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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #0 (suite)
le 04 septembre 2021 - 14:21

Darren était toujours aussi peu expressif. Cependant, je n’avais plus besoin de me concentrer pour saisir ce qu’il ressentait. De même, il avait appris à donner son avis sans que je ne le sollicitasse constamment. L’un dans l’autre, j’estimais que notre relation progressait bien.

J’avais également arrêté de me prendre la tête avec mes collègues. Ils ne considéraient toujours pas tout à fait Darren comme un enfant, cependant, ils n’en étaient pas moins attentifs et consciencieux avec lui. Simplement, Darren apprenait des compétences très poussées pour son âge. Voilà tout.

Enfin, aujourd’hui il était avec moi, et j’avais décidé de l’emmener au parc construire des châteaux de sable pour changer.

– À quoi ça sert ? demanda Darren.

– À comprendre les propriétés du sable et l’arrangement des particules dans l’espace.

Les autres parents m’avaient jeté un coup d’œil bizarre en entendant mes explications cependant que Darren acquiesçait. C’était de ce genre de réponses dont il avait toujours besoin. Le côté ludique et amusant il le trouvait par lui-même mais cela ne constituait pas une raison de faire quelque chose pour lui. Qu’une activité lui plût ou non, il avait besoin d’un sens pour la réaliser.

La première tentative ressembla plus à une colline qu’à une tour. Darren déposa une nouvelle poignée de sable sur le sommet et observa les grains dévaler la pente. J’ignorais s’il tenait cela de Graynut, d’un autre ou si cela lui était propre, mais il conduisait sa construction comme une expérience, testant les propriétés de la matière et les analysant pour mieux recommencer par la suite.

– Je crois que j’ai compris, déclara Darren au bout de sa sixième tentative.

– Je peux participer ? m’enquis-je.

– D’accord.

Notre château fut le plus grand et le plus haut de tous les châteaux.

– Beau travail Darren, le félicitai-je.

– Merci pour ton aide, m’offrit-il en échange.

Un autre petit garçon, apparemment jaloux, décida de donner un coup de pied dans l’une des tours. Son père tenta de l’en empêcher. Trop tard. La tour s’effondra. Tandis que le père grondait son enfant pour son accès de mauvaise humeur et qu’un autre consolait sa petite fille qui s’était mise à pleurer parce que « le zoli sâteau il est tassé ! », Darren se détourna simplement de l’incident.

– Tu ne dis rien ? lui demandai-je curieux.

Je ne m’attendais pas à ce qu’il piquât une crise, ce n’était pas son genre, néanmoins je m’attendais à un peu plus de réaction de sa part.

– J’ai faim, énonça-t-il. On va manger ?

– Oui, c’est une bonne idée, acquiesçai-je. Mais je faisais référence au château.

Je n’allais pas lâcher le morceau aussi facilement.

– Il s’est élevé et puis il est tombé, déclara Darren.

– En effet, mais encore ?

– Tjalle dirait que c’est le cours normal des événements, puisque le château était de sable et donc n’était pas fait pour durer. Kalverdijk dirait que même la plus solide des constructions finit un jour par s’écrouler.

– J’ignorais que tu avais rencontré Kalverdijk, m’étonnai-je.

– J’ai passé cinq jours avec lui au total, m’informa Darren.

– Il devait être content de t’avoir, attentif comme tu es.

Kalverdijk était un passionné d’Histoire et avait beaucoup de mal à comprendre que tout le monde ne partageât pas le même intérêt sans borne, la même dévotion, qu’il accordait à cette discipline.

Nous déjeunâmes à la terrasse d’un café puis continuâmes de déambuler dans les rues. Je ne connaissais pas bien ce quartier de Centralis, c’était l’occasion de faire un peu d’exploration.

Ces moments simples passés avec Darren donnait un nouveau rythme à ma vie. Et cela me plaisait. Je n’aurais jamais imaginé un jour construire une famille, faire autre chose que de servir l’Empire. Et aujourd’hui Darren était ma raison de me battre. J’avais quelqu’un de personnel à protéger et quelqu’un auprès de qui revenir.

Cette petite main dans la mienne qui m’accordait ainsi sa confiance. Ce cœur qui battait près du mien. Cet être qui avait laissé sa vie entre mes mains. Jour après jour je le voyais grandir, s’éveiller au monde qui l’entourait. Cet enfant c’était le mien.

– Trinquons à la fin de Keynn Lucans !

Je me figeai.

– Moins fort, chuchota une nouvelle voix. Tu veux nous faire repérer ou quoi ?

– Bah, y a personne par ici, relativisa le premier.

Un complot contre notre Empereur ? Même si ce n’était que des paroles d’hommes éméchés, je devais en savoir plus. Darren avait déjà adopté une posture d’écoute et de circonspection. Je ne pouvais pas le laisser seul au milieu de nulle part. Je ne pouvais pas non plus le renvoyer seul jusqu’à l’appartement. Le plus simple était qu’il restât avec moi. Il ne s’agissait que d’un peu de reconnaissance et je connaissais son aptitude pour la discrétion. J’appellerai des renforts par la suite si nécessaire.

Cette décision prise, nous prîmes en filature les deux hommes. Darren n’avait aucun problème pour suivre. Parfois il passait même devant, sa petite taille lui permettant de se faufiler plus facilement sans être vu. Si la voie était libre, il me faisait signe. Nous progressions ainsi à un rythme et avec une aisance que je n’avais jamais connue dans pareille situation. Il était bien plus commode de suivre quelqu’un au milieu d’une foule que dans une ruelle déserte. Jamais je n’aurais imaginé faire ainsi équipe avec Darren. En l’occurrence, il m’était d’un grand secours.

– Et bien alors ? Où étiez-vous vous deux ? s’éleva une nouvelle voix.

Darren et moi restâmes sagement dissimulés au coin de la rue.

– On buvait à…

– Tais-toi abruti !

Un coup de feu retentit. Le bruit d’un corps qui s’effondrait.

– Personne ne l’a entendu déblatérer au moins ? s’enquit celui qui avait dû abattre l’ivrogne.

– Non, je ne crois pas, répondit son acolyte.

– Tu ne crois pas ? Si jamais le moindre soupçon arrive jusqu’aux Lucans c’est tout notre plan qui risque de tomber à l’eau. Des années de complots pour échouer à cause d’un pochard? Je ne le permettrai pas. Allons-y.

– Et pour lui ?

– Son cadavre n’a aucune importance. Peu importe qui le trouvera, ils n’en tireront rien.

Le claquement de leurs bottes sur le pavé. Ils s’éloignaient. Darren passa le premier. Cela ne me disait rien qui vaille mais il demeurait le plus adapté pour cette tâche. Nous nous enfonçâmes davantage dans les bas quartiers de Centralis.

Les deux hommes nous menèrent jusqu’à un bâtiment. Il n’était pas gardé, cela aurait fait trop suspect et attiré inutilement l’attention. D’apparence miteuse à l’extérieur comme à l’intérieur, nous perdîmes les traces de nos deux comploteurs. Nous aurions dû entendre leurs pas dans l’escalier s’ils avaient décidé de l’emprunter ou une porte claquer s’ils étaient entrés dans une pièce du rez-de-chaussée.

Ce fut finalement l’aspect sale et délabré qui nous permit de les retrouver. Au milieu du grisâtre et du verdâtre, un passage était nettement plus emprunté que les autres et menait à ce qui aurait dû être un cagibi mais était en réalité une vieille cage d’ascenseur.

Une porte s’ouvrit à l’étage juste au-dessus et j’entrainai Darren sur la plateforme élévatrice. Enclenchant le seul interrupteur présent, nous nous mîmes à descendre silencieusement.

Je commençais sérieusement à regretter d’avoir emmené Darren avec moi. Tout bien réfléchi, il aurait couru moins de risque à rentrer seul à l’appartement. D’autant qu’il possédait un excellent sens de l’orientation et un instinct de survie supérieur.

Je manquais également d’équipement. Je ne sortais jamais sans être armé, toujours prêt à faire face à une urgence. Cependant, j’étais censé me promener avec Darren, pas démonter un attentat contre Keynn.

Ne sachant à quel comité m’attendre en arrivant en bas, je sortis un petit pistolet et poussait Darren derrière moi pour qu’il soit à l’abri si nous commencions par faire face à une fusillade. La porte s’ouvrit sur deux gardes que j’abattis sans état d’âme.

Nous étions arrivés dans un couloir désert. À gauche ou à droite ? Darren attira mon attention sur la droite en tapotant ma jambe. Je ne vis rien de particulier de ce côté-ci mais décidait de le suivre. C’était un choix comme un autre, complètement arbitraire.

Nous débarquâmes dans une salle contenant trois hommes et du matériel informatique. Se croyant à l’abri, aucun d’entre eux ne se retourna à notre entrée ce qui me permit de les abattre avant qu’ils ne s’aperçussent de quoi que ce fût. Je me plongeai aussitôt sur les écrans et leur contenu.

– Ces données… murmurai-je troublé.

Comment avait-il pu obtenir de telles informations ? Certaines d’entre elles étaient classées avec le plus haut niveau de sécurité. Soit ils avaient dans leur camp un informaticien qui avait réussi l’exploit de passer toutes nos défenses, soit…

– Un teknögrade a trahi, compris-je.

J’utilisai mon réceptron pour récupérer l’ensemble des données. Keynn devait les avoir de toute urgence. Si l’un des nôtres avait trahi sans que personne ne s’aperçût de quoi que ce fût, alors ce complot était encore plus grave et dangereux. Je ne pouvais imaginer l’une de mes sœurs ou l’un de mes frères d’armes se retourner contre Keynn. Et pourtant, c’était ce que laissait transparaître ces renseignements.

– Qu’est-ce que… ? s’étonna une femme qui venait d’arriver.

Je me retournai brutalement et tirai.

– Alerte ! cria une deuxième qui était également présente tout en prenant soin de se cacher derrière le mur.

– Merde, jurai-je à voix basse.

– Un intrus est en train de voler nos plans ! continua-t-elle de brailler.

Je récupérai mon réceptron. Le transfert était terminé. Par contre il restait à sortir de ce nid de cérastes. Où était Darren ?



Édité le 11 septembre 2021 - 08:59 par Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #0 (suite et fin)
le 11 septembre 2021 - 09:08

– Werven, par ici, murmura l’enfant.

Pendant que j’analysais les ordinateurs, il était passé dans une salle adjacente. Cette dernière avait une autre issue qui ne menait pas sur le couloir par lequel nous étions arrivés. Nous enchaînâmes ainsi une série de pièces et de couloir, sans trouver d’issue. J’espérais qu’il n’en existait pas qu’une car nous nous éloignions inexorablement de celle que nous avions empruntée. De plus, à l’heure qu’il était, elle devait être bien gardée. J’estimais qu’il serait stupide de leur part de ne pas avoir au moins une issue de secours. Nous devions simplement la trouver tout en évitant de nous faire attraper avant.

J’usais de mon arme sans vergogne, éliminant tous ceux qui se trouvaient sur notre chemin. Le seul détail qui m’embêtait, c’était la piste chaude que nous laissions ainsi à nos poursuivants. Cependant, laisser des témoins et des hommes armés en vie nous serait encore plus néfaste.

Darren ouvrait toujours le chemin. Je ne voulais pas risquer de le semer en courant plus vite que lui. De plus, les personnes étaient toujours surprises de voir un enfant débouler, ce qui me donnait une fenêtre de tir où elles formaient des cibles faciles.

Nous progressions sans difficulté, néanmoins j’ignorais où nous nous trouvions et où nous nous dirigions ce qui était notre plus gros souci. Ça et les hommes qui nous poursuivaient.

Nous nous retrouvâmes finalement dans un cul de sac. Je ne pouvais pas leur laisser Darren et je devais livrer ces informations à Keynn. Je sortis mon réceptron. Le signal était brouillé. Soit ils avaient mis en place un équipement pour m’empêcher de communiquer, soit les matériaux qui composaient ces pièces ou l’accumulation de terre au-dessus de nos têtes arrêtaient le passage des signaux.

– Écoute-moi bien Darren, m’adressai-je à l’enfant. Je te confie mon réceptron. Tu le donneras à Keynn. À lui seul et à personne d’autre. C’est bien compris ?

– Oui Werven.

– Bien. Tu vas te dissimuler dans ce renfoncement, derrière ce panneau. Nos poursuivants croient que je suis seul, il n’y a aucune raison qu’ils te cherchent. Je vais essayer de détourner leur attention. Quoiqu’il se passe ensuite, tu restes caché jusqu’à ce qu’ils soient partis. Et même quand ils sont partis, tu attends encore pour être sûr que la voie est bien libre. Ensuite tu files discrètement jusqu’à l’Œil sans te faire repérer.

– D’accord, je peux le faire, m’assura Darren.

– Brave garçon.

– J’ai peur, avoua Darren.

– C’est norm…

– J’ai peur pour toi, me coupa Darren.

– Ça va aller, lui mentis-je. Dépêchons-nous.

Il acquiesça en silence et s’approcha du mur.

– Darren, l’appelai-je une dernière fois.

Il se tourna vers moi.

– Je t’aime.

Je lui déposai un baiser sur le front avant de le saisir par la taille et de le propulser vers la petite corniche qu’il attrapa avant de se hisser à la force des bras. Ses entraînements avec Draäi se révélaient payant. Il n’aurait aucun problème à descendre seul.

– Je t’aime aussi, déclara-t-il avant de se glisser dans le renfoncement.

Il fit ensuite légèrement coulisser le panneau métallique, le dissimulant complètement. Trois fentes horizontales lui permettaient de voir ce qu’il se passait en bas sans être vu.

Je fis demi-tour et m’élançai vers la sortie. Je devais emmener nos poursuivants le plus loin possible de Darren. Je m’arrêtai brusquement avant d’avoir atteint la fin du couloir. Je jurai. Ils étaient déjà là.

– Je me rends, déclarai-je en mettant mes mains bien en évidence.

– Abattez-le, ordonna leur chef.

Je me mis aussitôt en mouvement. Hors de question de me faire descendre comme un vulgaire smourbiff.

– Il en sait trop, il ne doit pas sortir d’ici vivant ! poursuivit le chef. On récupérera son réceptron sur son cadavre.

Pas de prisonnier. Au moins j’étais fixé. Pourvu qu’ils ne trouvassent pas Darren. Je n’avais pas eu ma nomination de teknögrade de rang un dans une pochette surprise, mais ils étaient nombreux et moi mal équipé. De plus, j’étais coincé et l’environnement ne m’offrait aucune aide.

Inexorablement, je reculais vers l’endroit où j’avais laissé Darren sous une pluie de tirs nourris. Je faisais moi-même quelques dégâts dans leur rang, mais pas suffisamment pour que cela ne les ralentissent ou ne créât une percée. Ils étaient en rangs serrés et ma mobilité était extrêmement limitée. J’aurais donné cher pour avoir une arme de gros calibre.

Inéluctablement, je finis par me faire toucher. À partir de là, ce fut le début de la fin, perdant peu à peu de mon agilité et de ma versatilité, offrant une cible de plus en plus facile. Jusqu’à m’effondrer.

C’était la fin de la partie.

J’avais souvent côtoyé la mort de près, mais jamais elle ne m’avait paru si proche, si réelle, si inévitable. Je n’attendais pas de miracle.
Étendu sur le dos, je pouvais voir la cache de Darren dans la périphérie de mon champ de vision. « Pitié, reste caché Darren. »

– Je suis désolé, murmurai-je.

– Tu aurais mieux fait de te mêler de tes affaires, déclara le chef. Trop tard pour les regrets. Retrouvez-moi ce réceptron.

Deux de ses hommes commencèrent à me tâter, à fouiller mes vêtements. Ils pourraient au moins m’achever avant. Leurs mouvements accentuaient les douleurs des blessures que leurs tirs m’avaient infligées, créant des sursauts de conscience tandis que la brume tentait de me happer vers les abysses.

– Il ne l’a pas sur lui, entendis-je résonner.

– Impossible. Il n’avait pas de complice et aucun intérêt à s’en débarrasser. Il n’a pas pu envoyer de données à qui que ce soit. Il doit l’avoir sur lui. Vous avez mal cherché. Dois-je vous rappelez que si le moindre de ces plans filtrent notre coup d’État est condamné ?

D’autres mains se glissèrent contre mon corps qui se vidait lentement de son sang. Trop lentement à mon goût alors que je n’aspirais plus qu’au gouffre de l’oubli.

– Toujours rien.

Les voix étaient de plus en plus lointaines.

– Il a dû l’avaler. Ouvrez-le. On va fouiller ses intestins.

Les mots n’avaient plus beaucoup de sens dans la brume de mon cerveau. Une douleur nouvelle me sortit soudainement de mon abandon. Une pointe de métal venait de s’enfoncer sans difficulté dans mon bas ventre et remonta jusqu’à mon plexus solaire déchirant mon abdomen en une ligne de feu.

Un hurlement s’éleva. Un moment me fut nécessaire pour comprendre qu’il venait de moi. Ce n’était pas Darren. Darren avait bien écouté et était resté à l’abri. Darren était sauf. Je me raccrochai à cette pensée tandis que mon corps n’était plus qu’un immense brasier consumé par la souffrance.

Puis, presque comme si un bouton d’arrêt avait été enclenché, je ne ressentis plus rien. J’avais encore conscience des fouilles qu’ils conduisaient dans mes entrailles, cependant, c’était comme si mon esprit s’était détaché de mon corps. Peu à peu, je m’élevais au-dessus des considérations matérielles. Après les sensations, les couleurs et les sons s’estompaient. Je n’entendais plus qu’un bourdonnement qui se transforma en sifflement. Mon champ de vision s’étrécit jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une tâche blanche. Et finalement, une dernière pensée…

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #0 (scène bonus)
le 19 septembre 2021 - 21:46

Scène bonus #0



– On vient de retrouver les restes de Werven, annonça soudainement Keynn Lucans.

– Les restes ? releva Gretz.

– Werven est mort ? souffla Berkmeër abasourdi.

Keynn Lucans leur transmis le rapport qu’il avait tout juste reçu.

– Il semblerait qu’après l’avoir maîtrisé, ses agresseurs aient décidés de le disséquer sur place. Vivant. Il a agonisé pendant de longues minutes.

– Qui a fait ça ? demanda Berkmeër.

– Aucune idée pour l’instant, répondit Keynn.

– Ils devaient être sacrément puissants et organisés pour assassiner Werven, commenta Gretz.

– Ou peut-être ne s’agissait-il que d’une personne qui lui aura tendu un piège, supposa Berkmeër.

– Dans tous les cas ce ne peut être n’importe qui, affirma Gretz. Werven est… était un teknögrade de rang un.

– Et le gamin ? s’inquiéta Kjora.

– Quoi le gamin ? demanda Gretz. Werven n’aurait jamais emmené le gamin en mission.

– Sauf qu’il n’était pas en mission, révéla Keynn.

– Donc le gamin était avec lui… réalisa Gretz.

– J’ignore ce qu’ils ont pu découvrir mais nous avons actuellement perdu toute trace de Darren, informa Keynn.

– Soit ils l’ont gardé comme otage, soit il s’est enfui, déduisit Berkmeër.

– Mais on aurait eu de ses nouvelles depuis le temps, non ? interrogea Kjora. Cela fait près de trois heures que l’incident s’est terminé.

– Sauf s’il a décidé de rester caché, remarqua Berkmeër. Souviens-toi, c’est Werven qui l’avait dégoté la première fois alors qu’il échappait à tous nos systèmes de recherche classiques.

– Kjora, Berkmeër, allez enquêter sur place, décida Keynn. Il faut absolument retrouver Darren. Il détient probablement la clé de ce mystère.

– À vos ordres, saluèrent les deux teknögrades avant de sortir de la pièce.

Outre l’élucidation du meurtre de l’un des leurs, ils étaient inquiets pour leur gamin.

– Analysons les vidéos des caméras proches du lieu et vers l’heure du crime, annonça Keynn au teknögrade restant.

Ils parvinrent à trouver sans peine la dernière image de Werven Merryl vivant, Darren à ses côtés, suivant discrètement des hommes dans les bas quartiers. Les caméras dans ces zones étaient moins nombreuses et ils perdirent rapidement leur trace. Ce ne fut qu’une avance rapide de plusieurs heures qui leur permit de voir un petit groupe d’hommes transportant dans une bâche ce qui était le cadavre de Werven. Ces hommes se firent arrêté par une patrouille fortuite. Ils lâchèrent leur paquet et détalèrent.

– C’est ainsi que nous avons retrouvé Werven, expliqua Keynn. En revanche, ces hommes ont tous échappé à la patrouille. Je vais également dépêcher Hamelin et Risdam pour arrêter nos mystérieux assassins, prononça Keynn. Il faut que je vois avec Nox si…

L’Empereur s’interrompit brutalement.

– Quel est le problème Monsieur ? s’enquit Gretz qui se doutait qu’une nouvelle donnée s’était affichée sur la visière transparente de Keynn Lucans.

– Leknès essaye de pénétrer dans une zone interdite, murmura Keynn incrédule.

– À quel endroit ? s’étonna Gretz.

En tant que teknögrade de rang un, il demeurait peu de zones inaccessibles. Il était donc plus que surprenant que l’un d’eux cherchât à y entrer.

– À un endroit où il n’a aucune raison logique de se trouver. Suis-moi, ordonna Keynn avant de partir brusquement pour le lieu-dit.

Les deux hommes marchaient à grandes enjambées et, devant leur détermination apparente, les néogiciens qu’ils rencontrèrent s’écartèrent pour leur laisser place. Bien vite, la population se fit rare à mesure qu’ils progressaient dans les niveaux plus restreints.

Lorsqu’ils atteignirent Leknès, ils n’avaient plus rencontré âme qui vive depuis plusieurs minutes. Ce dernier ne les entendit pas arriver, occupé à marteler une porte. Visiblement, il cherchait à forcer le passage.

– Et bien Leknès, que t’a donc fait cette malheureuse porte, s’annonça Keynn Lucans sur le ton de la plaisanterie.

À vrai dire, l’Empereur était plus que suspicieux.

– Monsieur Lucans ! sursauta Leknès en se tournant vers les nouveaux arrivants.

Puis réalisant que son suzerain attendait une explication à son comportement inhabituel, il enchaîna :

– La porte ne s’ouvre pas.

– Cela est tout à fait normal, expliqua Keynn. Mis à part Nox et moi, seule une poignée de scientifiques triés sur le volet y a accès. J’avoue en revanche ne pas comprendre ton intérêt pour cette pièce.

– Le gamin est de l’autre côté, révéla Leknès.

Keynn déverrouilla la porte. Ce qui se trouvait dans la salle n’avait pas nécessairement besoin d’être tenu au secret de ses teknögrades. Elle était bloquée par principe, uniquement parce qu’il n’y avait pas de raison de s’y trouver. D’ailleurs, sur le petit nombre de personnes qui y avaient accès, très peu y passait du temps, tant l’évolution du projet demeurait stagnante.

À première vue, il n’y avait personne. Les trois hommes progressèrent plus à l’intérieur, à la recherche de l’enfant.

– Darren ? appela Keynn Lucans. Tu es en sécurité maintenant, tu peux sor…

Soudain, l’enfant jaillit à la vitesse de l’éclair de derrière un amalgame de tuyaux et fonça sur le groupe. Avant que l’un des trois hommes n’aient eu le temps de réagir, à peine de pivoter dans sa direction, Darren saisit un couteau dissimulé dans la botte de Leknès et l’enfonça jusqu’à la garde dans la cuisse de ce dernier. Puis il repartit aussi vite qu’il était venu.

Leknès s’effondra sous l’effet de la douleur avec un cri de rage.

– Maudit gamin ! hurla-t-il. Je vais te…

Tandis qu’une main compressait la blessure, de l’autre il saisit un pistolet qu’il braqua sur l’enfant. Keynn écrasa aussitôt son talon sur le dos de sa main, lui faisant lâcher son arme.

– Gretz, arrête-le, ordonna Keynn.

Il n’en fallut pas plus pour que Gretz plaquât au sol et menottât le teknögrade déchu qui gronda de supplice lorsque la manipulation vint remuer le couteau dans la plaie.

– C’est bon Darren, retenta Keynn en s’adressant aux nouveaux tuyaux qui servaient de cache à l’enfant.

Ce dernier mit tout d’abord prudemment sa tête à découvert, constata que la situation était en sa faveur et trottina finalement jusqu’à l’Empereur. Keynn s’agenouilla pour être à sa hauteur.

– Pourquoi as-tu attaqué Leknès ? commença par demander Keynn.

– Parce qu’il veut te tuer, répondit Darren.

– Il ment ! rugit l’accusé.

– Je l’ai entendu, expliqua Darren.

– Il a mal interprété mes propos, se défendit Leknès.

– Il faudrait savoir si c’est un mensonge ou un problème d’interprétation, intervint Gretz qui maintenait toujours son ancien collègue au sol.

Gretz était lui-même très attaché au gamin et ne pardonnait pas à Leknès d’avoir tenté de l’éliminer. Même si le gamin lui avait d’abord planté un couteau dans la cuisse.

– Une fois que Keynn sera tombé, Nox récupérera le pouvoir. Il sera alors aisé de le manipuler. C’est ce qu’il a dit, relata Darren.

– Je ne vois pas grand-chose à interpréter, susurra Gretz en resserrant sa prise sur le prisonnier confondu.

– Manipuler mon frère… Quelle drôle d’idée avez-vous eu là, s’amusa Keynn. Auriez-vous réussi à m’éliminer, vous auriez été bien déçus avec Nox. J’ignore encore qui sont tes complices, mais toi au moins Leknès, tu devrais connaître suffisamment Nox pour savoir que ce plan était voué à l’échec.

– C’est un quiproquo, soutint Leknès. Cela fait des années que je vous sers fidèlement. Vous n’allez quand même pas croire un gamin plus que moi ?

– Tu peux arrêter d’essayer de te trouver des excuses, le prévint Keynn. Nox a récemment lancé une enquête approfondie sur toi car il avait des doutes sur ta loyauté. Bien entendu, en tant que teknögrade de rang un tu n’as pas de comptes à lui rendre ce qui a retardé ses soupçons et compliqué sa tâche.

L’Empereur s’adressa ensuite à son homme de confiance :

– Gretz, je te laisse l’emmener dans une cellule spéciale et attendre l’arrivée de Nox auquel je viens d’informer que Leknès était prêt pour son interrogatoire.

– À vos ordres.

Gretz remit Leknès sur ses pieds de force. Ce dernier poussa de nouveau un braillement de douleur. Puis il serra les dents pour le reste du voyage car il savait que son ancien compagnon d’armes ne lui offrirait pas la moindre clémence.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #0 (scène bonus, fin)
le 19 septembre 2021 - 21:50

Keynn se réintéressa à son jeune protégé qui, une fois seul avec lui, sortit un réceptron et le lui tendit. L’Empereur saisit délicatement l’objet sans quitter l’enfant du regard.

– Werven m’a demandé de te le remettre en mains propres, expliqua Darren. Il contient les plans d’un coup d’État.

L’enfant eut une pause marquant son trouble mais il poursuivit toujours aussi calme.

– Werven est mort.

– Je sais, répondit Keynn Lucans en prenant l’enfant dans ses bras pour tenter de lui apporter un peu de réconfort. Je suis désolé.

Le seul signe extérieur de la tourmente qui agitait Darren fut la manière dont il se cramponna à Keynn Lucans comme si ce dernier était devenu sa ligne de vie.

– Tu as été très courageux Darren, poursuivit Keynn en lui caressant les cheveux. Avant que tu ailles te reposer, j’ai encore quelques questions à te poser. Quand et où as-tu entendu Leknès comploter ? Qui d’autre était présent ?

– En rentrant après la mort de Werven pour venir te trouver.

Ainsi donc l’enfant avait assisté au massacre de son mentor, de celui qui était devenu un véritable père pour lui. Aucune souffrance ne devait-elle donc lui être épargnée ?

– Dans l’Œil, continua Darren. Je ne sais pas où. Mais je suis capable de retrouver la pièce.

Décidément, il était vraiment temps que Keynn investît dans de nouvelles caméras si l’on pouvait comploter tranquillement au cœur même de leur quartier général.

– Il y avait trois autres personnes que je ne connais pas mais que je saurais reconnaître, assura finalement Darren.

Il faudrait passer par le système d’autoportrait. Malgré ses paroles quelques instants plus tôt, Keynn songeait que Darren n’était finalement pas près de mettre un terme à son éprouvante journée. Malheureusement, ce genre de complots était trop grave pour le laisser traîner. D’autant plus quand l’un de ses teknögrades, l’une des personnes à qui il faisait le plus confiance, était impliqué. Et maintenant qu’ils avaient mis à l’ombre l’un des conspirateurs, il était urgent d’arrêter les autres avant qu’ils ne détruisissent toutes les preuves ou ne disparussent dans la nature.

– Et comment es-tu arrivé dans cette pièce ? désira ultimement savoir Keynn.

Sachant qu’il y avait plusieurs sas de sécurité à franchir, il était impensable que l’enfant soit parvenu jusqu’ici seul, lui qui ne disposait que d’une autorisation extrêmement restreinte.

– C’est lui qui m’a guidé et qui m’a ouvert toutes les portes, désigna l’enfant.

Keynn ne put qu’observer surpris la structure pointée par Darren. Celle qui était la raison d’être de cette pièce. Celle qui contenait les restes de son père, Sirius Lucans.



Édité le 26 mars 2022 - 13:43 par Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #7
le 26 mars 2022 - 13:59

Mission #7 – Escortes



– Des questions ? demanda la voix posée de notre instructeur.

Non. La mission était claire. Escorter des civils de Salderand à Parteglace. En conjonction avec des élèves de la branche magique de l’armée. Je jetai un regard hâtif mais curieux en direction de nos alter egos. Nous n’avions encore jamais eu l’occasion d’un tel partenariat. À vrai dire, ce n’était que la troisième fois que nous sortions du dôme protecteur de rosaphir et donc de Centralis, capitale de l’Empire.

– Vous avez encore vingt minutes pour y réfléchir, annonça la contrepartie magique de notre instructeur.

Leur ressemblance étrange était inquiétante. Outre leur stature physique au torse large et aux épaules carrées desquelles découlaient des bras aux muscles proéminents, les deux instructeurs arboraient la même coupe au carrée brune aux reflets rougeoyant, la même mâchoire aux pommettes saillantes et le même regard perçant qui donnait l’envie de révéler toutes les fautes commises, même celles inexistantes. Je n’aurais su lequel des regards, de l’acier ou de la flamme, m’impressionnait le plus.

– Vous êtes vingt, c’est dix de trop, commenta notre instructeur.

– Assurez-vous donc de faire partie de ceux qui comptent, appuya l’autre.

Dix néogiciens et dix praticiens de la magie. Une mission que l’un des groupes aurait pu accomplir seul. Cependant, la mission en elle-même n’était pas le but de l’exercice. La coopération entre magie et technologie était la raison de cet examen de dernière année.

– Qui dirige la mission ? s’enquit finalement l’une des praticiennes de la magie.

– C’est à vous d’en convenir, répondit notre instructeur.

– Même entre nos deux groupes ? insista la jeune fille.

– Vous n’êtes plus qu’un seul groupe, répliqua son instructeur. Que vous soyez un, deux, cinq ou vingt à diriger cette mission est votre affaire. Ce qui prévaut est le résultat.

Je pris le temps de digérer ces nouvelles données. Une cohabitation sans hiérarchie préétablie était complexe. En interne, ce ne serait pas un problème car Juth avait naturellement pris la tête de notre groupe avec moi pour seconde.

Dans l’autre groupe, je ne voyais pas clairement la structure qu’ils avaient adoptée, même si j’accordai une grande probabilité à la fille qui avait pris la parole d’être en position de commandement. Ce qu’il restait primairement à déterminer, était la relation entre nos deux groupes.

Nos instructeurs nous avaient rabâché que la technologie était plus faible face à la magie et de ne pas sous-estimer nos adversaires. Certes nous nous affranchissions des Sources de la vie et de la mort, cependant, nous étions loin de pouvoir égaler le pouvoir qu’elles conféraient. Le groupe de praticiens de la magie chercherait-il donc à nous imposer leur autorité ?

– Par ici, indiqua notre instructeur sans nous laisser le temps d’échanger autre chose qu’un regard dubitatif avec nos collègues. Vos protégés vous attendent.

Nous lui emboîtâmes le pas par rang de deux, les praticiens de la magie en miroir derrière leur instructeur. Nos pas résonnaient dans le silence du couloir. Après un embranchement à droite, notre instructeur ouvrit la troisième porte à droite.

Mon regard inquisiteur se posa d’abord sur un homme fluet d’une quarantaine d’années. Sa stature maigrichonne était renforcée par les habits qu’il avait visiblement choisis pour lui donner une carrure plus imposante. Cependant, il les remplissait si peu que l’effet était complètement inverse. Le vent soufflerait-il trop fort qu’il s’envolerait assurément. Puis mes yeux se baissèrent immanquablement sur trois petites têtes qui devaient atteindre un mètre quarante tout au plus.

– Ils sont trop chou ! piailla une voix suraigüe.

Non, mais franchement, qui était la cruche s’extasiant aussi non-professionnellement ainsi ? Tout le monde me lança un regard oscillant entre perturbé, agacé ou encore peu impressionné. Ah. Apparemment c’était moi.

– Excusez-moi, déclarai-je donc.

Ce n’était pas de ma faute si les enfants étaient mon point faible ! Qui pouvait résister à ces adorables yeux gris ou dorés dans le cas de la fillette blonde qui tenait par la main un garçonnet à la touffe de cheveux noirs qui invitait une irrésistible envie d’y passer les doigts ? Qui ne craquerait pas devant les deux petites tresses châtain coiffées en chignons par la seconde petite fille aux joues rondes ?

– Voici votre escorte, nous présenta notre instructeur. Ce sont tous des élèves de dernières années. Mon collègue et moi-même avons suivi leur formation de près et vous assurons qu’ils sont tout à fait aptes pour cette mission.

L’adulte nous analysa d’un regard sceptique tandis que les enfants nous observaient avec candeur. Avais-je mentionné à quel point ils étaient mignons ? Professionnalisme. Je devais rester professionnelle. Peu importait les adorables bouilles souriantes.

– L’équipe est par prudence surdimensionnée pour cette mission, assura le second instructeur.

– Fort bien, accepta l’adulte sans conviction. Je suis Briay Levanth. Voici Viny Dalena – il désigna la petite néogicienne brune – Darren Merryl – le garçonnet – et…

– Moi c’est Ivory ! intervint joyeusement la petite praticienne de la magie.

– Dont j’ai particulièrement la charge, conclut Levanth.

Donc si je récapitulais, Ivory était la personne à escorter avec Levanth comme nourrice. Et en plus il y avait deux enfants néogiciens. Pourquoi ?

– Quelle est la raison de ce trajet ? demanda une élève de l’autre groupe avec une épée.

Elle était stupide ou elle avait oublié son cerveau dans son lit ?

– Cela ne vous concerne pas, asséna sèchement son instructeur.

Franchement, tout le monde savait que l’information était compartimentée afin de prévenir de toute fuite potentielle. Nous ne savions que ce dont nous avions besoin de savoir. Le pourquoi ne nous était pas utile. Peu importait si la question nous brûlait les lèvres. Pour ce que j’en savais, nos instructeurs eux-mêmes n’avaient pas l’information.

Après ce léger incident, pas un mot ne fut échangé tandis que nos instructeurs nous escortaient jusqu’à l’extérieur. Il n’y eut pas de recommandation de dernière minute. Nos instructeurs s’arrêtèrent simplement de marcher. Juth s’empressa de disposer notre équipe autour des enfants. Il sembla y avoir un accrochage mineur entre les praticiens de la magie qui faisaient de même, mais je ne saisis pas la teneur de l’altercation.

Le seul bruit qui suivit fut la voix guillerette d’Ivory parlant avec enthousiasme à Darren, sans se préoccuper de la tension ambiante. Elle semblait heureuse d’avoir l’attention du jeune garçon et lui tenait familièrement la main.

Levanth ordonna une pause deux heures et demie plus tard. Nous eûmes un moment d’hésitation, après tout, il était là pour être escorté, pas pour nous infliger une quelconque autorité. Cependant, il dirigea vers nous un tel regard réprobateur que nous ne pûmes que nous plier à sa volonté.

La petite Ivory s’assit avec gratitude tandis que son protecteur s’afférait autour d’elle. Les deux jeunes néogiciens se posèrent avec plus de grâce aux côtés de la fillette et sortirent une gourde.

– Ça commence mal, commenta Juth à côté de moi.

– Comment ça ? lui renvoyai-je intriguée. On n’a même pas dû faire dix kilomètres.

– Oui et Levanth nous a déjà jugés, grinça-t-il. On a marché sans considération pour nos protégés, qui n’ont pas l’habitude de l’allure que nous avons imposée. Nous sommes des soldats entraînés et endurants alors que ce ne sont que des enfants d’une dizaine d’années.

– Ce n’est que le début du trajet, on a le temps de changer son impression, contrai-je. Et puis, ce n’est pas comme si son opinion avait de l’importance.

Aussitôt que les mots sortirent de ma bouche, je m’aperçus de ma bêtise.

– Ils vont lui demander son avis pour nous noter pas vrai ? soupirai-je.

– Le contraire m’étonnerait, répondit Juth. Autrement, le seul critère de notation qu’ils auraient c’est de savoir si tout le monde est bien arrivé en bon état à la destination finale. Or les profs ont dit d’être dans les dix premiers. Il va falloir se démarquer si on veut avoir une chance de recevoir une bonne affectation. Sans pour autant négliger le travail d’équipe. Un comportement individualiste doit être rédhibitoire.

J’admirais l’esprit de déduction de Juth et qu’il prît le temps de m’expliquer à chaque fois. C’était un jeune homme brillant et je savais qu’il monterait dans les rangs plus vite que n’importe lequel d’entre nous, mais il ne laissait personne derrière. Et cela, pour moi, c’était sa plus grande qualité.

– Pff, je peux pas blairer ceux qui ont besoin d’étaler leur supériorité comme ça.

Je me tournai surprise vers l’un des archers qui avait osé dénigrer Juth ainsi.

– Pardon ? sifflai-je. Et tu te prends pour qui au juste ?

– Toi la groupie on ne t’a pas sonnée, rétorqua-t-il avant de me tourner le dos et de partir.

Je lui aurais mis une beigne si ce n’était pour la main de Juth qui s’abattit sur mon épaule.

– Laisse couler, me conseilla-t-il. Cela n’en vaut pas la peine.

J’inspirai profondément avant de relâcher la tension. Les accès de colère, ce n’était pas mon genre.

– Merci, murmurai-je.

– On va s’occuper de la garde pendant que les praticiens de la magie se reposent, décida Juth. On inversera à la prochaine pause. Tu peux te charger d’organiser les nôtres ? Je vais parler aux magiciens. Pas sûr d’avoir compris qui était leur chef par contre…

– Tu peux compter sur moi, lui affirmai-je.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #7 (suite)
le 26 mars 2022 - 14:02

Tandis qu’il se dirigeait vers une épéiste, je me tournai vers notre équipe. Nous étions suffisamment rôdés pour que quelques mots suffissent et que personne ne contestât. En tant que néogiciens nous étions plus endurants même si les praticiens de la magie pouvaient probablement parvenir aux mêmes capacités grâce à un sort. Il était donc logique de les laisser se reposer en premier.

Nous repartîmes vingt minutes plus tard. Le pas fut plus lent, prenant en compte les enfants. Il aurait été plus simple d’effectuer le trajet avec une monture, mais apparemment, l’Empire ne jugeait pas utile et n’avait pas les moyens d’en mettre une ou deux à disposition pour les enfants.

Deux heures plus tard, l’archer qui avait si hâtivement critiqué Juth ordonna une nouvelle pause. La réaction de notre groupe de néogiciens devant cette décision fut de regarder Juth. Ce dernier observa les enfants, les environs et la position des soleils avant de donner son consentement.

En revanche, une dispute naquit au sein de nos contreparties. Cela commença par l’épéiste que j’avais crûe prendre pour leur chef qui marcha furieusement vers l’archer comme s’il avait commis la pire faute d’Olydri. Ils se crachèrent ensuite à la figure à voix basse.

– On dirait qu’il n’y a pas que nous qui ne comprenons pas leur mode de fonctionnement, commenta Ahol, l’une de nos deux snipers.

Un autre épéiste voulut s’imposer, jouant visiblement sur sa carrure pour appuyer son point.

– Bon on s’arrête ou pas ? s’exaspéra la petite voix aigüe d’Ivory.

Son intervention interrompit aussitôt le débat.

– Bien entendu, acquiesça aussitôt la première épéiste.

– Super ! se réjouit Ivory. Qu’est-ce qu’on mange ?

La fillette se trouva un carré de verdure lui plaisant et s’assit promptement, entraînant Darren avec elle.

– Méline tu peux gérer ça s’il-te-plait ? me demanda Juth avant de s’approcher des praticiens de la magie. Vous prenez le premier tour de garde ? Je propose une pause d’une demi-heure par groupe…

Je sollicitai Ahol pour me filer un coup de main entre s’occuper de nos camarades et de nos protégés. Je distribuai des provisions aux enfants. Les deux petites filles me remercièrent avec un grand sourire. La réponse de Darren fut beaucoup moins enthousiaste mais j’avais l’impression qu’il était réservé. Viny se moqua d’ailleurs allégrement de lui à ce sujet. La remarque glissa sur Darren comme de l’eau sur le plumage d’un canoulard. Ivory en revanche fut offensée pour Darren et concourra vivement pour sa défense.

Je décidai de passer ma pause avec eux. Ils étaient trop mignons pour que je n’en profitasse pas. Juth me rejoignit et taquina gentiment les enfants. Il était vraiment doué avec ces derniers. Probablement grâce à l’entraînement qu’il avait eu avec ses deux plus jeunes frères et sœurs. Personnellement, j’en avais trois tous plus âgés que moi avec neuf ans de différence avec le plus jeune. J’aurais aussi bien pu être fille unique tant j’avais eu peu d’interactions avec eux.

– J’ai l’impression de t’avoir déjà rencontré, déclara Juth à Darren.

– Ah ? fit ce dernier désintéressé. Je n’ai pas cette impression.

– Ce devait être quelqu’un d’autre, conclut Juth en abandonnant le sujet.

– Pourquoi devenir soldat ? s’enquit Ivory.

L’attention des trois enfants se porta sur moi, visiblement curieux d’entendre ma réponse.

– Pour protéger les nôtres, déclarai-je avec conviction. J’ai eu une enfance tranquille grâce à la protection de l’Empire et je souhaite offrir de même aux enfants d’aujourd’hui. C’est à mon tour de préserver la sérénité des civils.

– C’est un noble objectif, apprécia Viny.

– Et vous, que voulez-vous faire plus tard ? leur retournai-je la question.

Ivory regarda Darren comme s’il détenait la réponse la concernant.

– Soigner, répondit aisément Viny.

– Je n’ai pas encore déterminé de quelle manière je souhaite servir l’Empire, déclara Darren ce qui en soit consistait déjà en une réponse.

– Je vais faire de mon mieux ! se rallia alors Ivory.

Peut-être qu’effectivement, Darren avait répondu pour elle aussi.

– Vous êtes encore jeune, vous avez le temps d’y réfléchir et de changer d’avis, les rassura Juth.

– Continuez vos études avec sérieux et vous pourrez faire tout ce que vous voulez, renchéris-je.

– C’est quoi ce bruit ? s’inquiéta soudainement Juth.

Je n’eus pas le temps de me pencher sur la question. Deux immenses bêtes apparurent en haut de la colline et la dévalèrent en roulé-boulé, se battant visiblement entre eux sans nous prêter la moindre attention. Le problème majeur était que nous étions juste en bas de la pente.

Levanth s’empara aussitôt d’Ivory et décampa. Juth et moi firent de même avec Darren et Viny, mettant les enfants hors de portée du danger. Les monstres s’écrasèrent à l’emplacement exact où nous étions quelques secondes plus tôt. Des coups de crocs et de griffes mêlés de cris de rage continuèrent.

– Blasters ! Formez une ligne de défense ! nous urgea Juth. Les autres derrières !

Poussant Viny derrière moi, je pris place, blaster pointé sur les deux géants. Ces derniers nous ignoraient toujours pour le moment. À tel point que leur lutte les éloigna avant de soudainement les entraîner vers nous.

– Tirez ! ordonna Juth.

Cinq tirs plasma fusèrent, s’écrasant sans discrimination contre la masse de fourrures. Les deux bêtes bougeaient bien trop et trop vite pour pouvoir cibler une partie en particulier. Nos snipers étaient pour l’instant inutiles, même si elles restaient sur le qui-vive, guettant la moindre opportunité. De même, je savais que nos spécialistes du corps-à-corps se tenaient prêt à bloquer physiquement les bêtes, aidés de renforts et protections musculaires développés par nos ingénieurs.

– En avant ! tonitrua une voix féminine.

Les épéistes et les lanciers se lancèrent à l’assaut, sans visiblement se préoccuper de nos tirs. Ils s’apprêtaient donc allègrement à se faire descendre par des tirs alliés.

– Cessez le feu ! ordonna Juth une pointe de panique non dissimulée dans sa voix.

Les praticiens de la magie atteignirent les bêtes en un morceau. À l’acier, des lueurs de diverses couleurs se mêlèrent, utilisation évidente des flux. Quelques secondes plus tard l’un des monstres se détacha du groupe et fonça droit sur nous.

– Tirez ! ordonna Juth de nouveau.

Je le sentis plus que je ne le vis se mettre en position à ma gauche. Un autre combattant au corps-à-corps se plaça sur ma droite. Ils étaient prêts à intercepter la menace. Du coin de l’œil j’aperçus une lueur orangée fuser vers la bestiole. Puis il y eut une explosion et je me retrouvai projetée en arrière, emportée par la force du souffle en résultant.

Durant ce bref envol, je courbai le dos pour mieux absorber l’impact. Ce qui n’empêcha pas le choc avec le sol de me couper le souffle tandis que je rebondissais avant de glisser sur plusieurs mètres pour m’arrêter face contre terre telle une poupée désarticulée.

Je tentai aussitôt de me relever. Ma vision vacilla tandis qu’un marteau semblait frapper mon crâne. Mes bras m’abandonnèrent et mon visage retourna à la poussière. Que se passait-il ? Pourquoi mon corps ne répondait pas ? Je devais… Je devais ?

Faire le bilan de mon état physique me paraissait un bon début. Où avais-je mal ? Partout. Je décidai donc de commencer par mes pieds et de remonter jusqu’à ma tête. Parce que j’avais l’impression que mon crâne allait exploser et que je n’étais pas prête à évaluer tout ce que cela impliquait.

Je bougeai mes orteils puis mes chevilles. Tout fonctionna correctement, si ce n’était pour une douleur sourde et lancinante que je classai comme non vitale. Des ecchymoses devaient déjà se former sur tout mon corps. Il semblait néanmoins que mon équipement ait résisté à mon dérapage et donc que les égratignures me fussent épargnées.

Mes genoux étaient en bon état grâce aux renforts incorporés dans ma tenue. Mes hanches étaient dans une souffrance aigüe, cependant je demeurais incapable de savoir ce qui n’allait pas. Mes côtes étaient douloureuses et mon dos en miettes. Mes bras bougeaient normalement même si une petite résistance se faisait sentir.

J’arrivais à la partie la plus délicate. Ni mon cou ni ma tête n’avait apprécié le choc. Un goût métallique envahissait ma bouche tandis que mon odorat ne me renvoyait que l’odeur de la terre. Je tentais tant bien que mal de soulever mes paupières. Des taches noires dansaient encore devant mes yeux. Le bruit assourdissant qui m’entourait commençait peu à peu à redevenir distinct.

Je me remis doucement et difficilement d’abord à quatre pattes puis en position assise pour mieux comprendre mon environnement. La silhouette de mes compagnons d’armes se dessina. Certains étaient encore à terre, mon cœur se serra à l’idée qu’ils ne se relevassent jamais, d’autres étaient déjà debout.

– Qu’est-ce qui s’est passé… bourdonna une voix sur ma gauche.

– J’ai l’impression de m’être fait renversé par un goinfrosaurus, commenta une autre.

– J’ai crû reconnaître un digdug, intervins-je.

Mon regard se posa sur la masse grise qui gisait immobile non loin devant.

– Ils ne sont pas un peu plus à l’Est normalement ? m’enquis-je.

– Ben celui-ci est là, déclara quelqu’un.

Vivement que je retrouvasse toute mon ouïe pour déterminer qui parlait. Une ombre s’abattit sur moi.

– Méline, tu vas bien ? s’enquit cette dernière.

Je plissais un peu des yeux. L’image était encore floue, mais je réussis à associer la voix et la vague image à Juth.

– Je suis en vie, répondis-je. Peut-être une côte de cassée et certainement une concussion.

– Ok, ne bouge pas, me demanda-t-il.

– Je n’en avais pas l’intention.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #7 (suite)
le 26 mars 2022 - 14:03

Juth se déplaça. Visiblement, il faisait le tour de ses troupes pour dresser le bilan de leurs blessures. Ce qui signifiait que le danger était passé et également que Juth n’était lui-même pas en trop mauvais état.

Soudain, des mains se posèrent sur moi. Des questions me furent posées sur mon état général et j’y répondis machinalement. Je sentis que des onguents ou autres produits étaient appliqués en divers endroits. On me fit également avaler deux décoctions dont la seconde avait un goût si atroce que je dusse me concentrer pour ne pas tout régurgiter.

J’ignorais ce dont il s’agissait, mais c’était pour le moins efficace. Le monde gagna aussitôt en clarté, que ce fût en visuel ou en auditif. La douleur qui s’était emparée de mon corps n’était plus qu’un lointain souvenir. Je tentai donc de me remettre sur mes pieds.

– Doucement, reste assise, fit une petite voix. Ce n’est pas parce que l’antidouleur fait effet que tu es remise pour autant.

Avisant le conseil, et au vu du manque de menace imminent, je restai donc sagement assise. Ce fût ainsi que j’appris que celle qui s’était occupée de moi n’était autre que Viny Dalena, l’enfant que j’étais chargée de protéger.

Un peu plus loin, Darren Merryl semblait faire de même, appliquant un spray ici, une crème là, réalisant un bandage autour d’une tête… De temps en temps incertain, il demandait son avis à Viny, ou lui laissait carrément effectuer le soin.

Il restait encore deux personnes que nous devions escorter. Ce ne fut qu’en tournant franchement la tête que je vis ces dernières. Levanth était un genou à terre devant une Ivory tétanisée. Il lui tenait délicatement mais fermement la tête entre ses mains, l’obligeant à le regarder lui plutôt que la scène de violence. Malgré l’aspect terreux du manteau de l’homme, à première vue, ils n’avaient pas l’air blessés. C’était déjà cela.

– Non mais vous êtes complètement dingues !

Je me retournai vers le feu de l’action. C’était Juth.

– À quel moment vous avez été certifiés pour accomplir cette mission ! poursuivit-il. Vous êtes incapables de monter la garde pendant trente minutes ! Vous êtes incapables d’intercepter le danger avant qu’il ne porte atteinte à nos protégés ! Vous êtes incapables de vous coordonner ! Vous êtes incapables de vous déplacer en-dehors des tirs alliés au chemin pourtant bien distinct ! Vous êtes incapables de contenir les monstres loin de nos charges ! Ce dont vous êtes bien capables en revanche, c’est de tirer sur vos alliés et de porter atteinte à l’intégrité des enfants que vous êtes censés protéger !

– Peut-être qu’ils ont eu des consignes différentes des nôtres, ajouta de l’huile sur le feu Khol.

– Ça veut dire que je peux les buter ? demanda Ahol avec férocité.

Cette dernière était au sol, du sang coulait sur son visage, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir son sniper prêt à tirer. Elle regardait dans son viseur sa cible, l’un ou l’autre des praticiens de la magie.

– Je commence par la gauche, tu t’occupes de la droite ? offrit Lazervadia notre seconde sniper.

Juth les arrêta d’un geste impatient de la main. Dommage. Le succès de la mission aurait monté exponentiellement avec chacune de leur mort.

– Ne va pas nous mettre sur le dos les erreurs de Talzip ! défendit la « chef » épéiste.

– Cela te va bien de critiquer quand vous êtes incapables d’éliminer une simple menace vous-mêmes, répliqua celui qui devait être Talzip et que je reconnus comme l’archer dédaigneux.

– Il serait plus sage de faire demi-tour et de confier cette mission à quelqu’un d’autre, trancha la voix posée de Levanth. Après tout, nous ne sommes encore qu’à une demi-journée de marche de notre point de départ.

Mon sang se gela dans mes veines. Faire demi-tour signifiait un échec de la mission. Pas pour nos charges qui recevraient de nouveaux protecteurs, mais pour nous. Ce serait un échec total. Nous serions peut-être même radiés de l’armée avant d’y être officiellement entrés.

– Ce ne sera pas nécessaire, contra Juth. On va faire des paires néogiciens - praticiens de la magie. Les snipers avec les archers, les corps-à-corps avec les épéistes et les blasters vous vous répartissez sur ceux qui restent. Puisque vous êtes incapables de vous gérer tous seuls, vous suivrez mon commandement relayé par mes troupes.

– Non mais ça ne va pas ! s’insurgea l’épéiste.

– Où as-tu vu qu’on allait vous obéir ! s’énerva un autre.

– T’es complètement cinglé ! se révolta un lancier.

Juth les laissa s’exprimer, attendant que leur flot d’invectives se tarisse.

– C’est hors de question, coupa la « chef » épéiste en croisant les bras.

– Au vu du désastre auquel vous nous avez menés en même pas une journée, amorça Juth, cette nouvelle disposition n’est pas négociable et applicable dès maintenant. Ou vous pouvez retourner sagement à Salderand. Nos instructeurs ont déclarés que dix d’entre nous étaient suffisants pour cette mission d’escorte. Je suis sûr que Monsieur Levanth appuiera notre avis sur votre inutilité et votre contre-productivité. Si vous voulez avoir une chance de vous rattraper, j’ai bien peur que vous n’ayez d’autre choix que de coopérer.

Un mot de Levanth et les praticiens de la magie plièrent. Pour quelqu’un d’aussi fluet, il avait un regard noir et une posture menaçante dépassant tout ce que j’avais connu jusqu’à ce jour. Cet homme était terrifiant.

– Je pensais que la mission se déroulerait tranquillement, murmura Darren.

– Il y a toujours des imprévus, lui répondit Viny. Le moindre problème au sein d’une équipe peut avoir des conséquences désastreuses. Retiens bien cela gamin.

– Oui Viny, acquiesça docilement le garçonnet.

Je me retins de rire. Ce n’aurait pas été gentil. Mais quand même, un enfant d’une douzaine d’années qui en appelait un autre « gamin » avait de quoi être cocasse.

– Comment vous en savez autant sur la médecine tous les deux ? se renseigna Khol auprès de nos jeunes soigneurs.

– Moi je ne sais rien, réfuta Darren. C’est Viny qui m’apprend. Elle sait beaucoup de choses.

– Il est normal de se renseigner sur un domaine qui m’intéresse, balaya Viny. Tu devrais aller voir Ivory Darren. Elle n’a pas l’air d’avoir bien vécu cette escarmouche.

– Je suis nul pour ça, déclara Darren telle une vérité universelle.

Il partit cependant retrouver la petite blonde. On aurait dit un soldat marchant vers un champ de bataille. Ivory ne remarqua son approche qu’au dernier moment. Une fois que son regard se posa sur Darren, elle éclata en sanglots et se jeta dans ses bras. Darren la laissa pleurer la tête sur son épaule, ses bras se refermant en une étreinte rassurante.

C’était trop mignon ! Le chevalier venu sauver la princesse en détresse ! Ah, quel romantisme…

– Toi t’as ton air bizarre de pensées bizarres, commenta Ahol.

– Je ne vois pas de quoi tu parles, niai-je aussitôt.

– Si si, insista Lazervadia. Il y a ta tête de d’habitude, ta tête de quand tu réfléchis à fond, et cette tête-là, plus bizarre que les deux autres.

– Tu es en train de me dire que quel que soit le moment, j’ai une tête anormale… susurrai-je légèrement énervée.

– Ouais, conclurent les deux snipers en cœur.

– Je vais vous refaire le portrait, menaçai-je faussement entre mes dents.

– Ah non tu ne peux pas, s’opposa Ahol.

– Ce serait une atteinte à la beauté, appuya Lazervadia.

Puis elles éclatèrent de rire.

– Ça va les filles ? s’enquit Juth avec sollicitude.

Nous répondîmes par l’affirmative.

– Heureusement que les petits s’y connaissent un peu en médecine, soupirai-je. Et avaient les remèdes nécessaires. Il est bien dommage que nos instructeurs n’aient pas prévu de nous adjoindre un médecin ou un soigneur. Je n’ai pas l’impression que les praticiens de la magie s’y connaissent plus que nous dans cet art.

– On va partir du principe qu’ils ne connaissent rien, râla Juth. Méline, tu te sens de prendre en charge le troisième archer ? Spécifiquement celui qui nous a tiré dessus ?

Je n’avais aucune envie de me trimballer un boulet pareil qui ne prêtait pas la moindre attention à ses alliés, cependant, il fallait bien que quelqu’un le fît.

– Tu peux compter sur moi, acquiesçai-je donc à contrecœur.

Il n’était pas dit que je me dérobasse devant mon devoir.

– Merci, déclara-t-il en me serrant brièvement l’épaule avant de se relever.

J’aurais aimé que nous fussions seuls. Il aurait alors pu m’embrasser comme j’en avais désespérément envie. Mais nous étions en mission et nous devions rester professionnels. Ce genre d’attentions devrait attendre la fin de notre travail qui me parut soudainement très, très, lointaine.

– Méline, est-ce que tu penses que d’autres bestioles risquent de surgir sous peu ? m’interrogea Juth.

– Pour que ce digdug soit arrivé jusqu’ici c’est qu’il a dû être chassé de son territoire habituel et est donc seul. L’autre…

Je me relevai tout doucement pour voir quel était le type de la seconde bête. Le pelage bleu, les deux jambes, les deux bras possédant des mains avec pouces opposables, le torse massif… Tout cela me mena rapidement à une conclusion :

– C’est un bleubokong. Cette espèce vit généralement en groupe. Ils se séparent fréquemment pour chercher de la nourriture. Les autres ne doivent pas être trop loin.

– On bouge, décida Juth. Mettez-vous avec votre paire.

À ma plus grande surprise, tout le monde réussit à se remettre sur ses pieds sans trop de problème. Nous clopinâmes jusqu’à notre contrepartie qui était tendue comme un arc, peu importait la personne.

Si Juth m’avait confié l’archer explosif, il avait lui-même pris en charge l’épéiste, répondant, parfois, au nom d’Akranes et qui avait un semblant d’autorité sur leur groupe. Cette dernière sembla d’ailleurs rassérénée et revigorée par le fait que notre chef l’ait choisi elle, reconnaissant ainsi son autorité. Elle jeta ainsi un regard supérieur à l’archer.

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le 26 mars 2022 - 14:05

Juth nous redisposa autour des enfants puis nous reprîmes une marche beaucoup plus lente que dans la matinée. Plus silencieuse aussi. Ivory ne discutait plus joyeusement, se cramponnant seulement à Darren comme à une ligne de survie. Seule Viny glissait quelques mots à la petite blonde parvenant miraculeusement à la revigorer.

Lorsque nous nous arrêtâmes le soir, nous avions parcouru bien moins de distance que prévu. Juth distribua les tours de garde et donna aux autres les tâches nécessaires pour monter le camp, toujours par paire. Viny fit le tour des blessés pour vérifier l’état d’avancement de leur guérison. Darren suivait cette dernière tandis qu’elle lui expliquait comment effectuer la tâche, reconnaître les signes d’une infection…

Viny était déjà dédiée aux soins et se donnaient les moyens de réussir. Moi à son âge je voulais devenir ingénieur, mais ce n’était pas pour autant que je m’y connusse plus en électricité, en mécanique ou en informatique que mon voisin qui voulait devenir chimiste et s’entraînait en mélangeant différents savons liquide.

Mon tour de garde avec Lance Talzip, boulet qui m’avait été attaché et dont j’avais appris le nom dans l’après-midi, se passa presque sans anicroche. Notre tranquillité tomba en miettes lorsque des points rouges luisirent dans la nuit à la périphérie de mon champ de vision. Avant que je n’eusse pu déterminer ce dont il s’agissait, Talzip envoya une flèche enflammée, illuminant les alentours. Ce fut ainsi qu’apparurent des canidés au pelage noir et aux yeux de braise.

– Des lopos, reconnus-je à voix basse. Leurs mâchoires puissantes et leurs crocs aiguisés peuvent facilement déchirer la chair et provoquer une hémorragie. Ils se déplacent souvent en meute et…

Talzip était déjà en train d’essayer de les cribler de flèches. Les lopos bondirent vers nous. Quelques flèches les atteignirent sans visiblement leur causer grand mal, n’entravant pas leur progression fulgurante. De mon côté, j’envoyais des tirs de rosaphir tout en cherchant le chef de meute. C’était lui que nous devions vaincre.

Une détonation retentit. Les lopos hurlèrent avant de s’enfuir. Tournant la tête, j’aperçus Ahol se remettant de sa position de tir. Puis Juth fut sur moi.

– Que s’est-il passé ? exigea-t-il.

– Une meute de lopos, répondis-je.

– Pourquoi ne pas avoir réveillé le camp et demandé des renforts ?

– Pas eu le temps, grinçai-je des dents en désignant mon partenaire attitré.

Juth jura à voix basse avant de partir engueuler Talzip. Les coups de feu échangés avaient assurément mis l’ensemble des personnes sur leurs pieds au milieu de la nuit.

– Qu’est-ce qui se passe ? demanda une petite voix endormie.

– L’incident est clos, lui répondit Levanth en invitant d’une main dans le dos la fillette blonde à retourner se coucher.

– Bien, fit Juth à l’ensemble du groupe avec un agacement qu’il ne pouvait plus cacher malgré tous les efforts du monde. Vous allez arrêter les initiatives et vous cantonner à votre rôle. Vous êtes des soldats. Pas des aventuriers gambadant par monts et par vaux. C’est clair ?

– Pff, fit la chef épéiste. Et qui au juste t’a donné le droit de commander ?

– Nous, répliquai-je aussitôt. Nous avons reconnu les capacités de Juth pour nous diriger et son autorité.

– Vous ne savez pas de quoi la magie est capable, de quoi nous sommes capables, contra Talzip.

– Sérieusement, vous n’êtes même pas capables de vous organiser entre vous ! râla Khol. Et après vous allez nous faire croire que vous êtes meilleurs que nous ? La blague !

– Juste parce qu’il y a une personne incontrôlable ne veut pas dire que nous sommes mauvais, grinça des dents Akranes.

– On est vraiment en train de relancer ce débat au milieu de la nuit ? s’exaspéra Pòl, l’un des nôtres.

Apparemment oui. Le ton continua de monter jusqu’à cela devinsse un concours de cris. Les accusations fusaient entre les deux camps sans que personne ne comprît ce qu’il fût énoncé. De temps en temps, des disputes au sein des praticiens de la magie survenaient également.

Puis une pluie de rochers enflammés tomba du ciel.

– Vous êtes sérieux là ! gueula une voix féminine que je ne reconnus pas.

Puis toute ma concentration se porta sur éviter les projectiles. La magie continua de se déchainer. Mon cerveau était en mode survie et n’arrivait pas à comprendre comment nous en étions arrivés là. Pourquoi nos propres alliés nous attaquaient ainsi. Et ce n’était pas qu’une petite escarmouche. Leurs attaques avaient un objectif mortel.

– Le camp est attaqué ! s’éleva soudain une voix parmi les cris et les bruits de destruction ambiants.

Tout n’était que pur chaos. À la nuit se disputait les éclats de magie et de rosaphir. J’avais mon blaster dans les mains, cependant je ne savais même pas sur qui tirer. C’était bien la peine de m’entraîner pendant cinq ans, lire et retenir un maximum de faits, tous ces efforts pour finalement me retrouver au milieu d’un conflit sans queue ni tête !

Un paquet me fut propulsé dans les bras.

– Mettez-la à l’abri ! m’ordonna-t-on dans le même temps.

Il me fallut moins de temps pour reconnaître que le paquet n’en était pas un mais une petite fille blonde que pour réaliser que mon donneur d’ordre n’était autre que Levanth. Ce dernier avait laissé son manteau disproportionné derrière lui, si bien que cela changeait complètement sa silhouette. De maigrichon il était passé à élancé.

Après s’être délesté d’Ivory, il fila comme le vent entre les différents projectiles. La lame luisante d’un poignard brilla dans ses mains. Quelqu’un s’empressa de suivre le chemin qu’il empruntait, lui marchant presque sur les talons. Je ne vis que trop tard qu’il s’agissait de Darren. Impossible de le rattraper et de le retenir. Pas alors que j’avais déjà Ivory à charge.

Tandis que je faisais demi-tour pour partir loin de la zone de combat, la fillette dans mes bras, je priai pour que Levanth remarquât Darren et le confît à quelqu’un. De toute évidence, l’homme n’était pas juste un accompagnateur mais bien un garde-du-corps pour Ivory. Dans un coin de ma tête, je tentai de deviner qui elle était pour avoir son propre protecteur. Cette attaque était-elle liée à Ivory ? Était-ce en fait elle l’objectif de nos ennemis ? Cherchait-on à l’enlever ?

Le sol se déroba soudainement sous mes pieds et je basculai dans le vide. J’eus à peine le temps de réaliser où la gravité se situait et de serrer Ivory dans mes bras pour la protéger au mieux de l’impact imminent, que mon corps fut balloté en tous sens, allant de choc en choc. Finalement ma course s’arrêta sur de la terre battue.

Ma vision était légèrement floue mais je reconnus sans peine la voûte céleste à travers la cime des arbres. Ces derniers avaient dû ralentir ma chute. Et m’offrirent de belles ecchymoses par la même occasion.

– Tu saignes, s’éleva une petite voix tandis qu’une main entrait dans mon périmètre visuel sans pour autant oser me toucher.

– Encore ? grommelai-je en passant ma main dans mes cheveux.

Cette dernière en ressortit poisseuse et écarlate. Le bruit d’une explosion me sortit de ma morbide contemplation. Je me redressai sur mon séant. Le monde tourna un instant avant de se stabiliser.

– Tu es blessée ? demandai-je à ma charge.

– J’ai mal, répondit-elle.

J’observai ma protégée avec attention. Des larmes perlaient librement le long de ses joues. Des brindilles s’étaient prises dans ses cheveux dont la coiffure était partiellement défaite. Une trace de terre s’étalait sur son front. Ses vêtements, fins et fragiles comparés aux miens, étaient déchirés en de multiples endroits et laissaient entrevoir de longs filets de sang qui n’étaient pourtant guère plus que des égratignures.

Je lui saisis le poignet pour la faire bouger et ainsi changer l’éclairage apporté par la pâle clarté des étoiles. La fillette hurla de douleur. Surprise, je la lâchai aussitôt. Le cri finit par se changer en sanglots.

– Ok, commentai-je. Problème au poignet. Je touche pas.

J’avais l’impression que toutes mes connaissances avaient quitté mon cerveau.

– Autre part ? la pressai-je.

La petite blonde secoua négativement la tête. Par précaution je décidai de ne pas poursuivre mon inspection plus en profondeur. Elle ne se vidait pas de son sang. Elle tenait sur ses deux jambes. Cela suffisait pour l’instant.

Les bruits d’explosions en arrière-plan rappelèrent notre situation précaire à mon bon souvenir. Je jetai un œil dubitatif vers le chemin par lequel nous étions arrivées. Aucune chance de repasser par-là.

– Le tout est de déterminer si on doit se rapprocher du combat ou continuer de s’en éloigner, réfléchis-je à voix haute.

Le claquement sec du bois brisé m’apporta la réponse à ma question.

– La meute de bleubokongs, murmurai-je stupéfiée en reconnaissant les nombreuses silhouettes autour de nous.

J’attrapai Ivory qui laissa échapper un petit cri que je choisis d’interpréter comme de la surprise et non de la douleur, avant de tourner les talons et de m’enfuir vers la seule issue que les bleubokongs avaient laissée, à l’opposé du camp et de toute aide potentielle. Je les entendis s’élancer derrière moi, ne cherchant plus aucunement à se montrer discrets.

Certains couraient au sol, d’autres sautaient de branche en branche. Je n’arrivai pas à les distancer. Ils étaient trop nombreux pour que je parvinsse à les éliminer seule. D’autant plus avec une gamine dans mes bras.

– Zut ! m’énervai-je. Ivory j’ai besoin de mes mains. Accroche-toi fort à moi, d’accord ?

Je sentis ses jambes me serrer le buste et sa main intacte agripper maladroitement ma nuque avant de se fixer plus bas sur mon épaule. Brave petite, je ne mourrai pas étranglée. Je lâchai une main, testai sa résistance en ôtant la seconde.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #7 (suite)
le 26 mars 2022 - 14:06

Mes mains libérées passèrent sous les jambes de la fillette et plongèrent à ma ceinture. Heureusement que je connaissais par cœur l’emplacement de mon matériel. Je lançai derrière-moi successivement une grenade fumigène et une assourdissante, plaquant mes mains contre mes oreilles pour limiter l’impact de cette dernière sur mon ouïe surdéveloppé de néogicienne.

Ivory lâcha soudainement prise, probablement sous l’effet de ma seconde grenade. Mais ce n’était guère important. L’effet était passé et je pus reprendre son poids sans problème. Profitant de la confusion créée, je piquai à droite à quatre-vingt-dix degrés.

Je continuai de courir un moment en zigzags, slalomant entre les arbres et arbustes. N’entendant plus nos poursuivants, je m’arrêtai finalement essoufflée. Je déposai Ivory à terre, essayant de reprendre un rythme de respiration régulier. Je devais me tenir prête à repartir en cas de danger. Rien ne se passa pendant plusieurs longues minutes à attendre en silence.

– Je crois qu’on les a semés, déclarai-je finalement.

Ivory acquiesça timidement, ses yeux dorés écarquillés, incapables de se fixer sur un seul endroit.

– Ça doit être une sacrée aventure pour toi, tentai-je de plaisanter pour détendre l’atmosphère et la rassurer.

Ma tentative tomba misérablement à l’eau. Ce n’étaient déjà pas des circonstances ordinaires pour moi-même qui étais en fin de formation pour devenir soldat, alors ce devait être terrifiant pour une enfant.

– Tout va bien, essaya-t-elle de se rassurer d’une voix tremblotante. Darren va venir nous chercher.

C’était toujours aussi mignon, et si cela fonctionnait pour elle tant mieux, cependant je ne comptais pas sur un gamin d’une dizaine d’années pour venir me sauver. Mon plus gros souci actuel était que je n’eusse pas la moindre idée d’où nous nous situions par rapport au camp. Non seulement je n’avais pas prêté attention à notre chemin dans notre course folle, mais en plus mon sens de l’orientation était proche de zéro.

– Ivory, à tout hasard, tu ne sais pas où est le camp ? interrogeai-je la susnommée.

– Non, répondit-elle. Je ne sais jamais me repérer.

Zut, elle était comme moi.

– C’est pas grave, déclara-t-elle. Il suffit de rester en vie le temps que Darren nous retrouve. Le mieux est sans doute de ne pas bouger, ce sera plus simple pour lui.

– Le problème c’est qu’on ignore ce qu’il est advenu des autres, énonçai-je sans pour autant la contredire sur la possible venue de son héros.

Ils pouvaient tous être déjà morts pour ce que j’en savais. J’espérais au moins que Darren et Viny eussent étés épargnés. Ils n’étaient que des enfants après tout. Qui avaient certes eu la malchance de nous trouver assigner à eux.

Je ne pouvais que penser amèrement que si ces praticiens de la magie n’avaient pas été là, nous n’aurions pas eu la moitié de nos problèmes. Ou en tous cas, pas autant de difficultés à les anticiper ni à les régler. Le blâme viendrait plus tard. Pour l’instant, je devais me concentrer sur notre survie.

– Darren y arrivera, s’entêta la fillette. En plus, Briay est là aussi. Et je crois que Viny est particulière comme Darren.

– Quand tu dis particulière, tiquai-je, tu entends quoi par ça au juste ?

– Je ne sais pas comment le définir, réfléchit-elle. Ils ont ce petit truc en plus qui les place au-dessus du commun… Ça se voit, ça se ressent mais ça ne s’explique pas vraiment ?

– Eux et toi vous n’êtes pas dans la même catégorie ? clarifiai-je. Et l’on ne t’a pas expliqué leur rôle.

– On m’a donné quelques informations, me corrigea-t-elle. Mais c’est un peu comme te donner une poignée de sable dans le désert et delà te demander jusqu’où il s’étend.

Au vu des informations qu’ils nous avaient livrées, et si l’on acceptait de s’y fier, Viny était plus attirée par le métier de docteur et avait développé des connaissances à ce sujet. En admettant que la fillette soit un génie de la médecine, cela ne nous aidait pas dans ce genre de situation.

Je soupirai. Pour l’instant je devais considérer que je ne pouvais compter que sur moi-même. Je levai la tête vers les étoiles apparaissant entre la cime des arbres. J’étais incapable de les reconnaître et de m’en servir pour me repérer.

– Et que font deux pucelles comme vous loin de toute civilisation ? s’éleva soudainement une voix masculine.

Quoi encore ? Je me demandai vaguement si je devais me sentir offensée d’être traitée de pucelle. Je pivotai pour faire face aux nouveaux venus. Je comptais douze hommes aux habits débraillés et à la barbe mal taillée. En revanche leurs armes diverses semblaient de très bonne facture. Leurs iris reflétaient de multiples couleurs indiquant des praticiens de la magie.

– Et les gars ! Matez-moi ça ! Une néogicienne ! s’égaya l’un d’eux.

– Super… commentai-je. La Coalition. Ils ne manquaient plus qu’eux.

Je crois que j’arrivais au bout de ce que je pouvais endurer comme catastrophes en moins d’un jour.

– Ah non, protesta un homme. Pardon mais nous sommes de fidèles serviteurs de l’Empire.

Je leur jetai un regard dubitatif.

– Des fidèles bandits de l’Empire, amenda alors un autre.

– C’est plus réaliste, commentai-je entre mes dents avant de continuer à voix haute. Que voulez-vous ?

– Tout.

– Vos richesses et vos vies.

Un petit cri de terreur s’échappa d’Ivory tandis que je sentais mes os se glacer.

– N’ayez crainte, nous n’allons pas vous tuer, déclara l’un des hommes. Il y a toujours quelqu’un pour payer une rançon.

– Et comme nous sommes fidèles à l’Empire, compléta l’un de ses compagnons, nous allons d’abord proposer un échange à l’Empire avant de nous adresser à la Coalition. Vous avez donc de grandes chances de tomber dans des mains alliées. Alors, elle n’est pas belle la vie ?

J’étais à moitié soulagée. Je savais qu’on paierait pour Ivory, elle avait de toute évidence une certaine valeur aux yeux de l’Empire. Je n’en étais pas autant certain pour moi. Je n’étais après tout qu’une élève soldat, sans capacités particulières. Et si l’on ne laissait pas un soldat démuni aux mains de l’ennemi, je n’en vaudrais peut-être pas le coût pour autant.

Leur petit discours m’avait au moins appris qu’ils nous désiraient vivants. Un otage mort ne valait rien. Le risque que je prenais en me battant était donc fortement diminué. Par contre j’avais toujours le problème de devoir protéger Ivory. S’ils la saisissaient, ils pouvaient s’en servir contre moi. Pour eux, en tant que néogicienne, j’étais probablement celle qui avait le plus de valeur.

Comment faire pour me sortir de ce nouveau pétrin ? Je décidai que si jusque-là ma méthode avait fonctionné alors il n’y avait pas de raison de la changer. J’empoignai Ivory – nouveau glapissement – et me remis à courir.

Je n’eus pas fait dix mètres que ma jambe gauche céda et je m’étalai au sol. Ivory hurla de douleur. Le choc ne fit pas non plus le plus grand bien à mon corps malmené. Ma jambe était en feu. Je me redressai difficilement à quatre pattes pour constater qu’une flèche était plantée dans ma cuisse. Tout autour de l’impact de la glace était formée.

– Et où croyais-tu donc aller ma jolie ? ricana un homme.

Je devais nous sortir d’ici. Je regardai les hommes s’approcher d’un pas nonchalant. Je devais nous sortir d’ici. Après tout, ils avaient tout leur temps. Je devais nous sortir d’ici. Les regards qu’ils me portaient me laissaient deviner ce qu’ils comptaient faire de moi en attendant leur butin. Je devais nous sortir d’ici. Instinctivement, je refermai mes jambes. Je devais nous sortir d’ici. Un sourire torve déforma leur visage quand ils virent mon geste futile de protection.

– Je dois nous sortir d’ici… priai-je.

– Méline… sanglota Ivory.

– Je dois nous sortir d’ici, répétai-je.

Une petite main se posa sur mon épaule tandis que mes yeux restaient désespérément fixés sur les hommes qui s’avançaient.

– Je ne sais pas quoi faire… m’avouai-je à moi-même. Je dois réfléchir… Il doit y avoir un moyen…

J’étais en train de paniquer. Je savais que j’étais en train de paniquer. Je savais que je ne devais surtout pas paniquer. Mais j’étais quand même en train de paniquer.

– Je ne sais pas ! m’exclamai-je. Je… J’ai besoin de plus de temps !

Ha, plus de temps. Comme si je demandai à un professeur un jour de plus pour rédiger un devoir. La blague.

– Tiens prends ça ! cria Ivory.

Le temps s’arrêta.

– Quoi ? fis-je abasourdie.

La scène était figée. Les hommes ne bougeaient plus. Le vent lui-même ne circulait plus, les feuilles comme les brins d’herbes à l’arrêt.

– J’ai très fortement ralentit le temps, m’expliqua Ivory.

– Tu… Tu peux faire ça ? balbutiai-je.

– Pas pendant très longtemps à ce niveau-là, me pressa-t-elle.

– D’accord, d’accord, acquiesçai-je.

J’avais obtenu un délai supplémentaire pour réfléchir, néanmoins ce n’était pas de l’ordre de l’infini pour autant. Je pouvais le faire.

Mais, puisqu’ils étaient tous figés… Je pris en main mon blaster et tirais sur le plus proche. À ma stupéfaction, la salve de rosaphir quitta le canon de mon arme pour se retrouver suspendu en l’air, aussi immobile que le reste.

– C’est une bulle qui ralentit le temps, m’expliqua précipitamment Ivory. Et nous sommes nous-mêmes dans une bulle qui n’est pas affectée par la modification. Tout ce qui sort de notre bulle se trouvera pris dans l’autre.

– Je prends quand même, décidai-je en tirant de nouvelles salves sur les autres.

Dès que le temps reprendrait son cours, nos bandits se retrouveraient face à une énergie à laquelle ils ne s’attendraient pas.

– Je ne vais plus pouvoir tenir très longtemps, m’informa Ivory.

Déjà les mouvements commençaient à reprendre au ralentit.

– Ok. Je suis prête, annonçai-je.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #7 (suite)
le 26 mars 2022 - 14:09

Le sortilège se dissipa. Les tirs de rosaphir se murent soudainement. Les bandits laissèrent échapper un cri de surprise. Malheureusement, ils réussirent à les éviter. Certains les frôlèrent, les brûlant légèrement, mais aucun ne leur causa de réels dégâts. C’était mauvais. Très mauvais. Auraient-ils été des partisans de la Coalition, j’aurais au moins pu compter sur l’effet des radiations pour les affaiblir voir les tuer. En tant que membres de l’Empire, ils avaient dû recevoir un vaccin contre les effets nocifs de la rosaphir.

Avant que la panique n’ait eu le temps de se réinstaller, l’homme le plus proche de nous fut propulsé, comme si un projectile l’avait violemment frappé à la tempe. Nous nous tournâmes tous vers la nouvelle menace.

– Levanth ! reconnus-je soulagée.

– Darren ! se réjouit Ivory de son côté.

Levanth ne s’attarda pas pour les présentations et fonça sur les bandits, toujours aussi rapide. Sa silhouette élancée fendait les vents. Je n’y connaissais rien en magie, mais je n’en demeurais pas moins fortement impressionnée. Glissant entre ses adversaires, il semblait invulnérable.

De toute évidence, les bandits n’étaient pas de seconde zone. Ils maniaient leurs armes avec la plus grande dextérité et ne tombaient pas face aux assauts de Levanth. Leurs blessures survenaient une fois que Levanth était passé, comme si le vent répétait ses attaques avec un temps de latence.

Ou alors que Darren suivait le garde pas-à-pas et que personne ne lui prêtait attention du fait de sa petite taille. Levanth se mouvait si vite, je ne comprenais pas comment Darren parvenait à tenir le rythme.

Les bandits avaient finalement notés la présence du petit garçon et comptaient désormais utiliser cette ombre à leur avantage. Tandis que Levanth se propulsait dans les airs comme si un appui existait et utilisait sa dague avec efficacité contre le visage d’un homme, Darren suivit le pas dans les airs une dague à la main, image identique à son modèle jusqu’à la pointe des pieds.

Cependant, le second bandit qui était visé avait eu le temps de voir ce qu’il était advenu du premier et surtout de voir venir Darren. L’épée du bandit avait plus d’allonge que la dague que Darren avait dû prendre à Levanth. Le bandit abattrait sa lame sur Darren et le garçon, prit dans son élan, ne pourrait pas l’éviter.

– Non ! hurlai-je.

Au dernier moment, Darren changea sa posture et sortit une arme à feu de petit calibre. Désormais trop proches l’un de l’autre, la salve de rosaphir de Darren vint percuter le bandit au cou. Ce dernier tomba et ne se releva pas.

Darren n’eut même pas un temps de pause après avoir pris une vie. Il continua son assaut, alternant entre la dague et le pistolet, suppléant parfaitement Levanth. C’était à croire qu’ils avaient des années d’expérience à lutter côte à côte.

Bien vite, il ne resta plus que Levanth et Darren à tenir debout. J’étais moi-même toujours à quatre pattes et Ivory était à genoux à côtés de moi. Levanth commença à faire le tour des corps pour vérifier qu’ils demeuraient bien inertes. Cependant, Ivory ne parvint pas à se contenir et bondit finalement dans les bras du garde.

– Briay ! s’exclama-t-elle.

– Ma Dame, répondit l’homme en acceptant la fillette.

Darren reprit le travail du garde.

– Ils sont hors d’état de nuire, affirma Darren.

Puis le garçon vint à moi, observa la hampe dépasser de ma cuisse et décida visiblement de ne pas y toucher.

– Il vaut mieux que Viny s’occupe de ça, décréta-t-il. Elle est restée au camp avec les autres. Le Capitaine Levanth te portera pour le trajet retour.

– Les autres ? Capitaine ? balbutiai-je.

– Tous les étudiants ont survécu, me rassura Darren.

Levanth s’approcha de nous et laissa le soin à Ivory de s’accrocher à Darren. Contrairement à ce dernier, il saisit la flèche avant de la briser d’un geste sec. Le mouvement de la pointe dans la chair me fit hurler de douleur avant que je ne parvinsse à contenir mon cri. J’haletai avec difficulté.

Levanth me guida pour me prendre sur son dos. Nous entamâmes le trajet du retour. Le Capitaine me demanda mon rapport. Je m’efforçai de n’oublier aucun détail, me concentrant sur mes souvenirs plutôt que sur ma douleur. Une fois cette tâche accomplie, il m’offrit lui-même un état succinct de la situation au camp.

Apparemment des infiltrés de la Coalition avaient attaqués le camp. Ils souhaitaient enlever l’une des étudiantes en magie. Parce qu’elle était la fille de quelqu’un d’important. Ce dont notre service de renseignement avait conscience. Mais ils voulaient capturer l’un des mages qui devaient donner l’assaut. Alors ils leurs avaient donné une occasion. Avec des étudiants. Et un Capitaine d’une unité d’élite sous couverture. Et trois gamins particuliers. Pour que le groupe ne parût pas fortement armé. Vu notre coordination, nous avions certainement dû leur donner une excellente opportunité…

Une fois de retour au camp, je fus confiée aux soins de Viny Dalena qui se révélait être un docteur déjà hautement qualifiée. Ivory avait raison sur le petit plus qui faisait la différence, qui la mettait à part de nous.

– Méline, tu vas bien ? s’inquiéta Juth.

– Elle s’en remettra, répondit à ma place la fillette brune.

J’observais autour de moi mes différents camarades, tous plus ou moins rafistolés.

– Pas de problème avec le prisonnier ? s’enquit le Capitaine Levanth.

– Toujours inconscient, l’informa Viny. Et toi gamin tu es blessé ?

– Je me suis soigné, répondit Darren.

Lorsque Viny insista pour voir la blessure, Darren lui montra obligeamment son bras gauche recouvert d’une pâte verdâtre du coude au poignet sur une largeur de trois centimètres.

– C’était une épée bien entretenue, ajouta Darren en lui tendant la dite arme.

Viny l’examina avec attention.

– Pas de poison non plus, conclut-elle. Tu t’en sors bien gamin.

Elle finit de me soigner avant de s’intéresser à Ivory qui, maintenant le danger passé et la sécurité retrouver, s’était remise à pleurer.

– Quels sont vos ordres Capitaine ? demanda Juth.

Il était vrai que nous avions à présent quelqu’un de gradé parmi nous.

– Vous allez continuer votre mission jusqu’à Parteglace comme prévu, répondit l’officier. Je ne suis là que pour m’assurer que le prisonnier ne s’échappe pas. Tout comme je n’étais là que pour lui régler son cas. Il va sans dire que je suis en charge de votre évaluation.

– Même si ce n’est pas une vraie mission ? demanda Akranes sceptique.

– C’est une vraie mission, lui répondit Darren. Ivory doit être escortée jusqu’à Parteglace.

– Le seul paramètre dont vous n’aviez pas été prévenus était cette tentative d’enlèvement dont nous avions la charge, compléta le Capitaine Levanth.

– Bien, accepta Juth avant de s’adresser à nous. Remettez de l’ordre dans le camp et reprenez des forces. On part au lever du premier soleil.

Ceux qui n’étaient pas en trop mauvais état obéirent aussitôt, le dos bien droit et le pas militaire, attentifs désormais au moindre détail pour faire bonne impression. Les autres grommelèrent mais firent ce qu’ils purent. En ce qui me concernait, j’étais rincée et décidai de rester là où j’étais.

Le trajet reprit son cours sans gros incident. Nous avions toujours ce problème de coordination avec nos homologues, cependant, comme aucune situation catastrophique ne se présentait à nous, ce n’était pas aussi grave qu’en ce fatidique premier jour. Je ne parvenais toujours pas à croire que si peu de temps s’était écoulé avec autant de périls.

J’appris au cours de notre marche ce que j’avais manqué en m’éloignant avec Ivory. Apparemment, Viny était également capable de se téléporter, laissant pour seule trace des étincelles bleues. La fillette avait ainsi sauvé de nombreuses vies, tirant les élèves hors du chemin des différentes attaques.

De même, bien que j’eusse eu un aperçu des capacités du Capitaine Levanth et de Darren, il semblait que j’avais manqué un combat épique. À eux deux, ils avaient régler leur compte à presque tous les assaillants. Et aux questions concernant son exploit, Darren avait répondu qu’il n’était qu’un simple citoyen de l’Empire.

Comme si nous le croirions après une démonstration pareille. Ni lui ni Viny ne rentrait dans la norme, de cela il était certain. J’en demeurais intriguée, cependant, comme aucune information nouvelle ne venait et que le Capitaine nous rabroua pour notre curiosité mal placée selon lui, nous n’en apprîmes pas davantage.

Lors d’une pause, et à présent que Levanth ne cachait plus son affiliation militaire, Darren entreprit de demander des cours particuliers à celui-ci sur le maniement de la dague. L’homme se plia volontiers à l’exercice sous l’œil attentif de Viny et curieux d’Ivory.

– Je veux apprendre à me battre moi aussi, déclara Ivory après plusieurs minutes. Je ne veux plus me retrouver démunie, incapable de me défendre à la moindre escarmouche.

Nous avions quand même appris que la petite blonde était une tacticienne hors pair malgré son jeune âge et était destinée à un poste de dirigeant au sein de l’armée. À un poste derrière les lignes, bien à l’abri. Ce qui comptait étaient ses capacités intellectuelles et non ses prouesses au combat.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #7 (suite et fin)
le 26 mars 2022 - 14:10

– Tu devrais apprendre le tir à l’arc dans ce cas, décida Darren. Cela te permettra de garder un point de vue éloigné et général sur la situation.

– Ah ah ! s’exclama Talzip. Tu vois que c’est moi qui dois commander.

– Avoir un arc ne fait pas de toi un meneur, le rebuta Akranes.

– Bien sûr que non, agréa Talzip. En plus d’exceller en tant qu’archer, j’ai bien d’autres qualités qui font de moi le meilleur choix. L’unique à vrai dire, pour ceux qui ont un minimum de réflexion.

– Ben tiens, se moqua Akranes. J’aimerais bien entendre ça.

– Ils ne vont pas encore remettre ça ? chuchota Ivory.

– Et apprendre le maniement d’une dague courte en dernier recours si tu te retrouvais en combat rapproché, conclut Darren sans prêter attention aux deux autres. De plus, avec ton maniement du temps, tu devrais être capable d’accélérer tes flèches ou de ralentir tes ennemis.

– Je n’ai jamais essayé ma magie sur des objets, commenta pensivement Ivory.

– Et bien vous pouvez commencer dès maintenant, intervint le Capitaine. Il n’y a pas d’arc à votre taille actuellement. Mais en attendant, vous pouvez d’ores et déjà entraîner votre maniement des flux sur des pierres que vous lancez.

– Merci Briay, fit Ivory. Je vais m’y mettre dès maintenant.

La fillette était extrêmement motivée et s’attela effectivement immédiatement à la tâche, en commençant par ramasser des cailloux. Ahol et Lazervadia lui offrirent aussitôt leur service aussi bien pour ramasser que pour lancer les cailloux. Du moins, tant qu’elles n’étaient pas de garde.

– Ça y est ! s’écria soudainement Juth. Je sais où je t’ai vu.

Ses yeux fixaient Darren qui lui renvoya un regard vide.

– Tu as passé quelques jours à la maison il y a quelques années, élabora Juth. Ton père ne pouvait pas te garder pour je ne sais quelle raison alors il t’avait confié à nous. Enfin, tu ne t’en souviens peut-être plus, tu étais petit. Encore plus petit que maintenant. Tu te souviens peut-être plus de Lizeth avec qui tu as beaucoup joué.

Darren ne commenta pas mais continua de regarder Juth comme une bête curieuse tandis que ce dernier se remémorait cette visite. J’observai à mon tour Darren avec attention. Le petit garçon sentant mon regard tourna la tête vers moi. Ses yeux gris qui auraient dû être clairs, avaient une teinte terne et métallique.

– C’est marrant, j’aurais juré que tu étais un néogicien, déclarai-je.

Les gens autour se turent et me regardèrent comme si une deuxième tête m’avait poussé.

– Je suis un néogicien, décréta calmement Darren.

– Méline, tu as une commotion ? s’enquit Juth inquiet.

– Non, non, je t’ai vu voler l’autre nuit, insistai-je. Je n’y connais rien mais c’était clairement le flux du vent.

– C’était le Capitaine Levanth, fit Darren.

– Oui mais non, le contredis-je. Un néogicien ne peut pas faire le double saut que tu as fait.

– Je n’ai fait qu’utiliser les restes de la plateforme d’air créer par le Capitaine Levanth, expliqua Darren. Aurais-je été une fraction de seconde plus tard, je n’aurais pu prendre appui sur rien, les particules d’air qu’il avait assemblées auraient déjà été dispersées.

– Vraiment ? m’étonnai-je sincèrement. Eh bien, si ce n’était pour tes iris, tu pourrais passer pour un praticien de la magie de l’air facilement.

Mon commentaire pourtant anodin sembla le plonger dans une profonde réflexion.

Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #7 (scène bonus)
le 03 avril 2022 - 19:03

Scène bonus #7



La foule impatiente envahissait déjà les gradins. Le bruit dans l’arène aurait dû être assourdissant. Pourtant, on n’entendait que le murmure des participants se préparant. En effet, un mur translucide et insonore séparait les deux espaces. Des écrans géants disposés dans toute la salle retransmettaient les seize tables de jeu disposées au centre de la pièce. Darren analysa tous ces détails en un regard.

– Salut ! s’exclama une voix joviale à côté de lui.

– Bonjour, répondit poliment Darren en se tournant pour faire face à son interlocutrice.

Si le garçon n’était pas surpris par la présence soudaine d’une autre personne, en revanche il s’étonnait que cette inconnue lui adressât la parole.

– Tu es en finale toi aussi ? C’est génial ! Je ne pensais pas qu’il y aurait d’autres enfants.

En effet, la nouvelle venue était une fillette de moins de dix ans, présentant trois centimètres de plus que Darren.

– J’accompagne mon oncle, répondit le petit garçon en désignant l’adulte à ses côtés. Je ne connais même pas les règles du jeu.

– Oh, fit la fillette visiblement déçue. Moi c’est mon père qui m’accompagne et pas l’inverse ! Tu vas voir, je vais gagner ce tournoi !

Une lueur de défi brillait maintenant dans son regard.

– On jouera peut-être ensemble dans ce cas, commenta Darren.

– Comment ça ? s’étonna la fillette. Je croyais que c’était ton oncle qui jouait ?

– C’est lui qui est parvenu jusqu’en finale mais s’il m’a amené ici c’est pour que je joue, expliqua Darren.

– Hein ? fit la fillette tombant des nues. Mais tu m’as dit que tu ne connaissais même pas les règles.

– C’est exact, confirma Darren.

– Et tu es censé apprendre en commençant contre des experts ? C’est complètement stupide. En plus, s’il est parvenu jusqu’ici et que c’est toi qui joues, vous allez perdre le match. Même si c’est lui qui dicte la stratégie, vous allez perdre beaucoup trop de temps.

– Je ne pense pas qu’il ait l’intention de me dicter quoi que ce soit, répondit Darren. Tout comme la victoire lui importe peu. Même s’il s’attend à ce que je gagne.

– Et bien bonne chance, lui souhaita la fillette. Tu vas en avoir besoin.

Sur les écrans se mirent à défiler à toute vitesse les différents concurrents comme des roulettes.

– Au fait, moi c’est Ivory, se présenta la fillette.

– Darren.

Les images se figèrent. Chacun connaissait désormais la table où il jouait ainsi que son adversaire. À ce stade de la compétition, il ne restait plus que seize équipes, la plupart étant constituée d’une seule personne.

– Bon gamin, je vais t’expliquer rapidement comment cela fonctionne, déclara « l’oncle » de Darren.

– C’est une bonne idée si tu veux que je joue Hamelin, acquiesça Darren.

– Une partie se déroule en quarante minutes maximum, énonça l’homme. Chaque camp dispose de vingt minutes chacun. Un minuteur permet de mesurer avec précision le temps écoulé. Dès qu’un joueur a fini de déplacer sa pièce, le minuteur du camp adverse s’enclenche. Dès que l’un d’eux atteint zéro, c’est la fin de la partie. Le temps restant est converti en points. La rapidité de réflexion est donc essentielle. C’est pour cela que tu ne vois pratiquement que des néogiciens en finale. Sais-tu comment ta nouvelle amie a pu parvenir jusqu’ici ?

– Je ne crois pas qu’on puisse devenir ami en si peu de temps, commença par répondre Darren. Ses iris sont dorés, indiquant une affinité pour le flux du Temps. Elle doit le ralentir pour gagner du temps et faire jeu égal avec la vitesse de réflexion des néogiciens.

– Exactement, approuva Hamelin. Mais tout n’est pas qu’une question de temps. Si tu ne sais pas quoi faire de tes pions, tu ne pourras jamais gagner.

Il expliqua alors les différents pions et leurs déplacements, puis les différentes cases du plateau et leurs effets.

– La disposition du plateau est aléatoire, ajouta Hamelin. Tu ne le découvres qu’au début de la partie. La disposition des pions en revanche est toujours la même, peu importe la configuration du terrain. Une dernière chose. Ce n’est pas parce que tu es à cours de temps que tu as forcément perdu la partie. Plus il te reste de pions à la fin, plus tu as de points. Mais attention, chaque pion à une valeur différente. Celui qui a le plus de points gagne la partie. Une autre façon de mettre fin à la partie est donc d’écraser totalement son adversaire. Dans ce cas-ci, tu gagnes, peu importe le temps restant.

Le signal du début de la partie commença. Le sort voulut que Darren fût le premier à jouer. La chance voulut que son premier adversaire décidât de sous-estimer un enfant à qui l’on venait tout juste d’expliquer les règles.

Le commencement fut loin d’être fluide, cependant, Darren s’adapta très vite. Contrairement à son adversaire, il avait une expérience réelle du terrain. Formuler une stratégie avec un certain effectif dans un milieu plus ou moins favorable était un domaine que Darren avait beaucoup développé ces dernières années au contact des meilleurs stratèges de l’Empire.

Le petit garçon fit ce que personne n’avait le temps de faire à un tel niveau de compétition. Il écrasa son adversaire. Implacablement.

– Bien joué gamin, le félicita Hamelin. Tu as compris l’objectif ?

– C’est comme en vrai, mais avec des pions au lieu des gens, un peu comme un entraînement, déduisit Darren.

– Exactement, sourit Hamelin. Ce jeu développe l’esprit de stratégie. Et le but de ce tournoi est de repérer les talents potentiels qui pourraient nous être utiles.

– Il y a aussi d’excellents stratèges chez les non-néogiciens, fit remarquer Darren. Mais la limite de temps dans ce jeu ne leur permet pas de rivaliser alors qu’ils peuvent être meilleurs. Surtout que les déplacements et actions des soldats ne sont pas aussi rapides que de déplacer un pion sur un plateau.

– Un tournoi est réservé aux praticiens de la magie, révéla Hamelin. Et puis ceci n’est qu’une méthode parmi d’autres. D’autant que la victoire n’assure pas pour autant un recrutement derrière. La manière de gagner est aussi analysée. Quels pions sont sacrifiés ? Comment la personne envisage-t-elle cela ? Avec une complète désinvolture ? Comme tu l’as souligné, ce ne sont ici que des pions, mais de véritables personnes se trouveront sur le terrain. Il faudra également prendre en compte les différentes réactions individuelles. Si l’on ne peut gagner sans perte, notre nombre baisserait drastiquement si l’on passait notre temps à sacrifier nos troupes.

Le duo était en pause, attendant la manche suivante. Les autres parties se terminèrent en même temps à quelques minutes près. Puis quinze minutes de pause furent déclenchées. Sur les écrans des publicités défilèrent. Dans les gradins, des vendeurs ambulants passèrent. Dans l’arène, les huit équipes éliminées quittèrent le terrain.

– Comment tu as fait ? demanda Ivory incrédule. Il parait que tu as littéralement explosé ton adversaire !

– Ce n’était pas littéral, la corrigea Darren. Il est repartit vivant et en un morceau.

– Oui, bon, d’accord ! C’est ses pions, pas lui, lui, fit Ivory. Enfin pas lui directement quoi ! Alors comment tu as fait ?

– J’ai facilement gagné parce qu’il m’a sous-estimé, expliqua Darren. La prochaine partie devrait être plus compliquée maintenant que les gens savent que je ne suis pas à prendre à la légère.

– Quand même, il y avait de quoi te sous-estimer, défendit la fillette. Tu ne connaissais même pas les règles !

– Et cela lui a été fatal, conclut Darren.

– N’empêche, je ne comprends toujours pas comment tu as fait, poussa Ivory.

– J’ai déjà une expérience similaire, révéla Darren.

– Oh, d’accord, réalisa Ivory. Tu as déjà joué à un autre jeu semblable.

– En quelque sorte, acquiesça Darren.

– Tu me l’expliqueras après le tournoi ? lui demanda la petite fille.

– Si mon oncle ne décide pas de partir immédiatement, promit Darren.

Ce serait à Hamelin de décider si la petite fille pouvait être mise dans la confidence. Le jeu reprit peu de temps après. Un nouveau tirage au sort permit de déterminer les adversaires. Cette fois-ci Darren dut faire face à trois personnes en même temps. Une femme et deux hommes. C’était une configuration peu usitée car, si trois cerveaux valaient mieux qu’un, une coordination était nécessaire, pouvant révéler la stratégie à son adversaire et surtout, faisant perdre du temps, un luxe dont les joueurs ne disposaient pas.

Ainsi, les personnes jouaient souvent seule, même si certaines équipes de deux pouvaient également fonctionner. Une symbiose parfaite était néanmoins nécessaire pour réussir. C’était pour cela que bien souvent, une seule des deux personnes jouait tandis que l’autre l’assistait ponctuellement, comme un conseiller. D’ailleurs, les équipes pouvaient être modifiées tout le long du tournoi. L’important était la victoire et la qualification. Pas la personne représentant l’équipe. Darren avait donc pu rejoindre l’équipe de Hamelin lors des phases finales sans souci.

Le père d’Ivory, lui, n’était présent que parce que sa fille était mineure. Il n’avait pas la prétention de faire jeu égal avec elle, même s’il était celui qui lui avait enseigné les bases. Elle avait très rapidement dépassé sa maigre performance malgré son enthousiasme pour le jeu.

La partie fut plus serrée que la précédente. Ce qui n’empêcha pas Darren de gagner. Il avait cette fois-ci adopté une stratégie imprévisible, obligeant sans cesse ses adversaires à se remettre en question. Peu de pions furent perdus. Ce fut le temps qui conduisit Darren à la victoire avec cinq minutes et quarante-six secondes restantes à son minuteur lorsque celui du trio atteignit le fatidique zéro.



Édité le 03 avril 2022 - 19:04 par Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #7 (scène bonus suite)
le 03 avril 2022 - 19:06

– Je n’arrive pas à croire qu’on se soit fait éliminer par un mioche, se plaignit l’un des hommes.

– Il n’y avait aucune logique à sa tactique, renchérit l’autre.

– Vous manquez de polyvalence, les renseigna poliment Darren.

– Qu’est-ce que tu racontes ? fit le premier homme. On est hyper polyvalent à nous trois. C’est bien la raison pour laquelle on a formé ce trio.

– Je vois ce que le petit veut dire, intervint la femme. Afin de nous adapter, on change de pilote en fonction de notre adversaire et de sa stratégie. Après tout, la plupart des gens a une façon unique et propre de résoudre un problème. Sans pour autant s’éparpiller, le petit nous a mené en bateau tout le long, son but n’était pas de nous écraser comme lors de sa précédente partie, mais bien de nous faire perdre du temps en nous faisant constamment changer de tête. C’était mené d’une main de maître, bravo.

À peine la femme eut-elle le temps de terminer sa phrase qu’une ombre se jeta à toute vitesse sur Darren. Il recula une jambe et fléchit l’autre afin de ne pas tomber en recevant le paquet.

– Tu as encore gagné ! C’est génial !

Darren venait de réceptionner une Ivory surexcitée qui avait décidé de se jeter à son cou dans un élan soudain d’affection.

– Moi aussi j’ai gagné ! l’informa la petite fille.

Darren accrocha du regard Hamelin et l’interrogea silencieusement sur la marche à suivre en pareille situation. Heureusement, l’homme eut pitié de lui et lui mima de rendre l’étreinte.

– C’est bien, déclara Darren d’un ton neutre mais lisse qui cachait son hésitation.

Cela sembla suffire à Ivory qui se mit à débiter un flot de paroles continu, un sourire jusqu’aux oreilles. Le tirage des demi-finales qui suivit trouva les deux enfants sur des tables opposées.

– Génial ! se réjouit Ivory. Tu as intérêt à gagner pour qu’on se retrouve en finale pour que je t’écrase !

Sur ses paroles, la petite fille s’en alla d’un pas sautillant affronter son adversaire. Darren ne commenta pas. Hamelin réussit à contenir son rire tant bien que mal.

Les deux enfants parvinrent à se hisser en finale. Ivory, d’abord heureuse, s’était de nouveau jeté dans les bras de Darren. Avant de se rétracter complètement.

– Nous sommes ennemis maintenant, déclara-t-elle. Prépare-toi, car c’est moi qui vais gagner !

L’expression de Darren ne changea pas.

– Gamin, tu es censé lui répondre, souffla Hamelin.

– Elle n’a pas posé de question, fit remarquer Darren.

– Mais elle t’a défié en duel, expliqua Hamelin.

– Ah ? s’étonna Darren.

– Donc tu es censé lui répondre, insista Hamelin.

– Je n’ai pas l’intention de perdre, déclara alors platement Darren.

– On va dire que ça ira, soupira Hamelin. La prochaine fois essaie de mettre un peu plus d’émotion.

Ivory éclata de rire.

– Tu es marrant, déclara-t-elle.

Puis elle s’éloigna pour « ne pas être distraite par l’ennemi ».

– Tu crois qu’elle aura assez de mana ? demanda Darren.

– Elle a déjà ralenti le temps sur trois parties pendant près d’une à deux heures cumulées, calcula Hamelin. Tout dépend de la vitesse à laquelle elle a ralenti le temps. Nous saurons bien vite si elle a su faire preuve de parcimonie ou si elle a déjà brûlé toutes ses réserves.

De la manière dont se déroula la partie, il était évident que la petite fille avait su s’économiser pour tenir les quatre manches. Les deux enfants s’affrontèrent avec maestria. Pendant longtemps, aucun ne sembla dominer l’autre. Puis l’écart entre les minuteurs se creusa. Darren commençait à manquer de temps.

Le garçon eut un moment d’hésitation. Sans pour autant se réjouir trop vite, Ivory sentit la victoire à portée de main. Elle sentait, plus qu’elle ne savait, que Darren était légèrement meilleur qu’elle au niveau stratégique. Pour gagner, elle devait tenir bon et garder son avance temporelle.

Darren prit une décision. Deux coups plus tard, son général, sa pièce maîtresse, tomba. En trois coups supplémentaires, il détruisit l’armée d’Ivory. Remportant la partie. Son minuteur n’affichait plus que douze secondes contre sept minutes et vingt-deux secondes pour Ivory. Mais le temps n’avait plus d’importance.

– Tu as volontairement sacrifié ton général, souffla Ivory choquée.

– Oui, acquiesça Darren.

– Tu sais combien de points il vaut ?! lui demanda la petite fille estomaquée.

– Non, répondit Darren.

Le nombre de points par pion ne faisait pas partie des détails que lui avait dévoilés Hamelin. Même si Darren s’était fait un ordre d’idée en fonction de l’intitulé des pions, pour lui qui avait connu le terrain, un pion n’avait pas plus de valeur qu’un autre. Un pion était une personne. Et une vie était une vie.

– Outre le nombre de points, intervint Hamelin, le général est souvent considéré comme la représentation du joueur sur le terrain.

– C’est comme si tu t’étais sacrifié ! insista Ivory horrifiée, devant l’absence de réaction de Darren.

– J’ai compris, l’apaisa donc Darren pas plus chamboulé que cela par la nouvelle.

– On ne dirait pas, commenta Ivory sceptique.

– Rassure-moi gamin, tu n’es pas suicidaire ? lui demanda à part Hamelin en l’entraînant un peu plus loin.

– Non, répondit honnêtement Darren. Mais si c’est nécessaire, je suis prêt à donner ma vie.

Hamelin ne sembla pas convaincu.

– J’ai parfaitement conscience que je ne servirais plus à rien une fois mort, tenta d’expliquer Darren. Je n’ai donc pas l’intention de mourir. Et puis je ne serai pas général mais teknögrade.

Cette dernière phrase déclencha un rire chez l’adulte.

– Je n’en doute pas un instant gamin, déclara l’homme en lui ébouriffant les cheveux. Allez, invite donc ta petite amie à dîner. J’aimerais lui parler.

– D’accord, accepta Darren. Mais pourquoi souligner le fait qu’elle soit petite ?

Le teknögrade rit allègrement.

– Tu comprendras quand tu seras plus grand, se moqua-t-il gentiment.

Darren accepta la réponse et s’en alla accomplir sa tâche. Il demanderait à un autre teknögrade. Par expérience, il savait que certains ne souhaitaient pas lui donner certaines réponses pour une raison ou pour une autre. Alors il attendait patiemment de trouver quelqu’un qui la lui donnât.

Ivory était plus qu’heureuse d’accepter, d’autant qu’elle n’avait pas oublié sa promesse de lui expliquer le jeu auquel il avait déjà joué. Le père d’Ivory donna son accord et Hamelin guida Darren et les deux praticiens de la magie dans une petite gargote où il avait réservé une salle privée et insonorisée à cet effet. Cette année, il n’y avait personne d’autre avec qui le teknögrade souhaitait s’entretenir.

Les deux non-néogiciens furent surpris du lieu puis de la tournure que prit la conversation qui était en réalité une proposition.

– Vous utilisez des enfants dans notre armée ? se braqua aussitôt le père.

– Je propose juste une formation à votre fille pour qu’elle intègre par la suite notre corps de stratège, clarifia le teknögrade. Qui est de plus un poste à l’abri de la bataille.

– Je veux participer ! accepta aussitôt Ivory.

– Hors de question, refusa catégoriquement son père.

– Mais Papa ! protesta-t-elle.

– Il faut notamment qu’elle mûrisse, ajouta Hamelin.

Malgré ses quelques centimètres supplémentaires, Ivory s’était révélée plus jeune que Darren.

– Ce sont des vies et non de simples pions qu’elle sera amenée à diriger, poursuivit le teknögrade. Et il est important qu’elle prenne conscience de la différence.

Le débat se poursuivit pendant tout le repas. Le père finit par déclarer qu’il devait d’abord en parler avec la mère d’Ivory. Hamelin n’insista plus sur le sujet. Il récupéra en revanche l’adresse d’Ivory et promit d’effectuer une visite dans quelques jours afin de tout expliquer clairement à sa famille.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #7 (scène bonus suite et fin)
le 03 avril 2022 - 19:07

Les deux paires se quittèrent au sortir de la taverne. Ivory et son père regagnèrent l’auberge dans laquelle ils avaient réservé une chambre pour séjourner dans la capitale. Darren et Hamelin prirent la direction de l’Œil.

Au pied de l’immense tour, Darren reçut un message sur son réceptron, technologie peu commune en possession d’un enfant. L’appareil était celui de Werven, reconfiguré en conséquence.

– Je suis convoqué, annonça le petit garçon après avoir lu le message.

– Il a reçu les informations de ta victoire en direct et veut probablement te féliciter en personne, déduisit Hamelin guère surpris que l’Empereur désirât voir l’enfant. Vas-y, ne le fait pas attendre.

Leurs chemins divergèrent. Darren continua seul. Il était maintenant habitué à circuler dans l’Œil. Le garçon frappa poliment à la porte et entra quand elle s’ouvrit sur un petit salon confortablement aménagé.

– Ah Darren, merci d’être venu, déclara son hôte en l’invitant à prendre place dans un fauteuil.

Même si le garçon n’avait pas été obligé de répondre à la convocation, il aurait quand même effectué le déplacement par curiosité.

– Cela fait plusieurs années que je suis ton parcours maintenant. Il faut dire qu’il est très intéressant et des plus exceptionnels. Neuf ans à peine et déjà plusieurs exploits à ton actif. Toujours accompagné de teknögrades de rang un, bien sûr, mais ton rôle n’est absolument pas passif et les issues auraient été tragiques sans ta présence et la vivacité de ton esprit. Une logique et une manière de penser qui t’ont conduit aujourd’hui à être le vainqueur du plus grand tournoi de stratégie de l’Empire. Tu as su saisir rapidement les règles d’un jeu que tu ne connaissais pas, t’adapter à tes adversaires et triompher en toutes circonstances. J’ai beaucoup admiré ton dernier coup. Le sacrifice de ton général. Toi et moi, nous sommes pareils. Nous comprenons l’importance de sacrifier pour la plus grande cause. Tous les moyens sont bons pour obtenir le résultat. C’est ainsi que nous gagnerons la guerre contre la Coalition. C’est ainsi que la technologie dominera Olydri. Si je t’ai fait venir ici aujourd’hui, c’est parce que je reconnais en toi un grand potentiel. Un potentiel qu’il serait dommage de brimer sous prétexte de ton jeune âge. J’ai une proposition pour toi. Bien entendu, tu es libre de la refuser. Mais je pense qu’elle te permettra grandement de progresser. C’est ce que tu souhaites n’est-ce pas ? Continuer de servir et de te rendre utile. Laisse-moi t’offrir la clé vers le prochain palier. L’injection du sérum N02. Tu n’as qu’à acquiescer et je m’occuperai de tout.

Darren saisit la main tendue par Nox Lucans.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #8
le 18 avril 2022 - 13:55

Mission #8 – Garants



Mon corps entier brûlait. L’air restait bloqué dans ma gorge, n’alimentant plus mon organisme. Mes jambes tremblaient sous l’effort, menaçant de céder à chaque pas. Si je m’arrêtais, je mourais.

Un projectile m’atteignit dans le dos, me propulsant au sol. Je glissai ardument sur la terre sur plusieurs mètres. Je devais me relever. Je forçai le poids de mon corps sur mes bras puis sur mes genoux.

– Futile, déclara l’un de mes poursuivants en pressant son pied entre mes épaules.

Je m’écrasai lourdement. Un cri de douleur qui n’était pas le mien s’éleva. Le poids se souleva lorsque mon agresseur se désintéressa partiellement de moi pour voir de quoi il retournait. C’était l’occasion pour moi de m’enfuir. Cependant mon corps était à bout et mes réserves de mana complètement vides.

Je me retournai péniblement, m’appuyant sur un coude, afin de voir ce qu’il se passait. Si un dindognon ou un krokopic nous attaquait, j’aimais autant être au courant. Mais vu le manque de râle provenant d’un animal sauvage, je ne fus pas surpris de voir que ma salvation provenait d’un Olydrien.

Habillé simplement de brun, il virevoltait entre mes poursuivants, les abattants les uns après les autres. Ils étaient vingt quand il était seul. Il se servit de leur nombre et de leur désorganisation contre eux, les faisant s’attaquer les uns les autres. Cela ne m’étonnait guère. Je savais que chacun d’entre eux voulait me capturer pour ses propres gains. Ils n’avaient aucune raison de collaborer.

Ce qui me faisait me demander ce que le nouveau venu comptait faire de moi. Car, le voyant tournoyer et tuer sans peine les autres, je savais qu’il triompherait. J’aurais dû partir plutôt que de rester ainsi bêtement à le regarder éliminer la concurrence. Mais je n’en pouvais plus. J’étais fatigué de fuir.

Comme prévu, le nouveau sortit vainqueur. Il se tourna alors vers moi. Mon sang se figea. Ses yeux étaient ternes et métalliques. Un injecté. J’étais perdu. Tandis qu’il se penchait vers moi, un voile noir s’abattit sur mes yeux et ma conscience s’abîma dans l’oubli.

J’avais à la fois l’impression de flotter et la sensation que mon corps était lourd. Au début il n’y avait rien d’autre que ma conscience puis petit à petit, c’était comme si mon organisme se reconstruisait autour de moi. Je commençais de nouveau à sentir mes membres et ce n’était pas une sensation plaisante. Des milliers de picotements sur la peau, mes muscles tiraillés et soudain, le feu. Une chaleur tellement intense que je suffoquais.

Puis une sensation de fraîcheur sur mon visage et d’humidité sur mes lèvres. J’avais l’impression de revivre. L’oxygène semblait de nouveau atteindre mes poumons et alimenter mon sang. J’entendais les battements de mon cœur comme une mélodie sourde et lointaine. Je n’étais pas mort.

Je forçai mes paupières à se soulever avec difficulté. Que se passait-il autour de moi ? Où étais-je ? Autant d’incertitudes qui auraient dû me plonger dans la panique. Cependant, j’étais encore trop transi pour dépenser autant d’énergie dans une telle émotion.

L’environnement était heureusement sombre. Je ne croyais pas que mes rétines auraient supportées d’être aveuglées dès leur réveil. Je distinguai ce qui devait être un visage au-dessus de moi. Des yeux argentés luminescents m’observaient avec attention. Un injecté ! Cette fois-ci, peu importait mon état de fatigue, la panique était bien ancrée.

– Du calme, je ne te veux aucun mal, déclara mon ennemi héréditaire.

Je me plongeai dans les flux environnants et en tirai le mana que je pus avant de lancer hâtivement une piètre boule de feu que l’injecté n’eut aucun mal à éviter.

– Tu ne devrais pas utiliser de magie dans ton état, commenta-t-il.

Comme si je comptais me laisser tuer sans résistance ! Puisant de nouveau dans la Source de la Vie, je retentai ma chance. À peine une étincelle eut-elle le temps d’apparaître que je sentis mon corps redevenir lourd et mon esprit partir dans les tréfonds de mon cerveau.

J’émergeai tout aussi difficilement de ma léthargie la deuxième fois. Je m’étais évanoui. Entre les mains d’un injecté. Mon rythme cardiaque accéléra de lui-même, mon souffle devint plus rapide.

– Reste tranquille ou tu vas encore t’évanouir, me recommanda une voix que je reconnus comme étant celle de l’injecté. Si je voulais te tuer, tu serais mort depuis longtemps.

Judicieuse remarque. À vrai dire, je me souvenais même qu’il m’avait sauvé. Quelque chose entre un grognement et un râle sortit de ma gorge. Pas vraiment ce que j’avais voulu formuler. Un récipient fut pressé contre mes lèvres et de l’eau coula doucement. J’avalais goulûment ce qui m’était offert. J’étais assoiffé. Et affamé aussi.

– Tiens, m’offrit l’injecté.

Apparemment il pouvait lire dans mes pensées car il pressa de la nourriture dans ma main. Je m’empressai de l’ingurgiter. Je n’avais rien avalé depuis le dîner de la veille. Si ce n’était plus, n’ayant absolument aucune idée du temps écoulé depuis que j’avais perdu connaissance. L’injecté me donna un autre morceau quand j’eus fini le premier. Puis un troisième.

Après cela, j’étais rassasié, et, malgré les dernières heures écoulées, je n’avais qu’une envie, dormir. Mes besoins primaux satisfaits, je m’installai confortablement contre le torse proche qui diffusait une chaleur bienvenue. J’aurais pu m’endormir sur le champ, si je n’avais pas réalisé avec horreur que c’était contre l’injecté que je venais de me blottir, qu’il m’avait maintenu dans une position assise le temps que je mange.

Je cherchai aussitôt à me défaire de la prise. Il ne me relâcha aucunement. En revanche, devant mon mouvement de rébellion, il m’allongea de nouveau avec douceur avant de finalement cesser tout contact avec moi. Il déposa une couverture avec attention, m’enveloppant tranquillement dedans pour que je n’eusse pas froid. Ce ne fut pas tant la couverture que ce geste simple qui me réchauffa alors que je m’endormais paisiblement.

Je me réveillai courbaturé mais étrangement reposé. Mes yeux s’ouvrirent sur la pénombre. Seuls deux cercles luminescents tranchaient avec cette obscurité. L’injecté était toujours là mais je n’avais plus peur. Du moins n’étais-je plus en état de panique. Je me redressai péniblement en position assise à l’aide de mes bras.

– Qui es-tu ? demandai-je car c’était la question qui me semblait la plus importante à cet instant.

– Darren, m’offrit-il avec un récipient contenant de l’eau.

Je bus avidement avant de le lui rendre.

– Almerick, me présentai-je en retour car le contraire ne me semblait pas juste même s’il ne m’avait rien demandé.

Je taisais en revanche soigneusement mon nom. Je n’étais pas complètement stupide non plus, contrairement à ce que se plaisait à répéter constamment mon père.

– Où sommes-nous ? m’enquis-je.

– À l’abri dans une grotte déserte, me répondit-il en me tendant de nouveau des provisions que je m’empressai de dévorer.

– C’est dangereux pour un injecté d’être sur Örn, lui fis-je remarquer pour trancher le silence qui me mettait mal à l’aise.

– Ce n’est pas moi qui me faisais poursuivre, observa-t-il.

Un point pour lui.

– Que viens-tu faire sur Örn ? insistai-je. Qu’il y ait des espions de l’Empire qui se balade sur ce continent, je le conçois, mais un injecté n’est pas exactement discret.

– Je poursuivais un espion de la Coalition qui avait réussi à voler des données importantes, déclara-t-il tranquillement. Je l’ai attrapé, tué et j’ai récupéré les informations.

Était-ce un avertissement pour me signifier qu’il ne me craignait pas ? Qu’il savait se défendre ? Que même si je tentais de m’enfuir il me pisterait sans souci ?

– Pourquoi m’avoir sauvé ? demandai-je à voix basse, incertain de vouloir connaître la réponse.

– Tu n’es qu’un enfant.

– J’ai dix-sept ans ! me rebellai-je automatiquement avant de continuer plus tempérant. Et puis nous sommes de factions opposées.

– Je rentrais de mission, j’ai vu un adolescent être poursuivi, je lui ai porté secours, énonça-t-il comme si cela était la seule explication nécessaire.

Peut-être que c’était le cas pour lui. S’il croyait que je me laisserais berner si facilement…

– Que comptes-tu faire de moi ? exigeai-je.

– Rien, répondit-il franchement.

J’avais désespérément envie de le croire parce que…

– … j’en ai assez de fuir, lâchai-je dans un murmure.

J’en avais assez de craindre sans cesse pour ma vie. De regarder constamment derrière-moi qu’on ne vînt pas me planter un couteau dans le dos. En plus, tout cela n’avait rien à voir avec moi. Tout ça c’était à cause de mon père. Je le détestais d’être celui qu’il était, de n’être jamais là quand j’avais besoin de lui, de m’exposer constamment au danger simplement par ce que j’étais son fils.

– J’ai peur, hoquetai-je.

Un sanglot vint se bloquer dans ma gorge. Instinctivement, je remontai mes genoux contre ma poitrine et les enserrai de mes bras, essayant de me faire le plus petit possible. Comme si cela avait jamais fonctionné.

– J’ai peur, répétai-je.

Des bras m’encerclèrent alors et je me retrouvai dans une étreinte chaude. L’injecté avait eu pitié de moi et cherchait maintenant à me réconforter. J’aurais dû le repousser. J’aurais dû ravaler mes larmes. J’aurais dû partir. Mais la cavale que j’avais dû entreprendre quand mon protecteur s’était retourné contre moi, l’effroi de ne pas savoir si je survivrais, la terreur de vivre mes derniers instants… Toutes ces émotions m’assaillirent.

Je n’en pouvais plus. J’étais au bout. Aussi bien physiquement que mentalement. Alors je m’accrochai désespérément à la bouée de sauvetage qui m’était offerte et je laissai les flots s’écouler de mes yeux sans aucune retenue.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #8 (suite)
le 18 avril 2022 - 13:56

Je ne savais combien de temps je restai ainsi cramponné à lui. Il ne chercha pas à me délivrer des paroles vides de sens, il me tint simplement contre lui et attendit patiemment que je me calmasse.

Finalement à court d’énergie, je lâchai ma prise, me laissant simplement aller contre son torse. Il ne desserra pas son étreinte et je lui en étais reconnaissant. J’eus un rire nerveux. Moi qui lui avais affirmé préalablement que je n’étais pas un enfant…

– Désolé, marmonnai-je.

– Tu n’as pas à t’excuser, déclara-t-il.

Le silence reprit ses droits.

– Est-ce que… hésitai-je. Est-ce que tu as déjà ressenti le besoin de t’enfuir parce que la personne qui avait promis de te protéger avait changé d’avis ?

Mes propos ne devaient pas avoir beaucoup de cohérence.

– Oui, répondit-il pourtant.

Je sentais que ce n’était pas une simple affirmation pour m’apaiser, un faux « je comprends ce que tu ressens » alors qu’on n’en avait pas la moindre idée. Il l’avait vécu.

– Comment tu as fait ? chuchotai-je.

– Quelqu’un m’a appris à devenir fort, révéla-t-il.

– Apprends-moi.

– Je suppose que je pourrais t’enlever, déclara-t-il.

– Hein ?

– Tu as souligné toi-même qu’il n’était pas prudent pour un néogicien d’être sur Örn, expliqua-t-il. Je retourne donc sur Keos. Tu peux venir avec moi.

– Sur le territoire de l’Empire ? murmurai-je apeuré.

– C’est pour cela que je disais que je t’enlevai.

– Ils vont me tuer, me torturer, m’imaginai-je.

– Tu n’as rien à craindre avec moi, m’assura l’injecté. Et ils n’ont pas besoin de savoir que tu es originaire de la Coalition. L’avantage de l’Empire c’est que les praticiens de la magie sont inclus dans la population contrairement aux néogiciens par rapport à la Coalition.

– Tu me protégeras ? chuchotai-je.

– Oui.

J’avais envie de le croire.

– J’ai peur, répétai-je.

J’avais besoin de le croire.

– Je suis là, me conforta-t-il.

Et son assurance simple et tranquille me rassurait.

– Je vais vérifier qu’il n’y a personne puis nous partirons, annonça l’injecté après un certain temps.

J’acquiesçai en silence et me détachai de lui. Rester planqués ici n’était pas forcément une solution durable. Je le sentis partir et vis vaguement sa silhouette, mais je ne l’entendis pas s’éloigner. De même, sa voix me prit au dépourvu à son retour :

– Le champ est libre. Allons-y.

Je me levai, mes jambes décidant de s’emmêler l’une dans l’autre et manquai m’étaler. L’injecté me rattrapa puis me guida vers la sortie, gardant ma main dans la sienne. Dehors, la luminosité n’était guère mieux. Il faisait nuit.

Nous marchâmes en silence. Enfin, ce terme était tout relatif. J’avais l’impression d’être aussi discret qu’un cochoboule dans un magasin de porcelaine. C’était comme si chaque brindille venait se placer sous mes pieds et craquait dans un tonnerre retentissant. À côté de moi, l’injecté semblait à peine déranger l’air sur son passage.

– Tu portes les cheveux longs, nota-t-il à un moment.

– Euh, oui ? fis-je ne comprenant pas le sens de sa remarque.

Je portais d’habitude mes longs cheveux blonds détachés et soigneusement peignés. Au vu de mes mésaventures récentes, ma tête devait être un véritable sac de nœud mêlé de terre et autres substances dont je préférais ignorer la nature.

– Je vais te les couper, annonça l’injecté. Cela changera ta figure et tu seras moins facilement reconnaissable.

Ce concept était totalement nouveau pour moi, étranger. Depuis tout petit j’avais toujours gardé mes cheveux longs. Aujourd’hui, ils descendaient même jusque dans le creux de mes reins. Il sortit un poignard et m’ordonna de ne pas bouger. Puis il entreprit de me débarrasser de ma tignasse. Je vis les longues mèches tomber autour de moi.

– Brûle-les, m’ordonna-t-il quand il eut terminé.

Mieux valait ne pas laisser traîner ce genre de trace. Qui savait ce qu’en ferait un mage avisé s’il mettait la main dessus ? Je murmurai un sort et le feu consuma tout. Mes yeux se perdirent dans les flammes. Qui aurait crû que les cheveux brûlaient si bien ? Une main sur mon épaule me rappela à la réalité et j’éteignis ce que j’avais commencé. Inutile de mettre le feu à toute la forêt.

– Je t’appellerai Rick, ce sera plus discret, m’annonça l’injecté.

– Pourquoi pas Alme ? demandai-je par curiosité.

Je n’avais pas grand avis sur le sujet. Ce n’était pas comme si j’avais déjà reçu un surnom de qui que ce fût. J’avais toujours été Almerick. Je m’interrogeai plutôt sur le fait qu’il ait pu m’identifier avec mon simple prénom. Je jugeai néanmoins plus prudent de ne pas le questionner afin que, si cela ne fût pas le cas, il n’ait aucune raison de chercher une association.

– Les gens parviennent plus facilement à compléter la fin qu’à imaginer le début, me répondit-il.

– Pas faux, acquiesçai-je pensivement. Et comment dois-je t’appeler ?

– Darren, s’amusa-t-il. Ce n’est pas moi qui suis en cavale.

J’avais oublié ce détail.

Nous évitâmes les villages et les routes, non seulement pour masquer ma présence, mais également pour cacher le fait qu’un injecté se promenait en toute liberté sur Örn.

– Comment va-t-on faire pour quitter le continent ? m’enquis-je. À moins que ça n’ait changé extrêmement récemment, l’Empire ne possède pas d’avant-poste sur Örn.

– Pas plus que la Coalition n’en a sur Keos, répliqua Darren. Cela ne vous empêche pas de tenter de nous envahir de temps à autre, ni de nous envoyer régulièrement des espions.

– C’est vrai dans les deux sens, reconnus-je. Mais cela ne me dit pas comment nous allons voyager.

– On passera par la confrérie des Gagnetoriths, me répondit Darren.

– On va marcher jusqu’à Bëlt ? me récriai-je en réalisant tout le chemin qu’il restait encore à faire pour rejoindre la cité de la confédération marchande.

Nous devions être encore relativement proches de Bartöce, ville d’où je m’étais enfui.

– Non, me rassura Darren. Nous allons rejoindre une ville côtière, où nous trouverons un bateau marchand à qui nous paierons le passage. Même si la cité appartient à la Coalition, les Gagnetoriths sont partout où un profit peut être réalisé.

Et c’était ainsi que l’Empire comme la Coalition pouvait débarquer dans des ports de la faction ennemie. En payant et sans causer de chahut. L’argent pouvait vraiment acheter n’importe qui. J’en savais personnellement quelque chose puisque c’était ce qui avait fait changer d’avis mon protecteur qui pourtant avait été un homme de confiance de mon père.

Je mettais péniblement un pied devant l’autre, m’accrochant à la main que Darren m’avait laissé pour ne pas me faire distancer. Mon corps était encore tout courbaturé et le moindre geste me lancinait des orteils jusqu’aux oreilles.

Le parcours était loin d’être aisé vu que nous ne suivions pas un chemin déjà tracé, même si Darren était celui qui se frayait le passage. De temps en temps, il m’arrivait de trébucher sur un obstacle pas forcément existant. Je me rattrapais alors à Darren qui m’aidait à me redresser sans une plainte. À sa place, j’en aurais déjà eu marre de moi.

Finalement il ordonna une halte. Il me donna de quoi boire et manger, puis m’indiqua que je pouvais dormir. Il n’eut pas besoin de me le dire deux fois. Je sombrai dans le sommeil là où je me trouvais. Je l’aperçus déplier une couverture pour l’étendre sur moi. Je m’endormis avant que le tissu ne me touchât.

Lorsque je me réveillai cette fois, il faisait jour. Je mis d’ailleurs un peu de temps à m’adapter à la nouvelle luminosité.

– Comment te sens-tu ? s’enquit Darren.

– Mieux, décidai-je de répondre.

Maintenant que l’un des trois soleils éclairait le paysage, je pus observer Darren à mon aise. Ces yeux n’étaient plus luminescents mais avaient un aspect terne et métallique qui me dérangeait tout autant. Ce manque de couleur dans ses iris signifiait qu’il n’était plus relié aux Sources de la vie et de la mort. Comment quelqu’un pouvait supporter de vivre ainsi, je l’ignorais.

Physiquement, il avait l’air à peine plus âgé que moi. Pourtant, de nos échanges, de ce que je voyais dans son regard, j’avais l’impression qu’une éternité nous séparait. Il avait vu et vécu des choses qui avaient dû profondément le marquer.

– Tu es prêt à repartir ? me demanda-t-il.

– Oui, acquiesçai-je même si je serais plus volontiers resté ici à ne rien faire.

Ce n’était pas en étant allongé que nous nous approcherions de l’Empire et de la sécurité. Deux termes que je n’aurais jamais associés auparavant. Nous continuâmes d’avancer à ce rythme, Darren décidant d’une pause en fonction de mon état de fatigue. Contrairement à moi, lui semblait en pleine forme. À tel point que je me demandais parfois s’il était encore vivant et si ce n’était pas un fantôme qui m’accompagnait. Il ne mangeait pas, ne buvait pas, ne dormait pas.

Je me rendais compte à quel point j’étais ridicule de penser cela. Il devait simplement s’occuper de ses besoins quand il ne gérait pas les miens. Et comme je m’éteignais aussi vite qu’une bougie sur laquelle on soufflait, je ne voyais rien, tout simplement. C’était tout de même déstabilisant d’un certain point de vue.

Lorsque nous approchâmes de la ville, Darren ressortit la couverture qu’il déploya en cape. Ou alors c’était une cape qu’il avait utilisé en couverture. Quoiqu’il en fût, il la revêtit et rabattit le capuchon pour y dissimuler ses yeux métalliques, caractéristiques des injectés. Je passais nerveusement la main dans mes cheveux maintenant courts. Pourvu que personne ne me reconnût.

– Reste près de moi, me recommanda Darren. Ai l’air sur de toi. Pas de regard nerveux à droite ou à gauche. Tu es concentré sur ta destination. Si ça peut t’aider, tu n’as qu’à fixer ma capuche.

– Ça ne risque pas de faire suspect avec la capuche ? m’enquis-je.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #8 (suite)
le 18 avril 2022 - 13:58

– Non, m’assura Darren. D’autant plus qu’il ne fait pas particulièrement chaud. On se fondra sans problème dans la masse d’aventuriers.

J’avais l’habitude des soldats et de leurs uniformes. Je ne pouvais me targuer de m’y connaître en aventuriers. Je n’avais d’autre choix que de faire confiance à Darren. Depuis le début, il semblait savoir ce qu’il faisait. Il n’avait pas grand intérêt à tout faire capoter maintenant.

Je le suivis en me forçant à respirer lentement et régulièrement. Je pouvais le faire. La ville était fortifiée mais de jour, les portes étaient grandes ouvertes, avec simplement deux gardes de chaque côté. J’avais envie de presser le pas pour disparaître de leurs yeux scrutateurs. Toute la volonté du monde me fut nécessaire pour rester sagement derrière Darren.

– Halte ! ordonna un des gardes.

Avions-nous été découverts ?

– Mais Monsieur je n’ai rien fait, s’éleva une voix plaintive.

Ouf. Ce n’était pas à nous qu’il s’adressait. Darren s’était à peine retourné sur l’incident, davantage pour imiter la foule que par réel intérêt à mon avis. L’injecté nous conduisit jusqu’au port sans incident. Il se dirigea avec assurance vers un équipage où il négocia avec leur capitaine. Des crédits changèrent de main et nous pûmes embarquer.

– Enfin, j’ai crû qu’on ne partirait jamais, soufflai-je soulagé quand le bateau quitta le port.

– Je ne te le fais pas dire, acquiesça-t-on à côté de moi.

Je me retournai brusquement. Ce n’était pas Darren.

– Qui… ? demandai-je en cherchant désespérément Darren du regard.

L’injecté se dressa soudainement derrière la figure et cette dernière s’effondra. Darren rattrapa le corps d’une main, le fouilla habilement de l’autre, avant de simplement le passer par-dessus bord tout en récupérant le poignard qu’il lui avait visiblement planté dans le dos.

– C’était qui ? m’enquis-je inquiet.

– Un espion de la Coalition, répondit tranquillement Darren. Cela en fera un de moins à détecter.

Il regardait avec attention ce qu’il avait pillé sur le cadavre et semblait faire un tri, jetant ce qui ne devait lui être d’aucune utilité, rangeant le reste parmi ses affaires.

– On ne risque pas d’avoir des ennuis avec les Gagnetoriths ? demandai-je nerveusement.

– Non, répondit Darren. Nous avons payé notre passage et nous n’avons rien abîmé. Peu leur importe que nous nous entretuions tant que cela ne leur cause pas de dégât.

Un coup d’œil autour de moi m’apprit que l’équipage ne nous portait pas la moindre attention malgré le fait qu’ils aient été témoins d’un meurtre.

– Ce n’est pas très rassurant, murmurai-je.

– C’était le seul autre passager, m’informa Darren.

– On peut rester ensemble ? lui demandai-je.

Le bateau n’était pas très grand, on voyait aisément de la poupe à la proue et il n’y avait qu’un seul niveau. Darren me prit la main et me guida jusqu’à un endroit qui n’était pas dans le passage des marins qui s’activaient. Je passai le reste de la traversée ici, assis à ses côtés. Aucun événement particulier ne survint.

Nous débarquâmes et pour la première fois de ma vie, je foulai la terre de Keos, territoire de l’Empire. Rien ne changea. Pas d’explosion, pas de cris. Rien. J’étais sur Keos, voilà tout. Et mis à part Darren, personne ne savait que je venais de la faction ennemie. Mon guide eut d’ailleurs tôt fait de me tirer de ma rêverie et vers une caserne militaire.

– Teknögrade Merryl, le salua l’officier de faction qui apparemment le connaissait.

Darren répondit poliment et continua sa route sans donner d’explications ce qui ne sembla pas gêner le soldat, à ma plus grande surprise. Tandis que je marchais sur ses talons de peur de me retrouver distancé et seul dans ce milieu hostile, je notais les regards admiratifs et respectueux que Darren recevait de la part des différentes personnes que nous croisions. Tous étaient des praticiens de la magie et je me demandais si c’était le statut d’injecté qui valait à Darren une telle déférence. Il me paraissait logique que les injectés fussent considérés comme supérieurs au sein de l’Empire. Ce que nous nous considérions comme une hérésie.

– Qu’est-ce qu’un teknögrade ? demandai-je à Darren.

– Un officier, me répondit ce dernier.

Cela, je l’avais deviné tout seul. Tout comme j’avais compris que Merryl était son nom de famille. Ce que je ne comprenais pas c’était où ce grade était situé par rapport aux autres. À moins que ce ne soit une formulation imposée envers les injectés de manière générale ?

– Quelle est l’équivalence chez…

J’hésitai à terminer ma phrase. Je me voyais mal prononcer « Coalition » au milieu d’une base de l’Empire. Même si personne ne nous prêtait attention. Et que cela ne m’engageait en rien. Darren comprit cependant ce que je souhaitais formuler car il me répondit quand même :

– Je ne crois pas qu’il y en ait. Nos structures et hiérarchies ne sont pas montées de la même manière.

– À cause des injec… des néogiciens ? me rattrapai-je.

J’avais failli commettre une bourde du premier ordre. Seuls les membres de la Coalition les appelaient des injectés, rapport au produit qu’ils s’inoculaient pour se couper des Sources. Ce peuple nouveau s’était baptisé néogiciens. Et j’avais intérêt à m’en souvenir si je ne voulais pas trahir mes origines.

– Pas uniquement, expliqua Darren. Le pouvoir de l’Empire est basé autour de la dynastie des Lucans alors que le Général de la Coalition est facilement interchangeable.

– Au moins cela assure d’avoir toujours le plus puissant au pouvoir, me défendis-je sans réfléchir.

– Plus d’instabilité également, souligna Darren.

Je me tus. Je devais également reconnaître que si les Lucans étaient encore au pouvoir après des siècles, c’était bien qu’eux aussi avaient su triompher des divers complots pour les évincer. Ils devaient donc, en toute logique, être également puissants.

– Teknögrade Merryl, comment puis-je vous aider ? s’enquit l’officier commandant la base lorsque Darren nous mena jusqu’à son bureau.

– Voici Rick Norwyn, me présenta Darren avec aisance.

Norwyn ? D’où sortait ce nom ?

– J’ai quelques détails à régler, poursuivit Darren. Je vous le confie pendant quelques heures.

– À vos ordres, accepta le commandant sans discuter.

Son aide s’approcha aussitôt de moi et me saisit fermement par le bras. Pourquoi… ? Que signifiait tout cela ? Alors finalement, Darren s’était joué de moi ? Étais-je vraiment si pathétique pour m’être fait duper ainsi ?

– Que faites-vous ? demanda Darren.

– Je le conduis en cellule, répondit l’aide avec évidence.

– Donc vous pensez que je me promène avec un prisonnier en totale liberté, déclara Darren.

– Ben… fit le soldat complètement perdu mais sentant qu’il avait fait une bourde.

Je respirai à nouveau. Ce n’était qu’un malentendu.

– Si c’était un prisonnier que je vous avais amené, il serait restreint et je l’aurais d’abord déposé en cellule avant de venir vous en informer, énonça Darren.

L’homme me relâcha brusquement, comme s’il avait été brûlé.

– Soignez-le, trouvez-lui des vêtements de civil, donnez-lui à manger et un coin où il ne sera pas dans le passage autre qu’une cellule, énuméra Darren.

– À vos ordres ! se mit au garde-à-vous l’impotent.

– La Caporale Brienne va s’occuper de Monsieur Norwyn, trancha le commandant.

L’autre soldate qui était présente s’avança tandis que le premier reculait penaud.

– Merci, fit Darren.

Puis il partit. Je résistai à l’envie de le suivre et emboitai docilement le pas à la Caporale. Au moins savais-je que je ne me rendais pas en prison. Elle me conduisit dans une pièce aménagée en un petit salon et m’invita à m’asseoir. Elle distribua ensuite quelques ordres à des soldats qui passaient par-là.

Elle fut la parfaite hôtesse et la parfaite geôlière. Si elle se montra fort aimable et serviable, maintenant une conversation fluide et répondant à mes questions, elle ne me laissa pas seul un instant. Darren n’avait rien formulé de tel, seulement donné mon nom, qui n’était d’ailleurs pas le mien, néanmoins elle avait compris que si je devais être traité comme un invité, je n’avais pas le droit pour autant de m’approcher des secrets de l’Empire. Et elle jouait son rôle à la perfection.

D’un côté, je n’étais pas étonné. Elle était une femme après tout. Et les femmes étaient bien plus habiles, intelligentes et dangereuses que les hommes. Ma mère, par exemple, avait été attaquée alors qu’elle accouchait. Et bien elle avait réussi à me mettre au monde, à me protéger et à tuer son assaillant. Elle n’avait malheureusement pas survécu à ses blessures. Je me demandais si elle m’aurait appris à être forte comme elle. Enfin, autant qu’un homme en était capable.

Je m’étais enquis auprès de mon père de la raison de l’absence d’une femme au pouvoir dans la Coalition. La question ne se posait pas du côté de l’Empire, puisque celui-ci était dirigé par la lignée des Lucans et qu’il n’y avait actuellement que deux frères. Mon père m’avait répondu que les femmes préféraient généralement agir dans l’ombre et tirer les ficelles. Qu’il y avait également moins de risque de se faire tuer que lorsqu’on était dans la lumière.

Ma mère était devenue une cible en épousant mon père et encore davantage lorsqu’elle m’avait porté. Elle était passée de l’ombre à la lumière. Et cela lui avait été fatal. « Certaines choses en valent la peine, » m’avait dit mon père. Je n’étais pas sûr d’avoir bien compris ce qu’il entendait par là. Tout ce que je savais, c’était que ma mère était morte. Mais la Caporale était bien vivante et face à moi.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #8 (suite)
le 18 avril 2022 - 13:59

Je n’avais demandé que des généralités et la Caporale m’avait répondu sans détour. J’avais envie de lui poser des questions plus directes et s’approchant de l’interdit mais je préférais me retenir. D’une part, j’ignorais s’il s’agissait là d’un test. De l’autre, j’étais persuadé que notre échange serait rapporté à Darren de qui mon futur dépendait. Donc même si j’étais dévoré par la curiosité, je m’en tins aux leçons que mon père m’avait inculquées, notamment sur la prudence ainsi que la patience, et je rongeais mon frein, jouant le parfait invité – prisonnier.

Un soigneur était venu pour s’occuper de moi. Je n’avais aucune blessure grave et un peu de magie m’avait complètement guéri. Rien que pour la facilité à soigner la plupart des blessures, je ne comprenais pas pourquoi les injectés – les néogiciens – se privait ainsi de la Source de la vie.

Le soigneur ne m’avait rien demandé sur l’origine de mes plaies et m’avait simplement recommandé d’utiliser la magie avec parcimonie dans les prochains jours afin de laisser le temps à mon corps de récupérer de l’utilisation excessive que j’en avais visiblement faite.

J’aurais voulu le voir échapper à une vingtaine d’hommes sans magie… Je gardai cette pensée pour moi. Le manque de magie n’avait pas empêché Darren de tous les tuer, me rendant plus qu’admiratif. Et reconnaissant. L’injec… néogicien n’avait eu aucune raison de me venir en aide. Pourtant il l’avait fait et continuait de le faire.

Il devait avoir son propre agenda, je ne me faisais pas d’illusion sur ce sujet. Cependant, je me sentais en sécurité avec lui. Et s’il pouvait m’apprendre à devenir plus puissant, je comptais bien en profiter.

Darren revint effectivement après plusieurs heures. Il échangea quelques mots avec la Caporale Brienne, qui m’apprirent que je n’avais pas commis d’impair et que je resterai en-dehors d’une cellule. En revanche, nous passerions la nuit dans le camp.

– Une chambre pour deux, demanda Darren.

Évidemment, il ne me ferait pas confiance pour autant. Je n’étais pas surpris. S’il avait été un imbécile, jamais je ne l’aurais suivi. Jamais n’aurait-il pu survivre sur le territoire de la Coalition.

La chambre qu’on nous donna était spartiate. Un globe lumineux fixé au mur éclairait l’ensemble de la pièce, révélant deux lits séparés par un coffre dans lequel Darren déposa ce qu’il avait amené suite à son absence. Et c’était tout. Je m’assis arbitrairement sur le lit de gauche.

– Nous partirons à l’aube, m’informa Darren en s’installant sur celui de droite. Éteins la lumière s’il-te-plait.

Il y eut un moment de flottement pendant lequel je ne compris pas la raison de sa requête. Pourquoi ne pouvait-il pas le faire lui-même ? Ne voulant pas me mettre mon protecteur à dos pour une raison aussi futile, je canalisais le peu de mana nécessaire à la tâche et m’exécutait. Ce ne fut que lorsque le noir s’abattit sur mes yeux que la révélation se fit. Darren était un injecté. Il n’avait donc pas accès à la magie et ne pouvait même pas accomplir cette simple besogne. Vraiment, je ne comprenais pas comment les néogiciens faisaient pour vivre au quotidien. Ni encore moins comment ils avaient pu choisir un tel mode de vie, coupé des Sources et de toute magie.

– Je… je ne vais pas être injecté ? demandai-je soudainement inquiet à l’idée d’une telle perspective.

– Non, m’assura aussitôt Darren.

– Pas d’expérience non plus ? m’enquis-je avec hésitation.

– Non plus, répondit Darren. Juste de la magie.

– Oh…

Le silence retomba, mais pas mes sombres pensées. J’étais seul. Seul en territoire ennemi. Complètement dépendant de la volonté d’un injecté. Et j’avais peur. Les larmes se mirent à couler avant que je ne m’en rendisse compte. Je tentai tant bien que mal de contenir au moins le bruit de mes sanglots. Je ne voulais pas que Darren s’en aperçût. Je m’étais déjà effondré une fois devant lui, je ne voulais pas qu’il fût encore témoin de ma faiblesse. Je n’oubliais pas que c’était un ennemi.

– Tu veux que je vienne ou que je te laisse seul ? s’éleva soudainement la voix de Darren.

Je n’avais clairement pas réussi à rester discret. J’ignorais par ailleurs la réponse à sa question. Je ne voulais pas de sa pitié. Cependant, dans le fond, j’avais toujours été quelqu’un de tactile. Même si cela m’avait toujours été refusé. J’ignorais si ma mère aurait agis différemment, vu qu’elle était morte, mais mon père n’avait jamais eu beaucoup de temps à me consacrer si ce n’était pour m’inculquer les leçons qu’il jugeait indispensables. Et tous les autres n’avaient été là que pour me protéger, m’enseigner, certainement pas pour me montrer de l’affection.

Darren sembla interpréter mon silence comme une demande pour la première option, car je me retrouvai soudainement engouffré dans une étreinte. Mes sanglots redoublèrent et je m’accrochais désespérément à ma bouée de sauvetage. Je ne souhaitais pas entendre de platitude. Il ne prononça pas un mot.

Je m’éveillai tandis qu’une main caressait gentiment ma tête. Je ne me souvenais pas m’être endormi. Puis la mémoire me revint petit à petit et je souhaitai disparaître de toutes mes forces. Je m’étais encore embarrassé devant Darren.

Un bras enserrait ma taille tandis que l’autre passait inlassablement dans mes cheveux. Mon visage était enfoui contre son torse. Darren dût sentir que j’étais réveillé car il commença doucement à se détacher de moi, comme si j’étais un animal apeuré qui nécessitait mille précautions pour ne pas l’effaroucher.

– Debout, m’enjoignit Darren. On mange et on part, il y a de la route à faire.

Je m’empressai de me préparer. Darren récupéra ses affaires puis me guida jusqu’au même petit salon que la veille où un repas était déjà disposé. Seul un soldat vint nous interrompre, apportant un sac à Darren.

– Le complément de ce que vous avez demandé Monsieur, indiqua-t-il.

Darren le remercia et le soldat prit congé.

– Sais-tu monter un hippogriffe ? m’interrogea brutalement Darren.

– Oui, acquiesçai-je.

Ne pas savoir aurait été inacceptable au vu de ma position.

– Et toi ? retournai-je la question.

– Je sais monter, confirma Darren.

– Mais… Même si tu es un injecté ? Je veux dire un néogicien ?

Les mots sortaient tous seuls de ma bouche, à croire que j’avais oublié toutes mes leçons en diplomatie et éloquence.

– Je t’assure que les animaux ont moins de préjudices que les Olydriens, quand il s’agit des néogiciens, s’amusa visiblement Darren.

Nous récupérâmes deux montures auxquelles Darren attacha ses affaires. Puis, après un bref échange avec la Caporale Brienne, il enfourcha son hippogriffe avec une aisance qui prouvait son expérience. Il lança sa monture au galop, prenant de l’élan pour décoller. Je suivis le mouvement, calant ma monture sur le côté et derrière Darren.

J’appréciai de me retrouver ainsi dans les airs, comme si j’avais laissé tous mes problèmes au sol. Le ciel était bleu, pas un nuage à l’horizon. À cette altitude et à cette heure matinale, la température était fraîche et je me réjouis d’être drapé dans la veste qu’on m’avait fournie. Seuls les battements d’aile des montures venaient troubler cette quiétude.

Quelques heures plus tard, Darren fit soudainement piquer sa monture, me prenant par surprise. Une poignée de secondes me furent nécessaires pour plonger derrière lui. Ce fut en portant mon regard vers le sol que je compris le brusque changement de trajectoire. Une escarmouche battait son plein. Les soldats étaient facilement identifiables de par leurs uniformes. Les autres devaient être des pillards et/ou des membres de la Coalition.

Alors qu’il chutait à une vitesse vertigineuse, Darren sortit une sorte de bâton qu’il transforma en un bâton encore plus grand suite à une manœuvre qui m’échappa. Ensuite, il le brandit vers les belligérants. L’un d’entre eux tomba aussitôt. Puis un autre. Et encore un. Darren redressa au dernier moment sa monture dans un vol parallèle au sol. Il en abattit encore un avant de sauter de sa monture, d’en tuer un de plus avant de fouler le sol. Après cela, les derniers survivants ne firent pas long feu. Juste le temps pour moi d’atterrir sans acrobatie et à une vitesse suffisamment modérée pour que je ne m’écrasasse pas contre terre.

– Teknögrade Merryl ! soupira de soulagement l’un des hommes.

Ces soldats avaient tous le même regard terne et métallique me faisant froid dans le dos. Des injectés. Donc le terme « teknögrade » n’était pas une marque de déférence des praticiens de la magie envers les injectés. Néogiciens. Mieux valait ne pas commettre de gaffe quand j’étais entouré par cette espèce. Mais des années d’habitude et de culture ne s’effaçaient pas en une nuit.

– Sergent Bo, retourna Darren.

Apparemment, il connaissait tout le monde dans l’armée et tout le monde le connaissait.

– Quelle est la situation ? demanda Darren tout en s’approchant d’un homme à terre.

Il observa la blessure rapidement puis s’attela à le soigner, lui murmurant quelques mots que je ne pus saisir. Pendant ce temps, le Sergent effectuait son rapport, pas le moins du monde perturbé que son interlocuteur ne semblât pas lui prêter la moindre attention. Darren changea de patient tout en posant une question au Sergent qui s’empressa d’éclaircir ses propos.

Je réalisai alors qu’il y avait plusieurs blessés et que, si je n’excellais pas dans la magie du soin, je pouvais également apporter mon aide. Sauf que c’était des injectés. Mes ennemis. Je pouvais très bien faire semblant de ne rien connaître du sujet. Personne ne pouvait le savoir. Et puis personne ne m’avait rien demandé non plus. Je n’avais pas besoin d’intervenir. Pas besoin d’aider mes ennemis.

Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #8 (suite)
le 18 avril 2022 - 14:01

Un râle de douleur me sortit de ce raisonnement. Ça et l’odeur d’un corps à moitié carbonisé. Celui-là ne se relèverait jamais. Tout du moins, j’espérais pour lui qu’il était déjà mort et ne viendrait pas à se réveiller. Je l’ignorai soigneusement, ne voulant pas vérifier sa viabilité, et m’approchait d’un soldat avec un brin d’incertitude. Ce dernier n’était pas au bord de la mort, il n’avait qu’une plaie, certes profonde mais qui ne saignait pas abondamment pour autant, au bras. Il avait en revanche l’air un peu hagard.

– Je peux ? m’enquis-je en désignant vaguement la blessure du bras.

Il me regarda sans comprendre.

– Soigner ? Magie ? tentai-je.

Peut-être que les injec… les néogiciens n’acceptaient pas de se faire soigner par les flux magiques issues des Sources pour ce que j’en savais. En tout cas, l’homme avait toujours l’air aussi perdu. Cependant, le message sembla quand même passer car il me tendit son bras sans un mot. Un moment me fut nécessaire, plus pour me rappeler de la formule que pour concentrer du mana, mais le sort opéra comme un charme et pas une cicatrice ne resterait de l’incident. J’étais assez fier de moi.

Laissant mon patient le regard dans le vague, je passai au suivant. Je m’orientais vers ceux qui avait des blessures légères, laissant le soin aux experts, dont Darren semblait faire partie, de s’occuper des cas plus graves. Le soin n’était vraiment, vraiment, vraiment pas ma spécialité. Juste assez pour soulager quelques douleurs et que je pusse me rendre utile.

– Qu’est-ce qu’un teknögrade ? demandai-je à l’un de mes patients.

Ma question le prendrait certainement de court et j’aurais probablement enfin droit à une réponse directe.

– Mais d’où est-ce que vous sortez ! s’offusqua-t-il aussitôt.

Gagné.

– C’est le bras droit de notre chef de faction ! expliqua-t-il.

Pour le coup, sa réponse me prit autant au dépourvu que pour lui ma question.

– Keynn Lucans ? fut donc ce qui franchit éloquemment mes lèvres.

L’homme me lança un regard exaspéré.

– Qui d’autre ? rétorqua-t-il.

Je sentais les yeux de Darren me transpercer. Notre échange n’avait certes pas été des plus discrets. Sans doute aurait-il des mots pour moi par la suite. J’aimais bien savoir dans quelle situation je me trouvais. Mais apprendre que j’étais actuellement en compagnie d’un homme aussi haut dans la pyramide de l’Empire me laissa sous le choc.

D’accord, j’avais deviné que Darren avait une certaine importance pour pouvoir requérir de l’aide auprès de l’armée, sans qu’on semblât lui poser de question. Mais pas à ce point-là. Qu’était-il attendu de moi pour que le bras droit de l’Empereur me consacrât toute son attention ? Un frisson d’effroi me parcourut l’échine. Il ne pouvait pas ne pas savoir qui j’étais. Que comptait-il faire de moi ? La réponse s’imposa : me garder en otage et faire chanter mon père, gagnant ainsi un atout de taille au cœur même de la Coalition. Quel idiot avais-je été de me fier à un injecté ! Maintenant, mon père paierait pour ma bêtise…

– Du calme, m’enjoignit Darren en m’ébouriffant les cheveux.

– Hum… Pardon Monsieur, s’excusa le soldat qui avait dû comprendre à mon expression de panique ou au ton de Darren qu’il avait mis les pieds dans le plat.

Je demeurai immobile tandis que Darren finissait de traiter avec les soldats. J’ignorais de quoi ils parlaient. Le monde était soudainement flou et seul un bruit assourdi me parvenait. M’avaient-ils lancé un sort ? Impossible, il n’y avait que des injectés. Était-ce le résultat de la technologie ?

J’avais envie de vomir.

Darren me guida ensuite vers ma monture, et ce fut de manière très automatisée que je repris position dessus. Aurais-je été moins bon cavalier, le décollage qui suivit m’aurait projeté à terre tant mes pensées étaient restées clouées au sol.

Étrangement, le vol me fit le plus grand bien. C’était comme si mes sombres pensées étaient réellement restées derrière moi. J’eus bien envie un instant de faire demi-tour à mon hippogriffe et mettre cap sur Örn, cependant, je réalisai rapidement la stupidité de ce plan. Si Darren volait en avant, je n’avais aucun doute sur le fait qu’il surveillait ma position. Comment, je l’ignorais. Mais cette certitude m’habitait. Or, s’il me voyait quitter ma disposition, il me tirerait dessus comme il avait abattu ces hommes précédemment. Il n’aurait aucun problème à s’exécuter. Sûrement, il n’était pas à la droite de l’Empereur pour rien.

Nous atterrîmes finalement alors que le troisième soleil était couché et que je commençais à m’endormir sur le dos de ma monture. Seul le froid imprégnant mes vêtements jusqu’à ma chair m’en empêchait.

Un comité d’accueil nous attendait. Une enfant, quatre adolescents et un adulte. Ce dernier avait un air de vieux, ce fut la première chose qui me marqua. Il y avait des personnes qui avaient une apparence physique plus jeune que leur âge réel. Et bien pour lui, c’était le contraire. J’en étais persuadé. Ses reliquats de cheveux noirs tirants fortement sur le gris et son ventre bedonnant de celui qui avait abusé de la bonne chair trop longtemps, n’arrangeait pas son portrait.

– Maître Plume, le salua respectueusement Darren.

– Vous devez être Darren Merryl et votre compagnon Rick Norwyn ? s’assura notre interlocuteur.

Il n’avait pas employé teknögrade. Curieux.

– C’est exact, acquiesça Darren.

– Je vous attendais, soyez les bienvenus, nous répondit-il. Caleo, Nalys, occupez-vous de leurs montures.

– Oui Maître.

Les deux plus jeunes adolescents, un garçon, qui devait avoir mon âge, et une fille, s’avancèrent. Nalys vint vers moi et récupéra ma monture avec une moue de déplaisir, probablement parce que la tâche l’éloignait de l’événement du moment.

– Bien, fit l’homme satisfait. Je vais vous montrer votre chambre que vous partagerez.

Je n’étais pas vraiment surpris en apprenant la nouvelle…

– Les chambres et l’espace de vie sont dans ce bâtiment, expliqua-t-il en montrant la plus petite des trois maisons. La salle d’études, la bibliothèque et mon bureau dans celui-ci et les écuries dans celui-là.

Autant je n’étais pas surpris de la taille de la bibliothèque chez ce qui devait être un Maître Mage de l’Empire, si son titre était une quelconque indication, autant je ne comprenais pas que les écuries fissent cinq fois la taille du dortoir.

– J’avoue avoir été surpris par cette requête pour le moins inhabituelle, commenta le Mage dans le but évident de soutirer des informations.

Mais je ne savais rien, pas même où nous étions, ni pourquoi, et Darren n’offrit pas un mot.

– Vous savez pourquoi vous êtes là ? insista l’homme en montant un escalier.

– Pour que Rick perfectionne son utilisation du mana, répondit Darren.

Il voulait que j’apprisse la magie ?!

– Bien évidemment, acquiesça le Maître cherchant probablement un autre moyen d’obtenir des réponses.

Cela changeait radicalement de la discrétion tacite des soldats.

– Voici votre chambre, annonça-t-il finalement. Une fois que vous serez installés, vous pouvez venir dîner en bas. Nous avons déjà pris notre repas au vu de votre arrivée tardive, mais nous vous avons gardé de quoi vous sustenter après ce qui a dû être un long trajet.

Et le voilà qui repartait à la pêche aux informations. S’il s’imaginait qu’on ne le voyait pas venir avec ses gros sabots… La porte s’ouvrit sur une pièce sombre et qui respirait la poussière. Trois mots de magie plus tard, un orbe quitta ma main pour illuminer ce qui devait être notre « chambre ». Un épais tapis de poussière immaculé couvrait le sol et les meubles, divers insectes y avaient de toute évidence établis leurs nids. Cela devait faire des années que la salle n’avait pas été occupée et encore moins nettoyée !

– Bien, je vous laisse vous installer, déclara le Maître de magie satisfait.

– Rick, je te laisse faire le ménage, annonça à son tour Darren en faisant demi-tour.

C’était une plaisanterie ?! Mais non, les deux hommes s’en allèrent sans plus m’accorder d’attention. J’avais envie d’hurler. Sauf que cela n’aurait servi à rien. Je me retrouvai donc à contempler la pièce sans savoir par où commencer.

Et si je ne faisais rien ? Darren serait bien obligé de m’aider s’il voulait un endroit vivable après tout. Il n’y avait pas de raison que ce fusse moi qui me cognasse tout le sale boulot. Autant Darren était rapide pour abattre ses ennemis, autant pour le ménage il n’y avait plus personne.

Je laissai échapper un soupir. Jusqu’à présent, je n’avais pas fait grand-chose. Darren m’avait sauvé la vie, m’avait fait évacué Örn, m’avait procuré de quoi boire et manger, un lieu où dormir en sécurité, et semblait même décidé à continuer mon éducation magique, alors qu’il ne devait pas y trouver grand intérêt, injecté comme il l’était.

À côté de cela, tout ce que j’avais fait pour lui, c’était de le suivre sans me plaindre et sans lui causer d’ennui, et à l’occasion, d’éteindre ou d’allumer la lumière. Éteindre la lumière... Mais oui ! Évidemment ! J’avais vraiment le cerveau d’un smourbiff pour n’y avoir pas pensé plus tôt.

La seule chose que Darren m’eût demandé jusqu’à présent, c’était d’éteindre la lumière parce qu’elle fonctionnait avec la magie. Et c’était le même cas à présent. J’étais censé nettoyer la chambre avec la magie. Un test simple pour savoir si l’élève en valait la peine. Et avec cela je pus déterminer que Maître Plume enseignait l’utilisation du flux de l’air.

Faisant appel à la Source de la vie, je commençai par ouvrir les fenêtres puis créai une multitude de petits tourbillons qui passèrent dans les moindres recoins avant de se jeter dans la nuit par l’ouverture.



Édité le 07 mai 2022 - 14:50 par Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #8 (suite)
le 24 avril 2022 - 14:48

– C’était rapide, commenta-t-on derrière moi.

Il s’agissait de la seconde adolescente, ses cheveux bruns élégamment relevés dans une coiffure élaborée avec de multiples épingles surmontées d’étoiles décoratives.

– Isha, se présenta-t-elle. Je suis venue vous apporter vos draps. Même si je ne vois pas ton compagnon…

– Ce n’était pas compliqué, déclarai-je. Merci pour les draps.

Je jugeai plus prudent de ne pas me présenter, de peur de bafouiller en voulant donner ma fausse identité. Et puis Darren m’avait déjà désigné devant elle, ce n’était pas comme si elle ignorait mon nom.

Utiliser le flux de l’air pour mettre les draps était déjà une tâche plus complexe, demandant une manipulation plus précise de la magie. Je fus assez fier de moi mon travail accompli. Darren n’aurait rien à y redire, j’en étais sûr.

– Et ben, siffla d’admiration Isha. Ça c’est de la maîtrise. D’habitude, on fait nos lits à la main. C’est bien la première fois que je vois quelqu’un utiliser la magie pour ça.

Je tâchai de ne pas rougir d’embarras. Pris par l’idée de faire bonne impression et de réussir ce test, je n’y avais même pas songé. Il fallait vraiment que j’arrêtasse d’être mono-pensée. Je décidai de mettre cela sur le compte de la fatigue et du stress. Et le soigneur qui m’avait conseillé de limiter mon utilisation de la magie…

– Je vais rejoindre Darren, annonçai-je donc.

Je repris le chemin en sens inverse, ma nouvelle… camarade sur les talons. Un escalier plus bas, je trouvai mon protecteur attablé avec Maître Plume. Du pain avec du fromage et de la viande froide étaient disposés, accompagnés d’un pichet de je ne savais quoi. Je pris place à côté de Darren.

– C’est fait ? demanda le vieil homme tandis que Darren me servait un verre.

– Oui, confirmai-je avant d’ajouter avec une pointe d’hésitation, Maître.

Si j’étais censé suivre son enseignement, mieux valait s’adresser à lui proprement. C’était l’Empire, certes, mais ils devaient bien fonctionner d’une manière similaire concernant les maîtres de magie, non ?

Je mangeai rapidement puis tout le monde partit se coucher. Darren n’eut rien à redire sur la propreté de notre chambre et s’en alla sous sa couverture sans un mot. Je l’imitai. Puis les différentes émotions de la journée vinrent exploser dans ma poitrine.

– Darren… murmurai-je en sentant mon rythme cardiaque et ma respiration s’accélérer anormalement.

En un instant je me retrouvai contre mon voisin de chambre. Il me parlait, je voyais sa bouche s’ouvrir et se fermer, mais je n’entendais pas un mot. Il plaquait l’une de mes mains contre son torse et l’autre contre le mien. Je sentais sa poitrine se soulever et s’abaisser régulièrement. Je m’évertuai à suivre le rythme. Ce ne fut que lorsque je fus un peu plus calme que je réalisai qu’il me disait d’inspirer et d’expirer en boucle.

– Désolé, m’excusai-je une fois la crise passée.

– Tu as vécu beaucoup de changements en très peu de temps, m’apaisa-t-il. Tu veux en parler ?

– J’ai le droit de poser des questions ? interrogeai-je hésitant.

– Oui.

– Et tu y répondras ?

– Oui.

Je ne savais pas si je devais le croire ou non, mais de toute façon, je pouvais toujours essayer. Je verrai bien quelles informations il me donnerait.

– Pourquoi la magie de l’air ?

Ok, ce n’était clairement pas la question la plus importante à ce moment-là. C’était sorti sans mon autorisation. Darren me renvoya d’ailleurs un regard amusé. Je m’empressai de me justifier :

– Je veux dire… Pourquoi m’envoyer chez un Maître de l’air ? Pas l’eau ou les ténèbres… ? Pourquoi m’apprendre en particulier la magie de l’air ?

– Il n’y a rien de particulier, révéla Darren. Il est prévu que tu passes par huit Maîtres différents afin que tu poursuives ton apprentissage dans les huit flux d’Olydri. Nous n’attendons pas de toi que tu deviennes un maître dans quelque domaine que ce soit. Tu ne passeras qu’un temps avec chacun des maîtres. La durée dépendra grandement de ton avancée et de tes capacités. À moins que tu ne souhaites effectivement te spécialiser dans un flux.

– Je vais vraiment apprendre la magie ? me réjouis-je abasourdi. Pourquoi ? Qu’est-ce qui te fais penser que j’ai déjà une quelconque maîtrise dans l’ensemble des flux ? Normalement, on est accepté par un Maître uniquement sur recommandation d’un professeur.

– Les personnes qui te poursuivaient et que j’ai tuées avaient toutes des blessures provenant de différents flux de magie. De plus, tu leur as tenu tête et échappé pendant un long moment. Ce qui prouve que tu es polyvalent et possède une importante capacité à générer du mana. En revanche, tu as utilisé des sorts de zone. Là encore cela montre ta puissance en magie. Sauf que les sorts de zone sont moins efficaces que des sorts spécifiques. Tu aurais mieux fait de les éliminer un par un plutôt que de lancer au hasard un sort en espérant que l’un d’entre eux soit pris dedans et finisse par succomber à ses blessures. Tu as su les gêner et les retarder, mais pas les neutraliser.

Il avait réussi à remarquer tout cela, juste en se battant contre eux ? Ce type était vraiment incroyable.

– J’ai fait ce que j’ai pu avec ce que j’avais, me défendis-je.

– En effet, acquiesça-t-il. Et tu m’as demandé de te rendre plus fort.

J’opinai en silence. J’étais encore stupéfait. Je pouvais continuer d’apprendre la magie.

– Et toi ? demandai-je soudainement. Tu repars demain ?

Je ne voyais pas ce qu’un injecté pouvait faire ici. De toute évidence, il m’avait livré à bon port, et, peut-être, s’occuperait de jouer le messager une fois de plus pour m’emmener au Maître suivant.

– Mis à part pour des missions ponctuelles, je reste avec toi, répondit Darren à mon plus grand étonnement.

– Le bras droit de l’Empereur n’a rien de mieux à faire ? sifflai-je.

– Je peux faire ma part d’ici, répondit-il tranquillement. Et je ne suis pas le seul teknögrade en activité.

– Tu vas m’interroger c’est ça ? me méfiai-je.

– Pas d’interrogatoire. Tu ne me dirais rien et je n’aime pas perdre mon temps. Tu te perfectionnes en magie et je te protège.

Cela me paraissait trop beau pour être vrai. Pourtant, dans les jours qui suivirent, ce fut exactement comme Darren l’avait décrit. Je participais aux cours théoriques et pratiques de Maître Plume, j’avais accès à sa bibliothèque pour des recherches personnelles et je commençais à m’intégrer avec les autres élèves, oubliant presque que nous étions de deux factions opposées.

Pour sa part, et à l’étonnement général, Darren venait en cours avec nous, le plus souvent avec un livre sur la magie qu’il lisait pendant les explications de Maître Plume sur un tout autre sujet. Je ne comprenais pas quel était son intérêt pour une tâche comme pour l’autre. À quoi lui servait-il d’étudier la magie alors qu’il ne pourrait jamais la pratiquer ?

Une fois, Maître Plume discourait sur la densité et son importance dans la gestion de la magie de l’air. Darren lisait un volume intitulé Le subtil parfum du soufre. Je n’avais aucune idée du sujet qui pouvait y être traité, mais les lignes captaient sans peine l’attention du néogicien.

– Ça sert à rien tout ça, murmura Nalys. Il suffit de puiser dans la Source de la vie et piout, on balaye nos ennemis.

– Nalys, intervint Maître Plume qui avait probablement entendu la remarque désobligeante, pouvez-vous m’expliquer comment cueillir l’abalna céleste ?

– Avec une échelle, répondit-elle impertinemment.

Je n’avais encore jamais vu Maître Plume nécessitant d’user de son autorité. En même temps, je n’avais pas non plus pour habitude de voir un tel irrespect pour un maître de magie, et encore moins venant d’un élève.

– Nom d’une Source ! Pour qui vous prenez-vous petite impertinente ! Vous me ferez un essai sur les propriétés de l’abalna céleste, décida Maître Plume. Si votre travail ne me satisfait pas, vous quitterez les lieux. Vous avez trois jours.

À ces mots, le visage de la jeune fille prit une teinte blanchâtre.

– Qui peut répondre à ma question ? enchaîna le maître de magie sans plus un regard pour son élève déchue.

Aucun de nous n’osa piper mot. J’ignorais si c’était le choc de voir une camarade être ainsi disgraciée qui empêchait les autres de réfléchir, mais pour ma part, je n’en avais strictement aucune idée. Autant j’aurais pu discourir sur les propriétés de ce fruit si rare et convoité, autant on ne m’avait jamais expliqué la manière de le cueillir. Et je ne m’étais jamais posé la question jusqu’à présent.

– Une pression de 1,397 bar est nécessaire, s’éleva calmement la voix de Darren.

Tout le monde tourna son attention vers le néogicien. Il était toujours plongé dans son grimoire.

– C’est marqué dans ton livre ? m’enquis-je.

C’était la seule explication possible.

– Non, répondit-il. Tu peux trouver cette information dans L’étoffe fragile du monde. C’est le tome qui précède celui-ci.

– Et pourquoi une telle précision ? demanda Maître Plume intéressé.

– En-dessous le fruit ne viendra pas, au-dessus il sera abîmé, l’obligea Darren. Et dans ce second cas, l’abalna céleste perd quatre-vingt-dix pourcents de ses propriétés.

Maître Plume continua alors de questionner Darren sur le sujet. Ce dernier accomplit le test sans même lever le nez de son livre. La discussion devint plus philosophique et le discours de Darren continua dans sa fluidité. Imperturbable.

À un moment Darren releva la tête et un éclat métallique capta notre attention, distrayant très certainement Maître Plume, lui rappelant ainsi que Darren était incapable de la moindre magie. Le maître soupira, déçu que son élève le plus assidu soit un néogicien.

Après cet épisode, il ne fut pas rare que Maître Plume s’intéressât à Darren, surtout quand aucun de nous n’avait la réponse attendue. Il finissait cependant toujours par déchanter en se rappelant les origines de Darren.

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