire se décrocher sous l’effet de la surprise. Merryl m’avait recommandé et promu ?! Je n’y comprenais plus rien.



Édité le 05 février - 18:42 par Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #1 (scène bonus)
le 31 janvier - 20:45

Scène bonus #1



Laureline Pyrmont remonta ses lunettes d’un geste sec, trahissant le début de son agacement. Elle parcourut le hangar des yeux. Comment avait-elle pu le perdre ? Un instant elle le suivait et un battement de paupières plus tard, il avait disparu.

Avec un froncement de sourcil, elle repéra sa cible à quelques dizaines de mètres, à moitié caché derrière une machine et parlant à grands renforts de gestes, ce qui avait attiré l’attention de la femme, à des mécaniciens. Elle se hâta de le rejoindre.

À peine arriva-t-elle à proximité, qu’il partit dans une autre direction. Laureline pressa le pas puis se mit à trottiner pour rester à sa hauteur.

– Teknögrade Waldeck, l’apostropha-t-elle. J’apprécierai que vous ne partiez pas au milieu de mon rapport. Surtout pour mettre les mains dans le cambouis.

– Mais je t’écoute ma douce Laureline, nia-t-il avec un sourire radieux. Et tu noteras que mes mains sont immaculées.

– Pour cette fois, murmura la femme avant de reprendre sans se formaliser de l’appellation familière dont elle avait l’habitude.

Cela faisait une dizaine d’années maintenant qu’elle le servait, connaissant depuis longtemps l’homme et ses manières. Elle n’avait jamais réussi à apporter le moindre changement à son comportement. Il continuait donc éternellement de papillonner et de s’éparpiller, marchant à grandes enjambées, et elle de trottiner à ses côtés.

Elle était subséquemment plus ou moins en charge de le cadrer et de le recentrer. Officiellement, elle récoltait les données qui l’intéressaient et les lui restituaient de façon organisée, réalisant un filtre. Même si certains liens échappaient parfois à Laureline. Waldeck était là pour le faire. C’était lui le teknögrade après tout.

Il n’en demeurait pas moins que Laureline Pyrmont était souvent agacée par son comportement nonchalant et dissipé. L’on aurait pu douter de sa position de bras droit de l’Empereur !

Mais la femme avait aussi rapidement pris conscience que, même s’il n’en avait pas l’air, Waldeck écoutait avec attention chacun de ses mots. Ce qui ne l’empêchait pas de faire un milliard d’autres tâches en même temps. Si la rumeur, invoquant une spécialité propre pour chaque teknögrade de rang un, était vraie, Laureline était persuadée que celle de Waldeck était de pouvoir mener dix conversations à la fois.

– Gamin ! héla soudainement le teknögrade.

« Et le voilà repartit… » songea Laureline en continuant son rapport tout en le talonnant. Un jeune homme s’était arrêté en entendant le cri. Les habitués du plateau, l’étaient tout autant des effusions de Waldeck et ne levèrent même pas la tête de leur tâche.

Laureline, qui savait aussi être multitâches mais moins que Waldeck, observa le nouvel intérêt de son supérieur. Ni grand, ni petit, une stature athlétique avec des épaules un peu carré et une musculature fine, un visage ovale sans rien de remarquable surmonté d’une tignasse noire pas vraiment en bataille mais pas ordonnée non plus.

– Xelan, salua poliment l’interpelé.

Les sourcils de Laureline se soulevèrent un bref instant en entendant le jeune homme, qui devait avoir une vingtaine d’années d’après son estimation, appeler le teknögrade par son prénom.

– Alors gamin, tu pars en mission ? s’intéressa le teknögrade.

– J’ai été recruté pour le programme des élites, l’informa-t-il.

– Félicitations, souhaita sincèrement Laureline.

Ce programme repérait et testait la nouvelle génération de soldats extrêmement prometteurs, souvent à la sortie de l’Académie. Très peu étaient retenus, et rares étaient ceux qui progressaient véritablement loin dans la hiérarchie.

– Merci Laureline.

Cette dernière sourit avant de réaliser la manière dont le jeune homme l’avait appelée. Ses sourcils eurent une nouvelle impulsion vers sa frange sous son étonnement.

– Comment connaissez-vous mon nom ?

Le physique du jeune homme était standard et ne sortait pas du lot. Il n’en n’était toutefois pas banal et même plutôt attrayant. Laureline aurait dû se souvenir de lui et pourtant, elle était persuadée qu’elle ne l’avait jamais rencontré.

– Ce n’était qu’une supposition de ma part, la corrigea-t-il. Xelan parle souvent d’une Laureline. Il a fait mention de…

– Ça ira gamin ! s’empressa de le couper Waldeck. Elle n’a pas besoin des détails.

Laureline fronça les sourcils et porta un regard scrutateur sur Waldeck. Ce dernier sourit comme s’il n’y avait aucun problème. Et, comme à son habitude, cela paraissait parfaitement naturel, faisant se questionner une fois de plus Laureline sur la sincérité de chacun de ses sourires qu’il distribuait librement à longueur d’année.

– Il ne faut pas que je sois en retard. Je dois y aller, indiqua le jeune homme.

– Bonne chance gamin ! Amuse-toi bien !

Et Waldeck lui ébouriffa les cheveux. Laureline s’attendait à un geste irrité mais le jeune homme accepta le signe d’affection, comme il accueillait la dénomination « gamin ». La femme était plus que stupéfiée par ce consentement aisé alors qu’elle essuyait des rebuffades de son neveu de huit ans, qui s’estimait « trop grand » pour cela.

– Qui était-ce ? demanda Laureline une fois le jeune homme partit en réalisant qu’elle ne connaissait même pas son nom.

– Juste un gamin, répondit Waldeck avec un sourire amusé qui dansa jusque dans ses yeux.

Laureline devina qu’il y avait bien plus derrière mais comprit aussi qu’elle n’en saurait pas davantage. Comme toute bonne néogicienne, elle connaissait l’importance du secret et de la compartimentation des informations, et n’insista pas.

Ses pensées s’égarèrent cependant un court instant sur les possibilités. Peut-être était-il le protégé de Waldeck ? Et peut-être le retrouverait-elle teknögrade de rang un dans dix ou vingt ans ?

Puis Laureline Pyrmont revint à ses préoccupations habituelles, courir après Xelan Waldeck et le convaincre de se montrer plus raisonnable.



Édité le 05 février - 18:45 par Epsilone
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le 13 février - 18:47

Mission #2 – Mercenaires



Nous tenions un bon filon, mais j’étais loin d’être sûr que mes trois compagnons et moi formions une équipe assez bonne pour ce genre de donjon. Recruter d’autres aventuriers serait probablement nécessaire, mais cela signifiait aussi partager le butin avec eux. D’un autre côté, si nous mourions, nous ne pourrions pas profiter du butin non plus. Le tout était de trouver les bonnes personnes. Ce qui était loin d’être une tâche aisée.

Ce fut dans cette optique, et aussi parce que notre estomac criait famine, que nous poussâmes la porte du Rôti Rutilant. C’était le genre d’auberge où les plats étaient corrects pour pas cher, la saleté n’était pas encore incrustée dans les tables et la clientèle pas trop douteuse. Un endroit parfait pour nos affaires.

Mon regard se promena dans la salle à la recherche de partenaires potentiels. Mes yeux se posèrent sur deux manteaux gris aux broderies bordeaux qui ne m’étaient pas inconnus. Les mercenaires d’Alcor ! Quelle chance !

– Darren ! Rick ! les saluai-je en m’approchant. Cela fait un bail qu’on ne s’est pas vu. Ça vous dérange si on se joint à vous ?

– Non, nous invita Darren en se décalant vers Rick pour nous faire de la place.

Une serveuse à forte poitrine vint prendre notre commande tandis que nous admirions ses formes généreuses sans vergogne. Elle avait dans sa démarche un déhanché qui ne pouvait laisser indifférent. Du moins, mes compagnons étaient indubitablement d’accord avec moi. Darren et Rick ne lui accordèrent pas un regard. Ils étaient bizarres comme ça.

– Quoi de neuf ? demandai-je.

– On vient de terminer une quête pour Lord Dörzbach, m’informa succinctement Darren.

– Vous avez toujours la cote auprès de lui à ce que je vois, soupira d’envie Sötze.

– Évidemment, se vanta Rick. On remplit toujours nos contrats avec efficacité et sans bavure.

Les mercenaires d’Alcor avaient en effet une certaine réputation. Petite, mais excellente. Ils restaient néanmoins peu connus malgré des contrats réguliers avec certains Seigneurs.

– On n’est pas en reste non plus ! se récria Rixheim. Il n’y a pas un mois on a éliminé deux injectés.

– Vers Nïel ? Ça devait être des renégats non ? se moqua Rick.

– Pas du tout, ils ne portaient pas de marque.

– Donc des prisonniers qui se sont échappés, conclut Rick. Vous n’irez pas me faire croire que des néogiciens ont réussi à s’infiltrer jusqu’à Nïel.

Un rictus déforma son visage lorsqu’il prononça le nom honnis de ces êtres contre-nature.

– Pour récapituler, acheva Darren, vous avez abattu deux types qui étaient épuisés par leur emprisonnement, avaient déployés toute l’énergie qu’il leur restait pour s’échapper et étaient au bout de leur force. Félicitations.

Il avait délivré sa tirade d’un ton si morne et plat qu’il aurait pu parler de la rotation des trois soleils. Pourtant, avec les mots choisis par ses soins, ses paroles suintaient le sarcasme à ce que l’air en soit saturé.

– Heureusement que la Coalition vous compte dans ses rangs, se moqua allègrement Rick.

Je décidai de relancer la conversation sur un sujet moins houleux et qui les intéresserait certainement :

– On a découvert l’emplacement d’un donjon. L’aventure vous tente ?

J’attendis la réponse de Darren. Je les connaissais suffisamment pour savoir que c’était lui le décisionnaire dans leur duo.

– Cinquante-cinquante sur le partage du butin, décréta-t-il.

– Trente pour vous et soixante-dix pour nous, contre-proposai-je. Nous sommes quatre, vous n’êtes que deux.

– Et nous sommes quatre fois plus efficaces. Si ce n’est davantage.

Rick ricana doucement.

– C’est nous qui apportons l’affaire, opposai-je.

– Et vous êtes incapables de la mener seuls.

Je ne le leur aurais effectivement jamais proposé si nous avions été en mesure de nous débrouiller par nos propres moyens.

– Quarante-soixante, renégociai-je.

– Sans connaître les risques ni les bénéfices, c’est hors de question.

– Allez quoi ! s’impatienta Rixheim. Si vous étiez des nanas, se seraient autre chose, mais là…

– Je ne vois pas le rapport entre un donjon et notre sexe, répondit Darren, mais les Mantidae sont juste là, à quelques tables de nous.

– Qui ça ? demandai-je en me retournant.

Il était difficile de les manquer. Quatre filles superbes à la chevelure soyeuse et à l’auguste poitrine discutaient une chope à la main. L’une d’elle renversa la tête pour prendre une bonne rasade, découvrant sa gorge cuivrée.

Ayver, le quatrième de notre bande, siffla d’admiration.

– Classe comme nom, commenta Sötze.

– On leur propose de nous rejoindre Helnard ? suggéra Rixheim avec envie.

D’accord, elles étaient carrément mignonnes, mais cela ne nous informait en rien de leurs capacités sur le terrain. Nous recherchions quand même un certain niveau.

– Elles sont comment ? tentai-je de me renseigner auprès des mercenaires d’Alcor.

– Il paraît qu’elles sont très douées, me répondit Rick.

– Super, on les prend ! conclut Rixheim.

– Après tout, elles méritent bien leur nom… ajouta Rick avec un air mystérieux qui ne me disait qui vaille.

– Explique, exigeai-je.

– Les Mantidae sont une espèce originaire de Murn qui dévore les mâles lors de leur reproduction, déclara Rick avec un rictus amusé.

Rixheim pâlit visiblement.

– Tu mens, le confronta Ayver.

– C’est vrai, reconnut Rick. Contrairement à leurs homonymes, celles-ci n’attendent pas forcément la reproduction pour la dévoration.

Et il souriait à pleine dents, fier de lui. Mais je le pensais honnête quand il évoquait leur dangerosité et leur penchant macabre pour la gente masculine. Ce qui signifiait…

– Vous avez vu quelque chose d’intéressant ?

Je sursautai violemment tandis que la nouvelle venue posait lourdement sa chope sur la table.

– On vous a vu nous observer, ajouta une autre.

Les quatre Mantidae s’étaient déplacées jusqu’ici. Comme nous étions assis et elles debout, j’avais une impression d’être complètement dominé et cerné.

– Ces messieurs cherchent des partenaires pour un donjon, expliqua Darren. Nous vous avons recommandé.

Il était fou ! Il voulait notre peau ! Et pendant que je paniquais, lui était toujours aussi flegmatique tandis que son complice était au bord du rire.

– Soixante pour vous, annonçai-je brutalement.

– Attends encore un peu et on pourra avoir le contrat à soixante-dix, fit Rick à Darren.

Ils ne feraient quand même pas…

– D’accord, accepta Darren à mon plus grand soulagement.

– C’est un beau contrat que vous avez décroché là, commenta l’une des Mantidae. Vous devez être sacrément bons tous les deux.

– Vous ne voudriez pas faire équipe avec nous plutôt ? proposa une autre.

– De nombreux autres avantages pourraient devenir vôtre, susurra une troisième.

Quoi ?! Nous n’allions quand même pas nous faire damer le pion par des péronnelles quand même ! De toute façon, nous étions les seuls à connaître l’entrée du donjon.

Et voilà qu’elles se penchèrent vers les deux mercenaires, mettant en avant leurs atouts, laissant cascader leur chevelure comme pour mieux attirer l’attention… Une main qui se glissait prêt du corps des deux hommes…

– Non merci, les arrêta Darren.

– Nous avons encore l’intention de vivre, renchérit Rick tout sourire.

Elles paraissaient plus qu’insatisfaites mais se retirèrent sans esclandre. Enfin je pus de nouveau respirer. Et en entendant le soupir lâché par mes compagnons, je sus que je n’étais pas le seul. Darren n’était pas plus affecté et Rick se moquait toujours allègrement de nous avec son sourire en coin et ses yeux qui brillaient de malice.

– Vous avez cherché à vous débarrasser de nous, les accusa Ayver.

À juste titre selon moi.

– Qui ? Nous ? demanda Rick faussement innocent. Jamais nous n’oserions.

Et il éclata finalement de rire. Tandis que les gars grommelaient, Darren se leva de table, ayant fini son assiette.

– Départ demain à l’aube, annonça-t-il avant de partir.

– Pensez bien à fermer à clé la porte de votre chambre, ricana Rick en lui emboitant le pas.

Après cet au revoir, nous avalâmes rapidement la fin de notre repas.

– Allons nous coucher, décidai-je. Une grosse journée nous attend demain.

Et puis les Mantidae étaient toujours dans la salle commune. Mieux valait ne pas trop s’attarder.

– On s’est bien fait avoir, soupirai-je en me laissant tomber sur ma paillasse.

Je réalisais tout juste que dans la panique et la précipitation, j’avais cédé plus que ce que les mercenaires d’Alcor avaient demandé à l’origine.

– Euh, Helnard ? demanda Rixheim. Qu’est-ce qu’on fait pour les Mantidae ?

Un frisson d’effroi me parcourut l’échine.

– On barricade tout.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #2 (suite)
le 13 février - 18:49

La nuit se passa sans fracas. Le lendemain, les mercenaires d’Alcor étaient déjà prêts à partir lorsque nous descendîmes.

– Allons-y, décréta Darren.

Nous nous dépêchâmes de le suivre.

– Comment vous faites pour être aussi matinal ? interrogea Sötze en baillant à s’en décrocher la mâchoire.

– L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ! s’exclama Rick avec bonne humeur.

– Pas si fort dès le matin… râla Ayver.

– Quelle direction ? me demanda Darren.

Hein ?

– Votre mystérieux donjon, c’est par où ? répéta-t-il.

– Ha ! Euh… Par ici !

Comme il avait naturellement pris le commandement du groupe, j’en avais oublié qu’il ne connaissait pas notre destination. Darren ne commenta pas mon moment de panique mais Rick me regardait avec scepticisme.

– Tu crois vraiment qu’on peut leur faire confiance ? demanda Rick à son compère.

– Ça peut valoir le coup, répondit Darren. Tout comme on peut chasser une illusion.

– Mouais… fit Rick. Autrement dit, pas moyen de savoir avant d’arriver au bout. Bah, ça me plait aussi un peu d’imprévu. Qui sait, on rencontrera peut-être un nouveau spécimen !

– Euh… intervins-je. En parlant de spécimen…

– Les Mantidae ne risquent-elles pas de nous suivre ? ajouta Ayver qui avait suivi le fil de ma pensée.

– Elles pourraient essayer de nous passer devant, renchéris-je.

Après tout, elles savaient que nous étions sur un bon filon. Suffisant pour engager deux mercenaires de grande valeur. Ou tout du moins que nous payions à prix fort…

– Inutile de vous en inquiéter, nous assura Darren.

– Tu peux être plus explicite ? m’enquerrai-je.

– J’ai fait en sorte qu’elles soient autrement occupées.

Entre son ton laconique et le sourire sadique de Rick, ces deux-là induisaient en moi un effroi plus grand que les quatre donzelles.

– Helnard, tu es sûr qu’on a bien fait de s’associer avec eux ? me chuchota Ayver.

– Oui, répondis-je sans la moindre conviction.

– Si on meurt, je te tiens pour responsable, me menaça Rixheim.

– Vous faites ce que vous voulez, moi, je n’ai pas l’intention de mourir, se mêla Rick.

Apparemment, nous n’avions pas été assez discrets lors de notre conciliabule. Les mercenaires d’Alcor marchaient en tête sans se retourner.

– Hé ! C’est moi qui mène cette quête, décidai-je de m’imposer.

Il ne faudrait pas qu’ils l’oubliassent.

– Bien sûr, acquiesça Darren sans difficulté.

Rick partit dans un grand fou rire.

– Si ça peut te faire plaisir de le croire, se moqua-t-il.

– Helnard est un excellent chef ! me défendit aussitôt Sötze.

– On ne serait pas aussi bons sans lui ! renchérit Rixheim.

– Et on ne le suivrait pas si ce n’était pas cas, appuya Ayver.

– Merci les gars, fis-je ému.

Leur soutien et leur dévotion signifiaient énormément pour moi.

– Tu ne vas pas te mettre à chialer j’espère, railla Rick.

– Toi… m’énervais-je.

Calme. Je devais rester calme. C’était ce qu’un bon chef ferait. Pas vrai ?

– Vous pouvez bien raconter ce que vous voulez, poursuivit le mercenaire. Le seul à qui je fais confiance c’est Darren.

Le susnommé ne montra aucune réaction face à cette déclaration comme si cela allait de soi. Ce culot… J’aurais aimé avoir autant d’assurance que lui.

Nous croisâmes un groupe d’aventuriers voyageant en sens inverse vers 9h00. À mon étonnement, les mercenaires d’Alcor les connaissaient et échangèrent quelques mots avec eux.

– Helnard, qu’est-ce qu’on fait s’ils demandent à ce qu’ils rejoignent notre groupe ? me chuchota Ayver.

Nous étions tous les quatre à quelques distances des nouveaux venus et ne pouvions suivre leur conversation. Il y avait donc peu de chance qu’ils pussent nous entendre mais mieux valait rester prudents et échanger à voix basse.

– Ils peuvent venir mais ce sera sur leur part du butin, répondis-je donc sur le même ton. Hors de question qu’on cède encore ne serait-ce qu’un pourcent.

– Bien parler Helnard, approuva Rixheim.

Les deux autres opinèrent de la tête avec force. Bien. Maintenant que nous avions notre ligne de conduite, il ne restait plus qu’à la tenir. Ce fut à ce moment décisif que Rick nous jeta un coup d’œil arrogant. De la salive resta étrangement coincée dans ma gorge. Je devais être ferme. Les autres comptaient sur moi. Je devais… Ne rien faire du tout.

Une fois leur discussion terminée, les aventuriers reprirent leur route. C’était bien la peine de m’échauffer comme cela si au final il n’y avait pas de confrontation… La tension me quitta en un instant, me laissant un étrange sentiment de flottement.

– Ah… Attendez-nous ! m’exclamai-je en me mettant à courir.

Car les mercenaires d’Alcor s’étaient eux aussi remis en chemin.

– Restez pas à la traîne, on risquerait de vous oublier, railla allègrement Rick une fois de plus.

– C’est… C’est moi qui commande ! déclamai-je.

Ce coup-ci, ni l’un ni l’autre ne prit la peine de me répondre.

– Je les déteste, murmurai-je entre mes dents.

– Il est encore temps de changer de partenaires, déclara sagement Ayver. Ce n’est pas comme s’ils avaient une chance de trouver l’emplacement sans nous.

– Et ça signifierait qu’on pourrait aussi renégocier le partage du butin, acquiesça Sötze.

– Je doute que vous trouviez mieux, intervint Darren.

– On peut avoir une conversation privée ! s’énerva aussitôt Rixheim.

– J’ignorais qu’elle l’était, répondit calmement Darren.

Tandis que Rixheim se lançait dans une joute verbale ignorée par Darren mais reprise à cœur joie par Rick, je réfléchis à ses propos. Il avait probablement raison. Nous avions eu de la chance de tomber sur eux à l’auberge. Ils étaient compétents, plus que nous, même si cela me faisait mal de l’admettre, mais surtout, ils étaient réglos. Malgré toutes les fanfaronnades de Rick, je savais qu’il n’y aurait ni coup bas ni entourloupe de leur part, qu’en acceptant de se joindre à nous, ils ne nous abandonneraient pas, même en mauvaise posture. Et cette certitude était difficile à trouver chez des personnes qu’on ne côtoyait pas depuis des années.

– On reste, décidai-je mettant fin au débat.

Puis je m’aperçus de ma formulation. J’avais annoncé cela comme si c’était nous qui les suivions et non le contraire ! Mais quel idiot !

– Je te déteste Darren ! m’énervai-je.

– Ah ? fit-il. Tu m’en vois désolé.

– Ais au moins l’air désolé !

– Tu m’en vois désolé, répéta-t-il avec la mimique appropriée avant de se tourner vers son partenaire. C’était mieux comme ça ?

– Nickel ! lui confirma Rick.

– Mais ils… !

– Nous ignorent complètement, soupira Ayver.

Nous fûmes soulagés quand Darren décréta une pause vers midi pour nous sustenter. Bien évidemment manger sur la route n’était pas aussi confortable qu’une auberge, mais ce n’était pas comme si nous avions le choix. Sötze sortit nos provisions dont il avait la charge. Je ne pouvais pas les confier à Rixheim qui aurait tout mangé. Ni à Ayver qui gérait nos potions. De mon point de vue, mieux valait garder nourriture et liquide dangereux séparés.

– J’en veux… bava Rixheim devant le ravitaillement des mercenaires d’Alcor.

Ils avaient des bâtonnets de viande d’au moins vingt centimètres de long tandis que nous n’avions que du pain sec avec un peu de fromage tout aussi desséché. En voyant leur repas j’en eus l’eau à la bouche. Mais…

– Tais-toi et mange ce qu’on te donne, ordonnai-je.

Hors de question de demander la pitance. Nous avions notre orgueil quand même.

– Tenez, nous offrit Darren en nous tendant quatre morceaux.

Je m’empressai de saisir le mien. Une occasion pareille, cela ne se ratait pas.

– Merci ! nous exclamâmes-nous en mordant dedans à pleines dents.

– Trop bon ! commenta Sötze.

– Je savais qu’on avait eu raison de s’associer avec vous ! approuva Rixheim.

– Où est-ce que vous avez trouvé ça ? m’intéressai-je.

La viande était sèche mais fondait en bouche sous l’effet de la salive. La technique utilisée pour la fumer apportait un parfum boisé qui relevait le goût des herbes la recouvrant généreusement.

– C’est un éleveur qui nous en a donné après qu’on lui ait filé un coup de main, expliqua Rick avec un haussement d’épaules. Un gars pas commode mais très reconnaissant.

Je réussis à leur soutirer un lieu approximatif. Bien. Je connaissais déjà notre destination après ce donjon.

Une fois le repas terminé, Darren nous laissa encore une quinzaine de minutes avant de repartir. J’ignorais pourquoi il n’avait pas ordonné la marche plus tôt, mais je ne m’en plaignais pas. J’étais bien trop heureux de pouvoir paresser encore un peu.

Quoiqu’il en soit, je fus surpris qu’Ayver ne se plaignît pas. C’était toujours le premier à geindre dès qu’il fallait se bouger. Ce n’était quand même pas ma faute si nous n’avions pas les moyens de nous payer des montures.

– Ah ! Je reconnais les lieux, s’exclama soudainement Sötze.

– Moi aussi ! s’écria Rixheim.

Nous pressâmes le pas et passèrent devant les mercenaires d’Alcor. Nous étions tout près et nous scrutions sans cesse les alentours en quête d’une indication.

– Là ! hurla Rixheim.

Puis ce dernier se mit à courir avant de s’arrêter brutalement, dérapant et manquant de se casser la figure en même temps.

– C’est bien ici, confirmai-je aux deux mercenaires devant des broussailles à peine dérangées par notre précédent passage de la veille.

Ainsi nous quittâmes la route bien tracée pour nous enfoncer dans la végétation luxuriante. Notre vitesse de progression s’en trouva naturellement diminuée. Mais j’étais finalement à la tête du groupe tandis que Darren fermait la marche. Victoire !

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #2 (suite)
le 13 février - 18:51

Près de deux heures supplémentaires furent nécessaires pour retrouver l’entrée. Il était vrai que je m’étais tromper plus d’une fois. Et aussi que Darren était celui qui avait réussi à nous remettre sur la bonne voie.

– Et voilà ! présentai-je avec enthousiasme.

Nous nous trouvions entre un buisson de ronces et un autre aux feuilles urticantes. Je le savais pour m’y être frotté d’un peu trop près la dernière fois.

– Que Darren ait su remonter vos traces, ça, je peux le comprendre. Mais comment avez-vous trouvé cette entrée par vos propres moyens au milieu de nulle part ? demanda Rick.

– Et bien…

– Par hasard, me coupa Darren. Ils fuyaient un gloutosaurus.

– Ah ? s’étonna Rick.

– Il y avait des traces récentes de son passage.

Zut ! Moi qui espérais raconter une histoire avec une suite d’énigmes complexes qui nous aurait fait parcourir la moitié du continent avant de parvenir jusqu’ici. Et les milles dangers que nous aurions vaincus…

– Je vois, commenta Rick. Et pourquoi ne sont-ils pas rentrés dans le donjon avant de venir demander de l’aide ? Une autre bestiole les a dérangés ?

Il observait les alentours avec attention, à la recherche de potentielles marques d’une créature sauvage.

– Non, répondit Darren. Ils n’ont simplement pas réussi à ouvrir la porte.

Mais comment faisait-il pour tout savoir ?!

– Pathétique, conclut Rick. Je la fais exploser ?

– T’es cinglé ! me récriai-je.

– Ce ne sera pas nécessaire, déclara Darren.

Il pointa quatre motifs sur la porte qui, de par son inclinaison presque horizontale, ressemblait davantage à une trappe.

– Ça marche ! déclama Rick.

– Euh… Qu’est-ce qui marche ? demanda Ayver.

Rick amassa un peu de mana avant de le rediriger tour à tour vers les motifs désignés. Ces derniers s’illuminèrent les uns après les autres de jaune orangé, gris clair, bleu saphir et vert émeraude.

– Les flux magiques de la vie ! reconnut aussitôt Ayver.

Rien d’étonnant à ce qu’il ait compris le premier, c’était lui notre spécialiste en magie. C’était même le seul à maîtriser un tant soit peu les flux. Nous manquions peut-être de véritables praticiens de la magie dans certaines situations, mais j’avais tendance à penser que dans la plupart des cas, ils étaient un poids plus qu’une aide. La preuve avec Ayver qui avait toujours du mal à suivre le rythme.

– La Source de la vie, c’est mieux que celle de la mort, hein ? demanda Sötze.

– Toi, tu n’as jamais vu d’élémentalistes en action, commenta Rick.

– S’il est doué, il n’y aucune différence qu’un mage puise dans la Source de la vie ou de la mort, ajouta Darren. Il sera capable de causer autant de dégâts d’une manière ou d’une autre.

– En attendant, la porte est toujours fermée, commentai-je.

C’était bien beau leurs leçons, mais cela ne faisait pas avancer nos affaires. Et puis je n’y croyais pas. Tout le monde savait que les flux de la Source de la mort étaient les plus puissants.

Je m’attendais à ce que Darren fournît la suite de la manœuvre, lui qui semblait détenir le savoir suprême, mais Rick comprit sans explication supplémentaire. Ou alors ces deux-là communiquaient par la pensée. Ce qui ne m’aurait pas surpris outre mesure au vu de leur synergie. Rick fit pivoter deux autres signes avant de les enfoncer dans la lourde porte de pierre qui claqua brutalement vers l’intérieur, pendue par ses gonds et se balançant dangereusement.

– Je ne m’attendais pas forcément à un escalier, mais au moins à une échelle, commenta Sötze.

Un trou béant dont on ne voyait pas le fond s’ouvrait devant nous.

– Lumière, commanda Darren.

– Facile, fit Ayver en faisant danser une flamme dans la paume de sa main droite.

– Bien jouer Ayver ! le félicitai-je.

Pour une fois, nous étions plus efficaces que les mercenaires d’Alcor.

– J’ai mieux, se vanta Rick.

– Il n’y a rien de plus basique qu’une flamme, contra Ayver. Je ne vois pas ce que tu pourrais faire de plus. À moins que tu ne comptes brûler la forêt et nous avec.

Rick ne répliqua rien mais garda son sourire en coin qui ne me rassurait toujours pas. Il prononça quelques mots de pouvoir et des dizaines de flambeaux s’allumèrent, illuminant la pièce jusqu’à lors dissimulée à nos regards.

– Quoi ?! s’exclama Ayver tandis que sa flamme disparaissait avec sa concentration sous l’effet de la surprise.

– Il est bien plus pratique d’utiliser les torches, commenta Rick.

– Ça ne nous dit toujours pas comment on va descendre, soupira Sötze.

– Vous ne pourriez pas utiliser le flux de l’air et nous porter jusqu’en bas ? proposa Rixheim.

– T’es cinglé ! me récriai-je.

Je n’avais aucune confiance pour qu’un mage me transportât en bas vivant. Alors dans le cas d’Ayver...

– C’est impossible pour moi en tout cas, confirma Ayver. Je n’ai clairement pas le niveau pour ce genre de sortilège.

– On va utiliser les racines des arbres, décida Darren.

– Ça marche ! approuva Rick.

Il se lança une fois de plus dans une opération sans explication préalable. Les racines des arbres alentours vinrent se tisser les unes aux autres, formant une solide corde ancrée profondément par les autres racines liées aux divers troncs. Nous n’aurions ainsi pas à craindre qu’elle lâchât de manière impromptue.

– Tu peux y aller Rick, déclara Darren.

Doutait-il du travail de son compagnon pour le faire ainsi passer devant ? J’aurais crû qu’il garderait la tête du convoi. Cela sentait l’affaire louche. Il passa quand même en deuxième position. J’enchainai. Je préférais garder un œil sur lui au cas où.

Nous arrivâmes sur un terrain légèrement en pente, recouvert de fresques illuminées par des flambeaux à même le sol. Les mercenaires d’Alcor les observaient avec attention.

– Les torches sont bizarrement réparties, remarqua Rixheim.

Elles étaient en effet présentes sur le sol et le plafond ainsi que sur deux des quatre murs.

– Nous marchons actuellement sur un mur. Un éboulement a dû provoquer la chute du temple, expliqua Darren. Et avec le temps, la végétation a pu aisément le recouvrir et le dissimuler aux yeux de tous.

– Ce qui explique l’absence d’escalier, conclut Sötze. Puisque c’était censé être de plain-pied.

– Ç’a dû être un sacré phénomène pour qu’il se retrouve renversé ainsi, commenta Ayver.

– Probablement une faille qui s’est ouverte, avança Rick. Le temple a basculé et s’est retrouvé coincé dedans.

– La suite c’est par là ! s’exclama Rixheim ayant trouvé une ouverture.

– Pas si vite, nous retint Darren.

– Quoi ? demandai-je exaspéré. Cette pièce est vide. Passons à la suite.

– Je sais bien que vous n’êtes que des incultes, répondit Rick, mais si vous nous laissiez le temps de déchiffrer un minimum ces fresques, cela pourrait nous éviter de nombreux désagréments pour la suite.

– C’est juste des dessins, protestai-je. Allons-y les gars. Les scribouillards nous rejoindrons plus tard.

– Bloque leur le passage, ordonna Darren.

Rick quitta aussitôt son poste pour se mettre en travers de notre chemin et dégaina son épée.

– Dégage de là Rick, exigeai-je.

– Tu es seul contre quatre, appuya Ayver.

– Aucun problème pour moi, rétorqua le mercenaire.

Deux épées sortirent de leurs fourreaux et une hache prise en main tandis qu’Ayver commençait à rassembler du mana. Rixheim et moi mîmes également notre bouclier en place.

– Arrête de faire le malin, conseillai-je une dernière fois au mercenaire. Et puis tu n’en as pas marre de faire tout ce qu’il te dit ?

– Je ferais n’importe quoi pour lui, affirma-t-il. Parce que j’ai confiance en lui et qu’il croit en moi.

– Ha, ha, riai-je nerveusement devant son regard d’acier. Et tu ne crois pas que tu es en-dehors de de tes compétences ?

– Il ne me demanderait jamais l’irréalisable.

Était-il réellement possible d’avoir une telle foi en quelqu’un ? Je m’en savais incapable.

– Bon… soupirai-je. Assez perdu de temps.

Une main me saisit soudainement l’épaule et me força à faire deux pas sur le côté.

– Qu’est-ce que… ? m’étonnai-je.

Je ne pus que contempler Darren qui s’était incrusté par la force pour mieux voir les dessins sur lesquels je me tenais. Mes compagnons s’écartèrent vivement lorsqu’il s’approcha d’eux.

– Non mais je rêve ! s’énerva Rixheim après son passage. Il n’a aucune conscience de la tension dans l’air ?! Du combat imminent ?!

– Ce type ne respecte vraiment rien, marmonnai-je.

– En quoi veux-tu que ça le dérange qu’on se regarde en flamilynx de faïence ? s’amusa Rick.

– On peut y aller, décida Darren juste avant que je ne décidasse d’écraser mon arme sur la figure de son partenaire.

– Pas trop tôt, grommelai-je tandis que Rick s’effaçait pour nous laisser finalement passer.



Édité le 13 février - 18:52 par Epsilone
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le 13 février - 18:52

Je décidai de ne rien en faire et retint mes compagnons. S’il y avait du danger, j’aimais d’autant plus laisser les mercenaires d’Alcor passer devant. La porte était bien évidemment de travers mais heureusement assez proche du mur sur lequel nous progressions et elle nous arrivait sous le sternum. Rick réutilisa son sortilège pour allumer les torches. Ce qui nous permit de contempler un long, très long couloir qui se matérialisait par un profond, très très profond, puits.

– Super, on fait comment maintenant ? râlai-je.

Mais Rick avait déjà repris ses incantations et l’entrelacs de racines se mit à s’allonger et ramper jusqu’à nous avant de se jeter dans le trou. Puis sans nous attendre, il enjamba l’embrasure de la porte et commença une nouvelle descente, Darren à sa suite.

Il n’y avait toujours strictement rien dans ce couloir, si ce n’était des fresques que Darren continuait d’étudier avec attention. J’ignorais comment il parvenait à se concentrer sur autre chose que le vide immense en-dessous. Le poids de mon armure ne me facilitait certainement pas la tâche.

– Aaaaaaah ! hurla soudainement Ayver.

Il me tomba sur l’épaule, manquant de me faire lâcher prise, avant de continuer sa chute. Je le crûs perdu, mais Darren arrêta net sa dégringolade en saisissant son bras d’une poigne de fer. Il y eut un craquement. Ayver se remit à brailler. Mais de douleur cette fois.

– Tais-toi, tu nous casses les oreilles ! m’emportai-je.

– Épaule luxée, constata simplement Darren.

– En tous cas, s’il y avait quelqu’un, il sait qu’on est là maintenant, râla Rick.

– À moins qu’il n’y ait une autre entrée que celle par laquelle nous sommes passés, nous ne rencontrerons rien de vivant en ces lieux, fit Darren pragmatique. Cela fait probablement des centaines d’années que ce temple est fermé et il n’y a pas de quoi survivre aussi longtemps en ces lieux.

Tout en parlant, le mercenaire, qui tenait toujours un Ayver criard d’une main, lâcha son autre main en ayant préalablement noués ses jambes autour de la corde. Maintenant ils seraient deux à tomber. Et si cela m’embêtait de perdre un compagnon comme Ayver, cela me dérangeait d’autant plus que Darren mourût car il m’était quand même plus utile même si moins sympathique. Par je ne savais quel miracle, Darren parvint à manipuler Ayver et à lui remettre son épaule, déclenchant un nouveau hurlement de ce dernier.

– Mais tu vas te taire ! m’énervai-je. Arrête de faire ta chochotte. Déjà que tu as failli me faire tomber…

– Mais ça fait mal ! protesta Ayver.

– Fallait pas tomber !

– C’est trop dur !

– C’est pour ça que je déteste les mages ! Aucune endurance ! Rick y arrive, pourquoi pas toi ?!

– Oh ! Ne me mets pas dans le même panier, protesta Rick. Je n’ai rien à voir avec lui.

– Du calme, nous enjoignit Darren avant que la discussion ne dégénère encore davantage. Ayver est-ce que tu peux reprendre la descente ?

– Non, couina ce dernier.

– Super ! Nous voilà coincé ici ! maugréa Rixheim.

– Franchement tu pourrais faire un effort ! opina Sötze. Tu n’as même pas d’armure à porter !

– Est-ce que tu peux au moins te tenir à moi ? intervint une nouvelle fois Darren.

Cette fois-ci, les Sources soient louées, Ayver répondit par l’affirmative. Nous pûmes donc continuer notre descente, Ayver sur le dos de Darren. Et il était temps, je commençais à avoir des crampes à rester ainsi crispé à la corde.

Une sorte de pause se présenta à nous lorsque le couloir changea brutalement de direction, nous offrant une pente très inclinée plutôt qu’une paroi horizontale. Darren en profita pour se délester de son paquet.

– La cassure est nette, remarqua Rick.

– Il était naïf d’espérer que le donjon ait tenu en un seul bloc, affirma Darren. Continuons.

Nous nous servions maintenant des racines comme d’une ligne de vie pour maintenir notre équilibre, plutôt que telle une corde de rappel. Ce fut au tour de Rixheim de tomber, glissant sur le sol. Son petit glapissement m’avertit et me permit de me plaquer contre le mur, évitant de justesse qu’il ne m’entraîne avec lui. Ayver n’eut pas se réflexe et se trouva emporté dans la course. Cette fois-ci Darren ne chercha pas à les arrêter, allant même jusqu’à saisir Rick pour le mettre à l’abri.

– Rick ! commanda Darren.

Et Rick marmonna un sortilège, donnant de nouveau vie aux racines qui se désentortillèrent et se déployèrent pour attraper mes deux larbins. Nouvelle catastrophe évitée.

– C’est qui le prochain ? On aurait peut-être mieux fait de les laisser là-haut, fit remarquer Rick.

J’avais envie de lui donner raison, mais je ne comptais pas me désolidariser de mes compagnons.

– Nous allons procéder autrement, décida Darren. Utilise un sort de gravité.

– Ça marche !

Et trois mots plus tard, nous chutions lourdement sur notre flanc. Car il avait remis le sol au sol et le plafond au plafond. Ce qui signifiait que le mur sur lequel nous nous tenions était de nouveau vertical. Bien évidemment, Darren et Rick avaient atterri comme des fleurs sur leurs pieds.

– T’aurais pu prévenir ! m’énervai-je en frottant ma hanche endolorie.

– Il était pourtant clair que j’allais lancer un sortilège de gravité, rétorqua Rick.

– Fais attention de ne pas épuiser tes réserves de mana, conseilla Darren.

– Je te fais signe quand je dois arrêter, affirma Rick.

Les deux mercenaires reprirent leur avancement côte à côte, tout en observant les fresques. Encore.

– Stop, ordonna Rick.

– Quoi tu n’as déjà plus de mana ? râlai-je. Ça ne fait même pas cinq minutes.

À ma décharge, j’ignorais si le sort employé consommait beaucoup de mana, ainsi que les quantités de réserve de Rick.

– Il y a quelque chose d’anormal, fit Rick après un signe négatif de la tête.

– Quelque chose d’anormal ? Ça veut dire quoi ? demanda Sötze.

– Si je le savais je vous le dirais, répliqua Rick.

– Tout le monde reste sur ses gardes et signale la moindre incohérence, décréta Darren. Continuons d’avancer prudemment.

Je détestais ne pas savoir à quoi j’avais à faire. Comme tout bon guerrier qui se respectait, je préférais avoir un ennemi bien tangible en face de moi, que je pouvais terrasser à coups d’épée.

Soudain, un fracas immanquable s’éleva, comme une pile de ferraille qui s’effondrait.

– Qu’est-ce que c’était ? murmura Sötze apeuré.

– Tu n’avais pas dit qu’il n’y avait rien ici ? demandai-je sur le même ton à Darren.

– Rien de vivant, me corrigea-t-il. Ce sont des bruits de métal et d’os que nous avons entendu.

– Mais c’est le flux de la Source de la vie qui était nécessaire pour entrer, protesta Ayver.

– Et alors ? répliqua Rick. Ce donjon n’a rien à voir avec les Sources. Si ceux qui l’ont construit étaient versés dans les deux flux, ils auront employé aussi bien l’une que l’autre.

Surgirent alors une dizaine de squelettes olydriens armés d’objet tranchant ou contondant en tout genre.

– Co… Coalition ! criai-je.

– Destruction ! répondirent mes trois compagnons.

Puis sans plus réfléchir, nous chargeâmes.

– Hé ! fit Rick.

– Attendez ! exigea Darren.

Mais nous n’étions bons ni pour l’attente ni pour la réflexion. Ils pouvaient bien rester à deviser dans leur coin tous les deux. Nous, nous étions des vrais combattants, prêts à l’action à tout moment.

Ce fut l’affrontement. Je leur rentrai dedans bouclier en avant. Puis ma course ralentie par les corps, je distribuai des coups d’épée et de bouclier sans distinction. À ma droite se trouvait Rixheim, équipé similairement mais avec une hache. À ma gauche, Sötze avec son épée à deux mains. Ayver était resté en arrière et préparait je ne savais quel sort.

– Ils… Ils ne meurent pas ! s’exclama Sötze.

– Courage ! les stimulai-je. Si on brise leurs os ils ne se relèveront pas !

– Helnard ! Attention ! hurla soudainement Ayver.

Je ne vis que trop tard la hache s’abattre sur moi dans mon angle mort. Puis la hache vola à l’autre bout du couloir. Darren était arrivé tel une tornade et envoyait valser les squelettes. Puis une salve verte inonda le lieu et les os redevinrent poussière.

– Qu’est-ce que c’était ? demandai-je.

– Pourquoi est-ce qu’on n’a pas été désintégrés comme eux ? interrogea Sötze.

– Un sort de soin, répondit Rick exaspéré.

– Les coups physiques sont inefficaces, ajouta Darren.

– Évidemment ! s’exclama soudainement Ayver ayant eu une révélation. On ne peut pas tuer ce qui est déjà mort.

– Hourra, un génie est né, fit Rick avec sarcasme.

– Outre les sorts de soins, un feu suffisamment puissant peut également en venir à bout, expliqua Darren.

– Mais toi tu as utilisé la magie de l’air, observa Rixheim.

Comme quoi ce garçon n’était pas qu’un estomac sur pattes.

– Uniquement pour décupler ma vitesse, développa Darren. Et je n’ai fait que les disperser. Sans le sort de Rick, ils se seraient reconstitués indéfiniment. Continuons.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #2 (suite)
le 13 février - 18:54

En parvenant finalement au bout du couloir, qui n’était absolument pas droit à cause des nombreuses brisures qui créaient un changement d’angle et donc de gravité, nous débouchâmes dans une nouvelle salle. Regorgeant de squelettes en tout genre.

Je me demandais même si certaines de ces créatures avaient vraiment existées. Comme par exemple cet être à trois cous de taille variée avec trois têtes complètement différentes. Ou cet oiseau qui avait ses deux ailes du même côté. Peut-être que les os s’étaient assemblés pêle-mêle sans aucune logique.

Ayver ne perdit pas de temps et enchanta de feu nos lames. Cette fois-ci, c’était la bonne.

– Coalition !

– Destruction !

– Mais ils ne meurent toujours pas ! constata Rixheim.

Bien au contraire, ils étaient devenus des torches ambulantes.

– Au feu ! hurla Sötze qui s’était fait prendre au piège.

– Aquarius ! lança Ayver.

Un puissant jet d’eau traversa la salle pour venir heurter Sötze qui finit assommer contre un mur.

– T’es avec nous ou avec eux ?! l’enguirlandai-je.

Heureusement pour Sötze, Darren utilisa sa rapidité pour le récupérer et le rapatrier en lieu sûr.

– Il faut tout faire soi-même ici, râla Rick avant d’utiliser un nouvel enchantement de feu sur nos armes.

– C’est quoi la différence ?! demandai-je par-dessus le brouhaha du combat.

– Le mien fonctionne !

Et comme pour prouver ses dires, Darren détruisit un squelette de pseudo-grésillon géant d’un coup d’estoc bien placé. Il maniait deux lames étroites et courtes ayant une garde presque inexistante qui correspondaient bien à son style de combat, rapide et agile, appuyé par la magie de l’air. Un instant il pouvait se battre à un endroit, l’autre il pouvait se retrouver à l’autre bout de la pièce à tuer un ennemi qui aurait décapité Ayver s’il n’était pas intervenu à ce moment précis.

Rick n’était pas en reste avec son épée plus large qu’il maniait indifféremment à une ou deux mains suivant le besoin. Contrairement à Ayver, la magie ne l’avait pas empêché de devenir un combattant accompli. Très peu d’Olydriens étaient capables de manier aussi bien les flux magiques que les armes physiques, préférant se spécialiser dans l’une ou l’autre voie. En général, ceux qui essayaient les deux n’étaient bons dans aucune, comme c’était le cas d’Ayver. Mais Rick comme Darren, même si ce dernier ne semblait maîtriser que le flux de l’air, faisaient partie de ces élites qu’on ne pouvait qu’admirer sans pouvoir ne serait-ce qu’aspirer de les rejoindre.

En moins de dix minutes, il ne resta plus que les cendres de nos ennemis.

– Ouais ! célébra Rixheim en agitant sa hache. Ça ne vous dit pas de rendre ce partenariat définitif ?

– Pour passer notre temps à sauver des boulets comme vous ? Non merci, se récria aussitôt Rick.

– Je ne comprends pas pourquoi mon enchantement n’a pas fonctionné, se demanda Ayver.

– Darren a dit un feu puissant ! s’exaspéra Rick. Tu comptais faire quoi avec ton sort ? Allumer des brindilles ? Et ranime ton copain.

Ayver déversa une potion dans le gosier de Sötze. Sur ce sujet, je savais pouvoir lui faire confiance. Pas forcément pour les préparer, mais au moins pour connaître son stock et leurs effets.

– Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda Sötze encore à moitié abasourdi.

– J’sais pas, répondit Rixheim. J’étais occupé à réduire en bouillie un tas d’os sur trois pattes !

– S’il n’y a pas d’autres blessés, continuons, décréta Darren.

Il ne perdait pas le nord lui.

– Par où ? demandai-je en constatant qu’il y avait deux ouvertures et donc deux choix possibles.

– Par ici, indiqua-t-il immédiatement. L’autre ne mène qu’à une chambre vide.

– Hein ? m’étonnai-je. Comment tu sais ça ?

– J’ai pu le voir pendant le combat.

– Quoi ? C’est impossible.

– Le feu dévorant nos ennemis apportait beaucoup de lumière.

Je ne m’étais pas inquiété de la luminosité mais plutôt de l’attention nécessaire à un combat. Où avait-il trouvé le temps de prendre note de ce qu’il se passait dans la pièce d’à côté ?

– Au fait, pourquoi tu n’as pas utilisé le même sort que tout à l’heure ? demandai-je à Rick.

– Alors que vous aviez déjà mis le feu partout ? fit-il sarcastique. C’était un coup à déclencher une catastrophe.

– Quel genre de catastrophe ? demanda Ayver.

– Je te l’expliquerai quand tu sauras faire autre chose qu’un feu de camp.

Quelques mètres plus loin, Darren nous arrêta d’un geste de la main. Puis il continua d’avancer. Comme Rick ne bougeait pas, je trouvai plus prudent d’attendre la suite à distance. Après quelques temps, Darren revint vers nous.

– Le passage est barré sur toute sa largeur par cinq mètres de pièges magiques, déclara-t-il.

– Quel type ? demanda Rick.

– Les quatre flux de la vie.

– Quoi ? m’étonnai-je. Mais tu avais dit que rien de vivant n’avait pu survivre.

– Vous le faites exprès ou votre bêtise est naturelle ? s’exaspéra Rick.

Il enchaîna avant que je n’ai pu lui cracher ses quatre vérités :

– Il n’y a aucune créature vivante. Ce principe ne s’applique pas à la magie qui, elle, a très bien pu être conservée ici. Donc pour récapituler, on peut rencontrer des créatures mortes et des effets des flux de la vie et de la mort.

– Oh ! s’extasia Rixheim.

– Bon c’est quoi le plan ? demanda Sötze.

Et voilà. Mes compagnons me boycottaient pour s’intéresser directement à Darren.

– On va les contourner, déclara ce dernier.

À peine ces mots eurent-ils quitté sa bouche, qu’un grand choc survint contre ma pauvre tête. Des cris de douleurs m’apprirent que mes compagnons étaient victimes d’un sort similaire.

– Qu’est-ce que… ? essayai-je de comprendre en tentant de me remettre droit.

Il semblerait que ce ne soit pas le mur qui soit venu se jeter à ma tête, mais ma tête qui ait décidé de percuter le mur. Autour de moi, mes compagnons se relevèrent à grande peine. Les mercenaires d’Alcor se portaient comme un charme et attendaient apparemment avec impatience que nous nous remîmes debout. Ce fut à cet instant que je compris.

– Tu as encore changé le sens de la gravité ! reprochai-je à Rick.

– Évidemment, répliqua celui-ci. Comment comptes-tu contourner le sol sinon ?

– Tu aurais au moins pu nous prévenir ! lui reprocha Ayver.

– Darren vous a prévenu. Je n’allais quand même pas faire un cours magistral sur deux heures pour vous expliquer ça.

– Les torches brûlent à l’envers, remarqua Sötze hébété.

Effectivement, au lieu d’aller vers le haut, les flammes s’élançaient vers le bas. C’était très perturbant.

– Dépêchons-nous de passer, décida Darren.

Nous nous empressâmes de le suivre marchant sur le plafond tout en contemplant les gravures sur le sol au-dessus de nos têtes.

– On ne peut même pas les atteindre, fis-je remarquer.

– C’est l’objectif, répondit Rick. Autant limiter au maximum les risques de catastrophe.

C’était à croire qu’il s’attendît à ce que nous cherchassions à les toucher. Nous n’étions pas stupides quand même.

Une fois les cinq mètres largement franchis, Rick rétabli la gravité dans le bon sens. Sans prévenir, pour ne pas changer. Je renonçai à m’énerver une énième fois à ce sujet et me contentai de masser mes membres endoloris.

– Où en sont tes réserves de mana ? s’enquit Darren.

– Ça va, le rassura Rick. J’ai encore de quoi tenir un bon moment.

Il ne semblait pas particulièrement inquiet sur le sujet, je décidai donc de lui faire confiance. Après tout, je n’y connaissais rien en magie.

Nous continuâmes ainsi pendant quelques temps à déambuler dans le donjon, affrontant quelques squelettes ici ou là, les mercenaires d’Alcor décelant les pièges avant que nous ne puissions les déclencher. Mais il n’y avait toujours aucun trésor à se mettre sous la main.

Nous débouchâmes finalement dans ce qui devait être l’ultime salle du donjon. Mais à part un immense dragon serpentaire de pierre, la pièce était complètement vide.

– Quoi ? Tout ce chemin pour ça ? m’exaspérai-je.

– Il n’y a même pas une pièce d’or, râla Sötze.

– Ne parlons pas d’une arme légendaire… soupira Rixheim.

Nous devrions donc continuer de nous contenter de nos armes médiocres.

– Ça ne sert à rien de pleurnicher, déclara Rick. On n’avait aucune idée de ce qu’on pouvait trouver. Ben maintenant on sait.

C’était facile à dire pour lui, les mercenaires d’Alcor, eux, avait déjà un équipement de bonne facture.

– Le temple a dû être vidé une fois qu’il est devenu impraticable, déduisit Darren.

– Mais alors pourquoi toutes ces protections ? râlai-je.

– Aucun intérêt de les désactivées, répondit Rick avec un haussement d’épaules. Je ne m’amuse pas à défaire des sorts qui ne me dérangent pas. Pourquoi perdre du temps et de l’énergie inutilement ?

– On peut faire une pause au moins avant de faire demi-tour ? interrompit Ayver sans se soucier de la conversation.

Et, sans attendre de réponse, il se laissa choir. Ce fut cet instant que choisit la sculpture pour revenir à la vie.

– Vous aviez dit aucune créature vivante ! geignit Ayver.

– En quoi une statue est-elle vivante ? rétorqua Rick.

Sötze dut plonger sur le côté pour éviter les mâchoires puissantes du monstre.



Édité le 13 février - 18:57 par Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #2 (suite et fin)
le 13 février - 18:56

– Moi je la trouve un peu trop vivante à mon goût ! s’écria ce dernier.

– Mes coups de hache ne lui font rien ! nous informa Rixheim. C’est plutôt lui qui use ma lame !

– Restez mobile ! ordonna Darren.

Facile pour lui, tout son style de combat était basé sur l’acrobatie. Nous nous étions chargés par notre armure et le poids de nos armes. J’aperçus au dernier moment la queue de cette chose s’abattre sur moi. J’eus tout juste le temps d’interposer mon bouclier qui encaissa la majorité des dégâts. Il s’en était fallu de peu pour que je ne trépassasse.

– Les gars, ce serait le moment de sortir un de vos tours de génie ! hurlai-je.

Je ne voyais que des silhouettes fugaces dans la périphérie de mon champ de vision et j’étais trop concentré sur ne pas mourir pour identifier ces personnes.

– On n’est pas tout puissant non plus ! brailla Rick par-dessus le vacarme des murs fracassés.

Avec un peu de chance, ce n’était que les murs et pas l’un des corps de mes compagnons.
– J’m’en fous ! Sortez nous de là !

Ça, c’était Ayver. Soudain, Darren se mit à réciter une suite de mots incompréhensibles. Je ne compris pas immédiatement qu’il s’agissait d’un sortilège. D’ailleurs, quand il se tut, il ne se passa strictement rien.

– Ça pourrait marcher ! acquiesça Rick.

– C’est un langage codé ?! demandai-je.

Moi qui croyais avoir entendu un sort. Mais pourquoi ne pas parler clairement ? Peut-être avaient-ils découverts que la statue comprenait nos échanges ?

– Par contre, je ne vais pas pouvoir maintenir le sort de gravité en même temps ! poursuivit Rick.

– Ok ! Je te couvre ! acquiesça Darren.

Et la gravité reprit ses droits. Indubitablement, je ne me trouvais pas au point le plus bas. Le seul avantage à ce changement fut que la créature fût aussi désorientée que nous. Darren continuait de virevolter avec aisance, bien qu’aucune surface ne demeurât à l’horizontale. C’était à croire que les lois de la physique ne s’appliquaient pas sur lui.

Pendant ce temps, Rick s’était isolé dans un coin et accumulait du mana tout en récitant les mêmes mots que Darren avait prononcés plus tôt. C’était donc bien un sortilège !

– Distrayez le monstre ! ordonna Darren. Il ne faut pas qu’il interrompe Rick !

– Compris ! rugit Rixheim sa hache dans une main et la moitié de son bouclier dans l’autre.

Je me demandai confusément si Rixheim avait des aptitudes de berserker dont il aurait oublié de me parler. Qu’était-il advenu des autres ? En cherchant bien, j’aperçus Sötze se relever de sous un éboulis. Il devait avoir eu encore moins de chance que moi lors du rétablissement de la gravité. Ayver, lui, était tapi dans un coin et essayait de se faire oublier.

À mon plus grand étonnement, il sortit soudainement de son trou et balança une potion qui vint exploser contre le corps de la bête sans lui causer le moindre dégât. À son tour, Darren appliqua la paume de sa main contre la créature en murmurant un sortilège que je ne saisis pas. Suivit une déflagration à l’endroit même. Quelques éclats partirent dont le monstre ne ressentit pas la perte.

– Écartez-vous ! commanda Darren.

Je me jetai contre un mur sans poser de question. Et je n’avais pas tôt fait de me baisser qu’une immense salve blanche m’aveugla complètement. Il y eut ensuite beaucoup de bruit puis plus rien. Le silence absolu.

– On est mort ? s’éleva la voix de Sötze.

– Toujours en vie ! répondit Rixheim. Je crois.

– J’espère bien, ajouta Ayver à mon plus grand soulagement.

Mes trois compagnons étaient saufs.

– J’ai trop mal pour être mort, poursuivit Ayver.

– Je vais bien aussi, signalai-je.

Même si « bien » me semblait être un superlatif au vu des douleurs qui parcouraient mon corps. En me redressant, je pus voir Darren s’activer auprès de Rick qu’il aidait à se relever. Ils discutaient à voix basse et je ne pouvais entendre ce qu’ils se racontaient. Bah ! Cela n’avait pas d’importance.

– Sortons d’ici, décréta Darren.

Nous grognâmes à l’unisson.

– Tu ne veux pas attendre un peu ? suppliai-je. On n’arrivera jamais à faire le chemin inverse dans notre état. Et Rick n’est sûrement plus en état d’utiliser son sort de gravité.

– Ce ne sera pas nécessaire, répondit-il en me montrant une direction du doigt que je suivis machinalement des yeux.

Notre combat avait créé une ouverture béante dans le pan d’un mur qui donnait sur une forêt. Nous n’avions qu’à nous laisser glisser le long de la pente pour sortir de ce maudit donjon.

La descente fut plus périlleuse que ce à quoi je m’attendais. En effet, la brèche ne donnait pas directement sur le sol mais en hauteur. J’en avais marre. Cela ne finirait-il donc jamais ?

Darren contempla l’escarpement avant de prendre Rick dans ses bras et de sauter élégamment de raidillon en raidillon jusqu’à atteindre la terre ferme.

Mes compagnons et moi enjambâmes lourdement l’embrasure et désescaladâmes avec lenteur et difficulté. Le dernier mètre se termina par une chute disgracieuse mais heureusement peu douloureuse.

Rick nous attendait assis contre un tronc, mais pas de trace de Darren.

– J’ai trouvé un endroit approprié pour monter le camp, s’éleva soudainement la voix de l’absent.

Ce dernier venait tout juste de surgir d’entre deux buissons. Je ne l’avais même pas entendu se déplacer. Il aida Rick à se remettre sur ses pieds avant de retourner par où il était arrivé. Sans plus réfléchir, nous le suivîmes jusqu’à un espace un peu plus dégagé où nous pûmes nous étaler.

– Tu parles d’une journée, se plaignit Sötze.

Darren rassembla un peu de bois qu’il empila entre quelques cailloux. Il prononça un mot et une flammèche jaillit de sa paume pour embraser les branches mortes.

– Trop facile, même-moi je sais le faire, commenta Rixheim.

– La ferme Rixheim, marmonnai-je.

Darren nous donna ensuite un de ses bâtonnets de viande que nous avions apprécié plus tôt dans la journée. Le ciel nocturne me paraissait bien sombre à travers les frondaisons épaisses des arbres. Je me rapprochai instinctivement du feu qui donnait un sentiment rassurant.

Tandis que je mâchais mécaniquement mon repas, j’observais Darren s’occuper de Rick. Il lui fit d’abord avaler une potion avant de l’obliger à manger, ce que ce dernier ne semblait pas motiver à faire.

– T’as l’air mal en point, déclarai-je malgré moi.

Il avait le teint extrêmement pâle et des cernes prononcées qui semblaient accentuées par la danse des ombres projetées par les flammes.

– C’est rien, me rassura-t-il. Je suis juste vidé. Une bonne nuit de sommeil et je serais prêt à repartir.

Il devait vraiment être au bout, car dès que Darren cessa de s’occuper de lui, il plongea aussitôt dans une profonde léthargie. Son partenaire le recouvrit d’une couverture avant de finalement s’occuper de ses propres besoins. Je ne restai moi-même pas éveillé bien longtemps.

Une vive lumière blanche me tira finalement de ma torpeur. Quelle heure était-il ? Je me redressai doucement, des courbatures se manifestants douloureusement à chacun de mes mouvements.

Tout le monde dormait encore, sauf Darren qui était assis, la tête de Rick sur ses jambes, et qui lui caressait affectueusement les cheveux. Il m’offrit un léger signe de tête en guise de salut, ce que j’appréciai. J’avais le crâne qui résonnait déjà des bruits ambiants et je n’aurais pas supporté le son d’une voix.

Un peu plus d’une demi-heure fut nécessaire pour que tout le monde émerge. Entretemps, Darren avait ravivé le feu et fait bouillir de l’eau dans laquelle il jeta quelques herbes sèches. La boisson chaude qu’il nous proposa me fit le plus grand bien et j’en savourai chaque gorgée. Après cela, des discussions sans intérêt naquirent.

Darren parvint à nous motiver à bouger une heure plus tard. Je n’avais aucune idée de la manière dont il parvenait à se repérer, mais il réussit à nous faire sortir des broussailles en à peine vingt minutes. Le deuxième soleil commençait déjà à décliner au profit du troisième dont on voyait la lueur rouge poindre à l’horizon.

– Il y a par ici un village qu’on devrait pouvoir atteindre avant la tombée de la nuit, énonça Darren.

La civilisation. Merveilleux…

– Notre point de départ se trouve là-bas, indiqua-t-il dans une autre direction, mais il nous faudra au moins deux jours pour y retourner.

– M’en fiche. Je veux un lit, décidai-je.

Nous prîmes donc le chemin le plus court vers l’oreiller. Rick semblait effectivement avoir repris du poil de la bête. Plus que nous en tous cas.

Je fus soulagé en apercevant finalement la bannière indiquant l’emplacement de l’auberge, juste à l’entrée du village qui plus était. Quelle chance !

– À boire et à manger pour des aventuriers fourbus ! exigeai-je en poussant la porte de l’établissement.

Nous nous réunîmes tous les six autours d’une table et l’on nous apporta de quoi nous sustenter accompagné de chopes de furiblonde. Ha ! Qu’il était bon d’être vivant ! Surtout quand des filles vinrent s’intéresser à nous et à nos aventures.

L’une d’elle s’enticha particulièrement de Darren et, à ma plus grande surprise, il la laissa faire, l’encouragea même. Assez rapidement il se leva pour la suivre à l’étage. Moi qui croyais que ce type n’était pas normalement constitué… Peut-être que la serveuse du Rôti Rutilant n’était simplement pas son genre ?

Je surpris l’expression fugace de jalousie sur le visage de Rick mais il la dissimula bien vite et reprit la conversation et la ripaille comme si de rien n’était. Pourtant, il s’excusa de table quelques minutes plus tard, prétextant la fatigue.

Mais ce qu’il se passait entre les mercenaires d’Alcor ne m’intéressais pas et je continuai donc de profiter pleinement de la célébration de notre existence continue. Et avec un peu de chance, je réussirais à me dégoter une belle-de-nuit pour une poignée de crédits.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #2 (scène bonus)
le 13 février - 18:59

Scène bonus #2



Rick monta les marches quatre à quatre et claqua furieusement la porte de la chambre qu’il partageait avec Darren. Assurément, ce dernier n’était pas encore rentré. Rick se mit à faire les cent pas, s’agitant tel un fauve en cage.

Puis il songea à ce que Darren penserait s’il le voyait dans cet état-là et il s’assit brutalement sur un lit. Il sortit alors son épée et commença à s’en occuper. Celle-ci était de bonne qualité et ne nécessitait que peu d’entretien. Il sentait les flux magiques parcourir sa lame et en tira une certaine sérénité.

Le jeune homme sursauta lorsque la porte de la chambre s’ouvrit à nouveau. Il poussa un soupir de soulagement en reconnaissant le nouvel arrivant et s’affala alors sur le lit, son épée suivant le mouvement. Et tandis que la porte se refermait, il murmura un sortilège isolant la pièce.

– Tu vas bien ? s’enquit Darren en s’asseyant près de lui.

Il passa une main sur son front pour vérifier qu’il n’avait pas de fièvre.

– Ça va, j’ai connu pire, le rassura Rick. Mais c’est vrai que maintenir ce sort de gravité aussi longtemps était éreintant. Même pour moi. Promets-moi qu’on ne s’associera plus avec ces quatre-là.

– D’accord, acquiesça aisément Darren.

– C’était marrant de les trimballer, rit soudainement Rick, mais une seule fois c’est largement suffisant. En plus au final on n’a rien gagné.

– Pas tout à fait, le contredit Darren.

– Comment ça ? demanda Rick en se redressant sur les coudes.

Darren sortit alors deux petites pierres translucides teintées de violet.

– Des Pierres d’illusion ! reconnut Rick. Où les as-tu trouvées ?

– À la place des yeux de la statue. Dans la confusion qui a suivi sa destruction, il a été aisé de m’en emparer.

– Tu es vraiment le meilleur ! s’extasia Rick.

Puis son humeur s’assombrit en se remémorant d’où arrivait tout juste Darren.

– Cette fille… Tu as pu obtenir des informations intéressantes au moins ? demanda Rick.

– Oui. Demain direction Eramör. Je veux vérifier quelques rumeurs.

– Peu m’importe où l’on va…

Rick s’interrompit en surprenant Darren se frotter les yeux.

– Ça va ? s’enquit Rick devant la gêne visible de son partenaire.

– Il faut que je change mes lentilles, expliqua Darren.

La nouvelle n’apporta qu’une réaction minime de son compagnon.

– Déjà ? s’étonna ce dernier.

Sans plus de cérémonie, Darren ôta de ses yeux une membrane translucide cerclée d’un gris vaporeux, laissant paraître des iris ternes et métalliques.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #3
le 20 février - 17:28

Mission #3 – Académiciens



Le ciel était illuminé d’une teinte rosée, mélange entre deux soleils, et la température était agréable. Un moment parfait pour se promener dans le parc après les cours.

– Je déteste le professeur Hertj, déclara Ithan, un étudiant. Quelle idée stupide de nous faire courir pendant des heures. Comme si cet exercice avait une quelconque utilité.

– Tout ça, c’est pour ceux qui veulent suivre la branche soldat, se plaignit Ovena, une autre étudiante.

– Je ne comprends même pas qu’une telle spécialisation existe à Memoria, ajouta Rywa.

– C’est une question d’ordre politique, expliquai-je. Cela permet de mettre en valeur la branche militaire afin de trouver des volontaires plus facilement. Nous leur donnons du prestige pour leur donner envie de faire ce travail.

– Enfin, même si ce cours ne sert à rien, tu t’en sors plutôt bien Lysfjord, me complimenta Ovena.

Je la savais insincère mais elle n’avait pas besoin de le savoir.

– Évidemment, répondis-je donc. Je ne suis pas une Stompetoren pour rien.

Ma famille évoluait dans les plus hautes sphères de l’Empire depuis des générations. Elle avait été l’une des premières à recevoir le sérum N01. Je me devais d’être à la hauteur et en tout point parfaite.

– Hé Darren ! appela Trahn, l’un de mes suivants. Toi qui es doué dans cette classe de berserker, rassure-moi, tu ne comptes pas faire une carrière militaire ?

– Non, répondit-il sincèrement.

– Et quelle spécialisation t’intéresse ? m’enquis-je.

– J’hésite entre ingénieur et docteur, révéla-t-il.

– Ce n’est pas vraiment la même branche, fit remarquer Ithan.

– Les deux sont similaires, le contredit Darren. L’un répare les vivants, l’autre donne vie à l’inerte.

– Vu comme ça… fit Rywa incertaine.

– Je pense que la spécialisation diplomate te conviendrait mieux, intervins-je.

Il ne sembla pas plus ému que cela par mon appui. Soit il ne comprenait pas le poids que j’avais en tant qu’héritière des Stompetoren, soit il savait que je comptais l’utiliser par la suite. Je penchai allègrement pour la seconde version. C’était cette faculté de discernement qui m’avait attirée chez lui. Associé à une personnalité calme et une capacité à se taire, il ferait un excellent politique.

Les gens avaient tendance à sous-estimer l’importance du silence. S’il était nécessaire de savoir s’imposer dans un débat, savoir écouter était d’autant plus indispensable. Les gens qui parlaient se trahissaient, en révélant toujours plus, offrant leurs faiblesses à celui ou celle qui savait les percevoir.

– Et si on allait à la Croisée des chemins ? proposa Trahn.

– Bonne idée, approuvai-je.

– Génial ! se réjouit Ithan et notre petit groupe se mit en route.

Inutile de me mentir, j’adorais ce petit pouvoir que je possédais. Tout le monde me demandait mon avis avant de faire quoique ce soit, et si j’étais contre, alors personne ne le faisait. Mais tout ceci n’était qu’un exercice. J’avais l’intention d’aller très haut dans les sphères politiques et ces étudiants constituaient le début de mon empire.

Lorsque nous entrâmes dans la taverne, un autre groupe de jeunes portant l’uniforme blanc de Memoria était déjà présent. Et cela se remarquait. Non pas à cause de la couleur ivoirine de leur tenue, mais du fait de leurs braillements et de leurs grands gestes inutiles en tous sens.

– Ça se sont des élèves de la branche soldat, commenta Ovena avec dédain.

– D’ailleurs vous avez entendu la rumeur ? demanda Ithan. Il paraît que nous n’aurons bientôt plus le droit de quitter l’Académie et qu’il faudra une permission spéciale. C’est vrai Lysfjord ?

– Oui, confirmai-je. Certains négligeant leurs études, il a été décidé de limiter les sorties.

– Encore à cause de ces foutus apprentis soldats, maugréa Rywa.

– Soldat c’est la seule vraie carrière, intervint un nouvel arrivant.

– Dégage Serserver, on veut pas de toi, décréta Ithan.

Le susnommé ne s’en trouva pas affecté le moins du monde. Il faudrait vraiment qu’Ithan travaillât son intimidation.

– Seule une carrière militaire peut conduire jusqu’au rang de teknögrade, affirma Serserver. La plus haute distinction de l’Empire.

– Laisse-moi te désillusionner, intervins-je. Tu n’as aucun potentiel pour atteindre cette position. Seule une poignée d’hommes et de femmes font partie de cette élite, des êtres d’exception auxquels tu n’appartiens pas. Il nous reste encore deux mois avant de décider de la branche à laquelle nous souhaitons nous consacrer, tu peux encore changer d’avis.

– N’importe quoi Stompetoren, répliqua-t-il mais je ressentais son manque d’assurance. J’y arriverais ! Et pas parce que mes parents et mes grands-parents ont déjà de bonnes relations.

S’il espérait m’offusquer, il se trompait lourdement.

– Sans relation, impossible de progresser, déclarai-je.

– Le talent ça compte aussi, protesta-t-il.

– Uniquement pour se faire remarquer et obtenir des relations importantes si on se débrouille bien, contrai-je. Nous en revenons donc au point de départ. Je suis déjà bien plus avancée que toi. À tel point que tu ne me rattraperas jamais.

Il était toujours bon de garder quelques insectes à écraser pour asseoir sa supériorité. Et Serserver était la victime idéale.

– Merryl, appela-t-il dans un ultime espoir, tu es d’accord avec moi, pas vrai ? Toi aussi tu veux faire soldat hein ?

– Non, répondit Darren.

Mon sourire de prédateur s’agrandit.

– Ah, ne me laisse pas tomber comme ça mon pote, geignit Serserver.

Il savait véritablement donner dans le pathétique. Il ferait mieux de s’arrêter et de se retirer du jeu plutôt que de s’entêter.

– La branche soldat ne vaut pas moins que les autres, vola finalement à son secours Darren. Mais ce n’est pas celle que je pense suivre.

Cette réponse sembla satisfaire Serserver qui nous sourit victorieusement.

– Je le savais qu’on se comprenait toi et moi, déclara-t-il. Allez, viens. Je t’offre une sambouillante. On va discuter et je vais te faire changer d’avis sur ta spécialisation, tu vas voir.

Puis il mit sa main familièrement autour des épaules de Darren pour l’entraîner vers le bar. Quel toupet. Pour qui se prenait-il celui-là pour embarquer un membre de mon clan. Je m’apprêtais à intervenir quand le concerné m’adressa un discret signe de la main me demandant de laisser courir.

Il savait ce qu’il faisait et partait de son plein gré pour éviter l’émergence d’un conflit. Voilà ce que je comprenais. J’acceptai donc son départ. Inutile de perdre plus de temps avec Serserver alors que j’avais toujours l’ascendant et lui la fausse satisfaction de remporter une partie. Quel idiot. Je préférai m’abîmer dans de plus agréables pensées.

Darren Merryl, un nom qui m’était inconnu mais un garçon qui avait du potentiel, je le pressentais. Avec mon appui et mon réseau, il pourrait aller loin. Et il pourrait me rapporter beaucoup.

Et puis il était plutôt beau gosse avec ses cheveux noirs qui attiraient irrésistiblement ma main. Je me demandais quel effet cela ferait. En plus, il était athlétique sans être imposant et grand mais pas trop. J’étais moi-même plutôt dans la moyenne haute pour une femme avec mes un mètre soixante-douze. Sa taille, qui devait avoisiner les un mètre soixante-quinze, me permettait de porter de courts talons tout en restant plus petite que lui. C’était un détail important.

Je l’imaginais aisément à mes côtés, charismatique et intelligent comme il l’était. Il correspondait à l’homme idéal. Ne restait plus qu’à le convaincre d’opter pour la spécialisation diplomate, et tout serait parfait. Il me restait encore deux mois. C’était largement suffisant.



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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #3 (suite)
le 20 février - 17:29

Le lendemain commençait par le cours de stratégie militaire, exécuté par le professeur Tücksov. J’avais beaucoup de mal à imaginer comment un homme aussi burlesque avait pu obtenir une place aussi prestigieuse que celle d’enseignant à la meilleure académie de l’Empire. Petit, ventripotent, avec de longs cheveux multicolores qui se dressaient sur sa tête, je l’imaginais plus volontiers en bouffon.

Or ce cours, d’une importance vitale peu importait la carrière souhaitée, ressemblait plus à une comédie qu’à l’art qu’il était censé être. C’était un avantage pour moi qui, de par mon éducation, possédais déjà de bonnes connaissances dans ce domaine, mais c’était une catastrophe pour l’Empire qui se retrouverait avec plusieurs générations d’incapables.

Heureusement, le contenu s’était amélioré grâce à l’intervention fortuite de Darren. Cet incident m’avait justement permis de le remarquer. Le cours avait paru se dérouler comme à son habitude, c’était-à-dire en tous sens et dans le plus grand brouhaha. Quand soudain le professeur s’était interrompu. Cet étrange silence lui avait d’ailleurs valu l’attention de tout l’amphithéâtre.

Il avait fixé Darren droit dans les yeux. « Monsieur Merryl, qu’êtes-vous en train de faire ? » lui avait-il demandé. Une question bien étrange au vu du bazar sans nom qui régnait à chacun de ses cours. Les bavardages s’étaient naturellement tus et certains émergeaient lentement du sommeil devant le changement de rythme. « Je prends des notes, » avait simplement répondu Darren. Déjà son ton et l’expression de son visage m’avaient marquée. Il n’avait montré ni insolence, ni surprise, ni affolement. Il était maître de ses émotions.

« Montrez-moi ces notes, » avait exigé le professeur. L’expression du voisin de Darren qui avait jeté un coup d’œil sur sa table, m’avait renseignée sur le fait que ses « notes » n’étaient pas conventionnelles et n’étaient probablement pas des notes du tout. J’avais vu d’ailleurs certains étudiants ranger hâtivement des magazines. Qu’avait-il bien pu faire de plus pour être remarqué par le professeur ? Peut-être serait-il expulsé avant d’avoir terminé le premier mois à Memoria.

Contre toute attente, il n’avait pas été blâmé, bien au contraire. « Qu’est-ce ? » avait demandé le professeur en se plongeant sur la tablette employée par Darren. « L’Empire, » avait succinctement répondu Darren. « Et ça ? » « Le commandant. » « Et donc ceci représente les troupes de la Coalition ? » « En effet. » « C’est une idée brillante ! » Une discussion qui n’avait pas eu beaucoup de sens pour nous qui ignorions alors le contenu des notes de cet étudiant.

Nous fûmes très vite éclairés par le professeur qui avait demandé la permission à Darren de diffuser ses notes sur le grand écran. Ce dernier avait aisément donné son assentiment. Nous avions pu alors découvrir le travail de Darren. Celui-ci était parvenu à retranscrire les propos du professeur sur un fond de carte où les différents groupes étaient représentés par des tâches de couleurs, dans les teintes jaune pour l’Empire et rouge pour la Coalition. Certains personnages importants étaient différenciés par un symbole distinct.

Sous l’injonction de notre professeur, Darren avait repris une à une les pages, expliquant le déplacement des troupes et les issues des escarmouches. Le cours s’était poursuivi avec la voix du professeur Tücksov et les visuels en direct de Darren.

À la fin, le professeur avait retenu ce dernier et lui avait demandé s’il pouvait lui donner ses notes de ce cours-ci et des précédents ainsi que s’il pouvait continuer à projeter ses images lors des prochaines conférences. Ce à quoi Darren avait répondu par l’affirmative. Sans même réclamer de contrepartie.

Et j’avais compris qu’il avait certes des capacités, mais qu’il manquait d’expérience. J’avais alors saisi cette opportunité et avais décidé de le prendre sous mon aile, en commençant par exiger ce qui lui était dû. « C’est pour le bien commun, » était intervenu Darren après ma tirade. Sa naïveté était touchante. Sans moi, il était certain qu’il se ferait dévorer en un instant, talent ou non.

Depuis nous avions donc gagné des visuels aux cours de stratégie militaire et moi un nouvel apprenti. Même si ce dernier était plutôt réticent. Darren n’avait pas embrassé la voie que je lui ouvrais comme je l’avais espéré. Il y était même plutôt indifférent. Mais comme il ne me repoussait pas pour autant, je savais que j’avais encore toute mes chances de le ferrer. Il ne me restait plus qu’à trouver le bon appât.

J’avais donc continué de l’observer et d’interagir au maximum avec lui. De manière générale, Darren s’entendait avec tout le monde mais ne semblait pas avoir de bons amis, de préférence. C’était ainsi que chacun pouvait se l’accaparer suivant le moment, comme l’avait fait la veille Serserver.

– Lysfjord, tu seras présente demain au gala de Tretgorg, n’est-ce pas ? s’enquit Ovena.

– Bien évidemment, affirmai-je. En tant qu’héritière des Stompetoren, je suis invitée à un événement aussi important.

Ce qui n’était pas le cas des autres. Il était nécessaire de toujours maintenir une certaine distance avec eux, de leur montrer à quel point je leur étais supérieure et qu’ils avaient donc de la chance que je daignasse leur accorder de mon temps. Cela ne me rendait que plus importante à leurs yeux. Ainsi continuaient-ils de m’élever sur un piédestal, celui qui me revenait de droit.

– Avec un peu de chance, elle sera là aussi et tu pourras lui parler ! s’excita Rywa.

– Keynn Lucans est censé paraître à cette soirée, songeais-je. Donc il y a effectivement de fortes chances que je lui sois présentée.

– Euh… Vous parlez de qui ? demanda Trahn.

– Comment ? Tu n’es pas au courant ? fit Ovena avec un étonnement un peu trop marqué pour paraître naturel.

– Tout le monde ne parle que d’elle ! s’exclama Rywa avec frébilité.

Elle, au moins, paraissait réellement ressentir de l’euphorie. Je savais aussi que c’était naturel chez elle et pas le moins du monde calculé. Elle ferait une piètre politique. Mais l’on avait toujours besoin de petites mains pour une tâche ou une autre.

– De qui ? répéta Trahn.

– Reyna Norwyn, la fiancée de l’Empereur, lui répondit finalement Ithan.

– La quoi ?! lâcha Trahn incrédule.

– Ce ne sont que des rumeurs, tempérai-je. Mais cette femme a fait récemment une apparition au bras de Keynn Lucans. Forcément, les rumeurs n’ont pas tardé à courir à son sujet.

– Mais personne ne sait qui elle est ni d’où elle vient, s’agita Rywa.

– Aucune information n’a réellement filtré à son sujet, confirmai-je. Mais j’ai bien l’intention de remédier à cela.

– Tu as trop de chance, tu vas pouvoir interagir avec elle ! se réjouit, toujours aussi faussement, Ovena.

Je savais cette dernière en réalité malade de jalousie. J’en éprouvais un sentiment profond de satisfaction.

– Une femme au bras de notre Empereur hein… fit Trahn pensif. Elle doit être l’archétype de la beauté…

Ah, les hommes… Tous les mêmes. Enfin… Presque. Je n’avais toujours pas réussi à faire en sorte que Darren s’intéressât à moi. Mais ce n’était qu’une question de temps.

– Il y a sa photo dans le magazine Néo-Réceptif, répondit Rywa en sortant le dit magazine de son sac.

– Fait voir, s’impatienta Trahn.

Sur une page complète s’étalait la photo de l’Empereur dans un ensemble blanc aux broderies dorées. Sur sa longue redingote immaculée était fixée une broche reprenant l’emblème de l’Empire. Il avait adopté pour l’occasion une coupe de cheveux mi-longs platine, plaqués élégamment sur le côté. Il donnait le bras à une jeune fille – elle paraissait bien trop jeune pour être qualifiée de femme. Elle arborait une magnifique chevelure noire bouclée qui cascadait le long de ses épaules, mettant en valeur un pendentif aux couleurs bleu et argenté s’accordant à sa robe. Elle affichait un sourire timide et mystérieux peignant le portrait même de l’innocence. La seconde main de l’Empereur était d’ailleurs posée sur la main blanche et délicate de la jeune fille en un geste protecteur. Le couple donnait l’impression de se compléter et d’être exactement fait l’un pour l’autre.

– Bof, fit Trahn. Elle manque un peu de poitrine à mon goût.

M’étais-je déjà plainte de l’esprit étriqué des hommes ?

– Elle est quand même mignonne, temporisa Ithan.

– En tous cas elle plaît à notre Empereur, gloussa Rywa.

J’étais d’accord sur le fait qu’elle n’était pas belle dans le sens où elle ne ressemblait pas à un mannequin. Mais il y avait chez elle quelque chose de plaisant dans le regard et une simplicité qui se dégageait… Bien sûr il était difficile de juger sur une simple photo. Heureusement je devais avoir bientôt l’occasion de la voir pour de vrai et même d’échanger avec elle.



Édité le 25 avril - 18:42 par Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #3 (suite)
le 20 février - 17:31

– Hé ! Darren ! héla Ithan. Tu en penses quoi toi ?

Le susnommé vint à notre rencontre.

– Vous souhaitez mon avis sur quel sujet ? s’enquit Darren.

– Reyna Norwyn, répondit Trahn en lui mettant la photo sous les yeux.

Je remarquai le visage de Darren se troubler étrangement.

– Euh… Je… bafouilla-t-il en reculant son visage du magazine et en détournant les yeux.

Étonnant, c’était la première fois que je le voyais perdre ses moyens. Aurait-il le béguin pour elle ?

– Tu la trouves comment ? insista Trahn.

– Elle est… jolie ? bredouilla Darren.

– Tu ne trouves pas qu’elle manque de poitrine ? s’acharna Trahn.

– De… de quoi ? cafouilla Darren.

Il était réellement en train de perdre ses moyens, un bel écarlate commençant même légèrement à teinter son visage. Intéressant.

– Ne t’inquiète pas Darren, intervins-je. Ne fais pas attention à Trahn qui semble faire une fixette sur une certaine partie de l’anatomie des femmes. L’important c’est que tu ais les mêmes goûts que le numéro un de l’Empire.

– Je… commença-t-il avant de préféré se taire.

– Il y a de grandes chances pour que je la rencontre demain, poursuivis-je. Je pourrais me rapprocher d’elle et un jour te la présenter, qui sait ?

– Demain ? interrogea Darren en ayant un tant soit peu repris le contrôle de lui-même.

– Je suis invitée au gala des Tretgorg, une importante famille de l’Empire, expliquai-je.

Il ne devait probablement pas les connaître, vu qu’il semblait venir de nulle part. Encore un domaine dans lequel je pouvais l’aider.

– Ah, d’accord… murmura-t-il.

– Alors comme ça tu préfères les brunes, le taquinai-je en remettant en place une mèche de mes cheveux bleu électrique.

Une jeune fille de la Haute Société se devait d’être toujours à la pointe de la mode, voire de la créer. Cette couleur avait été mise en avant justement parce que Reyna Norwyn avait été vue avec une robe bleue. Il était donc devenu impensable de ne pas avoir ne serait-ce qu’un accessoire dans l’une de ces nuances. J’avais opté pour un style éclatant qui faisait immanquablement tourner les têtes. J’avais bien l’intention d’être la reine du bal demain soir. Il était impératif de toujours se faire remarquer, dans le bon sens bien entendu.

– Pas spécialement, me répondit Darren et je sentais qu’il avait retrouvé son aplomb.

Dommage que le moment n’ait pas duré plus longtemps. J’étais certaine que j’aurais pu lui soutirer de nombreuses informations qu’il cachait d’ordinaire.

– Bon alors vas-y. Racontes, fit Trahn. Quels sont tes goûts en matière de fille ?

Je remerciai intérieurement ce dernier. Ce n’était pas le genre de question que je pouvais poser sans paraître trop affectée, mais la réponse m’intéressait fortement.

– À moins que tu ne préfères les garçons ? minauda Ovena.

J’étais certaine qu’elle aussi cherchait à mettre la main sur Darren. Comme si elle avait la moindre chance contre moi. Enfin, il faudrait que je songeasse à la remettre à sa place. Elle testait un peu trop mes limites ces derniers temps. Je me devais de garder le contrôle.

– Je n’y ai jamais réfléchi, avoua Darren sans gêne.

Il était donc encore plus candide que ce que je croyais.

– Allez, insista Trahn. Entre mecs, tu peux bien nous l’avouer. Tu as au moins fantasmé une fois sur Lysfjord. Admire ce corps de rêve avec cette poitrine rebondie et ce…

La claque partit toute seule.

– Tu es vraiment un sale cochoboule, sifflai-je.

– Ta pensée n’est pas courtoise, m’appuya Darren. Et pour répondre à ta question, non, cela ne m’a jamais traversé l’esprit.

Enfin un homme digne de ce nom. En me détournant de Trahn, j’en profitai pour saisir le bras de Darren et l’entraîner avec moi. Il ne protesta pas. Au moins un élément positif sortait de cette débâcle.

– Hé ! protesta Trahn. Mais attendez moi !

– Ta compagnie n’est plus requise, répondis-je sans me retourner.

– Quoi ? Mais ?

Je poursuivis mon chemin sans plus accorder la moindre attention à ses mots. J’attendrai qu’il rampât à mes pieds avant de considérer lui donner une seconde chance en tant que lèche-botte. Un frisson d’excitation me parcourut. J’adorais ce pouvoir de faire et défaire les gens. Je resserrai ma prise sur Darren.

Finalement, rien ne valait mieux qu’une princesse en détresse pour mouvoir un preux chevalier. Et plus j’en apprenais sur Darren, plus j’étais persuadé qu’il faisait partie de cette catégorie de héros au cœur pur des romans de fiction. Ceux qui seraient incapables de survivre dans le rude monde qu’était la réalité. Il était donc nécessaire que je le façonnasse pour y résister.

Le lendemain à mon plus grand désarroi, je surpris Darren à discuter avec Serserver et d’autres prédisposés à la branche militaire. Moi qui croyais avoir finalement accaparé son attention… Il agissait comme d’habitude, sans m’ignorer mais sans rechercher ma compagnie pour autant. Et dire que je pensais avoir progressé dans cette direction. Mais je ne lâcherai pas l’affaire si facilement.

– Darren ? l’appelai-je.

– Oh ! Fous lui la paix Stompetoren ! s’écria l’une des filles qui l’entouraient.

– Tu peux venir ? demandai-je en ignorant l’autre petite mijaurée.

Ne lui laissant même pas le temps de répondre, les futurs soldats se placèrent devant lui, l’empêchant de passer.

– T’en n’as pas marre de le monopoliser ? fit idiot numéro un.

– Ouais, c’est pas ta propriété, ajouta idiot numéro deux.

– Et donc il est vôtre ? me moquai-je.

– C’est l’un des nôtres, déclara idiote numéro trois. Et c’est pas parce qu’il est trop gentil pour t’envoyer balader qu’on va te laisser lui casser les pieds.

– L’un des vôtres ? raillai-je. Mais ma pauvre, il vaut bien mieux que les tourlourous que vous êtes.

– Je vais lui balancer mon poing dans la tronche… susurra débile numéro deux.

– Je ne m’attends à guère mieux de la part de bidasses, répliquai-je.

Des poings se serrèrent et des muscles se tendirent. Il était tellement aisé d’échauffer ces têtes brûlées. Je pouvais en faire ce que je voulais. Je sentis la commissure de mes lèvres se relever.

– Cela suffit Lysfjord, intervint finalement Darren. Je ne pensais pas être l’objet de tant de convoitise. Je ne m’estime pas au-dessus d’eux. Ni que tu leur sois supérieure.

– Comment oses-tu ? me récriai-je. Je suis l’héritière des Stompetoren. Contrairement à vous tous et vos petites prétentions, j’ai déjà échangé avec le leader de notre faction, moi.

– Ta naissance t’a donné certaines opportunités mais cela ne change en rien ta valeur. Il n’y a aucune fierté à être le résultat d’un concours de circonstances.

– Je ne te permets pas !

– Je n’ai pas besoin de ta permission. Le seul qui peut clamer être mon propriétaire est Keynn Lucans, le chef de la faction que je sers.

– Beau discours, le félicita idiot numéro quatre. Il ne te reste plus qu’à devenir teknögrade de rang un pour que ce soit entièrement vrai.

– J’ai changé d’avis, sifflai-je. Darren Merryl, tu n’es vraiment qu’un corniaud. Grâce à moi tu aurais pu t’élever plus loin que n’importe qui. Mais reste donc où tu es et va mourir stupidement sur un champ de bataille.

– Ma place me convient, répondit-il tranquillement.

– Venez on s’en va, décrétai-je en tournant les talons. J’ai déjà assez perdu de temps comme ça.

J’étais furibonde.

– De quel droit ose-t-il me parler ainsi ?! À moi ! Lysfjord Stompetoren !

– C’est clair qu’il ne se prend pas pour rien, appuya Rywa.

– Me faire humilier ainsi par ce roturier ! Comment ose-t-il me rabaisser ! Me mettre au même niveau que ces manants !

– C’est une honte, acquiesça Ithan.

– Je vais lui faire payer. Je vais lui montrer à quel point il a eu tort de me rejeter pour ces bouseux. Jamais, vous m’entendez, jamais il ne sortira de la fange dans laquelle il a grandi. J’en fais le serment, foi de Stompetoren.



Édité le 25 avril - 18:43 par Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #3 (suite)
le 20 février - 17:34

Mais pour l’heure je devais me préparer à la soirée qui m’attendait. J’avais tout juste le temps de rentrer chez moi pour ce faire. Heureusement, nous possédions des serviteurs zélés qui avaient déjà tout préparé pour mon arrivée.

Je commençai par me dévêtir avant de me glisser dans mon bain à base de lait de cochoboule, un produit extrêmement coûteux mais aux nombreuses vertus, entretenant l’éclat et la délicatesse de la peau. Afin de préserver mon épiderme, les domestiques procédèrent ensuite à mon séchage à l’aide de serviette en poils de smourbiff fauve de Solmen, les plus doux et onctueux de leur espèce.

Je m’étendis ensuite sur une surface molletonnée où l’on me massa le corps et le visage avec un mélange de miel et d’edanma douce pour hydrater et gommer toute imperfection avant de répéter le procédé avec diverses huiles essentielles pour ajuster mon équilibre intérieur.

Je pus enfin revêtir ma tenue, une somptueuse robe bustier du même bleu que mes cheveux, laissant mes épaules dénudées et soulignant mes importants atours. J’avais beau avoir vilipendé Trahn la veille pour ses propos déplacés, j’étais parfaitement consciente de ce qui fascinait un homme et j’en jouais jusqu’à son paroxysme.

De même, si la coupe descendait jusqu’à mes pieds, une fente s’ouvrait par devant afin de dévoiler mes longues jambes blanches fuselées. J’avais décidé d’adopter pour cette soirée une teinte à dominante bleu vif qui attirait immanquablement l’attention.

Je m’installai enfin pour la phase de coiffure et de maquillage. Mes cheveux furent soigneusement bouclés et parsemés de pierres précieuses, puis élégamment rassemblés à l’arrière, dégageant ma gorge délicate et soulignant mon port altier. Sur mon visage, application d’un fond de teint de base pour me donner une peau de porcelaine, puis d’un peu de rouge pour retirer cet air maladif blanchâtre.

Mes paupières reçurent plusieurs applications allant du bleu clair au bleu foncé tandis que mes yeux étaient cerclés de noir et mes cils épaissis au mascara pour donner de la profondeur à mon regard. Mes lèvres, quant à elles, reçurent un premier traitement de base avant l’application d’un rouge carmin suivi d’un gloss pour l’aspect brillant.

Pendant ce temps, une première couche de vernis transparent avait pu être apposée et séchée sur mes ongles. La deuxième couche bleue était en cours, puis viendrait se coller de petites étoiles dorées avant de terminer par une couche transparente pour la préservation.

Ne restait plus que les accessoires : une parure sertie de saphirs qui plongeait dans mon buste, une série de bracelets à mon poignet droit et un simple à mon gauche, des boucles d’oreille pendantes assorties et un peu de parfum L’or. Enfin, j’enfilai mes stilettos décolletés à bride en cuir vernis pour compléter ma toilette.

J’étais fin prête pour le bal, et tout cela en moins de cinq heures. Il était bon d’avoir des serviteurs efficaces.

Accompagnée de mes parents, nous arrivâmes chez les Tretgorg alors que trois quarts des invités étaient déjà présents. Un réglage parfait. Nous ne pouvions être qualifiés de retardataires, mais de nombreuses personnes étaient déjà prêtes à nous admirer. Il semblait néanmoins que nous eussions manqué l’arrivée de Keynn Lucans qui se mêlait déjà à la foule.

Sa présence était immanquable. Non pas à cause de son costume blanc ni même des gens qui se pressaient à sa rencontre, mais de par la jeune fille qui était à son bras. Tous les regards convergeaient inéluctablement vers elle. En effet, elle s’était parée d’une robe argentée assortie de reflets bleutés, ce qui la rendait extrêmement visible au milieu de cet océan de bleu.

Je n’en revenais pas. Elle nous utilisait pour se mettre en valeur ! Comme si nous étions ses accessoires. Elle n’en portait d’ailleurs que peu et, mis à part son visage et ses mains, sa peau restait dissimulée par le tissu. Ses yeux étaient légèrement maquillés de bleu et d’argent comme un ciel étoilé.

Lorsque nous nous approchâmes pour présenter nos hommages, je pus m’apercevoir qu’elle était plus petite que moi. Bien entendu, avec la coupe de sa robe, il était impossible de déterminer la hauteur de ses talons, mais j’imaginais qu’à chaussures égales, je la dominerais quand même. Pourtant, elle avait une telle prestance, une telle assurance, que l’on ne pouvait que se sentir inférieur. Une broche représentant le symbole de l’Empire fermait sa robe par-devant. Elle se tenait au bras du numéro un de l’Empire et elle en avait toute légitimité. C’était sa place.

– Monsieur et Madame Stompetoren, nous salua chaleureusement Keynn Lucans. Et vous êtes leur charmante fille Lysfjord.

Il se souvenait de moi. Intérieurement je jubilai. Extérieurement je forçai mon visage à garder une expression sereine et un sourire enjôleur.

– Monsieur Lucans, répondîmes-nous tous les trois avec une révérence ou un mouvement du buste dans le cas de mon père.

– Je ne crois pas en revanche que vous ayez eu le plaisir de rencontrer Mademoiselle Norwyn qui m’a fait l’honneur d’accepter de m’accompagner ce soir.

« L’honneur », comme si elle ne s’était pas sentie flattée d’être ainsi remarqué par l’Empereur. Qui aurait dit non à notre chef de faction ?

– Une bien jolie demoiselle, il est vrai, acquiesça mon père en lui offrant un baisemain.

Elle accentua son sourire et répondit par un signe de tête. Serait-elle moins à l’aise qu’elle n’en avait l’air et n’osait-elle parler ? Après tout, elle devait avoir dans les vingt ans comme moi, peut-être moins. Et comme elle sortait de nulle part, elle ne devait pas être habituée à ce genre d’attention. C’était le moment idéal pour moi de marquer des points et ma mère m’en offrit l’opportunité.

– Lysfjord a justement commencé à étudier à Memoria cette année.

– Vous m’en voyez ravi, répondit Keynn Lucans. Et que pensez-vous de mon Académie ? J’apprécie toujours un retour sur mes projets, c’est ainsi qu’avance le progrès.

– C’est une excellente école. Je trouve que vous avez eu une superbe idée en mettant en place un premier semestre commun. Ainsi nous pouvons entrevoir les différentes possibilités, mieux comprendre le monde qui nous entoure et les fonctions de chacun dans la Société. Cela permet à beaucoup d’étudiants de découvrir les prémices de la carrière qu’ils désirent poursuivre et de réaliser que leur rêve ne correspond pas forcément avec la réalité. Et en même temps, le fait qu’ils soient dans une école aussi prestigieuse et diversifiée leur permet de se réorienter aisément sans perdre une année qu’ils pourront mettre au service de l’Empire au plus tôt.

Puis dans le même élan je m’adressai à Norwyn :

– Peut-être aurons-nous l’occasion de nous y côtoyer. Je serais ravie de vous aider à vous y adapter le moment venu.

Une jeune fille comme elle irait forcément à la meilleure académie de l’Empire. Et elle ne pouvait pas être si jeune que sur les cinq années de cursus je n’en partageasse pas une avec elle.

– C’est fort aimable à vous, nous répondit l’Empereur, mais je ne pense pas que Reyna aura l’occasion de se rendre à Memoria.

– Comme c’est étrange, souligna ma mère. Mais je suppose qu’une perle telle que Mademoiselle Norwyn doit déjà posséder bien des atouts.

– En effet, acquiesça Keynn Lucans. Je suis sûr que Mademoiselle Stompetoren dispose elle aussi de grandes ressources. Si j’en suis aussi certain c’est que j’ai eu un rapport élogieux de la Professeure Garguelli.

– Vraiment ? ne pus-je m’empêcher de m’étonner heureuse d’une telle louange.

La Professeure Garguelli menait le cours de géopolitique d’une main de fer. Difficile à satisfaire, elle serait la responsable de la spécialisation diplomate que je visais. Sa personnalité stricte me convenait parfaitement. Au moins n’étions-nous pas gênés par ceux qui n’avaient rien à faire là.

Cette glorification par notre Empereur devant mes parents m’exalta. Et je voyais dans leur regard qu’ils étaient satisfaits de ma performance. Le nom des Stompetoren continuait d’être couvert de gloire.

Trop vite à mon goût l’Empereur s’excusa pour discuter avec d’autres personnes qui réclamaient son attention. Ce ne fut que lorsqu’il fut loin que je réalisai avec horreur que je n’avais pas réussi à engager la conversation avec Norwyn. Cette dernière n’avait pas prononcé le moindre mot. Même avec une question directe, c’était Keynn Lucans qui s’était chargé de formuler la réponse appropriée. Et je m’étais complètement fait berner, ne m’en apercevant que bien trop tard.



Édité le 25 avril - 18:44 par Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #3 (suite)
le 20 février - 17:36

Tandis que je continuais avec mes parents de saluer nos connaissances, j’observais le couple impérial. Mais personne ne parvenait à arracher un mot à la jeune fille. Tout le monde se laissait ensorceler par la voix de Keynn Lucans. Décidément notre Empereur était très doué. Enfin, si ce n’avait pas été le cas, il ne serait pas encore en ce jour à la position qu’il occupât. Je ne pouvais qu’admirer son habileté à manier les mots.

Il était temps d’analyser les données que j’avais pu récolter. Premièrement, Norwyn ne parlait pas. Personne ne faisait exception. Il y avait plusieurs possibilités pour expliquer ce comportement. Elle pouvait être extrêmement réservée, mais vu sa façon de se tenir et de se déplacer, elle n’était pas intimidée par les gens ici présents. Elle pouvait être muette, mais pourquoi le dissimuler ainsi ? Cela aurait pu ajouter du drame et de la romance à ce couple, avec un final où l’Empereur développait un remède à son mal.

Restait donc la troisième et dernière option, la plus plausible, où elle avait reçu l’ordre de se taire. Mais à quelle fin ? Keynn Lucans craignait-il qu’elle se ridiculisât ? Détenait-elle un secret qui serait révélé à tous au moindre mot ? Je ne pouvais que spéculer sans fin et des idées plus farfelues les unes que les autres se bousculaient dans ma tête.

Ce que j’avais appris également de la bouche de Keynn Lucans, était que Norwyn n’assisterait pas à Memoria, qui était pourtant l’Académie formant l’élite de notre faction. Je la soupçonnais de devenir sous peu la génitrice de l’héritier des Lucans et donc d’être prochainement sous très haute protection dans un endroit à l’accès extrêmement restreint quelque part en une partie obscure de l’Œil.

Un peu plus tard, je discutais allègrement avec Miranda Roveth qui, elle, avait échoué au concours d’entrée très sélectif de Memoria. J’en profitais pour impressionner les oreilles trainantes en évoquant les élogieuses louanges de mes professeurs qui étaient mêmes parvenues jusqu’à Keynn Lucans. C’était dire si je réussissais. La jalousie dévorait tellement Miranda que cela en était pathétique. Mais qu’importait tant qu’elle me faisait briller. J’étais une étoile ascendante et rien ne pourrait m’arrêter. Je balaierais tout ce qui se mettrait en travers de mon chemin.

Puis de la musique classique s’éleva, signalant le début de la première danse. L’Empereur laissa l’honneur d’ouvrir le bal à son hôte puis rejoignit la piste avec Norwyn. Il y avait une fluidité et une élégance dans chacun de leurs gestes. On aurait dit qu’ils étaient nés pour ça, qu’ils étaient faits pour n’être qu’un.

Et tandis qu’elle tournoyait, Norwyn ne semblait pas s’apercevoir des regards de convoitise qu’elle suscitait, à la fois Reine et enfant innocent. Lorsque le couple s’éloigna pour prendre des rafraichissements, Keynn Lucans garda une main protectrice sur la jeune fille. En cela les journaux ne semblaient pas s’être trompés.

S’il n’était pas étonnant que l’Empereur n’invitât personne à danser comme il était de son habitude afin d’éviter un certain favoritisme, il déclina également toute sollicitation pour sa cavalière.

De ce que je pus voir entre mes danses et mes discussions, Keynn Lucans l’entrainait avec lui de conversation en conversation sans jamais la lâcher. Ce qui pour ma plus grande frustration, m’empêchait de former un début de lien avec celle destinée à devenir la femme la plus importante de l’Empire.

Après une heure à virevolter, je décidai de rafraichir un peu ma toilette. La perfection, cela s’entretenait. Je me retirai donc discrètement vers la salle d’eau prévue à cet effet. Quelle ne fut pas ma surprise de voir Reyna Norwyn s’en approcher également. Je tenais là l’occasion de lui parler sans interférence de Keynn Lucans.

Aussi, mon étonnement fut grand lorsqu’elle dépassa l’entrée de la pièce pour continuer vers l’aile privée des Tretgorg. Mais où se rendait-elle donc ? Ma curiosité piquée, je décidai de la suivre discrètement.

Heureusement pour moi, tous les couloirs étaient revêtus d’un épais tapis qui absorbait le son de mes talons qui, dans le cas contraire, auraient claqués sur une surface lisse, révélant alors immédiatement ma position. Je gravis les escaliers avec prudence. Il ne fallait pas que j’allasse trop vite ou je la rattraperai, mais si j’étais trop lente alors je pourrais la perdre de vue à l’étage.

Il semblerait que je sois dans le cas du second scénario, car arrivée sur le pallier, il n’y avait plus personne. Zut ! Quelle direction avait-elle bien pu prendre ? Peut-être même était-elle déjà rentrée dans une pièce. Ou avait-elle continué encore plus haut ?

Je sursautai quand je me retrouvai soudainement les épaules plaquées au mur et une pointe froide contre le cou. Un cri de profonde détresse naquit dans mon bas-ventre mais ne dépassa pas ma gorge quand le métal appuya davantage à cet endroit, m’intimant le silence sous peine de mort.

Au bout de la lame se trouvait Reyna Norwyn. Ses yeux d’acier me traversaient de part en part tels que, même sans pression physique, je n’aurais pas osé bouger pour autant. C’était à peine si je daignais respirer.

– Lysfjord Stompetoren, déclara-t-elle d’une voix basse et douce, loin de l’idée du tintement de carillons que je m’étais faite.

Elle savait qui j’étais. En d’autres circonstances je me serais réjouie d’avoir fait une impression suffisante pour qu’elle se souvînt de moi au milieu de l’océan de nouveaux visages auxquels elle avait dû faire face en une soirée. Mais le fin stylet qu’elle tenait d’une main de fer contre ma personne m’incitait plutôt à l’effroi.

– Il serait dommage que ta vie prenne fin ce soir, poursuivit mon agresseur paisiblement.

Mon cœur manqua un battement.

– Qu’en penses-tu ?

Et elle relâcha légèrement la pression de son arme que je savais néanmoins prête à perforer ma gorge au moindre signe de cri ou de rébellion.

– Je ferais tout ce que vous voudrez, la suppliai-je d’une voix rendue rauque par la panique.

– Nous allons donc commencer par ton silence. Je te sais ambitieuse. Si tu veux pouvoir un jour mettre en œuvre tes projets, ce qui se passe ici n’aura jamais existé pour toi.

J’acquiesçai frénétiquement.

– Bien, approuva-t-elle. Une fois ton niveau d’adrénaline et d’affolement redescendus, souviens toi que si tu évoques le moindre mot sur ce sujet avec qui que ce soit, Nox Lucans le saura.

Cette annonce eut l’effet d’une douche froide. Je n’avais jamais rencontré le frère de l’Empereur, le responsable de la sécurité et son ombre, accomplissant toutes les sales besognes sans le moindre état d’âme.

– Tu seras alors sujette non pas à une entrave à ta progression, mais à une disparition mystérieuse et disgracieuse. Les efforts et exploits accomplis depuis des générations par la famille Stompetoren seraient alors réduits en poussière.

– Vous… Vous ne pouvez pas faire ça… murmurai-je épouvantée.

Il était impossible qu’elle réduisît à néant l’histoire prestigieuse et noble de toute une famille.

– Tente ta chance si tu le souhaites, répondit-elle. À tes risques. Et au péril de ta famille.

– Je… je vous crois…

De toute mon âme. Ses yeux ne mentaient pas. Elle ne jouait pas. Au moindre doute, elle m’éliminerait. Au moindre soupçon, où que je sois, elle abattrait la mort. Et elle rayerait toute ma famille qui sombrerait dans l’oubli pour l’éternité. Non ! Je refusais de disparaître ainsi. Le nom des Stompetoren était destiné à la postérité et le mien à rentrer dans la légende !

– Tu es sincère, constata-t-elle simplement après ce qui me parut une éternité. Puisque tu es ici, tu vas m’être utile.

Pardon ? Mon visage se liquéfia. Me taire était une chose, mais agir ?

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le 20 février - 17:38

– Tu vas monter la garde ici, expliqua-t-elle, et éloigner toutes les fouineuses et autres fureteurs qui auraient l’idée de venir dans le coin. Au vu de l’estime que te porte le professeur Garguelli, je te fais confiance pour inventer une histoire vraisemblable.

Puis elle me relâcha finalement et s’en alla par le couloir de droite. La pression aussi bien physique que psychologique cessant d’un seul coup, je m’affaissai à moitié, prenant appui contre le mur. J’avais bien crû que ma dernière heure avait sonné. Réfléchir. Je devais réfléchir. Mais j’avais le cœur qui battait à cent à l’heure et je sentais le sang battre à mes tempes.

Elle était venue au bras de Keynn Lucans. Ce dernier était forcément au courant de son absence. Mais l’était-il de ses desseins ? Probablement. Elle avait évoqué Nox Lucans, le numéro deux de l’Empire. Et je refusais de penser que notre Empereur pût être si facilement dupé, j’avais trop d’estime pour lui.

Donc elle était en mission pour Keynn Lucans. Il en allait donc de l’intérêt de notre faction qu’elle réussît. Comme elle l’avait évoqué, maintenant que je n’étais plus sous son emprise directe, j’étais à nouveau capable de penser.

Peut-être pourrais-je la faire chanter, exiger une compensation ? Ses yeux froids et sans pitié surgirent de ma mémoire. Non. Au moindre doute, elle me tuerait. Je déglutis péniblement. Elle n’aurait aucune hésitation. Qui découvrirait mon cadavre ? Un domestique ? Le maître des lieux ? Ou disparaîtrait-il mystérieusement sans laisser de trace ? J’étais terrifiée à la perspective de ne plus exister.

Et encore, ce scénario correspondait au cas où elle m’éliminait rapidement. Si c’était Nox Lucans qui me mettait la main dessus, je serais sans doute enfermée dans quelque lieu obscur à servir de cobaye à des scientifiques fous sous ses ordres. Il pourrait me disséquer vivante ! Ou encore me greffer des membres d’autres créatures animales ou végétales. Et s’il décidait de planter un bulbe à la place de mon nez parfait ? Quelle horreur !

Et puis au final que savais-je donc que je pourrais divulguer ? Seulement que Reyna Norwyn était dans l’étage privé de la famille Tretgorg alors qu’elle n’était pas censée y être. De ce qu’elle avait commis, je n’en saurais jamais rien. J’aurais beau semer le doute dans quelques esprits, j’étais convaincue que l’affaire serait rapidement étouffée. Qui irait accuser la protégée de l’Empereur, si accusation il y avait ? Tout me retomberait probablement sur le dos. Que je parlasse ou que je me tusse, cela ne changeait probablement pas grand-chose pour elle. Cette débâcle ressemblait davantage à un test pour moi qu’à une contrainte pour elle.

Non, décidément, le silence était de mise. Je n’avais pas d’autre choix. Cependant, une lueur positive éclaira soudainement mon chemin. Norwyn m’avait demandé un service. Je devais monter la garde. Si j’accomplissais bien ma part de la mission, alors je rendais service à l’Empire. Et si je rendais service à l’Empire, alors je marquais des points auprès de Keynn Lucans !

J’avais passé toute la soirée à chercher une opportunité de me rapprocher de Norwyn, c’était là l’occasion rêvée ! Je lui prouverai que j’étais digne de confiance. Ce serait déjà un pas immense vers le sommet.

J’entrepris donc ma tâche avec du cœur à l’ouvrage, me postant un peu en retrait de l’escalier, afin de faire semblant d’aller dans cette direction si quelqu’un survenait. Si je restais plantée comme un piquet, ce serait encore plus louche. Et en attendant le moment fatidique, je pouvais d’ores à présent réfléchir à une excuse plausible.

– Allons-y.

Je sursautai en entendant cette voix juste à côté de moi. Un cri aurait sans doute jailli involontairement de ma gorge si ma bouche n’avait pas été si vivement bâillonnée.

– Tu es calme ?

J’acquiesçai lentement tandis que Norwyn me relâchait. D’où avait-elle surgit ? Elle semblait venir de la cage d’escalier, ce qui signifiait qu’elle était montée dans les étages supérieurs et faufilée devant moi sans que je ne m’en aperçusse. J’étais pourtant restée attentive !

– Qu… Quand êtes-vous passée ? m’enquis-je et je me maudis pour ma voix tremblotante.

– Quand tu regardais ailleurs.

Elle m’épargna le « évidemment » mais j’étais mortifiée. Moi qui voulais faire bonne impression.

– Je passe en première, annonça-t-elle. Suis-moi et essaie de ne pas faire trop de bruit.

Je me soumis à ses ordres d’un hochement de tête silencieux pour lui montrer ma bonne volonté. Il serait stupide de faire un faux pas de plus en répondant de vive voix.

La descente se passa sans accroc et nous regagnâmes l’entrée de la salle de réception sans croiser âme qui vive. Je m’attendais à de dernières instructions mais Norwyn entra sans une recommandation. Je supposais qu’elle m’avait déjà tout donné. « Ce qui se passe ici n’aura jamais existé pour toi. »

Ce ne serait guère compliqué de s’y tenir. Je devais simplement reprendre contenance. En réalité, pour ceux qui auraient remarqué mon absence, je m’étais simplement éclipsée le temps de refaire ma toilette. Personne ne me questionnerait. Il suffisait juste que je n’abordasse pas le sujet. Et il n’y avait aucune raison pour moi de le faire.

Me sentant à nouveau sereine, j’entrai dans le maelstrom. Par réflexe, je cherchai aussitôt Norwyn des yeux. Elle n’était pas encore revenue aux côtés de Keynn Lucans qui discutait seul avec Monsieur Roveth, l’oncle de Miranda.

Impossible pour autant de la trouver au milieu de la marre de danseurs. Pourtant, avec sa robe argentée, elle aurait dû attirer tous les regards. À force d’entêtement, je finis par la retrouver juste avant qu’elle ne rejoignît l’Empereur.

Incroyable ! Le bleu des diverses toilettes se reflétait sur sa robe, lui donnant une apparence similaire à toutes celles qui l’entouraient. Ce ne fut que lorsqu’elle se trouvât au bras de Keynn Lucans qu’elle regagnât sa splendeur argentée à cause de la proximité du blanc du costume de l’Empereur.

Et personne ne semblait s’être aperçu de son absence, pas même Monsieur Roveth qui pourtant était encore en pleine conversation avec Keynn Lucans. J’eus une révélation. C’était probablement la raison pour laquelle Norwyn ne parlait jamais. Afin de conditionner le public. Les gens étaient tellement habitués à parler à Keynn Lucans qu’ils ne s’attendaient pas à entendre le son de la voix de Norwyn. Elle n’était plus, en milieu de soirée, qu’un décor, un accessoire, et plus personne ne lui prêtait réellement attention.

La fin de la soirée se passa comme dans un rêve. Tout était flou, je n’avais aucune idée d’où j’étais ni de ce que les gens me demandaient et encore moins de ce que je leur répondais. C’était comme si j’observais la scène de l’extérieur.

Ce fut complètement vidée de toute énergie que je m’effondrai dans mon lit au petit matin.

Je regagnai Memoria en fin d’après-midi. Aussitôt, je fus assiégée de toute part, chacun voulant connaître mon succès. Même ceux qui prétendaient être désintéressés par le sujet. Je décrivis donc en détail le faste de cette soirée et l’éloge personnelle de Keynn Lucans.

– La chance ! fit Ovena morte d’envie.

– Et Reyna Norwyn ? s’enquit Rywa. Elle était là ? Tu as pu la rencontrer ? Tu lui as parlé ? Qu’est-ce qu’elle a dit ?

Je remarquai Darren non loin de là et, me souvenant de l’humiliation de la veille, forçai un peu ma voix pour être sûre qu’il m’entendît.

– Oui, j’ai rencontrée Reyna Norwyn.

– Trop bien ! se réjouit Rywa. Elle est comment ?

– Une jeune femme charmante mais jalousement gardée par notre Empereur. Elle n’a dansé avec personne d’autre que lui.

En une phrase, je venais de délivrer la sentence de Darren. Son coup de foudre pour elle ne pourrait jamais mener à rien. J’avais réduit en miette la moindre petite chance, le moindre espoir qu’il avait pu nourrir à l’égard de sa tendre et chère.

Reyna Norwyn appartenait à Keynn Lucans.

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