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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #0
le 24 avril - 17:10

Mission #0 – Origine



Je raccompagnais tranquillement Keynn Lucans à son bureau après une mission d’escorte. À l’origine c’était Berkmeër qui devait s’en charger mais il avait trouvé le moyen de se blesser la veille, suffisamment gravement pour ne pas être opérationnel ce jour-ci. J’étais certain qu’il l’avait fait exprès. Il détestait ce genre de tâche.

Il ne s’était rien passé de notable, comme la plupart du temps. D’autres services sous la direction de Nox Lucans étaient chargés d’assurer la sécurité en amont et de déjouer les éventuels complots. En tant que teknögrade de rang un, j’étais uniquement présent en dernier recours. Bien que notre chef de faction soit loin d’être lui-même sans défense.

– Merci de m’avoir accompagné Werven, déclara Keynn. C’est bien aimable à toi d’avoir rempla…

Je dévisageai mon chef de faction surpris. Ce n’était pas souvent que Keynn s’interrompait en plein milieu d’une phrase. Je me doutais néanmoins qu’il devait avoir reçu des informations alarmantes et inhabituelles sur sa visière qui lui transmettait des données en continu.

– Cela commence à devenir inquiétant, murmura Keynn.

J’attendis patiemment qu’il décidât ou non de me faire part de ces renseignements. Visiblement la situation lui échappait et une intervention rapide pourrait être nécessaire. Bien entendu, je n’étais pas la seule unité d’élite à sa disposition et mon profil ne correspondait peut-être même pas au besoin. Mais il ne m’avait pas encore congédié, donc je ne pouvais présumer de rien.

– Werven, as-tu quelque chose de prévu ce soir ? me demanda Keynn à mon étonnement.

– Je suis à votre disposition, affirmai-je.

– Cela ne répond pas à ma question, me sourit Keynn.

Cela ne devait pas être si urgent ni si grave, si Keynn me demandait mes disponibilités.

– Non, rien de prévu, concédai-je donc.

– Je souhaiterais que tu me rendes un service.

– Je vous écoute.

– Un enfant a disparu il y a de cela huit jours, commença-t-il.

– C’est inquiétant en effet, admis-je.

Mais de là à ce que cela perturbe notre Empereur ? L’identité de l’enfant devait être particulière.

– Les dispositifs de recherches habituels sont incapables de le retrouver et l’appel à témoins auprès de la population est inefficace, poursuivit Keynn.

– Un enlèvement ? supposai-je.

– Ce serait alors un auto-enlèvement, s’amusa Keynn. Non, il s’agit d’une fugue. Des caméras l’ont vu.

Keynn me montra alors l’enregistrement vidéo en question. Je fus stupéfié en voyant le gamin. Il devait avoir entre cinq et six ans. Keynn avait parlé d’un enfant, mais je ne pensais pas qu’il était si jeune !

Il sortait d’un quartier résidentiel seul et continuait son chemin toujours seul, les points de vue changeant en fonction de l’angle et des dispositions des caméras disponibles. Sur la plupart des vues, on pouvait croire à un gamin se promenant pour retrouver des amis ou aller jouer au parc. Cependant, si l’on y prêtait attention et si on savait déceler les signes, il était évident qu’il se méfait de tout. Sa tête ne bougeait pas plus que nécessaire, mais ses yeux étaient sans cesse en mouvement et ses sens à l’affut du moindre danger.

– Impressionnant, commentai-je. Tous ceux qu’il croise ne se doutent de rien. Néanmoins on devrait pouvoir le retrouver avec les caméras.

Keynn avança le visionnage et l’on retrouva la même bouille surmontée d’une touffe noire qui ne devait même pas m’arriver à la hanche. Il continuait d’agir normalement.

Soudain, il changea de route et disparut dans une ruelle. Peu de temps après, une femme et un homme portant le blason signifiant leur appartenance aux services de disparitions passèrent devant. Sitôt disparus du champ visuel, l’enfant sortit de sa cachette et les suivit avant de bifurquer sur la gauche.
Keynn me montra en accéléré des scènes similaires où l’enfant évadait sans cesse la recherche de ses poursuivants ne se doutant pas l’ombre d’un instant de la proximité de leur cible. Plus d’une fois il leur passa juste sous le nez sans qu’ils ne s’aperçussent de rien. Le nombre de patrouilles avait beau augmenter, le résultat était toujours le même.

Puis vint le moment où les yeux ternes et métalliques de l’enfant se plantèrent directement vers la caméra. Deux secondes de battement. Son visage se tourna. Changement de plan optique. Encore ses yeux d’acier. Il y avait quatre caméras à cet endroit qui pouvait l’avoir en visuel. Il les repéra toutes.

– À partir de ce moment, la piste devient ténue et bien plus ardue à suivre, indiqua Keynn.

– Il a compris qu’il y avait d’autres yeux qui le suivait, acquiesçai-je. Mais entre comprendre ce qu’est une caméra et toutes leur échapper, il y a un fossé. Tromper la vigilance de néogiciens est une chose, mais on ne peut duper l’enregistrement pur et simple d’une image.

– C’est bien grâce à cela qu’il nous reste quelques traces. Même si je commence à penser que nous manquons sérieusement de caméras à Centralis.

– Et donc, où est passé l’enfant ?

– Difficile à dire. Il évite la quasi-totalité des caméras, s’aperçoit presque toujours de lorsqu’il s’est fait repérer par l’une d’elle, et change alors de direction pour brouiller les pistes.

Je ne pus que siffler d’admiration. Il était doué ce petit.

– Son trajet est erratique, mais son but semble être l’extérieur, révéla Keynn.

– Pourquoi un enfant de six ans chercherait-il à quitter le dôme ? m’étonnai-je. D’habitude, ce sont plutôt les adolescents en phase de rébellion que ça intéresse.

Les néogiciens ne pouvaient sortir du dôme protecteur comme cela. Le monde extérieur était bien trop dangereux pour eux. D’ailleurs Sirius Lucans, le père de Keynn, avait instauré une règle interdisant au moins de vingt-cinq ans toute échappée.

– Pour regagner un environnement qu’il connait et maîtrise, attesta Keynn.

– C’est un injecté ? fis-je surpris.

– Oui, il a reçu le sérum N01 il y a un peu moins de deux mois, divulgua Keynn. Et dans des circonstances bien particulières. L’enfant est originaire d’un petit village au Nord de Keos, non loin de Menelite. Il avait d’ailleurs été repéré pour ses facultés à utiliser la magie de l’air. D’excellentes aptitudes à un jeune âge et qui lui venaient de manière naturelle. Il aurait pu devenir un mage de renom. Mais un matin son père a décidé de se débarrasser de lui.

– Pardon ?!

– Heureusement pour lui, son père a jugé préférable de le faire injecter plutôt que d’avoir un cadavre à dissimuler. Apparemment, il révère la technologie et espérait qu’il puisse nous être d’une quelconque utilité, éventuellement en tant que cobaye.

– Quelle ordure, susurrai-je.

– Le plus souvent ce sont des célibataires qui viennent jusqu’ici se faire injecter, mais il y a aussi quelques familles, dont des enfants. Ainsi cela n’a pas paru étrange de traiter un mineur. Ce n’est que par la suite qu’on s’est rendu compte qu’il était seul. J’ai fait régler le problème a posteriori, cependant il était trop tard pour lui. Une fois injecté, il était impensable de le renvoyer à sa famille restante, à l’extérieur du dôme et aux confins de l’Empire.

Je me demandais s’il manquerait à quelqu’un. Cette même personne qui l’avait laissé être fauché par son père.

– L’infirmière qui s’est occupée de lui à son réveil s’est aussitôt portée volontaire pour le prendre en charge, poursuivit Keynn. Le problème semblait être résolu pour l’enfant. Cependant, il y a huit jours, l’infirmière a signalé sa disparition. Elle était dans tous ses états et ne comprenait pas ce qui avait pu advenir de lui. Tout a alors été mis en œuvre pour le retrouver. En vain, comme tu as pu le constater. J’ai fait interroger la femme. Pourquoi un enfant éprouverait-il le besoin de s’enfuir ?

Et on pouvait dire que ce dernier se donnait les moyens d’atteindre son objectif.

– La femme a rapporté qu’il était étrange, et même qu’il lui faisait peur. Que l’enfant serait comme possédé. La même raison pour laquelle son père voulait se débarrasser de lui, de ce qu’il a révélé.

– S’il était possédé, le sérum N01 aurait dû purger le maléfice, remarquai-je.

– Rien ne laisse à penser qu’il est effectivement été ou soit toujours sous emprise extérieure, me contredit Keynn. Les seules preuves d’une quelconque possession sont les paroles d’un homme qui paraissait peu sain d’esprit et d’une femme visiblement tourmentée. Quoi qu’il en soit, nous avons toujours un gamin en cavale dans Centralis. Et bien qu’il semble se débrouiller, il pourrait finir par s’attirer des ennuis.

– Quel est le dernier endroit où il a été aperçu ? Je vais le retrouver.


***

Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #0 (suite)
le 30 avril - 20:19

– Tu es très doué pour rester dissimulé.

L’enfant ne sursauta pas au son de ma voix. Tout au plus eut-il un léger soubresaut. Il ne se retourna pas non plus comme on aurait pu s’y attendre. Il détala.

Je me lançai aussitôt à sa poursuite. Il était rapide, agile et rusé. Plus d’une fois je faillis le perdre. Cependant, il n’était qu’un enfant. Je me demandais de quoi il serait capable avec de l’entraînement. Je me sentis sourire, éprouvant un certain plaisir à cette partie de chasse.

À mon grand désarroi, l’enfant s’arrêta soudainement, perché sur une terrasse, et me fit finalement face. Quel tour allait-il me sortir ? J’observai frénétiquement l’environnement pour voir ce qu’il pourrait utiliser à son avantage sans rien trouver. Je gardai également un œil sur lui pour observer ses réactions mais il demeurait insondable.

– Il n’y a pas de piège, déclara l’enfant.

– Tu abandonnes si facilement ? m’étonnai-je. Après tout ce chemin ?

– Tu es plus rapide, plus endurant et plus intelligent, énonça-t-il.

– C’est ma foi vrai, ris-je.

Néanmoins la plupart des gens continuait de se débattre jusqu’à la fin. D’autres se résolvaient à perdre et devenaient apathiques. L’enfant donnait sa reddition, acceptant ma supériorité. Cependant, il n’avait clairement pas renoncé pour autant. Il attendait simplement le bon moment.

– Cette petite course m’a ouvert l’appétit, déclarai-je. Tu dois avoir faim toi aussi.

Je l’avais vu chaparder de quoi se sustenter et survivre, ce qui ne devait pas l’empêcher d’être affamé. Je lui tendis une main pour qu’il me rejoignît. Il franchit les quelques pas qui nous séparaient et la saisit sans un mot. Je souris.

J’utilisai une caisse comme pallier intermédiaire pour descendre. L’enfant n’eut aucun mal à suivre le mouvement. Je nous dirigeai ensuite vers une place à trois rues de là, où je savais pouvoir trouver des gargotes ambulantes. Malgré l’heure tardive, il en restait trois.

– Que veux-tu manger ? m’enquis-je.

L’enfant m’observa de ses yeux scrutateurs, comme s’il ne comprenait pas ma question. Au final, je décidai seul de notre dîner. Un instant je sentis l’enfant prêt à s’enfuir. Cependant, un simple mouvement de mes yeux vers lui et toute tentative disparut. Il m’observait suffisamment pour que cela le dissuadât.

Je lui donnai sa part et l’entrainai vers un banc isolé un peu plus loin. Là nous devrions être tranquilles. Nous mangeâmes en silence, nous observant l’un et l’autre. J’avais l’impression d’être une bête curieuse que l’enfant découvrait. Ce qui ne l’empêchait toujours pas d’analyser son environnement en continu.

Je comprenais mieux à présent pourquoi son père et l’infirmière l’avait qualifié de possédé. Il était beaucoup trop calme pour son âge et son regard avait un brin d’irréel, qui donnait l’impression de nous mettre à nu. La bonne nouvelle, c’était qu’aucun maléfice ne semblait lui être apposé.

– Qu’attends-tu de moi ? s’enquit l’enfant comme je me taisais.

– Rien, répondis-je honnêtement.

– Pourquoi m’avoir cherché ?

– Sur les ordres de Keynn Lucans.

– En quoi ma destinée peut-elle intéresser l’Empereur ?

Il savait donc qui était Keynn. Ce n’était pas le genre d’information qu’un gamin de son âge possédait d’habitude. Tout juste savaient-ils qu’il y avait un empereur qui les dirigeait. Et cela demeurait un concept lointain pour eux.

– Qui sait ? Peut-être souhaite-t-il ton avis sur l’emplacement et le nombre de caméras dans Centralis, m’amusai-je.

– Je ne sais pas ce qu’est une caméra, avoua-t-il en toute innocence.

– Tu as été pourtant très doué pour leur échapper, commentai-je en lui pointant un appareil.

– Pas assez si tu as réussi à me trouver.

– En plus des qualités que tu m’as attribuées, j’ai également accès à plus d’informations. Comme l’enregistrement des vidéos des caméras que tu as repérées ou non. Et un plan des caméras et de leur rayon d’action. Basé sur ces informations, il était facile de déduire où tu pouvais être.

Je lui montrai un des dits enregistrements depuis mon réceptron en expliquant que l’ensemble des images qui bougeaient était appelé une vidéo.

– Qui regarde derrière les caméras ? demanda l’enfant.

– Cela dépend. Toutes n’ont pas la même raison d’être. Pour la plupart dans Centralis, c’est un programme informatique qui traite et analyse les images. Ce qui n’empêche pas quelqu’un d’extérieur d’y avoir accès.

– Que veut dire rayon d’action ?

Je lui ouvris le plan des caméras en lui indiquant qu’un point symbolisait un appareil et le cône autour sa capacité à « voir ».

– Sais-tu ce qu’il va advenir de moi ?

Voilà un point auquel je n’avais pas pris le temps de réfléchir. Il était impensable qu’il retournât avec cette infirmière complètement traumatisée. Il serait sans doute confié à une nouvelle famille, probablement habituée aux cas complexes.

– Je vais te ramener à l’Œil. C’est le centre névralgique de la ville, devançai-je sa question. Tu as été injecté dans une de ses nombreuses salles. En route.

Il saisit la main que je lui tendis sans discuter. Je profitai de ne pas avoir à le surveiller étroitement pour envoyer mon rapport à Keynn.


***



Édité le 08 mai - 15:48 par Epsilone
Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #0 (suite)
le 08 mai - 16:06

Mon réceptron émit un bip me signalant l’arrivée d’un nouveau message. Je l’ouvris machinalement tout en continuant de déguster mon déjeuner. La communication venait de Keynn.

L’enfant s’est enfui.


Inutile de préciser de quel enfant il me parlait. Je finis mon repas en deux bouchées avant de me rendre à l’Œil. De là je récupérai le dossier de l’enfant – où je notai d’ailleurs qu’il n’avait que cinq ans, même si son sixième anniversaire approchait à grands pas – pour savoir avec quelle famille il avait été placé et où celle-ci logeait. J’analysai ensuite les vidéos à partir du domicile.

Il y avait une concentration trop importante de caméras pour que l’enfant les esquivât toutes. Il semblait d’ailleurs en avoir pleinement conscience et ne cherchât même pas à en éviter quelques-unes, les ignorant complètement et se concentrant davantage sur le fait de ne pas se faire remarquer par d’autres néogiciens.

Malheureusement, l’enfant disparut dès que la concentration fut moins dense. Je fus quelque peu surpris lorsque l’ordinateur fut incapable de me trouver la moindre trace du gamin après cela. Plusieurs possibilités se présentaient. Soit il avait décidé de rester caché, mais cela ne faisait pas avancer ses affaires. Soit il lui était arrivé quelque malheur, mais j’espérais bien qu’il était suffisamment doué pour éviter les ennuis au vu de ses prouesses lors de sa précédente escapade. Soit il évitait effectivement toutes les caméras, en faisant bien plus attention que la première fois, et dans ce cas il devait également être plus lent.

Il avait quatre heures d’avance sur moi. C’était à la fois peu et beaucoup. En analysant les chemins possibles à partir du dernier endroit où il avait été vu, je réduisais le nombre de voies qu’il avait pu emprunter. Cela lui laissait quand même un peu trop de choix à mon goût. Je programmai mon réceptron pour être informé dès qu’une image de l’enfant serait captée, puis je me mis en route.

Quatre heures de plus s’écoulèrent sans que je ne découvrisse le moindre petit indice sur la localisation de l’enfant, ni ne reçusse la moindre alerte. Le moins qu’on pût dire, c’était que l’enfant avait appris de ses erreurs. Et tout cela grâce à moi qui lui avais gentiment expliqué le fonctionnement du système de sécurité. Il s’était bien servi de moi.

– Mais bien sûr ! réalisai-je à haute voix faisant se retourner quelques passants.

Il y avait trois semaines, je lui avais montré un extrait des plans de caméras. Avait-il alors mémorisé leur emplacement ? Non, il y en avait bien trop et ses tests ne révélaient pas une mémoire colossale lui permettant de réaliser un tel exploit. En revanche, il avait pu analyser le plan et déduire un libre chemin. Cela je le croyais plus volontiers de sa part.

Avec finalement une idée en tête, je me mis à courir car, bien évidemment, je ne me trouvais pas dans le bon secteur. L’avantage était qu’à présent je connaissais les trois seules routes qu’il avait pu prendre. L’inconvénient était qu’il avait dû progresser bien plus vite, n’ayant pas à se soucier de détecter les caméras puisqu’il savait déjà où passer pour leur échapper.

– Trouvé ! fis-je essoufflé en lui bloquant le passage.

Il sembla un instant prêt à prendre la fuite. Puis il renonça, ses muscles se détendant.

– On peut dire que tu m’as bien fait courir ce coup-ci, me plaignis-je avec le sourire. Tu pourras te vanter d’avoir fait cavaler un teknögrade dans tout Centralis.

J’étais assoiffé. J’emmenai donc le gamin sur la terrasse d’une auberge où je commandai une furiblonde pour moi et du lait pour lui. Après réflexion, je demandai également une assiette pour le petit. Au vu de son départ dans la matinée et de son importante progression, il n’avait pas dû déjeuner.

Il attaqua effectivement le plat avec appétit tandis que je sirotais ma boisson. Enfin un moment de calme et de tranquillité. Plus de raison d’être frustré d’être mis en déroute par un gamin de moins de six ans.

– Qu’est-ce qu’un teknögrade ? s’enquit finalement l’enfant.

– L’élite de l’Empire, répondis-je sans détour. Mais plus que cela, nous sommes une extension de la main de l’Empereur. Nous agissons où il ne peut être.

– Je ne comprends toujours pas pourquoi l’Empereur s’intéresse à moi.

– La nouvelle génération représente le futur de la technologie. Pourquoi cherches-tu tant que ça à rejoindre l’extérieur ?

– Parce que je connais ce monde et son fonctionnement et que je saurais m’y débrouiller.

Cela confirmait ce que Keynn avait déduit vingt jours plus tôt. Cependant cela ne répondait pas vraiment à ma question. Je décidai de reformuler :

– Pourquoi avoir quitté d’abord l’infirmière qui t’avait recueilli, puis cette nouvelle famille ?

– Il n’y a pas d’inversion possible du sérum. Ni rien au-delà qui induise une nouvelle transformation.

– En effet ? Je ne comprends pas en quoi cela t’a mené à vouloir quitter Centralis.

– Mon père s’est débarrassé de moi en me faisant injecter. Mais s’il n’y a rien après l’injection, alors les autres ne pourront que m’occire, n’est-ce pas ?

– Tu… Tu penses qu’ils voulaient t’éliminer ?!

– Je le sais. Je l’ai vu dans leurs yeux. Ils avaient le même regard que lui.

Je me souvins du rapport de l’interrogatoire de l’infirmière. Elle était effrayée par l’enfant. Lorsqu’on lui avait annoncé qu’on lui en retirait la garde, elle avait paru soulagée. Mais de là à penser qu’elle aurait commis un meurtre ?

Par acquis de conscience, j’envoyai un message pour me renseigner sur le statut de la seconde famille d’accueil. La réponse ne tarda pas. Ils ne voulaient plus de l’enfant.

Un enfant ne devrait même pas connaître le terme mourir. Encore moins penser qu’on souhaitait attenter à sa vie. Je n’avais pas de famille mais j’aimais à penser que mon travail, mes actes, mes sacrifices, permettaient au moins aux enfants de grandir en paix, dans un monde protégé, sans conflit. La guerre incessante avec la Coalition arrivait déjà bien assez tôt dans leur vie. S’ils n’avaient même plus ce moment d’innocence…

– Viens avec moi, déclarai-je brutalement.

– Où ?

– Chez moi. Avec moi. Je te protégerai.

J’ignorais ce qui m’avait pris de lui faire une telle proposition. Je n’y connaissais rien aux enfants. Et encore moins à ceux si particuliers comme celui-ci. D’un autre côté, une personne formée spécialement pour ce genre de cas avait renoncé. Il était seul. Il ne se fiait à personne. Il n’avait personne. Il pouvait bien m’avoir moi.

– Je n’ai pas besoin d’être protégé, répondit étonnamment l’enfant.

– Tu n’es qu’un enfant. Tu es peut-être doué pour ton âge, mais ce n’est pas suffisant.

– Je peux me débrouiller seul, affirma-t-il. Tu es le seul qui ait réussi à me retrouver. Si en plus de cela l’Empereur me laisse partir et cesse ses poursuites, ce sera beaucoup plus simple.

– Il y a des dangers que tu ne connais pas et que tu n’auras pas le temps d’appréhender avant qu’il ne soit trop tard. S’il-te-plaît, laisse-moi t’aider. Je te formerai. Tu n’as pas à affronter le monde seul.

Un long silence s’ensuivit pendant lequel l’enfant me fixa sans ciller de ses yeux d’acier.

– D’accord, acquiesça-t-il finalement.

Je retins un soupir de soulagement.

– Werven Merryl, me présentai-je en lui tendant la main pour sceller notre accord.

– Darren…

Pour la première fois, l’enfant hésita. Je terminai le parcours et saisis sa petite poigne, lui offrant une échappatoire :

– Enchanté Darren. Et si tu ne veux plus de ton nom, je t’offre le mien.


***

Epsilone
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le 15 mai - 16:23

Les formalités pour adopter Darren avaient été plus que faciles. J’avais envoyé un message à Keynn pour le prévenir que j’avais retrouvé l’enfant et que je souhaitais le prendre sous mon aile. Une poignée de secondes s’étaient écoulées avant que je ne reçusse une notification m’informant que Darren était désormais administrativement sous ma responsabilité. Son patronyme avait même été changé par le mien alors que je n’en avais pas touché un mot.

– Et bien on dirait que Keynn approuve, avais-je annoncé à Darren en lui montrant le message.

– Évidemment, commenta Darren. Tu es le seul qui parvient à garder un œil sur moi.

– Pas faux.

La logique des enfants parfois…

Nous étions alors sur le chemin du retour, marchant tranquillement jusque chez moi, directement dans l’Œil. Très peu de gens y vivait, ces appartements étaient réservés à ceux qui avaient besoin d’être directement au centre névralgique de la cité. C’était mon cas en tant que teknögrade de rang un. La plupart de mes collègues y logeaient, si leur poste ne leur demandait pas une présence constante sur un lieu, comme Lorry qui enseignait à Memoria tout en gardant un œil sur la future génération.

– Bonsoir Monsieur Merryl. Il y a un enfant qui vous suit. Vous êtes au courant ?

– Bonsoir Monsieur Ritz, saluai-je mon voisin. Oui je suis au courant. Je vous présente Darren. Il va vivre avec moi désormais.

– Qu’il est mignon. Il vous ressemble comme deux gouttes d’eau. Ah non, il a les yeux de sa mère.

– En effet, acquiesçai-je malgré la différence flagrante rien qu’avec les cheveux sombres de Darren à l’opposés du cendré qui couvrait mon crâne. Mais veuillez nous excuser, il est tard et le petit doit se coucher.

– Bien sûr, bien sûr, les enfants ont besoin de sommeil à cet âge. Au revoir ! Et bien le bonjour à votre femme.

– Au revoir Monsieur Ritz, répondit poliment Darren.

Au moins quelqu’un semblait-il l’avoir bien élevé. Ou s’était-il élevé tout seul en copiant ce qu’il entendait autour de lui ?

– Monsieur Ritz est un vétéran, un ancien soldat, expliquai-je à Darren alors que nous continuions d’avancer. Il a reçu des lésions importantes à la tête lors d’un affrontement et il en a conservé d’importantes séquelles. Manque de chance, le malheureux a également perdu son épouse alors qu’il était dans le coma. Depuis il passe la plupart de ses journées dans le couloir à attendre qu’elle revienne.

– Il vit tout seul ?

– Oui, dans l’appartement 104. Son fils aîné passe très régulièrement, tu auras sans doute l’occasion de le rencontrer. Il aimerait bien emmener son père avec lui mais ce dernier refuse catégoriquement. Il continue d’attendre sa femme.

Elle avait été une scientifique de renom qui avait eu besoin d’accéder à son laboratoire vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il n’était pas rare qu’elle reçût des alertes à toute heure du jour comme de la nuit et l’on pouvait la voir alors sortir en trombe de chez elle dans n’importe quelle tenue. Vraiment n’importe quelle tenue. Au moins Darren ne risquait plus de voir ça.

– Quand tu échanges avec lui, essaye toujours d’aller dans son sens, même si c’est faux ou illogique, lui conseillai-je. Ça le perturbe trop sinon.

– D’accord.

– Bon garçon, approuvai-je en lui ébouriffant les cheveux. Nous sommes arrivés.

Je logeais dans un petit appartement composé d’une chambre, deux bureaux/débarras et une pièce à vivre centrale qui servait de cuisine/salon/salle à manger. Je n’avais jamais eu guère besoin de plus qu’un lieu où dormir.

– Bienvenue chez toi, annonçai-je.

Darren observa les lieux en silence, notant comment je fermais la porte, l’emplacement des fenêtres, la disposition des meubles…

– Tu es déjà en train de formuler un plan pour t’échapper, n’est-ce pas ? fis-je mi-figue mi-raisin.

– C’est une précaution, admit-il.

J’en déduisis qu’il ne comptait pas s’enfuir tout de suite. Par ailleurs, je me voyais mal le rabrouer quand il s’agissait là d’une bonne habitude. Moi-même je gardais toujours en tête les issues en cas d’imprévus. Une vie de teknögrade était loin d’être un long fleuve tranquille, et ce réflexe m’avait sauvé plus d’une fois.

Laissant l’enfant explorer, j’observais avec critique mes deux « bureaux ». Ces derniers ressemblaient plus à des dépotoirs qu’à une salle de travail. Si je faisais un peu de tri et que je basculais les affaires de l’un dans l’autre, je devrais pouvoir libérer une place pour la donner à Darren.

– Voici ta chambre, déclarai-je. Dès que j’aurai fait un peu de rangement.

Il m’observa de ses grands yeux gris en silence.

– D’accord… Après beaucoup de rangement, concédai-je.

Cette nuit et les deux suivantes – trois jours me furent nécessaire pour vider la pièce, même avec l’aide active de Darren – l’enfant dormit avec moi. Mon lit était grand, et lui ne prenait pas de place. Et puis j’étais au moins assuré qu’il ne s’évanouirait pas dans la nature pendant que je dormais. J’avais été étonné le premier matin quand je m’étais réveillé un petit corps chaud serré contre moi. Il semblerait que pendant mon sommeil je l’ais attrapé, comme un enfant serre un smourbiff en peluche dans ses bras.

Darren me l’avait confirmé, le mouvement l’ayant réveillé. Il ne s’en plaignit pas. Cependant j’ignorais ce que cela signifiait chez lui. Il s’exprimait peu et ne devait certainement pas être du genre à protester. Tant que cela n’attentait pas à son intégrité, il n’avait rien à y redire.

Il fut ensuite nécessaire de meubler la pièce. J’eus beaucoup de mal à impliquer Darren dans le choix des fournitures de sa future chambre. Si je n’avais eu aucun souci pour l’emmener dans les magasins, il ne jugeait pas utile de donner son avis malgré mes nombreuses sollicitations.

– Tu sais mieux que moi, se justifia-t-il.

J’étais à la fois flatté qu’il me fît confiance – je pensais honnêtement qu’il n’aurait pas tenu de tels propos à ses précédents tuteurs – cela n’arrangeait pas pour autant mes affaires. Finalement, je transformai le choix en exercice. Je n’aurais jamais imaginé que l’on pût débattre autant sur des meubles. Encore heureux que nos arguments aient été purement logiques.

Il y avait dans le magasin un couple qui souhaitait changer de literie et la femme hésitait entre le blanc céruse et l’albâtre. Elle avait alors demandé l’avis de son époux qui fit l’erreur de lui répondre qu’il ne voyait pas la différence. Une vive dispute s’en suivit.

Darren alla voir de quoi il était question. J’aurais eu plutôt tendance à partir dans la direction opposée mais je préférai le laisser satisfaire sa curiosité. Le seul risque que nous encourrions était de rester coincé ici pendant des heures. Cependant je n’avais rien de prévu et, à moins d’une alerte, nous avions toute la journée devant nous.

– Je vois la différence, déclara Darren, mais je ne comprends pas le débat. Pourquoi une couleur est-elle mieux qu’une autre ?

La nuance était en effet facilement perceptible par les sens surdéveloppés des néogiciens.

– Une couleur n’est pas mieux qu’une autre, lui expliquai-je. Cela dépend des goûts de chacun.

Il sembla réfléchir un instant.

– D’accord, accepta-t-il et nous pûmes continuer.

J’étais infiniment soulagé qu’il ne se soit pas mêlé à la dispute du couple ou que le couple n’ait pas décidé de le prendre à parti. Même si j’étais curieux de la réponse que Darren aurait formulée et de l’expression que le couple aurait tiré devant cette déclaration incongrue. Je commençais à le connaître mon gamin.


***

Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #0 (suite)
le 21 mai - 20:28

L’épreuve suivante en ce début de relation fut l’école. Je souhaitais qu’il fréquentât des enfants de son âge et il n’y avait rien de mieux pour cela. Quand je lui annonçai la nouvelle, il me renvoya un regard sceptique.

– Une semaine, demandai-je. Tu essayes cinq jours et si cela ne fonctionne pas on fera autrement.

– D’accord, concéda-t-il.

Petit à petit, j’arrivais à discerner ses expressions. Les signes étaient toujours minuscules et il fallait y prêter la plus grande attention pour ne pas les manquer, mais je progressais jour après jour.

J’étais probablement plus stressé que lui le premier jour où je l’accompagnai à l’école. Darren s’y rendit calmement sans faire d’histoire. Cinq jours. Je savais qu’il se tiendrait à notre pacte. Qui avait dit que les enfants étaient capricieux ?

Ma journée sans Darren se passa à une lenteur exaspérante. J’envoyai même un message à Keynn pour savoir s’il n’avait pas une tâche urgente mais rapide à me confier. Il s’était juste amusé de mon comportement. Pour lui, il était préférable que je me débrouillasse seul étant donné que la situation se répéterait le lendemain, le surlendemain et tous les autres jours à venir.

Au moins ne fus-je pas en retard pour récupérer Darren. Comme c’était son premier jour, je désirais m’entretenir avec l’institutrice pour savoir si tout s’était bien passé.

– Darren est un garçon qui m’a l’air très intelligent mais un peu timide, déclara l’enseignante. Je suis certaine qu’avec un peu de temps il apprendra à connaître ses petits camarades et n’aura aucun mal à se mêler à eux.

Je le savais déjà que Darren était intelligent. Pour le côté timide par contre, il faudrait qu’elle révisât son jugement. C’était plutôt son aspect « Je n’en vois pas l’intérêt, donc je ne m’en donne pas la peine ».

– Comment s’est passé ta journée ? m’enquis-je auprès du principal concerné.

– Comme tout le monde, répondit-il. Avec le soleil bleu le matin, blanc l’après-midi et rouge le soir.

Évidemment.

– Tu peux me donner des détails sur ta journée à l’école ? insistai-je.

J’eus alors droit à un exposé extrêmement précis de tout ce qu’il avait fait et de tout ce qu’il avait pu observer et analyser dans le comportement des autres. Mais rien sur ce qu’il avait ressenti. Je retins un soupir. Au moins n’aurait-il pas besoin d’être formé pour faire un rapport complet et objectif.

– Tu feras un effort et tu essaieras de te mêler aux autres enfants demain d’accord ? lui demandai-je.

Il n’y avait après tout pas grand intérêt qu’il allât à l’école s’il restait seul dans son coin.

– D’accord, accepta-t-il après une pause.

Le deuxième jour alors que je venais récupérer Darren, l’enseignante m’attendait de pied ferme, tenant Darren par le poignet. Il me lança un regard me demandant clairement, pour une fois, de le sortir de là. La sensation d’être ainsi pris au piège ne devait pas lui être agréable et probablement lui rappeler de mauvais souvenir. Il tira d’ailleurs d’un coup sec pour se dégager mais la femme le tenait fermement. Malgré la supplique de Darren, je jugeai préférable de la laisser prendre l’initiative, ne sachant à quoi m’en tenir.

– Darren s’est battu aujourd’hui, m’annonça-t-elle.

– Ah ? fis-je surpris. Cela ne lui ressemble pas.

Il était plutôt du genre à fuir et se cacher de ce que j’en avais vu.

– Le nombre de parents qui me disent ça, siffla-t-elle méprisante.

Elle m’avait pourtant bien plu la veille.

– Parce que vous avez souvent des enfants qui se battent ? l’interrogeai-je.

J’en profitai pour examiner Darren. À première vue il ne semblait pas blessé. La seule gêne qu’il avait était l’étau de fer autour de son poignet.

– Ne racontez pas n’importe quoi Monsieur, se rebiffa l’enseignante.

– Je suppose qu’il ne s’est pas battu tout seul.

Bon, Darren s’était battu. Mais ce n’était pas la peine d’en faire un drame non plus. Les gosses passaient leur temps à se chamailler. Au moins avait-il respecté la consigne que je lui avais donné de jouer avec les autres enfants. Même si ce n’était pas ce que j’avais en tête. Il fallait bien commencer quelque part non ?

– Les trois autres ont dû être envoyés en urgence dans le secteur médical de l’Œil, m’annonça la femme.

– Ah…

Effectivement, vu comme ça…

– Je peux récupérer Darren ? demandai-je finalement. Je lui en toucherai deux mots.

– Il faudra plus que deux mots, protesta-t-elle mais elle le relâcha.

Darren se dépêcha de s’éloigner d’elle. Il me regardait maintenant avec méfiance. Était-ce parce que je ne l’avais pas délivré suffisamment vite ou parce qu’il craignait ma réaction face à son comportement ? Je lui tendis la main, mais pour la première fois il ne la saisit pas. Ce devait être la seconde option dans ce cas. Néanmoins, il me suivit docilement même s’il gardait une certaine distance.

Le trajet se passa en silence tandis que je réfléchissais à la meilleure manière d’aborder le sujet avec lui. Il avait dû saisir la teneur de nos propos et était probablement conscient de ce qu’il avait fait de mal, mais il ne devait avoir aucune idée de pourquoi c’était mal.

Nous arrivâmes finalement à mon appartement dont j’ouvris la porte. Ce ne fut qu’une fois à l’intérieur que je m’aperçus que Darren ne m’avait pas suivi jusque-là. Un coup d’œil derrière moi me permit de réaliser qu’il était resté à l’extérieur et m’observait avec suspicion. Que lui prenait-il ? Je devais réfléchir.

Pourquoi ne pas rentrer ? Parce que les issues étaient moindres. Fondamentalement, il n’y avait que cette porte qui lui permettrait de s’échapper. Unique, donc facilement gardable. Alors que le couloir offrait deux possibilités. Pourquoi ressentait-il le besoin de s’enfuir ? Parce qu’il savait qu’il avait commis un acte qui me déplaisait. Conclusion : il avait peur de ma réaction. À moi de le rassurer.

– Je ne suis pas en colère. Je n’ai pas l’intention de te faire du mal de quelle que manière que ce soit. Je veux juste que nous conversions.
Darren tergiversa encore un instant avant de franchir le seuil. Je nous installai à la cuisine puis préparai du thé et un encas comme je l’avais fait la veille.

– Je ne suis pas fâché, répétai-je. Se battre n’est pas bien. La violence est à éviter au maximum. Même si, comme tu le sais probablement, nous sommes en guerre contre la Coalition. La guerre n’est pas faite de rire et de joie mais de sang et de larmes. Il en va ainsi et nous nous devons de limiter au maximum les victimes, notamment en évitant d’impliquer les non-militaires et en respectant nos ennemis. Malheureusement, ce n’est pas une guerre qui peut être résolue de quelques mots. Cependant, toi tu t’es battu contre des individus de notre faction, des enfants qui plus est. Tu as parfaitement le droit d’être en désaccord, néanmoins cela ne t’autorise pas à recourir à la violence. D’autant plus que tu les as blessés grièvement voire tu aurais pu les tuer. Et ça, c’est très grave. Est-ce que tu comprends ce que j’essaye de te dire Darren ?

J’avais énoncé des réalités dures pour un enfant, mais j’avais le sentiment que Darren avait besoin de toutes ces explications. C’était un garçon très factuel pour qui il était nécessaire d’avoir un tableau complet et logique pour comprendre.

– Ce n’est pas bien de se battre, résuma Darren. Même si parfois on n’a pas le choix. Il ne faut pas tuer. Les enfants sont plus fragiles. J’ai le droit de ne pas être d’accord…

Il semblait moins sûr de lui sur ce dernier propos et cela me fendit le cœur. Pour le reste, c’était à peu près cela. Il avait globalement saisi l’idée.

– C’est un peu plus subtil, commentai-je, mais on va dire que pour l’instant ça ira. Tu assimileras mieux ces concepts avec du temps et de l’expérience.

Le troisième jour, l’institutrice me contacta directement en milieu de matinée. Darren avait disparu. Elle avait prévenu les autorités et m’assurait qu’il serait retrouvé dans les plus brefs délais. Ce n’était clairement pas elle qui avait dû dénicher le gamin par deux fois.



Édité le 22 mai - 18:47 par Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #0 (suite)
le 21 mai - 20:32

Je ne perdis pas plus de temps et coupai la communication. Darren ne pouvait pas être bien loin et le secteur était truffé de caméras. Pourquoi s’était-il encore enfui ? Je ne manquerai pas de lui poser la question. Visiblement, l’école avait été un très mauvais choix de ma part. Plus les jours se succédaient et plus la situation se dégradait.

À mon plus grand étonnement, qui ne semblait jamais cessé depuis que j’avais rencontré Darren, ce dernier était tranquillement assis dans un parc, juste sous une caméra. Je me rendis immédiatement sur les lieux.

Il n’avait pas bougé. Sa tête pivota aussitôt vers moi. Très clairement il m’attendait, même si sa posture traduisait une certaine appréhension.

– Tu n’es pas allé bien loin aujourd’hui, commentai-je avec un sourire.

Si je lui parlais d’un ton léger, peut-être ne s’effaroucherait-il pas.

– Je n’avais aucune avance ni aucun moyen pour te perdre, expliqua-t-il. Il était inutile de dépenser de l’énergie dans un mouvement futile.

Toujours aussi terre à terre…

– Et puis je ne crois pas avoir de raison de te fuir, ajouta l’enfant.

Mon cœur bondit de joie.

– Tu m’en vois ravi, me réjouis-je. Darren, pourquoi t’es-tu enfui de l’école ?

– Parce que je ne voulais pas avoir mal.

Pardon ?

– Est-ce que tu peux développer ton propos s’il-te-plait Darren ?

– Tu m’as demandé de ne pas me battre et il n’y avait pas de place pour se cacher. Alors je suis passé par-dessus la clôture. Je n’avais pas besoin d’aller très loin après ça, les autres sont restés coincés de l’autre côté.

– Darren. Si tu te trouves en danger, tu as le droit de te défendre. Ne te laisse jamais violenté, de quelque manière que ce soit. D’accord ?

– D’accord.

– Dans un deuxième temps, il faut aussi que tu prennes en considération les rapports de force. Quand hier tu as blessé ces enfants, tu étais plus fort qu’eux et tu es allé trop loin. Il n’était pas nécessaire que tu les blesses aussi gravement.

– … Je crois que je comprends. C’est comme le fait que tu ne me fasses pas de mal même si je me suis enfui ?

– C’est cela. Il est inutile d’exercer de la violence dans n’importe quel cas. Toi et moi, on a réussi à s’entendre et s’arranger juste en parlant, non ?

– C’est vrai.

Cette fois-ci, Darren avait l’air d’avoir réellement compris. Je lui tendis la main et il la saisit. Sans hésitation.

– Au fait, fis-je curieux, je ne te l’ai pas demandé la première fois, mais pour quelle raison t’es-tu battu ?

– Les autres m’ont posé des questions. J’y ai répondu. Et quand je leur ai dit que j’avais vu le monde à l’extérieur du dôme, ils m’ont traité de menteur. Je leur ai assuré que c’était véridique. Ils ne m’ont pas crû. Alors ils ont voulu m’apprendre la « vérité ». Certains ont essayé de donner des coups. Ils n’ont pas réussi à me toucher. Ils ont cherché à se saisir de moi pour m’immobiliser pour ensuite me frapper. Je les ai évités. Mais ils étaient trop nombreux, alors pour me débarrasser d’eux, j’ai contre-attaqué. Ils n’ont pas bien encaissé les chocs, ni su se protéger, ni éviter. Si j’avais été comme eux, je n’aurais jamais survécu jusqu’à présent. Aujourd’hui ils m’ont crû et leur problème est devenu le fait que je sois un injecté. C’est grave comment de ne pas être né néogicien ?

Je pris l’enfant dans mes bras. Comme si je pouvais le protéger des sévices commis par son père toutes ces années.

– Je suis capable de marcher, énonça Darren comme une évidence.

Je pris le parti d’en rire.

– Je sais, mais j’en ai envie, répondis-je. Et pour répondre à ta question, il n’y a aucun mal à être injecté. C’est simplement que la plupart des néogiciens, surtout en bas âge, sont nés de parents néogiciens et ne connaissent pas d’injecté. Quelque part, ce sont pour eux des animaux exotiques et ils ont développés des préjugés à leur égard.

– Préjugé, ça veut dire qu’ils ont jugé avant de connaître ?

– C’est ça.

– Comment suis-je censé agir demain à l’école ?

– Tu n’y retournes pas.

– Tu avais dit cinq jours.

– J’ai changé d’avis. Cette enseignante est incapable d’assurer ta sécurité deux jours d’affilé. Je ne me fais pas d’illusions sur le fait que ce sera différent ailleurs. Après tout, cette enseignante était relativement bien notée. Visiblement c’était une mauvaise idée de t’envoyer à l’école. Mais au moins, tu auras essayé. Je t’enseignerai moi-même. Et on trouvera bien une occasion pour que tu fréquentes d’autres enfants.

L’éducation de Darren fut très erratique. Elle dépendait grandement des sujets qui me venaient à l’esprit et de sa curiosité personnelle.


***



Édité le 29 mai - 13:26 par Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #0 (suite)
le 29 mai - 13:30

Mon réceptron émit une série de bips stridents, signalant le déclenchement d’une alarme et me tirant brutalement de mon sommeil. J’ouvris mon appareil. Il était 1h49. Le signal avait été déclenché depuis un laboratoire sous haute surveillance. Les expériences qui y étaient réalisées étaient supervisées par Graynüt Mopér, que je maudis immédiatement. Ce dernier, également teknögrade de rang un, avait la fâcheuse habitude lorsqu’il devait s’éloigner de son lieu de prédilection, de reconduire l’alarme sur un autre teknögrade, sans jamais prévenir. Ce coup-ci, c’était visiblement tombé sur moi.

Je fus complètement opérationnel en moins de cinq minutes. J’hésitai cependant un court instant avant de sortir de l’appartement. Darren était dans sa chambre et j’entendais sa respiration lente et régulière, signifiant qu’il dormait encore. Il n’y avait rien de menaçant. Il était en sécurité dans mon appartement. Il ne pouvait donc rien lui arriver. En plus de cela, il dormait profondément. Je devais pouvoir le laisser seul quelques instants, non ?

Rassuré par mon raisonnement, je sortis finalement et courus. Il y avait une urgence qui risquait de ne pas m’attendre si je ne me dépêchais pas. Ce pouvait être également le début d’une catastrophe. J’ignorais sur quoi Graynüt travaillait en ce moment, mais il avait tendance à préférer les substances volatiles et dangereuses.

Lorsque j’atteignis enfin le laboratoire, je trouvai une jeune femme qui ne devait pas avoir trente ans, s’agitant dans tous les sens tandis que l’alarme hurlait et baignait la pièce de rouge. La femme portait une longue blouse blanche et courrait d’un bout à l’autre de la salle, complètement paniquée. J’en déduisis qu’elle était une toute nouvelle apprentie de Graynüt.

Je soupirai avant de commencer par éteindre l’alarme qui me martelait la tête. Lorsque le son et les lumières clignotantes cessèrent brutalement, la jeune femme s’arrêta un instant de bouger avant de paniquer de nouveau et de tourner en tous sens jusqu’à ce que son regard se posât sur moi.

– Bonsoir, la saluai-je.

– Ah… Euh… Bon… Bonsoir, bafouilla-t-elle à voix basse en piquant un fard.

– Je vais vous demander votre nom, votre matricule, la raison de votre présence ici et comment cette alarme s’est déclenchée.

– Euh… Oui... Je suis... C’est que…

– Si vous ne voulez pas que je vous embarque directement, il va falloir faire un effort.

– Lyniëlle Pertureau.

Elle réussit finalement aussi à me baragouiner son matricule. Tout correspondait et elle était bien une récente recrue de Graynüt. Depuis tout juste quatre mois.

– Ce… Euh… Ce n’est rien. J’ai juste fait une erreur de manipulation, murmura-t-elle.

– Une erreur de manipulation dans un laboratoire de chimie tel que celui-là, ça peut faire beaucoup de dégâts, lui reprochai-je.

– Oui. Pardon. Je vais tout ranger, s’excusa-t-elle toujours la tête baissée, une mèche de cheveux vert fluo retombant devant son visage écarlate.

– Et attachez correctement vos cheveux, ajoutais-je sévère. Il ne manquerait plus qu’ils trempent dans je ne sais quelle substance.

– Pardon !

Elle refit rapidement un chignon impeccable. La vitesse à laquelle elle s’était recoiffée m’ahurissait. C’était bien un art que je n’avais jamais maîtrisé. Personnellement, je préférais les garder courts, cela évitait d’autant plus qu’ils ne me retombassent devant les yeux, diminuant mon champs visuel.

Je patientai ensuite, regardant Lyniëlle Pertureau s’activer à réparer ses bêtises. Elle me jeta plusieurs coups d’œil incertains et ses mains tremblaient un peu trop à mon goût. Elle devait me prendre pour un gars de la sécurité et ma présence l’intimidait fortement. Je ne changeai absolument pas ma posture. Cela lui apprendrait à me réveiller au milieu de la nuit pour rien. La prochaine fois, elle ferait plus attention.

– Vous… tenta-t-elle. Vous n’avez pas besoin de rester. Ça va aller maintenant.

– Si c’est pour revenir ici en courant dans deux minutes, j’aime autant rester, répondis-je.

– Pardon.

– Qu’est-ce que vous faites toute seule à une heure pareille dans ce labo ?

– J’étais sur une expérience et je n’ai pas vu le temps passer.

– Ça, je le confirme… soupirai-je. Où est Graynüt ?

Elle se figea soudainement, me fixant avec de grands yeux ahuris.

– Et bien ? la bousculai-je.

– Je… J’ignore où se trouve actuellement Monsieur Mopér, il ne m’en a pas informée.

Oh ? Elle était simplement troublée parce que j’utilisais le prénom de son supérieur. En même temps, si je n’étais qu’un type de la sécurité, c’était vraiment bizarre.

– Sur quoi travailliez-vous avec autant d’application ? m’enquis-je.

Quitte à être coincé ici, autant satisfaire ma curiosité.

– C’est… C’est confidentiel ! sursauta-t-elle.

– Cela me donne encore plus envie de le savoir, annonçai-je. Vous auriez mieux fait de me donner une fausse réponse.

– Je… Je ne peux rien vous dire, insista-t-elle.

Deux options s’offraient à moi. Soit je laissais tomber l’affaire, qui ne m’intéressait pas plus que cela, et je continuais de la regarder ranger. Soit j’essayais de la faire parler pour voir ce qu’elle avait dans les tripes. Au moins saurions-nous si elle était capable de garder un secret.

Je choisis bien évidemment le second scénario. Je m’avançai vers elle, réduisant la distance qui nous séparait et accentuant notre différence de taille. Elle recula jusqu’à se retrouver adosser au mur. Je lui ôtai la fiole des mains et la posai sur la table derrière moi. Inutile de prendre ce genre de risque.

– Je… Je ne dirai rien ! brava-t-elle.

– Juste un mot, personne n’en saura rien, lui promis-je.

– Vous… Vous mentez !

– En échange de quelques informations, je pourrais te faire passer un moment agréable, lui susurrai-je langoureusement dans le creux de l’oreille. Tu en as envie n’est-ce pas ?

Je lui faisais clairement de l’effet.

– Pas… Pas comme ça ! se récria-t-elle et, pour la première fois, elle fit un geste pour me repousser.

Bien entendu, elle n’en avait pas la force. Mais je notai son intention.

– Si tu ne veux pas la douceur, alors il reste la douleur, annonçai-je glacial changeant brusquement d’attitude.

La jeune femme redressa subitement la tête, croisant mon regard sans pitié. Elle se mit à trembler de peur et les larmes lui montèrent aux yeux qu’elle ferma bien vite. Elle baissa légèrement la tête, serra les poings et attendit. Et attendit.

– Bon, on va en rester là, déclarai-je en lui redonnant son espace personnel.
Ses yeux s’agrandirent de surprise et elle me fixa sans comprendre.

– Je ne compte pas aller jusqu’à la violence, expliquai-je. Vous m’avez convaincu de votre loyauté et de votre discrétion pour le moment. On essaiera la partie torture un autre jour.

L’effroi s’empara de son expression.

– Je plaisante, déclarai-je. Aller, dépêchez-vous de finir de ranger que je puisse fermer ce laboratoire. Vous reprendrez vos expériences demain, à tête reposée. Et à l’avenir, ne restez pas seule. Assurez-vous d’avoir toujours un collègue. Cela vous sera utile en cas de pépin.

– Oui Monsieur euh…

– Merryl, me présentai-je.

Plus de vingt minutes lui furent encore nécessaire pour mettre de l’ordre et nettoyer. J’aurais pu l’aider pour aller plus vite, cependant, je ne connaissais pas les produits qui avaient été déversés et jugeais donc plus prudent de m’abstenir.

– Parfait, conclus-je en verrouillant le laboratoire. Bonne nuit Mademoiselle Pertureau.

– Bonne nuit Monsieur Merryl… Et encore désolée pour le dérangement…

Nous nous rendîmes ensemble à l’ascenseur. En revanche, notre destination ne se situait pas au même étage. Il n’aurait plus manqué que je me fusse retrouvé avec cette apprentie sorcière comme voisine.

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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #0 (suite)
le 29 mai - 13:35

Ce fut avec soulagement que je franchis le pallier de mon appartement. Je pouvais enfin retourner me coucher. Fixé comme je l’étais sur mon lit, je faillis manquer un détail d’une extrême importance. Je m’arrêtai brusquement. Il n’y avait pas un son dans l’appartement.

La porte de la chambre de Darren était entrebâillée. Je l’ouvris en grand. Le lit était défait. Pas de trace de l’enfant.

– Darren ? appelai-je frénétiquement en fouillant l’appartement.

Je savais déjà qu’il n’était plus là.

– Darren ?

Mon cœur se serra. Pourquoi était-il parti ? Je pensais que tout se passait bien. Je n’avais strictement rien vu venir. Toutes ces questions, toutes ces incompréhensions… Je demanderais des éclaircissements à Darren une fois que je l’aurais retrouvé. Et je l’aiderai à trouver un environnement où il se sentirait mieux. Pour l’heure, j’avais un enfant à recouvrer.

J’ouvris de nouveau ma porte et m’apprêtais à sortir d’un pas énergique quand mon élan fut brutalement arrêté par une personne sur le point de sonner chez moi.

– Keynn ? fis-je surpris en reconnaissant mon visiteur nocturne.

Et dans ses bras…

– Darren ! m’écriai-je soulagé.

Mon cri réveilla l’enfant qui jusqu’à lors dormait paisiblement dans les bras de son suzerain.

– Werven ? murmura-t-il ensommeillé.

Je déchargeai aussitôt Keynn, trop heureux de l’avoir récupéré.

– Où étais-tu passé Darren ? m’enquis-je.

– Aider Keynn, bailla-t-il avant de se rendormir en se blottissant dans mes bras.

Je jetai un coup d’œil étonné à Keynn qui pénétra dans l’appartement et en ferma la porte. Pourquoi aurait-il eu besoin de Darren ? Et au beau milieu de la nuit ?

– Vois-tu, commença mon chef de faction, je me suis retrouvé dans une situation embarrassante, enfermé dans une salle et sans moyen de communication extérieure. Dans un endroit très peu usité et à une heure indue, je m’étais préparé à passer de longues heures coincé là-bas.

Comment s’était-il débrouillé pour se retrouver dans pareille situation ? Visiblement, il ne comptait pas entrer dans les détails, et ce n’était pas moi qui le questionnerais sur son emploi du temps et ses activités.

– Quelle ne fut pas ma surprise, poursuivit Keynn, quand un peu plus d’un quart d’heure s’étant écoulé, la porte s’ouvrit sur un petit garçon.

– Comment Darren a-t-il su où vous étiez et que vous aviez besoin d’aide ? l’interrogeai-je.

– En cela, le mystère demeure. Je lui ai posé les mêmes questions. Il a simplement dit qu’il savait.

– Il savait ?

– Impossible d’en tirer davantage. Il s’est réveillé parce qu’il savait que j’avais besoin d’aide et il a suivi le chemin où il savait me trouver. Quand je lui ai demandé s’il savait rentrer, il m’a affirmé que non, n’ayant pas fait attention au chemin parcouru à l’aller.

– Cela ne lui ressemble pas, notai-je. Il est constamment en train d’analyser son environnement. Il aurait été dans une sorte de transe ?

– J’aurais plutôt dit à moitié endormi, s’amusa Keynn. Il s’est assoupi en quelques instants sur le chemin du retour. Je pense que la réponse est de l’ordre du psychique.

Je me raidis et resserrai ma prise sur Darren. Le psychisme en était à ses balbutiements et demeurait un domaine peu connu à ce jour. Keynn en était l’un des principaux acteurs, reprenant les travaux de son père avant lui. Certains développaient de faibles compétences psychiques suite à une injection sans que l’on ne comprît comment ni pourquoi. Et Darren avait reçu le sérum N01.

– J’ai plusieurs hypothèses, avança Keynn, dont deux me semblent les plus plausibles. Darren a développé des dons psychiques latents suite à son injection et ils se manifestent aujourd’hui, sans qu’il en ait vraiment conscience. Resterait à savoir pourquoi ils se seraient réveillés spécifiquement pour moi et pourquoi l’esprit de Darren se serait connecté avec le mien. Après tout, pour lui je ne suis qu’un étranger, nous ne nous étions même jamais rencontré auparavant. L’autre possibilité, c’est que quelqu’un d’extérieur l’ait influencé. Cette personne l’aurait réveillé et guidé jusqu’à moi.

– Qui aurait pu faire ça et pourquoi Darren et pas un autre ? m’inquiétai-je.

– Il n’y avait en effet pas de raison spécifique pour que ce soit Darren, reconnut Keynn. Tout du moins, pas à nos yeux. Je ne pense pas que ce soit le fruit du hasard pour autant. Un critère nous échappant fait que cet individu a choisi Darren explicitement.

– Il ne pouvait peut-être pas influencer quelqu’un d’autre, suggérai-je.

– Une question de compatibilité… C’est une idée. Ce qui m’inquiète c’est de ne pas connaître les motifs de cette personne. Certes elle a influencé Darren pour m’aider. Mais pourquoi ne pas se manifester directement ? Pourquoi tout ce secret ? Était-ce juste un test de ses capacités ? Mais cet essai est bien trop visible…

– Ou cette personne n’estime pas ou plus avoir quelque chose à craindre à révéler ses capacités.

– Quelque chose nous échappe… Demain tu emmèneras Darren dans l’Analysium, décida Keynn. J’aimerais qu’il repasse quelques tests. Je préviens Kjora pour qu’elle s’en occupe personnellement. Je souhaiterais également que tu gardes un œil sur Darren et m’avertisse de quelques manifestations que ce soit. Dans un cas comme dans l’autre, les résultats m’intéressent.

– À vos ordres.

Satisfait, Keynn repartit, me laissant seul avec Darren. J’espérais sincèrement que c’était un don et non une force extérieure.

La bonne nouvelle était que Darren ne s’était pas enfui.


***


Les tests de Darren n’apportèrent rien de plus. Il était dans la norme avec quelques caractéristiques dans la moyenne haute. Mais cela restait la moyenne. Ce qui le différenciait en revanche, était sa capacité à exploiter au maximum ses aptitudes ainsi qu’un état d’esprit tourné vers l’analyse et la logique.

Aucune trace de psychisme.


***



Édité le 05 juin - 13:30 par Epsilone
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le 05 juin - 13:34

Les jours continuèrent de s’écouler paisiblement. Jusqu’à ce que je reçusse un ordre de mission.

– Et zut, murmurai-je en découvrant le message.

– Quel est le problème ? s’enquit Darren qui lisait tranquillement à mes côtés.

– Keynn a besoin de moi directement sur le terrain.

– D’accord, allons-y, déclara Darren en refermant son ouvrage.

– Comment ça allons-y ? Tu ne vas nulle part jeune homme. Ce n’est pas en promenade que je pars mais dans un endroit risqué. Hors de question de t’exposer au danger.

– D’accord. Je t’attendrai ici, concéda Darren.

Ce qui était bien avec cet enfant, c’était qu’il n’était pas contradictoire. Tant qu’il reconnaissait la supériorité de la personne. C’était le cas avec moi, il me l’avait répété plusieurs fois, lorsque je lui avais posé certaines questions sur son comportement et ses décisions. Il s’en remettait à moi. Avoir sa confiance était une bonne chose, cependant j’aurais préféré qu’il montrât un peu plus d’affirmation et de préférence dans ses choix.

– Il est également hors de question que tu restes seul à m’attendre dans l’appartement, clarifiai-je.

– Je ne ferais pas de bêtise, m’affirma-t-il et je le crûs sans souci.

– Je n’en doute pas, mais je serais absents plusieurs jours, probablement dix ou quinze.

– Je sais m’occuper de moi-même.

– Darren… Je sais que tu sais te débrouiller et peux te montrer relativement indépendant, mais je serais plus rassuré de ne pas te savoir seul, livré à toi-même. Un problème peut toujours survenir.

– D’accord, accepta-t-il avec un brin d’hésitation. Où est-ce que je dois aller ?

– Je vais appeler Berkmeër, décidai-je. Il devrait pouvoir te prendre pour quelques jours.

Ce dernier était effectivement disponible. Comme son appartement était sur mon trajet pour aller m’équiper, j’y emmenai directement Darren.

– Hey ! Werven ! Alors c’est lui le gamin ? nous salua-t-il en nous ouvrant.

– C’est lui, répondis-je. Darren je te présente Berkmeër, un collègue.

– Je suis blessé Werven, moi qui croyais que nous étions amis ! pleura théâtralement Berkmeër.

Sa personnalité exubérante conviendrait-elle à Darren ? Je me posais sérieusement la question. Bon, ce n’était que pour quelques jours et Darren serait en sécurité. Cela devrait pouvoir fonctionner.

– Darren, sois sage et écoute bien ce que Berkmeër te dit, fis-je mes au revoir. Je serai de retour dans quelques jours.

– Ne t’inquiète pas. Sois prudent, me recommanda Darren.

Berkmeër explosa de rire tandis que je prenais finalement mon départ. J’étais à la fois embarrassé et heureux que Darren se souciât ainsi de moi. Au moins pus-je partir le cœur léger, sachant que, pour une fois, quelqu’un attendait mon retour.


***

Epsilone
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[NÉOGICIA] Une teinte terne et métallique - Mission #0 (suite)
le 05 juin - 13:43

La mission me prit trois semaines. Bien plus que le temps que j’avais estimé. Il n’y avait pas eu de difficultés particulières, simplement une suite de petits problèmes qui s’étaient enchaînés.

Ce fut avec entrain que je me rendis à l’appartement de Berkmeër. J’espérais que tout s’était bien passé.

– Hey ! Salut Werven ! me reçut énergiquement Berkmeër. Entre, qu’est-ce qui t’amène ?

– Comment ça qu’est-ce qui m’amène ? J’ai fini ma mission et je suis venu chercher Darren bien sûr.

– Qui ça ? demanda-t-il distraitement en sortant deux verres et une bouteille de sambouillante.

Mon cœur se serra d’angoisse.

– Darren, l’enfant que je t’ai confié il y a trois semaines, insistai-je.

– Ah oui, le gamin… Je ne l’ai plus.

Si c’était une blague, elle était parfaitement exécutée mais elle n’avait rien de drôle.

– Comment ça tu ne l’as plus ?! m’énervai-je.

– Ben non. Au moment où tu l’as déposé ici c’était le calme plat, mais voilà pas que deux jours après je devais partir en mission moi aussi.

– Et du coup, qu’est-ce que tu as fait de lui ?

– T’inquiète pas comme ça et prend un verre.

– Berkmeër, qu’est-ce que tu as fait de Darren ? m’impatientai-je.

– Du calme, je l’ai confié à Myöra.

Je sortis aussitôt mon réceptron pour appeler cette dernière. Elle décrocha assez vite.

– Yo Werven ! J’espère que c’est urgent parce que je suis un peu occupée là.

À travers la communication on entendait des bruits de tirs et de sorts qui fusaient. Pitié que Darren ne soit pas avec elle en ce moment.

– Je suis à la recherche de Darren, exposai-je succinctement.

– Qui ça ?

Qu’est-ce que c’était que cette question encore !

– Oups ! Elle est pas passée loin celle-là, fit Myöra.

– Salut c’est Berkmeër, intervint ce dernier. Werven est à la recherche du gamin que je t’ai passé il y a presque trois semaines.

– Ah oui, le gamin ! reconnut Myöra. Abattez-moi ce mage ! Groupe U437 maintenez vos positions !

Cela avait l’air de barder de son côté.

– Il n’est plus avec moi, reprit-elle la discussion.

– J’espère bien que tu ne l’as pas emmené sur un champ de bataille ! m’exaspérai-je. À qui l’as-tu confié ?

– Euh… Laisse-moi réfléchir… U233 ! À terre ! Il faut tout faire soi-même ici. Appelle Hamelin. Faut que je te laisse.

Et la communication fut coupée.

– Tu vois, pas la peine de t’inquiéter, déclara Berkmeër.

Keynn m’en voudrait-il si j’étranglais l’un de ses teknögrades ? Essayant de retrouver un semblant de calme, je cherchai à joindre Hamelin.

– Merryl, qu’est-ce que je peux faire pour toi ? décrocha le susnommé avec mauvaise humeur.

– Je cherche Darren, exposai-je.

– Connais pas.

Et il raccrocha.

– C’est ta faute aussi, me reprocha Berkmeër.

– Pardon ?

– Comme si on savait qui était Darren…

– Et je suis censé l’appeler comment ?

– Ben, c’est le gamin quoi.

Je réessayai. Par chance il décrocha.

– Je t’ai déjà dit que je… !

– Le gamin, le coupai-je. Je cherche le gamin.

Je me sentais ridicule à utiliser « le gamin », mais si cela pouvait me permettre de retrouver Darren…

– Fallait le dire plus tôt, râla Hamelin. J’ai dû le refiler à Jerhül. Maintenant, si tu veux bien m’excuser, j’ai quelques nuits de sommeil à rattraper.

J’appelai donc Jerhül. Qui n’avait plus « le gamin » en sa possession. Puis Xelan. Puis Pleÿna. Cette histoire me rendait dingue. C’était à croire qu’en trois semaines Darren avait eu le temps de faire le tour de tous les teknögrades de rang un. Je perdis sa trace quand Gretz ne répondit pas.

– Et maintenant je fais quoi, m’interrogeai-je.

– La semaine dernière j’ai croisé le gamin avec Risdam, intervint Berkmeër toujours nonchalant son verre à la main.

– Et tu ne pouvais pas le dire plutôt ? m’exaspérai-je.

– Tu m’as demandé ce que j’avais fait de lui, me reprocha-t-il avec un sourire.

– Je te déteste…

– Bah, fais pas cette tête. Le gamin est avec l’un d’entre nous, c’est pas comme s’il était perdu dans la nature, voulut me rassurer Berkmeër. Qu’est-ce que ça peut faire qu’il soit avec toi ou un autre tant que quelqu’un s’en occupe ?

Dans le fond, il n’avait pas tort.

– Sauf que je lui ai promis de le protéger. C’est mon gamin.

Berkmeër s’amusa de ma réaction. Je l’ignorai et joignis Risdam.

– Il n’est plus avec moi, m’informa ce dernier.

Évidemment.

– Il était avec Keynn ce matin, intervint une autre voix.

– Nini est avec moi, précisa Risdam.

– Merci Ninnèlie, fis-je donc. Quelqu’un a une idée d’où Keynn peut être en ce moment ?

– Non désolé.

Je me résolus donc à envoyer un message à mon suzerain pour savoir si Darren était avec lui et, si oui, où je pouvais le trouver. Une réponse positive ne tarda pas, m’indiquant de me rendre dans son bureau.

– Enfin… murmurai-je soulagé. Mais qui a eu l’idée d’encombrer Keynn d’un enfant ?

– L’un d’entre nous, me répondit Berkmeër.

– Merci pour ton aide, déclarai-je sarcastique.

– Y a pas de quoi ! Le gamin sera toujours le bienvenu.

Mouais. J’y réfléchirai à deux fois lors de ma prochaine absence. Je me rendis donc en toute hâte au bureau de Keynn avant que Darren ne disparût encore. J’entrepris avec impatience l’ascension jusqu’au sommet de l’Œil. Je passai la galerie de tableaux sans y prêter la moindre attention. Arrivé devant la porte, quelques secondes furent nécessaires pour que je sois reconnu et que celle-ci s’ouvrît pour moi.

À l’intérieur, Keynn travaillait derrière son bureau. Darren était assis à côté de lui, un livre ouvert et une tablette sur laquelle il prenait des notes. L’enfant était concentré sur sa tâche et ne leva même pas les yeux à mon entrée. Lui qui était toujours à l’affut du moindre danger, son comportement en était étrange.

– Bonjour Werven, me salua notre chef de faction.

– Bonjour Keynn, Darren, répondis-je.

– Bonjour Werven, fit l’enfant sans lever le nez de son affaire.

Sans m’attendre à ce qu’il me sautât dans les bras, j’avais espéré un accueil un peu plus chaleureux.

– Ça va aller pour aujourd’hui Darren, intervint Keynn.

L’enfant parut déçu par la directive mais cessa son travail.

– Tiens, fit-il en tendant à Keynn le fruit de ses efforts.

Il tutoyait notre Empereur ?! Certains teknögrades l’appelaient par son prénom, ce qui était mon cas. D’autres continuaient de lui donner du « Monsieur Lucans » comme ils l’avaient fait depuis des années. C’était au choix personnel de chacun. Mais tous nous vouvoyions notre chef de faction en signe de déférence.

– Merci Darren, répondit Keynn sans se formaliser. Tu peux repartir avec Werven.

– D’accord. À la prochaine fois, salua l’enfant avant de me rejoindre.

J’offris un signe de tête à mon chef de faction qui me le rendit. Puis je pris congé, emmenant Darren avec moi.

– Darren, il faudrait penser à vouvoyer l’Empereur à l’avenir, lui demandai-je dans l’ascenseur.

– D’accord, acquiesça aussitôt l’enfant.

Un doute me prit. Je ne l’avais jamais entendu vouvoyer qui que ce fût.

– Tu sais ce que c’est vouvoyer ? m’enquis-je.

– C’est quand tu utilises vous à la place de tu.

Une réponse toujours de ce qu’il y avait de plus logique…

– C’est un signe de respect, expliquai-je.

– Pourquoi ne me l’avez-vous pas expliqué avant ? demanda-t-il curieux.

– Tu n’as pas besoin de me vouvoyer.

– Mais je vous respecte.

– Toi et moi, nous sommes en termes familiers. Donc tu peux me tutoyer sans que cela constitue un manque de respect. Quand tu ne connais pas quelqu’un, il est préférable de vouvoyer cette personne, surtout si elle est plus âgée que toi. Il est vrai que chacun à sa manière de faire et s’attend à ce que tu y adhères. Enfin, essaie de te tenir à ces principes et tu ne devrais pas être trop dans le faux. Quand tu auras plus d’expérience, tu sauras analyser la situation et t’adapter à ton public.

– C’est compliqué.


***



Édité le 13 juin - 09:45 par Epsilone
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le 13 juin - 09:45

Il me fut impossible de savoir ce que Darren avait fait pendant ces trois semaines. S’il me donna sans problème son parcours chaotique entre les mains de l’élite de l’Empire, il ne me toucha pas un mot de ses activités.

– C’est confidentiel, déclara-t-il.

Apparemment, chacun d’entre eux avait classé secret-défense leur temps avec Darren et avait suffisamment insisté auprès de l’enfant pour qu’il refusât de m’en toucher un mot. À moi qui était teknögrade de rang un.

– Tu peux leur demander, me suggéra Darren en notant ma frustration.

Le seul descriptif que j’eusse, fut celui de son travail pour Keynn. En effet, si ce dernier avait également demandé la confidentialité de l’affaire, il avait au moins précisé que Darren avait le droit de m’en parler à moi uniquement.

Et apparemment, notre Empereur ne lui avait pas donné simplement de quoi occuper sa journée. Il avait réellement employé Darren à lire de vieux rapports qui étaient remontés à la surface suite à de nouvelles informations à notre disposition. Puis Darren lui en avait rédigé une synthèse. Je n’avais pas de mot pour décrire l’ahurissement que je ressentais.

– Ne t’inquiète pas. Je me suis bien appliqué et Keynn m’a même félicité, chercha à me rassurer Darren.

Plus tard, une fois l’enfant couché, je recherchai le rapport réalisé par Darren qui était effectivement classé. L’hypothèse d’un travail fictif s’envolait donc. Mon effarement ne fit que croître à sa lecture. L’analyse était précise et semblait complète. Darren avait relevé les points pertinents et avait su faire le lien entre les différents documents sans souci.

– Sacré gamin…


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dimanche, à 08:57

Un jour que j’avais emmené Darren à la foire qui s’installait deux fois par an à Centralis, je me retrouvais à courser un suspect, ordonnant à l’enfant de rester sur place et de m’attendre. Une dizaines de minutes me furent nécessaires pour appréhender l’Olydrien sans causer de dommage collatéral et le remettre aux mains de la sécurité qui put ainsi l’embarquer facilement.

Il me fallait maintenant retrouver Darren que j’avais laissé… quelque part. Au moins avec lui étais-je assuré qu’il eût obéi. Ce qui n’aurait pas été le cas avec un autre enfant. En retraçant mes pas, je devrais pouvoir le rejoindre. Si je m’en souvenais.

Finalement je me rappelai de la boutique de friandises et accélérai le pas. Je reconnus de dos la silhouette de Darren. Je m’apprêtai à l’appeler quand un jeune homme d’une vingtaine d’années s’approcha de lui.

– Tu es perdu ? demanda-t-il à Darren.

– Non, s’éleva la voix de Darren concise.

Une expression de surprise traversa le visage du jeune homme.

– Tu es tout seul ? insista-t-il.

– Non.

J’imaginais aisément la tête impassible de Darren. Je décidai de rester discret pour l’instant, attendant de voir comment les événements évolueraient. Mais si ce garçon tentait quoi que ce soit de louche, je l’enverrai faire un petit tour dans une geôle.

– On va aller à l’accueil, décida ensuite le jeune homme.

Il chercha alors à attraper la main de Darren.

– Non, continua de se borner l’enfant.

Brave petit. Il esquiva le contact d’un pas en arrière.

– Je ne peux quand même pas laisser un gosse ici tout seul… murmura le jeune homme.

– Je n’ai pas besoin d’une escorte, crût bon de préciser Darren.

Le jeune homme lui jeta un regard étrange.

– Je vais attendre tes parents avec toi.

Darren ne jugea apparemment pas utile de lui répondre. Le jeune homme observa les alentours, probablement en quête d’un adulte qui serait à la recherche d’un enfant. Je restai bien sagement dissimulé, me fondant dans le décor. Si ses yeux me passèrent dessus sans me prendre en compte, je savais que ce ne serait pas le cas de Darren et que je devais prendre garde à ne pas faire de bruit suspect ni à entrer dans son champ visuel si je voulais continuer ma petite expérience.

– Tu veux une sucrerie ? proposa soudainement le jeune homme.

– Non.

– Tu as soif ?

– Non.

Le jeune homme laissa échapper un soupir et eut une expression abattue.

– Je m’appelle Pol, se présenta-t-il. Enfin, mon nom complet c’est Polusticus mais c’est long et ridicule. Alors Pol ça convient très bien.

Il essaya de garder un sourire crispé devant l’absence de réponse de son interlocuteur.

– Et toi ? Comment tu t’appelles ? insista le jeune homme.

– Darren.

– C’est un chouette prénom !

Pas de réaction. J’avais envie d’exploser de rire. Je devais quand même reconnaître à ce Pol un certain caractère pour ne pas se démonter devant l’impavidité de Darren.

– Ah ah ! s’exclama-t-il soudainement. Je sais. Regarde.

Il se dirigea sur le stand en face qui proposait de gagner une peluche de smourbiff cornu à poil brillant mesurant près d’un mètre dans un jeu de tir. Il paya pour trois parties. Chacune donnait droit à cinq tirs. La première partie ne fut qu’échec sur échec. On ne pouvait même pas dire qu’il était proche de la cible.

– Tu n’y arriveras jamais, observa Darren insensible.

– Tu vas voir, je vais y arriver ! se récria le jeune homme. J’ai peut-être raté mon entrée à Memoria, mais ça je peux le faire.

Même avec deux parties restantes, j’étais de l’avis de Darren. Vu la manière dont il s’y prenait, seul un coup de chance lui permettrait d’atteindre la cible. Et cinq étaient nécessaires pour décrocher le prix.

Sans grande surprise, sa deuxième partie se déroula similairement à la première. Le seul coup de fortune qu’il reçut fut lorsqu’il effleura l’extrémité de sa quatrième cible. Alors qu’il s’apprêtait à lancer sa troisième et dernière tentative, Darren traversa l’allée pour le rejoindre.

– Je peux essayer ? demanda Darren.

– Oui, bien sûr, répondit le jeune homme prit de court.

Darren était trop petit, cependant la foraine lui prêta le tabouret sur lequel elle était assise et il se trouva finalement à la bonne hauteur. Sans attendre d’explications, je n’avais pas de doute sur le fait qu’il ait déjà tout entendu et enregistré, Darren visa et tira. Il fit mouche. Les mâchoires du jeune homme et de la femme se décrochèrent sous l’ébahissement. La mienne n’aurait pas été très loin de la leur si j’avais eu un moins bon contrôle de moi-même.

Par quatre fois encore il tira. Par quatre fois encore il toucha la cible en plein cœur. Où avait-il appris à tirer ainsi ? Je me dépêchai de le rejoindre. Il me vit arriver du coin de l’œil et se tourna vers moi.

– Dis-donc Darren, c’est ta tante Myöra qui t’a appris à tirer comme ça ? lui demandai-je suspicieux.

Cela ne m’aurait pas étonné d’elle. Il y avait quand même bon nombre de mes collègues à qui je ne faisais pas confiance pour garder un enfant. Il faut dire que les teknögrades étaient souvent constitués des individus les plus improbables. On avait parmi nos rangs quelques spécimens qu’on ne trouvait nulle part ailleurs.

– Non, me répondit-il. C’est tante Pleÿna. Tante Myöra m’a appris à utiliser un couteau pour…

– Je vais leur en toucher deux mots, le coupai-je.

Je n’avais pas besoin que des étrangers apprissent que des individus enseignaient des techniques de combat à un enfant de six ans.

– C’est pour toi petit, s’adressa la foraine en tendant une des fameuses peluches à Darren.

– Merci, fit le garçon poliment.

Puis il tendit la peluche au jeune homme qui le regarda avec une nouvelle expression d’ahurissement.

– Que… ? Pourquoi ? Pourquoi tu me la donnes ? s’étonna-t-il.

– Ce n’est pas ce que tu voulais ? demanda innocemment Darren.

J’étouffai mon fou rire derrière ma main.

– Je… Je… Non ! C’était pour toi, protesta le jeune homme.

– Pour moi ? Qu’est-ce que je ferais d’une peluche ?

Le jeune homme me lança un regard paniqué et je décidai gracieusement d’intervenir :

– Il pensait que tu étais seul et triste et il voulait te faire un cadeau pour te remonter le moral.

– Je n’étais pas triste, observa Darren. Je ne comprends pas pourquoi offrir une peluche à une personne triste la rend moins triste. Si elle avait mal avant, elle aura toujours mal non ?

– C’est un don moral, expliquai-je. Pour montrer à cette personne qu’elle n’est pas seule dans ses malheurs. Parfois quand on est triste, on oublie qu’il y a des gens autour de nous sur qui on peut compter.

Les rouages semblèrent s’engrener dans l’esprit de Darren. Il acquiesça. Avant de retendre la peluche au jeune homme.

– En gage de remerciement pour la leçon, déclara-t-il.

– Y a pas de quoi, fit le jeune homme sidéré en acceptant machinalement le présent.

– Et puis je n’en ai pas besoin, j’ai Werven.


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