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Chroniques Olydriennes

23 réponses - Page : 1 sur 2 - 1 2

Chroniques Olydriennes
le 26 mai 2013 - 22:32

Avec le succès du futur film Noob et l'arrivée des vacances d'été, j'ai décidé de me lancer dans une nouvelle fanfiction. Attention, cette fois ci, pas de MMO, je la fais à la Néogicia donc avec le point de vue des PNJs eux même. Je m'excuse d'avance si ma fiction rencontre par la suite des incohérences avec le background que Fabien Fournier va développer par la suite

Un gout métallique…

Voilà à quoi ce résumait les sensations de Lyn.
Etais-ce du au sol peut être ? Non, elle avait bien l’impression d’être assise. Il fallait préciser un peu mieux cette sensation. Ses papilles gustatives commencèrent à émerger et à enregistrer une plus grande rangée de sensations. Chaud, liquide, un peu pâteux, il ne faisait plus de doutes que c’était le goût du sang qui l’avait réveillé. Ce gout primitif réveilla alors ses autres sens, alerté par la présence d’un fluide qui n’annonçait rien de bon. Ce fut alors les courbatures qui se réveillèrent en premières, éreintant profondément le dos de la jeune femme puis les raideurs de la nuque qui lui instillèrent l’envie de se mouvoir pour s’en débarrasser. Cependant, elle commença à sentir une résistance au niveau de ses poignets ainsi que de ses chevilles, une résistance froide et lisse.

Menottes….de mieux en mieux….

Son ouïe décida alors de se développer pour capter les divers sons qui pourraient la renseigner sur la situation. Le bruit d’un moteur rauque se cala alors sur les vibrations du sol qui semblait se relever et s’affaisser de temps à autre, surement du à une route plus qu’escarpée. L’odeur suave et irritante de la brulenoire dérangea son odorat et elle dut renifler péniblement pour se dégager du grattement pénible que le fumet procurait.

Moteur à combustion de brulenoire…définitivement relayé aux oubliettes depuis bien longtemps….

Elle ouvrit péniblement les yeux, ses paupières étant comme soudés l’une à l’autre. L’obscurité voila sa vue instantanément. De minces rais de lumières l’aveuglèrent quand même. Elle sembla alors distinguer des minces écarts dans le mur sur lequel elle s’adossait, comme si la tôle n’était pas raccordée. Elle roula légèrement pour adossée sa tête contre la paroi. Sa vision se détailla au fur et à mesure qu’elle s’approchait de l’embouchure.

Arbres, champs, falaises…de pire en pire finalement….

Elle se trouvait loin désormais, loin….

Comment est-ce arrivé ?

Soudain, une porte coulissa brutalement et grinça sur ses gonds d’acier, sortant Lyn de sa léthargie. Une voix autoritaire retentit dans l’habitacle :

-On se lève ! Résiste et ta main va se détacher subitement de ton poignet !

Elle sentit alors une poigne vigoureuse l’attraper par l’épaule et la tirer subitement vers le haut pour la remettre sur ses pieds. Elle se sentait comme un pantin désarticulé et peina à conserver son équilibre. Ses pieds semblaient être écrasé par son poids et elle tanguait comme ivre de Furiblonde. La voix autoritaire reprit mais sans changer de ton malgré le relatif rapprochement vers son oreille :

- Tu suis et tu la fermes !

Le timbre de sa voix fit vibrer ses tympans tellement fort qu’elle faillit perdre connaissance mais sa jambe droite décida de se ressaisir brusquement à ce moment là pour soutenir le reste de son corps. La poigne continua de lui serrer son biceps et la traina vers la porte. Malgré le réveil rude, Lyn suivit le mouvement, trop sonné pour ajouter une quelconque directive à l’encontre du geôlier. Elle se laissa guider et fit retomber sa tête devant elle. De larges mèches rousses retombèrent pour encadrer son visage et lui assurer que personne ne pouvait la dévisager. Les gens avaient cette habitude dérangeante d’inspecter les choses qui dépassaient leur compréhension, qui les dérangeaient comme s’il voulait expliquer rationnellement tout phénomène. Elle était un de ces phénomènes. Elle continuait toujours à fixer le sol d’acier gris ainsi que son pantalon ample kaki recouvert de poches en tout genre. Il lui avait laissé ça au moins. Ses bras nus révélaient une peau métissée ainsi que l’absence de sa veste. Ils avaient du rapatrier tous ses équipements dans une salle, il allait falloir qu’elle la retrouve au plus vite possible. Le geôlier fit alors une halte et il lui sembla être arrivée au bout du couloir :

-Maintenant, tu la fermes jusqu’à ce qu’on te demande de répondre ! Un mot de travers et tu ne reverras plus jamais la lumière du jour, menaça-t-il en faisait coulisser de nouveau la porte.

Sans plus de discours, il balança la jeune femme dans la pièce qui manqua de trébucher à cause encore de son ébriété momentanée ainsi que ses chaines qui ferraient solidement ses chevilles :

-En voilà une belle prise….

Lyn fut surpris par cette voix agréablement douce qui tranchait avec ce qu’elle avait pu entendre depuis son réveil mais elle se força à fixer définitivement le sol. Néanmoins, elle pouvait apercevoir que le décor s’était littéralement métamorphosé autour d’elle. Le sol était verni d’un parquet sombre et brillant et les murs sertis de luxueuses tentures rouge sang. Rien qu’en regardant les pieds du mobilier, elle pouvait savoir la valeur des arbres qui avaient péri pour les sculpter. La pièce était elle-même sublimée par des globes solaires qui flottaient à côté des tentures, diffusant une douce lumière crépusculaire :

-….et surtout une si intéressante femme.

Age 40-50 ans, tente d’en faire 30…

-Je dirais même que vous me surprenez sur de nombreux points ma chère. Votre jeunesse n’a d’égal que votre fougue. Vous auriez presque pu échapper à nos gardes dans la forêt.

« Presque pu, presque pu », quel gloire y a-t-il à échapper à une cohorte d’homme alourdie par leurs armures et leur imbécillité profonde….

-Vous nous auriez échappé si vous ne vous étiez pas préoccupé de l’état de votre ami en fait. Le pauvre boitait tellement qu’il n’arrivait presque pas à enjamber les fourrés. Geste très héroïque de votre part quand même mais suicidaire. Ne vous inquiétez pas pour votre ami, il n’a pas souffert cependant.

Le choc de cette phrase fit tressaillir Lyn. Elle se souvenait maintenant, l’embuscade…Sieg, projeté à terre…qui n’avait plus de réactions….tétanisé :

-N’ayez crainte, nous avons conservé son corps. Nous avons beau être en guerre, nous respectons les éventuelles volontés des proches surtout quand il s’agit de civils.

-Vous vous foutez de ma gueule, n’est-ce pas ?

Suite à l’injonction malicieuse de Lyn, un silence de plomb tomba dans la pièce. Que ce soit le chef ou le geôlier, pas un seul mot ne sortait de leurs bouches comme si la possibilité que la jeune femme puisse parler était évidemment impossible :

-Si vous aviez réellement du respect pour les civils comme vous le dites, je ne serais point ici. Vous avez délibérément attaqué le convoi quand vous vous êtes rendu compte qu’il se dirigeait vers Centralis sans vous préoccuper de nos intentions, ragea-t-elle tout en gardant la tête baissée ! Nous étions pacifistes !

Emergeant du choc, le geôlier voulut reprendre son autorité en armant son bras pour décocher une rouste la plus violente possible comme si sa virilité était en jeu :

-Non ! ordonna le chef. Laisse-la donc s’exprimer un peu, voyons. Pacifiste dis-tu ? Les armes que nous avons retrouvées pourtant semblent exprimer le contraire : épées, arcs. On a même retrouvé une dague gigantesque sur le corps de ton ami.

-Les bandits, les cracoucasses, les sansâmes qui rodent encore et toujours, les guildes qui n’ont aucune pitié à attaquer des convois pour se renflouer, on voit que vous ne craignez jamais vous, toujours protégé par vos troupes et votre armure bas marché dont j’entends les jointures crisser quand vous bougez la main. Vous ne savez pas ce que c’est d’être lâché dans un milieu qui vous est complètement hostile et où la moindre forêt peut s’avérer être un repère d’hors la loi, où le moindre tremblement de terre peut annoncer des forces inconnues et où le moindre convoi peut s’avérer être rempli des pires soldats de la Coalition qui ne savent même pas respecter leur propre peuple !

Cette fois, le geôlier n’attendit pas l’approbation de son supérieur pour frapper la jeune femme dans le dos. Elle sentit sa colonne vertébrale craquer de toute sa longueur et une onde de douleur se répandre dans tout son corps. Ses jambes la lâchèrent et elle tomba à genou sans pouvoir retenir un cri :

-Je t’avais dit de fermer ta gueule ! Tu ne mérites que ça chienne d’impérialiste, éructa-t-il !

Lyn retint de toutes ses forces une larme. Elle était encore embuée par des lambeaux de sommeil mais il fallait qu’elle garde la tête basse…attendre le bon moment….ne pas céder à l’appel de la cloche qui commençait à faire vibrer ses tympans…
Le chef se leva de son siège dans un mouvement entre rhumatisme et atrophie des muscles par inaction et contourna son bureau. Il s’accroupit alors devant la jeune fille. Elle pouvait sentir les relents de Furiblonde dans sa gorge et de liqueur de poire à tresses :

-Tu vois petite, j’ai quand même quelques doutes sur tes paroles. Effectivement, nous avons attaqué ce convoi mais je n’irai pas jusqu’à dire qu’il était complètement innocent. Tu voies, on ne peut pas laisser impunément des personnes fuir la Coalition sous prétexte que l’herbe semble plus verte sur Keos.

-Vous les avez massacrés, grinça-t-elle entre ses dents.



Édité le 29 août 2014 - 17:43 par Bémoth

Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 26 mai 2013 - 22:32

-Seulement les hommes qui voulaient se battre. Nous ramenons tous les autres à Glacesang. Mais, tu détournes le sujet et tu essayes de gagner du temps, n’est-ce pas ?

La remarque mit Lyn au silence. Se pouvait-il qu’il y ait ne serait-ce un brin de jugeote dans le crâne de ce type ? Elle sentit qu’il sortait quelque chose de sa poche. Il lui brandit alors devant le nez un petit tube de métal fin, aisément maniable entre les doigts où se trouvait un unique bouton. Il s’amusa à le faire coulisser sur le tube sans que celui n’ait aucune réaction notable dessus :

-Tu vois, il y a des questions qui dépassent la Coalition. Par exemple, nous n’avons aucune idée de quelle attitude adopter envers la technologie. Si si, je te l’assure. On se demande si toute tentative de système technologique n’est pas une entrave aux préceptes même du Cycle ou alors que celle-ci est tolérable à condition que la source d’énergie émane de la magie. Personnellement, toutes ces histoires, c’est du ressort des politiciens. Je me demande des fois si le terrain de bataille ne se situe pas plus dans les palais de Glacesang que dans les plaines de Keos. Cependant, il est clair que je sais reconnaître de la technologie quand je la vois. Alors dis-moi, qu’est ce qu’une jeune fille faisait avec ceci sur elle, sans parler des matériaux divers en tout genre que l’on a retrouvé dans ta sacoche.

Lyn ne put retenir un petit hoquet :

-Tu vois, tu ne feras pas croire que je n’ai pas fait mon travail correctement.

-Vous le pensez vraiment, ironisa Lyn ?

Un rictus de joie barrait désormais son visage fin. Son hoquet se transforma en ricanements qu’elle ne pouvait empêcher :

-Pardon ?

-Je veux dire, oui ok, tout ça, c’est de la technologie, je le conçois que vous ayez deviné. Par contre, si vous aviez vraiment voulu faire réellement votre travail en bonne et due forme, vous n’auriez pas oublié de négliger un point en particulier.

-Soldat ! Relevez-la !

Le geôlier l’empoigna par l’épaule et la souleva. Cette fois, les jambes de Lyn trouvèrent des appuis certains et ne tremblèrent point. Le chef se rapprocha du visage de la jeune femme et de ses doigts moites et rêches, il lui releva le menton tout en approchant son visage :

-Pourquoi as-tu les yeux fermés ?

-N’est-ce pas évident ?

Les paupières de Lyn se mirent en mouvement découvrant alors deux pupilles grises comme de l’acier pur et un regard aussi perçant que déterminé.

Maintenant, les choses sérieuses commencent !

Elle commença alors à sentir un frisson parcourir sa peau de part en part, comme si celle-ci se préparait à faire face au prochain choc. Elle vit le visage en face d’elle se décomposer en une myriade de peur et de dégout. Elle ne lui laissa pas le temps de réagir. Elle sentit la décharge venir, progressivement, du plus profond de soi, une énergie pure n’ayant que pour but de jaillir violemment par tous les pores de sa peau. Des étincelles parcoururent ses bras nus et avant que cette information n’arrive au cerveau des deux soldats, c’était déjà trop tard.
La sensation d’être parcourue par des arcs électriques était une expérience magnifique, aussi jouissive qu’enivrante. Les décharges atteignirent d’abord le soldat qui avait laissé sa main sur son épaule. L’électricité le traversa de part en part et le projeta contre la porte de fer où il s’écrasa violemment. Le verrou de ses menottes se brisa et elle n’eut qu’à écarter les bras pour que les chaînes lâchent sans résistance. Outre, l’énergie qu’elle dégageait à ces moments là, les arcs électriques lui permettaient d’augmenter ses capacités physiques comme sa force.

Ne jamais sous-estimer une jeune femme, surtout quand elle est néogicienne !

Cependant le chef avait réussi à se reculer in extremis pour éviter d’être en contact avec la jeune femme. Il se heurta à son bureau qui lui coupa toute retraite possible face à la source d’arcs électriques qui lui faisait désormais face. Lyn n’attendit pas une meilleure occasion. Elle se rua vers le soldat qui peinait à dégainer son épée et elle lui enfonça son genou dans l’entrejambe sans ménagement. Celui-ci se plia alors en deux dans un râle qui était plus proche du cochoboule que de l’homme. Cependant, Lyn ne put continuer à émettre autant d’énergie, il lui fallait encore économiser si elle voulait s’échapper avant que le geôlier se remette du choc. Et son plan était déjà tout fait. D’un preste mouvement, elle tordit le bras du soldat dans son dos qui se remettait encore de sa descendance perdue et elle lui arracha le tube des mains. Elle maintint sa prise ainsi et lui posa le tube sur sa glotte avant de lui chuchoter à l’oreille :

-Ceci est un cutter plasma, moi seule peux l’activer grâce à mon sérum N01. Maintenant, tu vas me faire sortir d’ici et un seul faux pas et je t’arrache ta trachée façon chirurgie de guerre.

Le soldat déglutit, comprenant enfin la réelle gravité de sa position.



Édité le 29 août 2014 - 17:42 par Bémoth

Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 10 juin 2013 - 11:42

Chapitre 2

-Très bien, maintenant la situation est claire, demanda-t-elle en appuyant légèrement sur la gorge du soldat ? Tu vas tranquillement me mener jusqu’à la pièce où vous entreposez tout votre matériel. La moindre tentative d’avertir ne serait-ce un garde et tu sais ce qui va t’arriver.

L’intéressé ne put qu’hocher de la tête. Il était à présent entre les mains de la néogicienne et tenait plus que tout à sa vie. Il sentit alors que la néogicienne relâchait son étreinte sur son bras. Le cutter se déplaça doucement autour de sa gorge puis longea sa nuque avant de s’arrêter entre ses deux omoplates. Il n’avait aucun moyen de s’échapper sans qu’elle ait le temps de lui couper le jarret ou encore de dégainer son épée. Cette pensée le faisait bouillir de rage en même temps que de honte de ne pas avoir prévu la possibilité d’avoir à faire à une néogicienne. Lyn n’ignorait pas les sentiments actuels de son otage. Comment aurait il pu prévoir qu’il aurait à faire à une néogicienne ?

Si jeune….si innofensive…

Son taux d’adrénaline retomba et elle retint un sanglot. Si Sieg n’était plus là pour la protéger, elle devait prendre les devants désormais. Sa gorge était encore nouée par la nouvelle, un tel nœud qu’il l’empêchait de crier sa rage et de plonger sa main dans les enchevêtrements de l’armure du soldat pour ensuite libérer une décharge si violente que son système nerveux entrerait en état de combustion instantanément.

Estime toi heureux de me servir à quelque chose…

Sa seule chance désormais était de rejoindre son équipement. Si elle mettait la main sur son sac, elle aurait surement de quoi trouver quelque chose pour sortir de ce train. Il fallait agir vite, elle ne savait pas combien de temps avait passé depuis qu’elle était inconsciente et chaque minute l’éloignait de son but final. Elle devait atteindre Centralis quoi qu’il lui en coûte :

-Maintenant, tu vas avancer jusqu’à votre inventaire où vous avez mis mon sac, elle attrapa une paire de menottes au passage, je vais faire semblant d’être ta prisonnière qui aurait accepté de coopérer pour identifier tout matériel ressemblant de près ou de loin à de la technologie. Une fois que l’on y sera, tu donneras l’ordre de nous laisser tous les deux seuls dans la salle, ne pense même pas à appeler du renfort ou je fais sauter tes vertèbres une à une.

Une fois encore, le soldat acquiesça et se mit en marche. Lyn baissa à nouveau la tête et rabattit sa chevelure devant ses yeux. Il fallait que personne ne puisse voir la couleur de ses pupilles. Si le QI général du régiment de la Coalition ne montait généralement pas très haut, elle ne prendrait aucun risque. Le chef écarta le soldat qui gisait encore à terre de la porte. Lyn remarqua qu’il avait laissé une très belle marque dans le mur où il s’était encastré. Son sérum avait encore monté en puissance, ses décharges étaient plus intenses. Son pouvoir était enivrant, à bien des égards, mais moins elle l’utilisait, mieux elle se portait. Elle ne l’avait pas voulu, il s’est imposé à elle. Elle le considérait comme un parasite, un parasite qui l’habitait au plus profond de son être. Qui se nourrissait de sa volonté. Qui imposait sa volonté pour changer son corps. Des insomnies, elle en avait toujours eu mais c’était différent aujourd’hui. Elle avait tout simplement perdu l’envie de dormir, ses rêves s’évanouissaient de plus en plus vite. Elle était devenu plus résistante, plus endurante, et ce malgré sa maigre carrure et ses journées passées sur son établi.

Ca ne me plait pas…le sérum me transforme progressivement en arme…une arme pour tuer…

Pendant ce temps, elle avait doucement à travers les corridors métalliques. Elle se permit alors de poser une question :

-Il y a quelque chose qui me tracasse depuis que je suis arrivé ici. Il me semble que nous sommes dans un véhicule de locomotion de la Coalition et pourtant, j’entends des moteurs ronronner et l’odeur de la brulenoire me brule les narines. La Coalition se laisserait elle tenter par la technologie ?

-Ce n’est que de la combustion de brulenoire, rien de bien complexe et de vicié comme votre source d’énergie. Il n’y a aucun problème à faire bruler du bois n’est-ce pas ?

-Vous ne me ferez pas croire que vous faites avancer un tel engin en faisant seulement bruler du bois, vous avez une autre source d’énergie.

Le soldat déglutit bruyamment. Il allait devoir révéler des informations vitales à l’ennemi. Il pesa le pour et le contre entre l’unité de sa colonne vertébrale et la constitution du véhicule. Il sentit la pression froide du cutter dans son dos ce qui délia sa langue :

-Nous augmentons l’énergie dégagée par la brulenoire par la magie. Plusieurs mages se relaient pour maintenir l’enchantement.

-Ca me semble encore insuffisant pourtant. Nous avons déjà traversé deux corridors et je sens que l’on n’a pas encore la salle des machines. Comment pouvez faire mouvoir une telle machine sur des terrains accidentés ?

-Nous…nous…nous avons installé des rails, bégaya-t-il. Nous ne circulons pas sur la route en elle-même mais sur des voies de métal. Celles-ci sont dissimulées par un sortilège d’invisibilité et d’immatérialité que seules les roues peuvent lever quand elles entrent en contact avec.

Ingénieux, très ingénieux…un moyen de locomotion rapide et rentable pour de longues patrouilles sur le territoire et pouvant accueillir des garnisons, des prisonniers et des provisions….

Lyn entendit une clameur au bout du couloir quand le soldat ouvrit la porte. Elle dissimula le tube métallique et baissa de nouveau la tête. Elle entendit alors les personnes de la pièce se mettre au garde à vous en faisant claquer leurs bottes. Sans perdre une once d’autorité dans sa voix, le chef ne dévoila aucune peur qui pourrait trahir sa couverture :

-La prisonnière a accepté de coopérer. Elle va permettre de répertorier tout le contenu technologique du butin. Ouvrez la porte.

-Chef, oui, chef !

Un soldat s’exécuta et Lyn put entendre le crissement d’une clé dans la serrure. La porte coulissa et le chef s’engagea dans la pièce suivi de la jeune femme. Un soldat voulut les suivre mais le chef se souvint des instructions et le rappela à l’ordre :

-Je désire être seul avec cette chienne de l’Empire ! Donnez-moi les clés et disposez !

-…Mais…mais chef…

-Pas de discussion, ordonna-t-il !

Avec regret, le soldat s’exécuta et lança les clés que chef les attrapa au passage. Les soldats quittèrent alors le corridor. Lyn s’avança dans la pièce pour lui laisser de la place pour qu’il puisse fermer la porte. Elle put voir que la pièce était remplie d’armes en tout genre : poignard, épées, masses, accrochées aux murs, en équilibre sur un coin de table. Le dédale d’armes se voyait aussi agrémentés d’orbes émettant de curieuses lueurs, des pierres qui semblaient chuchoter quand on s’approchait d’elles ou encore des bocaux aux liquides des fois pâteux, limpides ou encore à peu près vivant. On voyait à peine dans la salle qui était emplie d’une épaisse poussière que découpaient les faisceaux de lumières qui s’infiltraient à travers les trous de la carlingue. Elle finit par apercevoir son sac dans le coin de la pièce, posé sur une étagère. Elle jubila intérieurement en voyant qu’il n’avait pas été ouvert. Elle ne put empêcher son regard de s’arrêter sur un établi à côté d’elle. La dague de Sieg était là. Elle était longue, de la taille d’un avant bras au moins. Sa garde était enroulée dans des bandelettes blanches. Elle resplendissait malgré la boue qui l’entachait. Elle prit la lame et une larme coula sur sa joue. Elle passa son doigt sur le fil pour la décrasser. La porte coulissa alors sur ses gonds mais elle n’entendit pas le fracas de la porte contre le mur :

-Chef Rezile ? Je voulais vous voir à propos de la prisonnière, commença une voix glissante et sifflante comme un serpent.

Lyn se retourna pour apercevoir l’homme et mit la lame dans son dos. Un capuchon large noir cachait son visage et son pied s’était mis en travers de la glissière de la porte :

-Qui…qui as-t-il, demanda le chef lui-même décontenancé par l’arrivée de l’inconnu ?

-Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de vous laisser seul avec cette jeune fille. Certains appareils sont à l’évidence de la technologie et j’ai peur que certains soient des armes. Je ne remets bien sûr pas en cause vos compétences mais il se peut qu’elle puisse vous mettre hors combat avec un de ces appareils. En tant que responsable de la Garnison des Mages dans le Roues de Feu, je ne peux vous permettre de rester seul avec…elle.

En un instant, Lyn savait ce que signifiait ce « elle » si détaché. Ce mec savait tout ! Elle sauta sur Razile et l’attrapa par le col pour le ramener en arrière du mage. Elle pointa son cutter sur la gorge de celui-ci :

-Un pas de plus, une incantation et je lui arrache la trachée !

Le mage s’immobilisa sur le pas de la porte. Elle put alors mieux le décrire. Il portait une grande robe rouge avec de larges manches noires. Le phénix de la Coalition était cousu sur chacune des deux manches :

-Voyons, je pense que nous n’avons pas à arriver à de telles extrémités ma chère, déclara-t-il doucement en levant une main devant lui.

Elle recula d’un pas et enfonça le tube plus profondément dans la chair de Rezile :

-Reculez !

-C’est vous qui voyez….



Édité le 29 août 2014 - 17:42 par Bémoth

Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 10 juin 2013 - 11:45

Lyn cligna des yeux et le Mage disparut d’un seul coup. Elle sentit alors son dos la picoter violemment. Son sérum l’avertissait d’un danger imminent. Elle relâcha son otage et se laissa tomber à terre lourdement. Elle ne put voir alors qu’un flash de lumière passer devant son visage et entendre une détonation. Le sort avait touché le chef qui fut projeté vers un mur où son crane rebondit dans un bruit sourd avant de retomber doucement par terre. A peine arriver par terre, elle roula sur le côté pour éviter une contre-attaque et se jeta derrière un établi. Un deuxième flash passa à coté d’elle et explosa un coffre à quelques mètres de Lyn dans un fracas de copeaux et un épais nuage obstrua sa vision. Lyn jeta un coup d’œil rapide dans la pièce à partir de sa cachette momentanée. Le Mage s’y trouvait, les mains entourées d’une aura dorée éclairant un visage creusé par l’âge sous son capuchon et un rictus des plus sadiques. Lyn rangea son gadget, il ne lui servirait à rien en combat à distance, ni la lame. Le Mage semblait avoir perdu sa trace mais cela semblait l’amuser encore plus :

-Tu as pu tromper Razile, c’est certain que la tache a dut être aisée avec cette tronche d’abruti. Mais tu ne peux pas cacher ton aura viciée face aux Mages, cracha-t-il ! On sent bien que les flux de la vie et de la mort ne t’habitent plus, tu es vide, une simple marionnette de l’Empire que l’on aurait remplie de je ne sais quelle invention pour la faire mouvoir…

Tandis que le Mage s’amusait à énumérer les diverses raisons pourquoi il allait lui faire sauter la tête, Lyn rampa discrètement derrière son établi. Ce mec pouvait se téléporter, elle en était certaine. Le moindre bruit et il serait déjà sur elle. Sa main tâta l’établi et se referma sur un petit poignard cuivré. Il fallait éloigner le Mage de son passage pour qu’elle puisse rejoindre son sac. Elle serra fort le poignard et le jeta de toutes ses forces vers un coin éloigné de la pièce. Celui-ci heurta une étagère branlante qui s’effondra avec tout le matériel qu’elle portait dans une cacophonie métallique. Lyn vit alors de nouveau le Mage disparaître sous ses yeux et réapparaître quelques mètres plus loin, le bras armé. Elle ne manqua pas l’occasion et sauta derrière une nouvelle rangée d’établi quand le Mage rabattit son bras pour faire exploser la source du bruit. Il frappa plusieurs fois les environs avec ses jets dorés en faisant exploser les tables en sciure, les armes qui volèrent en tout sens mais ses sorts frappaient les murs sans les égratigner. Pendant qu’il s’acharnait sur son vulgaire butin, Lyn continua son avancée à travers les rangées en baissant la tête chaque fois qu’une détonation semblait être proche. Soudain, le fracas s’arrêta d’un seul coup. Lyn stoppa son avancée et ragea de n’être plus qu’à une rangée d’intervalle avec son sac :

-Très bien ! Tu as l’air plus maligne que tu en as l’air, je te concède ce point, écumait-il de s’être fait avoir ainsi, il commença à marcher entre les rangées d’un pas décidé et énervé ! Mais tu ne vas pas m’échapper ainsi ! Tu vas finir comme tous tes semblables ! La Coalition finira bien par vous détruire, toi, votre technologie, Centralis et sauvera l’équilibre que vous avez mis en péril ! Nous sauverons Lys et Ark'en !

Ok, je suis tombé sur un illuminé…

Lyn surveillait les pas de son adversaire à travers les pieds des établis. Elle se cacha derrière le sien pour éviter d’être vue quand il arriva dans sa rangée. Il tourna alors dedans pour inspecter toutes les rangées. La gorge de Lyn se noua. Il allait passer devant la sienne à un moment où un autre et elle ne pouvait pas bouger si proche de lui.

Trois rangées….

Elle saisit la dague recourbée de Sieg.

Deux rangées…

Elle se mit sur ses appuis, ses doigts serrant la dague plus comme un support contre l’angoisse qui la prenait que comme sa future arme.

Une rangée…

Elle se jeta en dehors de l’établi et elle jeta la dague au visage du Mage. Celui-ci, surpris par cette embuscade improvisée, se protégea de ses poings maigres mais toujours imprégnés de magie. La dague ricocha contre pour finir dans le dédale de l’inventaire. Lyn se remit sur ses pieds et courut vers son sac qu’elle arracha vivement à sa place pour plonger sa main à l’intérieur. Ce fut ses pieds alors qui la démangèrent vivement. Elle vit alors un pentacle dorée se former sous ses pieds.

Il avait deviné mes intentions !

Elle voulut sortir immédiatement de ce traquenard mais des lianes d’énergies sortirent du sol et agrippèrent ses membres de part en part. Le Mage éclata de rire violemment :

-Tu ne sais pas à qui tu as à faire ! Tu pensais vraiment qu’un résidu de technologie comme toi pourrait réellement atteindre ton petit outirail aussi facilement ? Je suis Trökias ! Mage de la Coalition !

Il claqua des doigts et les entraves dorées serrèrent les membres de Lyn. Elle sentit qu’ils lacéraient sa chair, diffusant une douleur brute dans son corps. Elle ne put retenir un cri de douleur ce qui sembla ravir son tortionnaire :

-Tu vas subir tout ce tu as pu infliger à notre peuple. Prie pour que les sources aient pitié de toi, cria-t-il en levant sa paume qui rayonna de nouveau de cette lumière dorée froide !

Lyn ferma les yeux.

Sieg, ton sacrifice a été vain…pardonne moi frangin…

Pourtant, la détonation habituelle ne vint pas. Rien du tout. Que le murmure des moteurs. Elle sentit ses liens se dissoudre autour de ses membres mutilés. Elle tenta d’ouvrir légèrement ses yeux. Le Mage avait toujours la même position, le bras tendu devant lui mais sa main n’était plus nimbée de son aura. Son rictus sadique avait lui-même disparu, remplacé par des lèvres qui étaient retombées de chaque côté de son visage. Une lame ensanglantée trônait fièrement à travers sa poitrine qu’il regardait avec hébétement et consternation. Son corps commençait à trembler et sa bouche sanglotait des larmes de sang. Ses jambes finirent par le lâcher et il tomba à terre dans une ultime convulsion. Lyn vit alors la dague de Sieg, plantée dans le dos du Mage, comme une pierre tombale :

-Désolé Lyn, je n’ai pas pu venir plus vite.

Au timbre familier que la voix faisait résonner à ses tympans, les yeux de Lyn ne purent que s’emplir de larmes. Il était là, devant elle. Dans sa tunique blanche noirci par le suif et la crasse, son pantalon large blanc aux genoux déchirés, il était là. Un pan de tissu de la tunique retombait entièrement sur son bras gauche et s’enroulait autour de son cou en cachant le bas de son visage et sa bouche. Elle put voir son regard bleu la dévisager avec tendresse. Elle ne put s’empêcher de lâcher un petit rire en voyant ses cheveux bruns ébouriffés comme à l’habituée. Il vint alors la serrer avec son bras gauche et elle l’entendit la rassurer à travers son écharpe :

-Les murs sont insonorisés par un sortilège d’annulation de la magie. Personne n’a entendu le vacarme que vous avez fait. On va s’échapper discrètement de cet engin et reprendre notre voyage vers Centralis, c’est compris, lui dit-il en la regardant droit dans les yeux ?

-Oui, Sieg, merci, lâcha-t-elle dans un sanglot de soulagement.



Édité le 29 août 2014 - 17:41 par Bémoth

Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 01 janvier 2014 - 17:26

Chapitre 3

Sieg lui tendit sa main gauche qu’elle ne put s’empêcher d’agripper vivement. Elle sentit la force familière de son frère la parcourir au fur et à mesure qu’elle se relevait, une force ferme mais accueillante. Cela faisait très longtemps qu’elle avait perdue toute sensibilité envers les flux des Sources mais Sieg ne pouvait s’empêcher de la laisser profiter de ses sens quand il sentait que quelque chose n’allait pas. Ses plaies la démangèrent légèrement, signe que son frère n’avait toujours pas perdu ce réflexe de protection :

- Sieg, tu n’es pas obligé de partager ton aura avec moi, je te l’ai déjà dit. Tu dois apprendre à économiser tes flux et à ne pas les laisser suivre tes émotions.

Elle vit de nouveau le regard de son frère le planter dans le sien. Encore un autre rituel quand celui-ci s’inquiétait et que la seule consolation qu’il pouvait s’offrir dans ses moments-là était la sincérité de son regard :

-Tu as de quoi te soigner dans ton sac, demanda-t-il doucement ?

-Quelques pansements et il doit me rester un peu de désinfectant, juste de quoi empêcher tout ça d’empirer, acquiesça-t-elle en s’emparant de son sac.

Elle fouilla dans les poches du sac de vieux cuir brun pour en ressortir une bandelette et une fiole :

-Assis-toi là, je vais m’occuper de tout ça, déclara-t-il en relâchant sa main et en désignant le bord d’un établi.

L’aura réconfortante de Sieg la quitta, comme un doux songe que son organisme oubliera bien vite lorsqu’il est ramené à la réalité de sa condition. Lyn s’adossa à l’établi et il commença à appliquer le désinfectant sur les chevilles. Elle grimaça un peu quand elle sentit le liquide bruler sa chair mais elle tint bon. Alors que Sieg commençait à panser ses plaies, toujours d’une seule main, elle engagea la conversation pour se détourner de la douleur :

-Comment es tu arrivé à tromper les gardes ?

-C’est vraiment nécessaire que je te le dise ?

-En dehors de « ce point-là », ils ont bien du vouloir vérifier.

-L’attaque magique qui m’a touchée m’a littéralement démonté le bras gauche et pulvérisé en miettes mes os. Je l’ai laissé pendre dans un angle peu ordinaire et il y avait tellement de cadavres qu’ils ne les ont pas tous vérifié sur le coup. Ils nous ont tous traîné dans leur décharge, plus en arrière dans le train. J’ai eu le temps de ressouder mon bras en puisant ce qu’il me restait de mana mais je sens qu’il est encore fragile, dit-il tout en faisant des moulinets avec.

-Et donc, ils n’ont pas pensé à inspecter…

-Non, Lyn, personne ne l’a vu, la coupa-t-il.

Après un nouvel épisode de silence, Lyn ne put s’empêcher de reprendre la tentative de conversation avortée :

-Et comment tu m’as retrouvé ?

-Au moment j’allais sortir de la cellule, j’ai entendu des gardes rapporter que leur chef devait se prendre du bon temps avec une jolie rousse dans l’inventaire, bredouilla-t-il. Je me suis dit que tu aurais peut être besoin d’aide mais apparemment, tu t’es plutôt bien débrouillé.

-Je l’ai menacé avec un cutter plasma, lâcha-t-elle.

-Depuis quand as-tu un cutter plasma ?

Elle sortit le petit tube métallique de sa poche en le faisant tournoyer entre ses doigts avec habileté :

-J’ai légèrement modifié sa fonction principale, enfin, d’un point de vue argumentatif, rajouta-t-elle avec un air candide.

-Tu as pris en otage un chef de la Coalition avec…ton tournevis ?

Il planta de nouveau son regard dans le sien. Encore un nouveau regard mais d’un tout autre genre cette fois-ci. C’était ce regard malicieux qu’il portait toujours quand il la prenait en flagrant délit de plans et complots pour obtenir ce qu’elle désirait, un mélange d’admiration et d’exaspération qui semblait parfois lui rester en travers de la gorge. Mais malgré son visage entortillé dans son col blanc, elle ne put que remarquer le sourire de complicité qui devait se dessiner sur ses lèvres, chose à laquelle elle ne pouvait résister et elle finit par éclater d’un rire large et franc, bientôt suivi de son frère qui lui se contentait de petits éclats de rire étouffés pour éviter de rater le bandage.
Dès que ses plaies les plus importantes furent bandées, il se releva et remis le reste de la fiole dans la sacoche de sa sœur :

-C’est quoi la suite du plan, questionna Lyn ?

-C’est toi qui vient de tromper la plus haute instance de la Coalition dans ce train, lui fit-il remarquer.

-Et c’est toi qui viens d’achever la seconde plus haute instance, répondit-elle du tac au tac.

Sieg sentait bien que sa sœur se doutait qu’il avait une idée très claire derrière la tête et les conditions ne se prêtaient pas à argumenter :

-S’enfuir dans l’état des choses serait suicidaire, tu as vu que leur échapper dans mon état actuel risque d’être plutôt complexe. Il va falloir provoquer une distraction pour éloigner l’attention des forces armées et ensuite quitter le train.

-Pour que la fuite de deux citoyens fugitifs dont l’une transportait illégalement de la technologie keosienne passe inaperçue dans un train composés majoritairement de soldats et de mages dévoués à la cause de la Coalition, il va falloir une sacrée diversion pour nous faire oublier.

-Disons que j’osais espérer que tu avais déjà un peu réfléchi en amont sur ce problème pendant que tu prenais en otage un militaire haut gradé avec l’outil le plus inoffensif que tu ais pu concevoir.

-Et bien, d’après ce que j’ai pu récupérer comme information, cette carlingue serait motorisée non seulement par de la brulenoire, minerai assez instable et assez odorant mais aussi par plusieurs enchantements maintenus par des Mages de la Coalition dans la salle du moteur. Je ne suis pas une grande spécialiste des questions magiques, mais à mon avis, ils servent essentiellement à fournir une force mécanique plus importante et à masquer les traces de son passage.
-De plus, la Coalition se préoccupe beaucoup de garder sous contrôle de telles machines hybrides que ce soit théoriquement ou politiquement. Vu le flot d’insanités que j’ai reçu à mon encontre depuis mon arrivée, je doute fort que le moteur soit pourvu d’un système de fonctionnement autonome à la magie. Les deux doivent être fondamentalement liées et la magie a un fonctionnement beaucoup plus proche de la « technologie ». Les mages doivent être prioritaires sur la machine mais ça ne veut pas dire qu’ils en sont indépendants pour autant. Cela veut dire aussi que si un évènement malencontreux venait à se produire en salle des machines, disons, un léger disfonctionnement d’un enchantement ou encore une surcharge de brulenoire dans le moteur, il se pourrait fort que ceux-ci se répercutent sur l’ensemble du fonctionnement du train mais aussi sur tous les enchantements qui ont été tissés dans chaque recoin de la carlingue….

-Lyn, l’interrompa-t-il, tu es en train de me proposer de m’introduire dans la salle la plus sécurisée de cet engin pour un sabotage de grand ampleur visant à faire dérailler le train, n’est-ce pas pour nous permettre de prendre le large pendant que l’ensemble de l’équipage s’acharnerait à évacuer et réparer le train ?

-C’est un peu trop concis à mon goût mais oui, ça se résume à cela.

-Très bien, et en admettant que l’on arrive à éviter tous les gardes jusqu’à la salle de contrôle, ce qui tient du miracle jusque là, comment conçois-tu le fait de saborder aux yeux et à la barbe d’une demi-douzaine de Mages suffisamment un moteur qui sans aucun doute pourrait altérer globalement la plupart des enchantements jusqu’à faire dérailler le train et nous permettre…?

Lyn n’attendit pas la fin de la question pour y répondre. Elle attrapa son sac et en sortit une paire de gants amples de cuir bruns qu’elle enfila prestement. Sieg laissa échapper un soupir d’exaspération. Elle avait toujours un coup d’avance sur lui :

-Tu disposes d’à peu près un quart d’heure pour répertorier tous les objets pouvant blesser, bruler, irriter, étriper et j’en passe. De mon côté, avec tous les matériaux qui se trouvent ici, je pense qu’une néogicienne de mon genre n’aura aucun mal à réparer les quelques babioles que j’ai embarqué.

-Comme d’habitude donc, rétorqua Sieg.

-Comme d’habitude, acquiesça-t-elle.

Lyn se posta sur un établi et enfila de larges gants en cuir brun, Sieg arpentant quant à lui les allées en quête d’artefacts puissants ou de potions utiles. Tandis que l’une soudait, réparait et assemblaient divers composants dans une horlogerie complexe, l’autre inspectait et testait les fioles et la résistance des métaux pour ensuite les apporter à sa sœur. Celle-ci, plongé dans un travail d’orfèvre, manipulait son tournevis plasma faisant rougir le métal et le tordre à sa volonté. De temps en temps, une petite étincelle jaillissait des jointures cuivrées de ses gants, corrigeant la forme d’une pièce ou donnant un peu d’énergie pour lancer le cliquetis des rouages.

Sieg lui manipulait les fioles avec précaution. Il n’avait jamais été à l’aise avec l’alchimie mais il savait identifier quand une potion risquait de provoquer une implosion ou de guérir le lendemain de cuite à la Furiblonde. Quant aux pierres et gemmes en tout genre, il examinait en priorité celles qui dégageait ne serait-ce qu’un semblant de flux magique. Il lui fallait répertorier tout ce qui pourrait interférer avec les enchantements, aussi profond soit-il.



Édité le 29 août 2014 - 17:41 par Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 01 janvier 2014 - 17:26

Tout en testant la qualité d’une gemme, il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour Lyn. Elle était débrouillarde, il le savait. Mais le simple fait que coule le sérum N01 dans ses veines faisait d’elle la cible première de tout membre de la Coalition qu’il soit militaire, marchand ou même simple citoyen. La simple idée qu’elle puisse être enfermée de force à Glacesang lui était insupportable. Il jetait quelques coups d’œil de temps à autre à travers les étagères vers sa sœur, concentrée dans un travail minutieux. Elle ne le pensait peut être pas, mais sa réaction quand elle a rejetée son aura a été presque froide tout à l’heure. Il l’avait vu dans son regard, quelque chose avait grandi en elle depuis le début de leur exil. Quelque chose qu’il n’avait jamais connu jusque là chez elle, quelque chose d’étranger. Il chassa néanmoins ses pensées, pensant que ses préoccupations pourraient attendre encore quelques heures.

Dix minutes, plus tard, Lyn apporta la dernière touche à son gadget. Il avait la forme d’un brassard en cuir parfaitement ajusté à son avant-bras gauche. Le mécanisme installé dessus aurait pu ressembler à une grosse montre si ce n’est que le cadrant était absent et dévoilait des rouages qui s’entrechoquaient dans un pouls régulier.

-Celle-ci n’explosera pas au moins, ironisa Sieg ?

-Non, à la place, je pense pouvoir concentrer mon pouvoir en une onde électromagnétique stable.

-Traduction ?

-C’est disons un régulateur électromagnétique. Cela devrait m’aider à éviter que tu te prennes un arc électrique par mégarde quand j’active ma mutation. Il me manquait plus que le système de pompe que j’ai bricolé à partir d’anciens rouages industriels. Et de ton côté ?

-J’ai reconnu des restes de sambouillantes fermentées, un pied de sbourpiff et quelques dizaines de fioles qui pourraient aussi bien être des engrais pour sombretiges que des poisons mortels. Il n’y a eu aucun travail d’étiquetage ou d’inspection pour l’instant. Je pense qu’ils le font directement sur Glacesang. Cependant, quelques gemmes me semblent assez intéressantes pour créer quelques brèches dans les enchantements si j’arrive à créer des sceaux assez puissants.

-Si ? Je t’ai connu plus confiant en tes capacités, remarqua-t-elle.

-On s’attaque à un système d’enchantement complexe Lyn, pas à une simple bougie à flamme colorée. Je ne pourrais par créer de brèches tant que tu n’auras pas auparavant détraqué un tant soit peu la mécanique. De plus, je risque d’avoir besoin de concentration pour dessiner un sceau stable. Sans ça, pas brèche et donc peu de chance de causer une véritable pagaille dans ce train.

Lyn rangea ses gants dans sa sacoche ainsi que tous ses outils. Elle n’avait plus que son tournevis qui tournoyait inlassablement entre ses doigts avec dextérité :

-Et là, je ne parle que de notre évasion mais après ?

La main de Lyn se referma sur son tournevis. Sieg et sa prévision continuelle d’ennuis à venir pouvait l’agacer mais elle ne pouvait dédaigner le fait qu’il venait de marquer un point. Sieg se retourna pour marcher un peu, la meilleure façon qu’il est trouvé de faire fonctionner ses neurones rapidement :

-Il faut espérer que l’on n’a pas encore dépassé Montedun. J’ai pensé à la possibilité de nous faire passer par un réseau clandestin de navires solaires mais la place à un prix et j’ai peur de devoir jouer les mercenaires pendant quelques temps avant d’av….

Il s’arrêta net dans une allée de l’inventaire. Seuls les bruits des roues sur les rails et des bourraques de vent à l’extérieur osaient déranger le silence lourd qui venait de s’installer. Sieg fixait le sol d’un air stupéfait et abasourdi. Le cadavre de Razile gisait toujours sur le dos dans une flaque de sang qui continuait à s’étendre et à s’infiltrer à travers les lattes du parquet. Ses yeux étaient toujours terribles, injectés de haine et de la fatalité de la haine encerclant la pupille blanche des hommes nés sous le signe de la Mort mais sa bouche elle restait désespérément ouverte sans que nulles paroles d’outre tombe n’arrive à en sortir. Il avait même posé sa dague sur le comptoir, encore ruisselante du sang du Mage. Cependant, ce n’était pas l’aspect morbide du corps qui l’intriguait. La mort, il l’avait déjà rencontrée le long des sentiers des campagnes les lendemains de révoltes paysannes. Si le parquet buvait abondamment le sang, il n’en était rien de la robe rouge du prêtre. Plus étonnant encore, il ne restait plus rien de l’incursion de sa dague à travers le tissu. Il se baissa et toucha l’étoffe écarlate :

-Tissu auto-régénateur, encore bien imprégné des flux magiques de son ancien propriétaire….



Édité le 29 août 2014 - 17:40 par Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 18 juin 2014 - 20:02

Chapitre 4

-Concentrez plus de flux ! On ne tiendra jamais d’ici là jusqu’à Glacesang !

L’ingénieur vociférait tel un ouragan sur ses subordonnés quand Sieg entra, emmitouflé dans ce qui fut le linceul de Razile. Il était l’unique personne à avoir gardé sa capuche de la salle et scrutait les moindres faits et gestes des mages. Il vérifia que celle-ci soit bien rabattue sur son front pour camoufler son visage tout en enfonçant son cou dans le col pourpre. Il sentait par endroit le tissu coller à sa peau, encore poisseux du sang de son ancien propriétaire.

L’odeur de brulenoire masquait suffisamment la fragrance organique qui le nimbait. Si ce minerai brulait à la moindre étincelle durant de longues heures, il ne laissait aucune cendre derrière lui, ne laissant qu’une fumée épaisse et suffocante lors de sa combustion. Cette fumée avait un effet dévastateur sur quiconque l’inhalait, tout du moins, sur une longue période. Il avait juste à regarder les mages rassemblés en cercle au centre de la pièce. Chacun d’eux était assis en tailleur, les paumes face à face, telle une prière. C’était sans compter le majestueux pentacle qui trônait dans le cercle. De la lave en fusion s’écoulait lentement dans chaque courbe, arabesque et droite, tourbillonnant en son milieu et se distribuait dans chacune des voies, serpentait autour des mages pour se diriger vers quatre grands fours dans chaque coin de la pièce.

-Maître Trökias ! Nous avons besoin de votre aide, l’interpella l’ingénieur!

Sieg fit un léger signe de la tête pour montrer que ce dernier avait toute son attention. Il ne pouvait guère détailler l’homme à travers les replis de sa capuche qui faisait dos à une gigantesque verrière à travers laquelle l’on pouvait voir le paysage s’engouffrer à une folle allure. Il ne put voir que la forme de son tablier et le reflet des verres bleus de ses lunettes de soudure, ce qui lui suffit pour déterminer qu’il était néogicien. Enfin tout du moins, être néogicien au sein de la Coalition signifiait surtout pouvoir relier deux bouts de métal et faire passer de la magie à travers sans chercher à explorer les possibilités intrinsèques même du métal. La nature même des choses était inviolable, inaliénable, sacrée. La modifier, la détruire, la transformer relevaient du sacrilège, du blasphème face aux seules instances qui disposaient du pouvoir divin, les Sources de la Vie et de la Mort :

-Cela fait des jours que nos Elémentalistes puisent dans leurs ultimes ressources ! Ils font tourner nuit et jour la locomotive à pleine puissance tout en étant constamment exposés aux vapeurs de brulenoire. Je sais que des Prêtres nous attendent pour pouvoir les prendre en charge mais il existe des limites aux soins qu’ils pourront leur prodiguer !

Sieg se tourna vers leurs visages livides. Leurs joues étaient creusées et leurs lèvres s’effritaient tels du sable à chaque fois qu’ils tentaient de les humidifier d’un coup de langue depuis longtemps sèche et douloureuses. Leurs regards qui avaient du resplendir de fougue et de flux flamboyants autrefois semblaient s’être éteints, cristallisés dans une pupille noire et vide de toute vie. Les seuls mouvements rappelant qu’ils étaient vivants étaient leurs poitrines qui se soulevaient violemment à chaque quinte de toux qui semblaient leur dévaster de plus en plus leurs poumons :

-S’il vous plaît, laissez les se reposer ! Je vous en conjure ! Je sais que notre chargement est urgent mais ce sont vos hommes ! Ils ont dédié leur vie aux Roues de Feu ! Ils ont une famille, des proches, des enfants, des projets, un avenir…..

De l’ouragan implacable, il était passé au zéphyr plaintif, celui qui se faufile entre les poutres de maison, sifflant son désespoir et son malheur. Chacun de ses mots respiraient une détresse profonde face à une fatalité qu’il niait depuis longtemps :

-Comment t’appelles-tu ?

Le néogicien fut surpris de la voix étrangement douce qui venait de lui répondre et ne put que balbutier :

-O….Orim

-Orim, ils sont morts, annonça doucement le Paladin.

-Que….

Sieg défit sa capuche et laissa sa robe tomber. Il plongea son regard dans celui du néogicien, tétanisé face à lui, face à ces morts, face à l’incompréhension de la situation :

-Même Lys ne pourrait guérir de telles blessures, la brulenoire ne consume pas seulement leurs corps mais aussi leurs flux, leur vie, leur âme. La seule chose qui les maintienne en vie désormais, c’est cette lave. Mais tôt ou tard, leur peau va s’effriter, leur cœur va se craqueler, leur sang devenir cendre et tout ce qu’ils sont ne sera plus que fumée. J’ai bien peur que même un Nécromancien ne soit en mesure de restaurer leur âme.

Malgré ses épaisses lunettes de soudure, Sieg pouvait deviner les larmes au bord des yeux du néogicien. Il pouvait voir des sanglots courir le long des traits de son visage :
-Je suis désolé, je suis Paladin mais tout ce que je puis faire désormais, c’est abréger leurs souffrances.

Il sortit une gemme bleutée de sa poche qu’il fit miroiter entre ses doigts :

-Il y a assez de magie là-dedans pour que tout ceci se termine. Je n’ai qu’à la plonger dans le pentacle. Cependant, ce ne sera pas suffisant, il va falloir que tu diminues l’arrivée de brulenoire progressivement des moteurs puis….

Sieg entendit un déclic meurtrier. Orim venait d’agripper ce qui ressemblait à une arme à feu et de déverrouiller sèchement le cran de sécurité pour mettre en joue le Paladin. Un trait de feu traversa la pièce vers Sieg. Ce dernier n’eut que le temps de lever la gemme en guise de rempart matérialisant une barrière bleue devant lui. L’explosion qui s’en suivit le projeta contre un mur, la barrière volant en éclat. Il n’avait pas eu le temps de former une incantation suffisamment solide pour contrer une telle puissance de feu, il ne pouvait qu’absorber partiellement le choc :

-Tu mens ! Ton seul but est d’arrêter ce train ! Notre magie n’est pas aussi viciée que votre technologie !

Il vit alors le néogicien sortir un éclat strié et brillant de brulenoire de sa poche puis l’insérer dans le réservoir de son arme. Il ne pouvait pas gaspiller plus d’énergie venant de la gemme, il devait en garder pour enrayer l’enchantement. Il se remit sur ses pieds prestement tout en rangeant la gemme pour dégainer sa dague de sa main droite. Son bras gauche, toujours emmailloté dans la manche de sa tunique, était un fardeau, mais il ne pouvait se permettre de l’utiliser face à ce pauvre garçon. Il fondit sur lui avant même que celui-ci ne puisse recharger.
Le Néogicien voulut le mettre en joue mais Sieg effectua une roulade pour se soustraire à sa ligne de mire. Il ne s’arrêta pas cependant pour armer son bras mais rua directement sur Orim pour le percuter violemment au thorax avec son épaule. Les deux adversaires perdirent l’équilibre sous le choc et basculèrent au sol. S’attendant à la chute, le Paladin roula sur le plancher pour retrouver ses appuis. Il fondit de suite sur son adversaire gisant à terre, piétinant son bras armé pour le maintenir au sol et abattit sa dague sur sa gorge.
Le fil de la lame s’arrêta au niveau de sa glotte, d’où perla une goutte de sang. Sieg plongea son regard dans le verre bleu de ses lunettes de soudure :

-Je ne le nierai pas, j’ai menti longtemps pour arriver où je suis, articula-t-il clairement. J’ai caché à de nombreuses personnes ma vraie nature, j’ai dupé pour sauver ma vie, leurrer mes proches pour les rassurer. Mais tu mérites la vérité, ces Elémentalistes calcinent leur âme à mesure qu’ils puisent dans la brulenoire, leurs flux magiques ne sont plus que cendres à l’heure où nous parlons.

-Non non non non non, sanglota-t-il. Ils ne peuvent…pas être morts, il m’avait promis….que nous…rentrerons….

La pitié serra la gorge de Sieg. Les Néogiciens étaient des parias dans la Coalition. Leurs allers et venues étaient scrutés, ils étaient comptabilisés comme du bétail dans la société, considérés comme de vulgaires outils à peine doués de conscience. L’armée était la seule possibilité de carrière et de travail décent qu’ils pouvaient espérer en tant qu’ingénieur. La gemme qu’il portait à sa ceinture soufflerait toute perspective d’avenir pour ce garçon. Il le dévisagea calmement. Il s’était rasé le crâne mais un fin duvet roux commençait à repousser. De plus, une barbe naissante encadrant un menton taillé à la hache illustrait la jeunesse de son interlocuteur :

-Ecoute, je ne suis pas un espion de l’Empire, Örn est ma terre natale, susurra-t-il. Ma sœur et moi étions en exil quand nous avons rencontré une patrouille militaire. Sa vie sera toujours en péril tant que nous ne rallierons pas Keos. Peu m’importe les sansâmes, peu m’importe cet éternel conflit entre l’Empire et la Coalition, peu m’importe ce que les Sources pensent de la technologie, je ne suis qu’un homme qui essaye désespérément de dissiper les menaces que le destin, les Sources ou quoique ce soit nous a imposé. Nous sommes des rescapés, rien de plus Orim.

L’intéressé déglutit :

-Et eux ? Qu’est-ce qu’il va leur arriver ?

-Ils mourront avant que le train ne déraille. Leurs cœurs s’arrêteront paisiblement sans que ce qu’ils leurs restent de conscience ne s’en rende compte.

-Mais leurs corps, qu’adviendra-t-il une fois que la faux d’Ark’hen se sera abattue ?

-J’ai bien peur qu’ils ne retombent en cendres, confia doucement Sieg, sans flux magique, rien ne retiendra plus les résidus de brulenoire dans leur corps de déchirer les organes, transpercer la peau et rompre les os.

-Alors, c’est ainsi que tout se termine, murmura-t-il ? Des cendres à la place de tout souvenir ? Une fumée suffocante au lieu d’existences mêlées et reliées par chaque tragédie, chaque bonheur ? A quoi bon survivre en tant que rescapé, repousser l’inévitable ?

Orim serra son poing autour de la crosse cuivrée de son arme. Son bras se veina d’énergie flamboyante fluctuant vers sa paume.



Édité le 29 août 2014 - 17:40 par Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 18 juin 2014 - 20:02

-Pars, garde cette gemme pour protéger ta frangine. Il ne me reste plus qu’à partir moi-même en cendres.

-Quoi ?! Non, tu peux vivre ! Tu peux venir avec nous ! Tu….

-Tu viens peut être de Örn, mais ma patrie est Glacesang. Cette ville était le seul lieu que je pouvais appeler maison. Ma famille n’est plus depuis longtemps ou en tout cas, elle ne l’a jamais été. Tu as ta frangine, je n’ai plus rien, sanglota-t-il tout en se tournant vers les Elémentalistes toujours silencieux.

Sieg sentit l’arme à feu devenir incandescente et l’air aux alentours devenir bouillant. Il surchargeait son arme en magie pour fissurer l’éclat de brulenoire. Il n’allait pas seulement le bruler mais il allait surtout libérer une masse d’énergie importante à proximité des Elémentalistes. Il n’allait pas simplement faire exploser son arme mais il allait déséquilibrer l’apport de magie et provoquer une avarie des fours à brulenoire. C’est non seulement le cockpit mais plusieurs wagons qu’il allait détruire ! Sa dague quitta la gorge du Néogicien et voulut s’abattre sur son poignet. Cependant, plus il se rapprocha de l’arme, plus il sentit une chaleur insupportable ronger sa peau, brulant ses nerfs et faisant fondre ses phalanges. Il retira sa main par réflexe et se jeta en arrière pour échapper à cette fournaise. Son corps ne sera jamais en mesure de tenir le coup, même en tissant un sort de protection, sa chair prendrait instantanément feu.

Orim se redressa péniblement. Son bras était désormais aussi veiné de noir quand l’afflux de magie s’était tari. Il fut prit de violentes quintes de toux, laissant s’échapper de lourds volutes noires de cendres :

-Je peux retenir la déflagration le temps que vous quittiez, toi et ta sœur le train, implora-t-il d’une voix éraillée comme si son larynx devenait pierre, protège ta sœur et fuyez, ne me condamne pas à un autre enfer. Mais je n’hésiterai pas à la déclencher si tu tentes encore une fois de m’arrêter….



Édité le 29 août 2014 - 17:39 par Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 21 juin 2014 - 14:48

Chapitre 5

Lyn referma la trappe du plancher et sortit son tournevis. Elle fit tourner le manche entre ses doigts et plaça le sommet sur les gonds de la trappe. Ceux-ci se mirent à rougir puis commencèrent à fondre, scellant définitivement la trappe. Ses préparatifs étaient terminés, dès que Sieg aurait brisé l’enchantement qui fournissait l’impulsion nécessaire aux roues pour se mouvoir, elle avait saboté le gouvernail pour que le train déraille. Il faudrait s’accrocher, mais le train aura auparavant perdu suffisamment de vitesse pour ne pas faire de victimes. Elle s’adossa aux murs froids et laissa le froid s’infiltrer par les pores de sa peau et se lover autour de sa colonne vertébrale endolorie. Le corridor était toujours désert et silencieux, tout comme le cockpit dans lequel Sieg avait pénétré il y a de ça 5 minutes. Elle rangea son tournevis plasma dans une sacoche et ne put s’empêcher d’apercevoir des traces de brulures sur ses mains. Son sérum N01 était responsable de celles-ci, qu’importe la résistance qu’il offre à son corps, la puissance électrique qu’elle était capable de déployer n’était pas sans risque pour son organisme.

Mais elle ne se préoccupait plus de ces séquelles qui marquaient son corps à chaque déflagration. Si elle tiendrait le choc, elle le devait à Sieg. Chacune de ses plaies cicatriserait, un jour ou un autre, chacune de ses blessures guérirait, tôt ou tard, mais Sieg, elle soupira profondément. Ses pensées se tournèrent alors vers le soldat qui l’avait trainée hors de sa cellule. Ses menaces, ses insultes, sa violence, tout exprimait un profond dégoût, ce dégoût qui vous retourne l’estomac, noue votre gorge, vous donne une nausée vertigineuse. Elle était la chose contre laquelle ils luttaient depuis des lustres, la chose qu’il ne pouvait comprendre, qui dépassait toutes les règles établies par les Sources. Elle était le changement, la transgression du pacte, la profanation de la volonté des Sources. Mais malgré tout cela, son sort n’était rien comparé à celui que pourrait subir Sieg. Ses torts avaient déjà été punis, tout flux magique avait fui son être, ne laissant que des pupilles décolorées et vide de toute vitalité. Mais Sieg, lui, il était l’abomination qu’avait laissé naître la technologie.

Soudain, elle ressentit une secousse parcourir son dos. Le mur sur lequel elle s’était adossée vibrait fébrilement. Ils étaient pourtant insonorisés et immunisés contre la magie. Elle ne devrait sentir que le cliquetis sourd des moteurs. Elle vit alors les pourpres lueurs qui filtraient à travers les gonds de la porte, dessinant des arabesques à travers la poussière stagnante dans l’air. Elle s’approcha fébrilement de la poignée, elle pouvait ressentir sa chaleur malgré l’épaisseur de ses gants de cuir. La gemme de Sieg devait ralentir les moteurs, induire une rupture dans la combustion de la brulenoire. Tremblotante, son tournevis plasma fit fondre les loquets de sécurité magiques. Les gardes ne tarderaient pas à être avertis désormais. Elle déglutit péniblement, la gorge asséchée par l’angoisse et la température. Elle n’aurait jamais du rester à l’extérieur, elle avait mis en garde Sieg qu’elle n’aurait aucun moyen de l’aider à l’intérieur. Quand la poignée de la porte finit par tourner, elle eut l’impression de pénétrer dans un lieu modelé par ses cauchemars, ses peurs, où tout espoir de rédemption s’était enfui ne laissant que cendres.

Elle sentit un courant d’air brulant la happer dans la pièce et l’odeur acre de la brulenoire lui transpercer les poumons. La verrière s’était fissurée à de multiples endroits, enduite de suif, laissant de minces filets de lumières transpercer les épars nuages de cendres. Les murs de tôles étaient couverts de larges taillades encore rougeoyantes. Le poste de commandes était criblé d’impacts, les leviers s’étaient brisés, les fours éventrés et dégoulinant de lave en fusion. Le parquet fumait, se craquelait sous la pression de ses pas et malgré l’enchantement qui l’ignifugeait. Un gigantesque pentacle au sol semblait être dessiné avec des braises encore rougeoyantes, encerclés par des cendres, gisant paisiblement.

Sieg se trouvait accroupi en son centre, sa paume plaquée au sol. Une douce lueur bleue diffusait des étincelles crépitantes, longeant les courbes du pentacle et cristallisant la lave en boue noircie. Sa tunique et son écharpe était carbonisée, quelques minces pans de tissu subsistaient à sa ceinture et pendait misérablement. Elle vit alors l’éclat de sa dague. Du sang suintait sur son fil. Son manche était serrées par ses phalanges métalliques, immobile telle la lame de la guillotine attendant impatiemment de s’abattre sur la nuque du condamné. Son bras, bien que noircie par les cendres stagnantes et le suif, semblait être une aiguille d’horloge à l’arrêt, une aiguille composée d’engrenages complexes comme articulations, de poutres en titanes comme os, de ressorts cuivrés comme muscles. La mécanique remontait alors jusqu’à son épaule composée de plaques de titane amovibles qui se mouvaient au rythme de sa respiration. Elle prenait fin sur sa poitrine gauche où résidait un écrin finement ciselé de cuivre. Une lueur rose semblait filtrer par les jointures de cet écrin par intermittence régulière. La peau, les côtes, les muscles poursuivaient l’esquisse de sa silhouette, suivant le rythme mécanique imposé par cet organe métallique. La seule chose qui séparait métal et chair était de savantes écritures bleues qui semblaient luire dès qu’un rayon de lumière se posait dessus. Un murmure s’échappa entre ses lèvres gercées :

-Lyn, prends mon arme, s’il te plaît, implora-t-il.

La Néogicienne obéit et s’approcha de son frère. Elle agrippa l’arme et tira doucement, de peur de réveiller le membre de sa torpeur. Une fois la dague extirpée, elle la rangea dans sa sacoche, s’accroupit à hauteur du Paladin et caressa ses cheveux couverts de cendres encore rouges :

-Pourquoi Sieg ?

Le Paladin fit un signe de la tête pour toute réponse pour désigner derrière lui. Lyn se releva après une dernière caresse et se rendit vers l’endroit indiqué. Un homme gisait par terre. Il souffrait de multiples brulures, ravageant ses habits malgré son tablier de cuir. Les verres de ses lunettes de soudure s’étaient brisés. Mais le plus effroyable dans cette vision était le bras de l’homme qui gisait séparément du corps. Ce n’était plus qu’un bout de charbon, carbonisé, empestant la chair brulée. Elle vit alors, couvert par les cendres, un petit objet métallique. Elle le prit et l’épousseta pour chasser la cendre. C’était un simple pistolet, composé d’un patchwork de différents matériaux, une œuvre de récupération. Elle ouvrit le chargeur et en ressortit une braise encore brulante, laissant encore quelques étincelles s’échapper. Malgré l’aspect rapiécé de l’arme, Lyn ne pouvait être qu’admirative face à l’ingéniosité mise en œuvre. Elle avait face à elle la reproduction miniature d’un four à brulenoire. Elle comprit alors ce qui s’était passé. Le jeune homme qui gisait à ses pieds devait être l’ingénieur du train, il s’en était inspiré pour modéliser cette arme. Elle inspecta alors la crosse. Sans parler de son aspect noirci, le métal avait littéralement fondu de l’extérieur, non pas de l’intérieur. Il avait tenté de surcharger la brulenoire en puisant dans ses flux magiques. Néanmoins, il avait en retour, absorbé directement les vapeurs du minerai par les pores de sa peau. Si Sieg n’avait pas tranché son bras, il ne serait plus que poussière :

-Tu as cautérisé sa plaie au moins, interrogea Lyn en remarquant le léger soulèvement de la poitrine du corps ?

-Il devrait s’en sortir, acquiesça péniblement Sieg en se relevant, ses poumons ont filtré quelques particules de brulenoire mais pas de dose mortelles. Il nous reste encore quelques minutes avant que le train ne déraille.

Lyn se tourna vers lui. Son bras mécanique était désormais figé, sans vie, telle une vipère endormie mais prête à bondir sur une quelconque menace. Elle prit l’ingénieur par le bras qu’elle passa au-dessus de sa nuque et se releva :

-On ne peut pas le laisser à l’intérieur, il pourrait être blessé lors de l’arrêt du train et il est trop faible pour subir d’autres plaies.

-Alors quoi ? On l’amène avec nous ? Après ce que nous avons causé comme dommages ici ? Après avoir surement ruiné sa carrière militaire ? Car, des infirmes, même ingénieur, ça courre pas la Coalition. Il faut qu’il voie un Prêtre au plus vite, je ne lui ai donné que les premiers soins et je serais incapable de le soigner davantage.

Le sol commença à tanguer en dessous de ses pieds. La pression de la décélération du train la fit presque trébucher. Lyn pesta :

-Mettons le au moins à l’abri à l’extérieur. Là où il pourra être retrouvé.

Sieg esquissa un sourire et prit la main de Lyn. Elle sentit son aura couler de nouveau en son sein, chaleureuse et réconfortante :

-Très bien, nous sommes encore loin de Glacesang mais les troupes devraient lancer des recherches rapidement. Allez soeurette, il est temps.

Lyn agrippa de toutes ses forces le corps qu’elle portait et suivit son frère à petite foulée. Ils sauveront au moins quelqu’un aujourd’hui.



Édité le 29 août 2014 - 17:39 par Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 21 juin 2014 - 14:49

Ils sortirent du cockpit rapidement et dévalèrent le corridor jusqu’à la sortie du wagon. Sieg arracha littéralement la porte de ses gonds d’un brutal coup de pied. Le vent et la lumière s’engouffrèrent violemment dans le couloir, faisant tourbillonner les cendres qui s’étaient accrochées à leurs vêtements, submergeant leurs narines d’odeurs de mousse fraîche et d’épine de pin tout en dissipant le reste des effluves de brulenoire et éblouissant leurs rétines encore nimbées d’ombres. Le Paladin manqua de tomber à travers mais s’accrocha solidement à l’encadrure de la porte. Il était à court de flux magiques, ceux-ci semblaient le fuir à chaque utilisation de son bras. Il sentait néanmoins qu’il échapperait de nouveau à la malédiction des Sources. Les bourrasques fouettaient son torse nu, revivifiant ses sensations malgré le néant qu’il ressentait au niveau de son implant. Il se ressaisit et serra la main de sa sœur. Elle lui répondit d’un sourire malicieux et d’un regard confiant. Leurs fardeaux respectifs leur pesaient, mais ils n’avaient plus à le supporter seuls. Il la lâcha pour pouvoir caler Orim entre eux deux. Le train avait déjà perdu suffisamment de vitesse pour rendre le saut possible. Le rugissement du vent couvrait le crissement des roues tanguant, du martèlement du sol et des cris des soldats. L’ingénieur semblait paisible, la respiration désormais calme malgré quelques toux succinctes. Son esprit semblait avoir rejoint de doux songes, refuge face au cauchemar vivant auquel il avait survécu. Son avenir était désormais plus qu’incertain, pris entre les rouages de leurs propres existences. Mais Sieg ne s’inquiétait plus. Il vivrait, mais s’il devait souffrir. Il l’avait vu dans l’expression de soulagement au moment où sa dague avait pénétré son bras, tranchant net chair, muscle, os et flux magiques viciés par la brulenoire. Lyn lui fit signe de la tête. Ils étaient prêts. D’un simple élan, leurs pieds quittèrent ce train où régnait la mort et ils furent happés par un monde étincelant aux reflets sylvestres.



Édité le 29 août 2014 - 17:39 par Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 22 juin 2014 - 22:24

Epilogue

Les aiguilles de pin virevoltaient, entraînées par un curieux zéphyr dans une valse légère. Tractées par la gravité, elles tomberaient au sol, rejoindraient leurs pairs, constituant le tapis de verdure forestier. Elles resteraient ainsi, perdant leur verte couleur et séchant au gré des lueurs solaires. Jusqu’au jour où elles seraient à nouveau recouvertes par un nouveau linceul, gisant aux tréfonds de l’humus. Elles finiraient par se décomposer, ronger par les insectes et dissoutes par l’humidité. Mais pas tout de suite. Certaines d’entre elles avaient le droit de rêver d’un détour. Le droit d’espérer que le destin leur offre, non pas une échappatoire, mais un sentier parallèle, menant vers d’autres contrées, à travers mers tempétueuses et océans gelés, au-delà des monts boisés et des montagnes enneigées. De tels voyages enrichissent de souvenirs mais blessent de par leurs obstacles. Néanmoins, lors des ultimes minutes de chute, elles rejoindraient leurs comparses avec sérénité, fières d’avoir suivie, il y a de ça des années, des siècles, des millénaires, un simple courant d’air, bruissant entre les branches, leur procurant d’inattendues ailes.

Une douce brise chargée d’embruns sylvestres caressa les narines d’Orim, déposant une aiguille de pin peu accommodante. Après quelques reniflements, ce dernier autorisa ses paupières à péniblement se relever. Des reflets flamboyants ondulèrent à travers ses cils. Il sursauta, effrayé l’imminence du danger. Les braises crépitèrent, laissant quelques étincelles jaillir du foyer et étincelant l’étroite clairière où il se trouvait. Les lueurs nocturnes des astres célestes formaient un halo de brume qui dévalaient de la cime des arbres jusqu’à leurs racines, empêchant les ombres végétales d’envahir les parages.

Il était seul désormais. La rumeur infernale de la locomotive, la fumée acre de la brulenoire, le paysage défilant tel un mirage à travers la verrière s’étaient envolés. Ne restait plus le gémissement du vent, rythmant le frôlement des pins dans d’infinies étreintes. Il voulut alors se relever. Le cri de douleur lui traversa le larynx, tel une flèche enflammée. Il tentait désespérément de mouvoir son bras gauche, mais les seules réponses que celui-ci lui envoyait étaient des messages de détresses et des lettres de douleur. Le néant semblait envahir ses nerfs, semant chaos et confusion dans ses pensées. Il suffoquait, sanglotait, souffrait de tout son corps. Il sentait sa salive devenir cendres, sa peau se craqueler en braises et son crâne prêt à imploser sous la pression. Il pouvait voir encore son visage. Ce visage, pourtant si doux, qui se dévoilait au fur et à mesure que l’écharpe blanche partait en cendres. Et cette ossature métallique qui formait le menton jusqu’à aller couvrir la lèvre inférieure. Puis cette mâchoire métallique qui claqua quand il serra des dents, tel un cran d’arrêt. Et enfin, un bruit sourd, résonant à travers toutes ces jointures d’un son creux, mettant en marche toute cette mécanique. Cette tunique, tombant en lambeaux tandis que les flammes la léchaient, révélant cette extraordinaire machine. Et puis, cette dague qui tranche l’air. Puis, un voile d’ombre tombant sur sa conscience. Et, un murmure flou avait résonné dans ses tympans.

Le souvenir de cette voix calma sa respiration progressivement. Le néant et le chaos cédèrent leurs places à des muscles relâchés. Sa vision s’éclaircit, sa langue s’humecta, ses idées s’ordonnèrent. Cette voix, ce n’était pas l’homme, ou quoi qu’il puisse être, qu’il avait rencontré. Ce n’était pas une voix d’ailleurs, c’était tout un cœur qui avait porté ce message à ses oreilles. Des voix éraillées, qu’il avait connues braillardes autour de bogues de bières, débordantes de nostalgie les longues soirées à ressasser le passé et même encore nimbée de passion pour l’une d’entre elles. Il tâta de sa main droite le sol, avançant avec précaution pour éviter d’autres surprises. Elle se dirigea vers son pantalon en cuir brun vieilli qu’il affectionnait particulièrement pour sa résistance au feu et venant d’un vieux stock militaire. Il en ressortit une chaîne en argent et fit balancer le pendentif qui y était accroché. C’était un insigne cuivré qu’il avait récupéré sur les leviers du tableau de commandes, un soir un peu trop arrosé de Furiblonde. Personne n’avait remarqué que ceux-ci présentait une cavité en leur sommet, mettant cela sur le dos d’un vice de production. On pouvait y voir une roue, emprisonnée dans un tourbillon de flammes. Il n’avait jamais aimé ce symbole, il lui avait toujours inspiré l’impression de faire partie d’une troupe de pilleurs, inlassablement en mouvement, avançant qu’importe l’obstacle, mais ne laissant que ruines et désolation sur son passage. Tel était ce que les Roues de Feu avaient apporté sur Örn.

Il serra l’insigne dans sa paume. Par quelle prérogative s’arrogeait-il le droit de décider le sens qu’a les choses ? Ne pouvait-il pas être maître de cette signification ? Etait-il trop tard pour s’insurger contre ce message réminiscent ? Toute sa vie, une place définie lui avait été offerte, espérant qu’il s’y cantonnerait. L’ingénieur n’était-il pas celui qui devait s’assurer que chaque rouage s’enclenchait convenablement dans l’autre, que chaque valve laissait filtrer suffisamment d’oxygène pour alimenter le feu et que tout se déroule et se déroulerait dans l’ordre ?

« Il y a un feu là-bas, résonna une voix au loin ! »

Ils n’allaient pas tarder à le retrouver. Il rentrerait à Glacesang après cela. On lui retrouverait une place, à huiler le mécanisme de la société, à figer l’ordre transcendantal qu’avait mis en place les Sources. Il savait qu’il ne pourrait plus s’y résoudre. Ils dévisseraient les boulons un par un. Ils crochèteraient les loquets des portes scellées qui se présenteraient à lui sans qu’il puisse lui résister. Il ne serait plus, celui qu’on nomme Ingénieur, des fois avec dédain et complaisance comme ces militaires sots aveuglés par leur foi inébranlable en leur hiérarchie. Il imposerait son nom dans chaque interpellation, il se construirait un véritable titre. Il enfila la chaîne, laissant le poids de l’insigne le faire couler jusqu’à sa poitrine. Il se concentra sur le murmure qui s’évaporait progressivement de sa mémoire. Il ne restait plus que quelques fragments, morcelés par le temps. Il devait le laisser partir désormais, sauver ce dernier souvenir. Il s’échappa entre ses lèvres sanguinolentes et gercées dans un soupir :

« Merci »

Une ultime étincelle s’échappa du foyer désormais éteint des maigres braises encore rougeoyantes. Elle fut alors brusquement transportée par une bourrasque, disputée entre les rafales, haut dans le ciel nocturne, côtoyant les étoiles aux reflets glaciaux.



Édité le 29 août 2014 - 17:38 par Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 25 juin 2014 - 16:12

Seconde partie

Chapitre 1

Les vagues léchaient avidement les murailles de granit de Piratas, déposant écume, goémon et palourdes entre les planches maintes fois rafistolées. La marée était haute ce soir là, portée par l’attraction d’Arturis, trônant paisiblement dans un ciel constellé de nuages duveteux, sa lumière bleue résistant à toute éclipse de leur part. Elle se reflétait sur une mer d’huile, déformée en quelques ellipses dans le creux des quelques vaguelettes sur le passage d’un frêle esquif. La voile blanche, bombée par une brise nocturne, soutenait l’avancée du navire, côtoyant les gigantesques vaisseaux remplis de marchandises venant des quatre coins d’Olydri. Artefacts magiques, venaison de bêtes sauvages jusque là inconnues, reliques du second Âge, cargaisons d’armes prêtes à rejoindre le front, l’éclectique rejoignait la diversité. Si la ville de Piratas regorgeait de coupe-gorges malfamés dans chaque ruelle sinueuse, son port était le lieu où transitait les plus grandes merveilles d’Olydri, tant qu’elles pouvaient se voir attribuer un prix.

Le voyageur remit son capuchon bleuté sur son front. Ils pouvaient voir des archers arpenter le pont de certains navires, une flèche encochée dans des arcs somptueux, sculptés dans l’or par des orfèvres dont les clients taisaient le nom. Il n’aurait rien à craindre de tels armes, tout au plus de l’esbroufe. Des globes lumineux luisaient sur leur chemin de ronde, éclairant des visages durs, taillés pour être sanguinaires et inspirés la peur. Il s’étonnait à chacune de ses venues de ces curieuses traditions. Chaque marchand venant à Piratas ne s’aventurait pas plus que le port et ses environs, et les exceptions, même si rares, se faisaient accompagnés d’escortes lourdement armées. Néanmoins, sur le port et à l’approche de l’entrée de la muraille, une solidarité s’était mise en place. Les globes ne servaient point à débusquer les éventuels voleurs qui voudraient s’infiltrer sur le pont, ils aveuglaient plus les gardes en leur coupant toute vision nocturne et ces armes d’apparats ne seraient pas capable d’accomplir un tir précis à bout portant. Cette comédie n’était qu’une vitrine de la richesse et des fastes dont disposait le marchand. Les véritables gardes se trouvaient dans la soute, anciens malfrats et fugitifs s’étant redirigés vers la protection de convoi marchand :

« Intéressante reconversion, pensa-t-il sans pouvoir empêcher un rictus sur le coin des lèvres »

Le voilier se présenta devant la massive herse des murailles, fermée la nuit pour empêcher l’entrée à la ville mais aussi toute sortie. Malgré l’obscurité, il pouvait clairement déterminer la position des artificiers postés à intervalle réguliers sur la muraille, pointant leurs canons sur tout objet suspect que leur vision apercevait. Le voyageur ferma les yeux calmement et fronça les sourcils. La manœuvre sera délicate, il lui fallait toute sa concentration. Il étreint fermement le gouvernail de ses deux mains jusqu’à ce qu’il sente des échardes s’infiltrer sous son épiderme. Des runes bleutées se dessinèrent sur le gouvernail, révélant des tracés formés dans le bois. L’esquif tangua légèrement avant de se stabiliser doucement. L’eau ne s’écoulait plus de la même manière désormais autour de la coque, elle-même se mit à stagner malgré l’avancée.

Des gouttelettes commencèrent à se former à la surface, soulevées d’un même mouvement. L’inconnu raffermit sa prise sur le gouvernail, suivant de ses doigts le parcours imprimé par les runes. Les gouttelettes se divisèrent et se multiplièrent en une brume fine, glissant sur l’eau et s’infiltrant sur le pont. La brume devint alors brouillard, se répandant sans bruit entre les vaisseaux, envahissant l’horizon et se refermant sur le voilier dans une étreinte humide. Il pouvait sentir sa peau se couvrir d’une rosée fraiche et le goût du sel maritime s’imposer à ses papilles.

Il ne devait pas s’arrêter à cela. Il devait écouter ce brouillard, le considérer comme un véritable organisme. Il calqua sa respiration sur le reflux de celle-ci contre les parois des coques avoisinantes, sur ses tentacules gazeux se dispersant pour se reformer en tourbillon à l’approche des murs de la ville. Le gouvernail s’inclina légèrement, donnant le cap au voilier, droit vers les portes de fer forgé de la cité. Ses flux magiques affluèrent à travers le bois, serpentant à travers ses strates, s’enroulant autour du mat, se tissant à travers les mailles de la voile et couvrant de la poupe à la proue d’un filet de courants surnaturel.

La herse n’était plus qu’à quelques encablures, le navire cheminant proue la première vers elle. Le courant l’emportait inexorablement vers les piques menaçant, prêt à éventrer sa coque de toute part. Mais l’homme ne modifia pas sa trajectoire. Il se cramponnait de toutes ses forces au gouvernail, versant un flot continu de magie dans chaque recoin de la chaloupe. Vint alors la confrontation inévitable entre le bois tendre et l’acier tranchant.

Il n’eut aucun choc. Ni craquement du bois volant en copeaux, ni déchirement de la toile, ni bruissement de l’eau envahissant le bâtiment. Il n’eut qu’un simple glissement. L’esquif traversa la herse sans se fracasser contre elle. Le bois ne ploya point, mais il semblait s’écarter autour des lourds barreaux. Le bateau semblait n’être plus qu’une émanation du brouillard, s’insinuant à travers la herse comme un simple nuage, libre et émancipé de son état solide. Il n’était plus qu’un mirage, une esquisse de la forme que prenait la matière.

La brume envahit à son tour l’intérieur des murailles et le port interne de la cité. Progressivement, on pu voir ici et là, une vaguelette se former, un clapotis résonner dans les quais solitaires. L’esquif, nimbé de cet embrun salvateur, repris forme arrivé aux quais. La lumière bleutée d’Arturis revînt frapper le pont et couler aux pieds du voyageur, le réveillant de sa torpeur initiale. Ses mains relâchèrent progressivement leurs pressions autour du gouvernail, sa respiration reprit une allure normale après avoir été quasi-inexistante et ses paupières se rouvrirent, dévoilant des pupilles d’un bleu saphir profond.

Il guida l’esquif sur les quais, l’amarrant discrètement à une bite et rejoignit enfin la terre ferme. Le tangage incessant de la vie marine laissa un vide momentané, causant un malaise succinct. Après de grandes bouffées d’air frais, il le dissipa et s’assit sur le pavement gris. La traversée, dans tous les sens du terme, l’avait exténué. Le brouillard était en train de se disperser, ramenant la clarté nocturne autour des murailles. On pouvait encore apercevoir les lueurs multicolores des dispositifs d’éclairage à travers la herse. Il avait pu facilement esquiver les patrouilles de garde grâce au camouflage naturel qu’offrait les gigantesques bâtiments et leur débauche luxueuse.

Ses mains étaient écorchées, le sang refluant jusqu’au sommet de chacun de ces doigts où c’étaient plantés de multiples échardes. Il en oubliait jusqu’à sa propre intégrité dans ses moments là. Une brume légère se forma autour de ses doigts, serpentant agilement entre ses phalanges et sinuant entre les diverses égratignures. Sur son passage, les plaies se refermaient, les échardes se brisaient avant d’être éjectées et le sang refluait doucement dans d’autres parties de son corps.

Soudain, Une larme couler sur sa joue. Pourtant, il ne pleurait pas. Il essaya la goutte qui s’étala sur sa main en tâche écarlate. Une cicatrice luisante barrait sa pommette droite, juste en dessous de son œil :

« Je commence à vieillir, s’invectiva-t'il lui-même »

La brume dansa sur sa joue, refermant la cicatrice et séchant les gouttes de sang. Il avait du frôlé cette herse dans un moment d’inattention. Heureusement, il ne serait plus là désormais pour l’imaginer si une vague, si minuscule qu’elle soit, avait fait dérivé son voilier ne serait-ce que de quelques centimètres.

Néanmoins, il n’avait plus à tergiverser sur ce sujet. L’influx de magie provenant de ses réserves devra être plus intensif. Il se releva sans ménagement et grimpa sur le pavement de la rue. L’obscurité planait dans la moindre ombre dans l’allée, encerclée de toute part par des tavernes miteuses, des échoppes poussiéreuses et des lieux peu recommandables pour une personnalité telle que lui. Il tolèrerait cette excursion profane tant que celle-ci ne le ferait pas dévier de sa mission sacrée.

Il devait simplement trouver une personne. La personne la plus pure qui soit, qui ne peut se laisser corrompre par l’atmosphère viciée de ces faubourgs. Il se mit en marche et fut immédiatement nimbé par les ombres citadines tandis que la bise dissipait les dernières volutes de brume qui s’étaient accrochées désespérément à sa longue veste blanche qui l’enveloppait jusqu’à ses chevilles, frappé du sceau du Phénix.



Édité le 29 août 2014 - 17:38 par Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 02 juillet 2014 - 17:09

Chapitre 2

Les rues de la cité étaient vides, désertées la nuit par ses habitants. La nuit étouffait les cris et masquait les crimes commis. Néanmoins, le voyageur continuait son excursion tranquillement, ses pas caressant le pavé d’un rythme apaisant et soulevant la poussière sur son passage. Il pouvait entendre dans les ruelles avoisinantes résonner des bruits douteux, humains ou animaux, quelle différence.

Après avoir déambulé dans ces allées sans vie, son chemin le mena à une taverne. De maigres filets de lumières traversaient les carreaux encrassés et embués par la fumée régnant à l’intérieur. En saisissant la poignée, une clameur chaleureuse lui parvint à ses oreilles, gorgées de chansons paillardes, d’entrechoquement de chopes et d’une musique joyeuse à l’allure rapide.

Ces bruits l’enveloppèrent dès qu’il passa le pas de la porte, refermant la porte juste derrière lui pour éviter que la nuit elle-même s’infiltre comme un courant d’air dans l’établissement. L’ivresse était maitresse ici, emportant dans son rythme, marins, soldats, apprentis et maîtres. La bière coulait à flots que ce soit des pintes ou des tireuses actionnées par le tenancier et les serveuses qui se relayaient au bar pour étancher la soif infinie. Une serveuse se présenta à lui, un large sourire sur ses lèvres en pétale de rose :

-Bienvenue dans notre modeste établissement Monseigneur. Désiriez vous de quoi apaiser votre gosier ou peut-être de la compagnie ?

-Je ne resterai pas longtemps, tout du moins, vous ferez mieux de l’espérer, lui décocha-t-il pour toute réponse.

Sans ménagement, il l’écarta de son passage et s’avança dans l’auberge, furetant de tous les côtés à la recherche d’un visage familier. Il ne voyait que des ivrognes et des poivrots se complaire dans l’alcool et le jeu, attrapant au passage le train d’une des serveuses quand ils en avaient l’occasion. Le doute le saisit de plus en plus. C’était très improbable que la personne qu’il recherche se trouve ici. Quelque soit les indications qu’il avait reçues, celles-ci devraient se révéler erronées, tout du moins, il n’aurait pas du en croire un traître mot dès le départ. Il tourna des talons, l’estomac soulevé par les vapeurs de la boisson et du fumet lourd du tabac conjoints.

Cependant, alors qu’il allait laisser derrière lui le souvenir désagréable que lui inspirait cet endroit, sa main s’arrêta à mi-chemin de la poignée de la porte. Une note de musique venait de le retenir. Elle raisonnait dans son crâne, tel un écho oublié. Celle-ci fut rejointe et noyée par une multitude d’harmonie, emportée dans une mélodie nostalgique aux accords dissonants.

Dès qu’il se retourna, l’évidence lui sauta aux yeux. Après tout ce temps, il était là assis devant un piano miteux, plaquant de ses doigts agiles une myriade de touches d’ivoire et d’ébène, fissurées ou manquantes pour la plupart. Il pouvait voir un masque de cuivre poli semblant représenter un faucon de jade sanglé sur sa tête par de larges lanières de cuir, laissant dépasser une chevelure brune telle l’écorce d’arbres centenaires, retombant sur ses épaules élancées. Un manteau noir laissait deviner sa silhouette fine mais athlétique, retombant lourdement jusqu’au sol poussiéreux de l’auberge. Fasciné par cette révélation, il lâcha la porte et entama sa marche vers l’ami retrouvé.

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La porte ne se claqua pas à son grand désarroi. Le pianiste se força à continuer de faire chanter les tréfonds du piano, actionnant machinalement pour emplir de plus belle la salle de douces-amères harmonies. Il désespérait de pouvoir disparaître derrière les vagues de son tel un mirage, matérialiser les vibrations en murailles épaisses. Ce jour devait arriver, il ne l’attendait pas aussi tôt néanmoins.

Il avait reconnu ce timbre de voix, pleins de faux-semblants, rembarrant la serveuse. Il se souvenait encore de cette voix, perçant le champ de bataille et proférant des ordres belliqueux à l’encontre de lui et de ses semblables.

Son improvisation redoubla de dissonances à mesure qu’il s’approchait, il sentait les jointures de ses doigts souffrir, sur le point de se désarticuler. Malgré ce thème disparate, le pas lent demeurait, sinuant entre les tables telle un Léviathan dans les fonds marins convoitant la coque d’un quelconque bâtiment. Un tabouret grinça sur le paquet poisseux et se plaqua à seulement quelques mètres de lui. Il pouvait humer les vapeurs humides qu’il dégageait. La température elle-même, pourtant agréable, sembla chuter au rythme de chacune de ses expirations :

-De tous les endroits que j’ai pu imaginer, en voici un qui m’avait échappé, souffla une voix familière à travers le refrain. En dix ans, on a pourtant le temps de songer à un large spectre de lieux beaucoup plus probables. Tu as appris à jouer au piano d’ailleurs ? Et ce masque, quel forgeron miteux a-t-il pu le créer ?

-J’ai eu le temps de survivre, merci, répliqua sèchement le pianiste.

-Je me suis longuement inquiété pour toi. Dès que je fus au courant de ta fuite, continua-t-il, j’ai quitté ma femme et mes enfants pour rallier Glacesang mais tu avais déjà disparu dans la nuit. J’ai affrété bon nombre d’hommes à ta recherche, traqués des brigands et ratissé la ville entière et ses environs.

-Je n’en doute pas.

-Et voilà que, comme par miracle, déclara-t-il avec un grand sourire, on m’informe qu’une personne correspondant exactement à ta description, avec quelques années de plus bien sûr, se trouverait dans une auberge minable dans une ville dégénéré. Tu me connais, j’ai immédiatement….

-Que voulez-vous au juste mon Colonel, le coupa-t-il subitement ?

Le militaire parut désarçonné un court instant, déglutinant lourdement, avant de se reprendre :

-Tout simplement ton retour au sein de la Coalition Löhar.

-Au sein de l’armée ou de la Cour Martiale en tant que fugitif, répliqua-t-il ? C’est quoi déjà le châtiment ? Ah oui, le don de son corps à Ark’hen. Tu me connais que trop bien pour savoir que je ne souhaite pas vivre le restant de mes jours, manipulé par vos nécromanciens comme une marionnette jusqu’à ce que ma carcasse ne soit plus que poussière. A défaut de mourir, laisse-moi au moins le choix de celle-ci.

-Je n’ai jamais été ton geôlier, j’étais ton gardien.

-Quelle différence, proféra-t-il ? Dans les deux cas, j’étais consigné sous tes ordres.

-Tu t’en accommodais très bien, objecta le colonel.

Il n’eut pour seule réponse qu’un silence méprisant du pianiste qui redoubla l’amplitude de ses gestes sur le clavier, tapant sur les touches d’une brutalité inspirée par une colère emprisonnée au fond de soi :

-Je peux arranger ton sort Löhar. Le Général Helkazard pourra accepter de te gracier si j’intercède en ta faveur. Reviens avec moi à Glacesang et ce ne sera qu’une preuve de ta bonne foi.

-J’ai perdu ma bonne foi le jour où j’ai rejoint l’armée mon Colonel, répondit-il d’un ton qui se voulait neutre. C’est un sentiment que j’ai écrasé sous ma botte le jour où je me suis retrouvé sous vos ordres. A mieux y réfléchir, si je suis venu à Piratas, c’était surement pour l’enterrer.

-Assez de sarcasmes Lieutenant, ma patience et ma bonté ne sont pas sans limites, grinça-t-il d’une voix plus autoritaire. Cela fait des années que je te cherche pour te ramener dans le giron des Sources !

-Tu ne m’as jamais cherché, tu m’as toujours traqué, répliqua-t-il entre ses dents.

-A juste raison. Regarde dans quel taudis je te retrouve désormais ! Une ville où la bonté à disparue, où tes semblables n’attendent qu’un seul faux pas avant de faire sauter ta glotte de ta gorge. Ecoute-les, ils noient leur humanité dans le vin et se complaisent dans leurs vices. Ils commettent jour après jour sacrilège sur sacrilège envers leurs créateurs, négligeant leurs devoirs envers eux. Retrouve à nouveau la vie qu’insuffle Lyn à ton âme, sens la mort qu’Ark’hen sème aux alentours. Abandonne cette vie de pêcheur avant de te perdre dans le néant.

Les mains de Löhar se figèrent au dessus des touches du piano, coupant la nette la mélopée dont les dernières notes survirent quelques secondes avant d’être recouvertes par la clameur des ivrognes. Il lui avait déjà récité cette prose de nombreuses fois, il y a dix ans de ça. Il pouvait encore entendre les drapeaux claquer au vent, l’odeur de l’acier imprégné de sang et de boue qui envahissaient ses narines :

-De quel droit t’arroges-tu pour juger mes choix Yancibe, lâcha-t-il tout en réprimant sa rage ? Mes choix n’ont regardé que moi depuis le jour où j’ai échappé à cette prison que tu appelais rédemption.

-Echappé ? Non non non non, répéta-t-il dans un ricanement. Tu ne t’es pas échappé, tu as fui, tu as fugué comme un enfant apeuré dans un dernier caprice. Et depuis, tu te caches derrière ce masque infâme dans l’espoir vain d’esquiver ta destinée.

Le masque pivota irrémédiablement, faisant face désormais à son interlocuteur. Il sentit Yancibe frissonner et ravaler sa salive quand son regard se posa sur lui :

-Ma destinée ? Sauver les Sources de l’infâme règne impérial de la technologie ? Je ne suis plus l’adolescent que tu as recueilli. J’ai voyagé depuis, vu monts-et-merveilles, ruines et dévastations. Mais à aucun moment, j’ai lutté contre ce que vous méprisez. Je n’ai pas que fui l’armée, j’ai fui la Coalition et vos croyances corrompues. Cette société idéalisant aveuglement un Général avide de réduire en cendres l’Empire de Keos et de mettre la main sur la technologie quitte à laisser famines et mort derrière son passage.

-Tu n’as aucun droit de….

Le militaire resta interloqué au milieu de sa phrase puis il reprit avec balbutiement :

-Tu…tu es…allé sur Keos ?



Édité le 29 août 2014 - 17:38 par Bémoth

Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 02 juillet 2014 - 17:11

-Oh oui Yancibe, et j’ai vu ce dont la technologie était capable. J’ai même rallié l’Empire pendant un temps en dissimulant mon passé pour m’intégrer au sein de son armée.

Il sentit son interlocuteur stupéfait, se cramponnant au mur, incapable de décrocher la moindre syllabe :

-J’ai vu Centralis, une véritable citadelle faite d’acier et de verre, resplendissant sous les lueurs roses du crépuscule du troisième soleil dont les rayons franchissent le bouclier rose. J’ai pu contempler les merveilles dont la technologie était capable : ramener la fertilité dans les champs, guérir des maladies jusque là incurable et même fournir chaleur et confort à une mégapole entière sans discontinu. Et par-dessus tout, je me suis engagé dans une armée disciplinée et respectueuse de ses concitoyens.

-La Coalition ne….

-La Coalition empoisonne son propre peuple, le coupa-t-il sans ménagement ! Vous vous laissez diriger par de vieux croulants assis sur leur trône et attendant que le sublime Ark’hen qu’ils vénèrent tant leur apporte le repos. Les Sources ne sont pas infaillibles et les sansâmes ne sont pas du fait des péchés de l’Empire, pourquoi nous attaqueraient-ils sinon ?

-Et pourtant, tu es là aujourd’hui, déclara calmement le colonel après avoir retrouvé ses esprits.

Löhar se racla la gorge et remit son masque en place :

-Centralis aurait pu m’héberger jusqu’à la fin de mes jours tout en me mettant hors de portée de la Coalition, c’est vrai. Mais j’ai choisi de reprendre la route de nouveau, Keos n’avait plus rien à m’apporter.

-Tu m’as dit que tu t’étais engagé dans l’armée.

-Oh vraiment ? Alors, cela fait surement de moi un fugitif, encore une fois.

Il sentit alors l’air s’humidifier et devenir suffocant sous l’effet de la chaleur humaine déjà en place. Les clients se turent les uns après les autres, plongeant la taverne dans un silence d’outre-tombe. Il ne restait plus qu’un grondement sourd venant de son ancien supérieur, contenant sa rage :

-Quel homme es-tu devenu Löhar ? J’avais pensé que pendant toutes ces années, tu avais voulu fuir ta destinée, que tu voulais la faire à jamais. Je ne t’ai jamais considéré comme un traître à ta faction mais tu es même encore pire que cela ! Tu n’es qu’un simulacre de soldat, tu ne sais que te battre aveuglément sans ne serait-ce qu’apercevoir ce à quoi tu participes.

-Aveuglément ? Pour un homme qui a toujours voulu nier ce que j’étais, ton vocabulaire semble pourtant bien choisi, répliqua-t-il avec une pointe de sarcasme.

-J’ai tout fait pour te soigner autrefois, je peux continuer une dernière fois, menaça-t-il.

Löhar soupira. L’audience était pendu à leurs lèvres, tétanisée par la présence d’un haut-gradé de la Coalition ayant osé rallier Piratas et d’un fugitif. Il défit les sangles de cuir qui retenait son masque, le laissant glisser sur son visage. C’est alors qu’il fixa le militaire d’un œil au regard vide portant au loin, la prunelle et la pupille voilée de blanc, comme s’il regardait droit dans son âme :

-Je n’ai jamais été malade Yancibe. Si l’on dit que les yeux sont le reflet des flux magiques qui nous ont été octroyés à notre naissance, je suis fier d’en être le seul spectateur car je ne te laisserai jamais ne serait-ce qu’apercevoir ce grâce à quoi je me bats.

Il pouvait désormais sentir la brume effleurer le grain de sa peau, avide de pénétrer sous son épiderme et d’envahir ses poumons jusqu’à ce que noyade s’en suive. D’un bond spectaculaire, il échappa à cette étreinte humide et atterrit après un salto sur le comptoir de la taverne. Il remit son masque en place, serrant les lanières de manière à le plaquer complètement sur son visage. Le cuir noué, l’enchantement parcouru ses membres, l’enveloppant d’une fine membrane éthérée. Ne lui restait plus qu’à espérer que ce forgeron ne l’avait pas escroqué sur la marchandise et que les enchantements qui maintiennent cette mince barrière tiendraient face aux assauts de ce funeste brouillard.

D’un geste souple, il dégaina un étrange outil des pans de son manteau. En appuyant sur le levier adéquat, deux bras courbés se déployèrent de celui-ci, une corde se tendit par la suite grâce à des poulies placées aux extrémités :

-Un arc ? C’est tout ce que tu as de ton voyage à Keos, tu aurais du prendre des flèches, railla impitoyablement Yancibe.

L’archer retroussa ses manches jusqu’aux épaules, dévoilant d’immenses tatouages couvrant ses bras. Ils sinuaient de ses épaules jusqu’à ses poignets, traçant courbes, droites en de singulières runes. Ses doigts triturèrent le creux de sa paume, dévoilant des pentacles à peine esquissés directement gravés dans sa chair tandis qu’il sortit une pointe de flèche finement ciselé et une plume verte émeraude des poches de son manteau.

Son pied gauche recula d’autant que la largeur du comptoir lui permettait tandis que ses doigts serrèrent la plume calmement sur l’épais filin pour armer l’arc et qu’il mettait en joue le militaire avec sa main gauche tenant la pointe affutée :

-Ces calligraphies, je les ai obtenues sur Örn, lors de mon exil. C’est un vieux druide qui les a ébauchées pour me remercier d’avoir exterminés quelques sansâmes qui menaçaient sa forêt. Tu sais, défendre les populations, ce pourquoi l’armée se bat d’ordinaire.

Il entendit alors son adversaire psalmodier une incantation aux tons rauques et saccadés, invoquant les forces des Phénix de l’eau et de l’air. Des flots de brume fondirent sur lui de toutes parts dans un sifflement assassin. D’un craquement boisé, une pousse de chêne apparut dans chacune de ses paumes.

Elles se ramifièrent brusquement entre elles, s’enroulèrent autour de la base de la pointe et cernèrent la plume de faucon de jade de racines. Il relâcha la pression, laissant les engrenages se dérouler et le trait partit, fendant la brume sur son passage.

« Manqué, renâcla Löhar un sourire aux lèvres »




Édité le 29 août 2014 - 17:37 par Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 10 juillet 2014 - 22:06

Chapitre 3

La flèche venait de le traverser sans ménagement. Déjà, son estomac se reformait, soudé par l’épais nuage qui suintait de tous ses pores. Néanmoins, la douleur lui vrillait le ventre, les nerfs mis à vifs par cette sublimation inopinée. Sans avoir le temps de reprendre ses esprits, il sentit à nouveau une flèche transpercer l’épais rideau de brume qu’il s’était forgé. Il serra le poing, concentrant la brume en un point défini autour du carreau. Avec une telle densité, il ne pouvait que s’attendre à figer la flèche dans sa course, freiner par l’inertie aqueuse qui l’enlaçait. Soudain, la brume fut rejetée autour de la flèche, emportée dans un tourbillon. Le trait perfora son épaule avec une violence inouïe, le clouant au sol sans ménagement.

La puissance de cet arc était sans commune mesure, reconnut-il, mais par quel maléfice arrivait-il à défaire si aisément la brume invoquée, habile mixture des flux insufflés par Dorsa et Nereïde ? Son regard se posa alors sur l’empennage de la flèche, toujours plantée dans son épaule gauche. Il reconnut instantanément cette plume d’un vert sylvestre. Il empennait chacune de ses flèches d’une plume de faucon de jade, consacré comme les messagers de Dorsa en ce bas monde.

La brume se reforma en un tentacule, s’enroulant autour de la flèche pour la briser sans ménagement tout en retirant la pointe de la meurtrissure sanglante. Elle s’engouffra de nouveau à l’intérieur, refermant la plaie et ressoudant les os. Il vit l’archer lui lancer un geste de la tête dédaigneux :

-Tu pensais que je n’aurais rien appris en 10 ans ? Je n’ai pas que déambuler de ville en ville, j’ai constamment cherché un moyen de me défendre le jour où tu me retrouverais. J’ai affiné mes tirs et entretenu un équipement spécial conçu pour lutter contre ton maudit brouillard.

D’un tour de passe-passe, une nouvelle flèche se matérialisa qu’il encocha rapidement pour mettre de nouveau en joue son ancien supérieur. Sa voix eut un écho métallique sous le masque :

-Tu ne dévieras pas celle-ci alors je te conseille de tout faire pour l’éviter, nargua-t-il.

Piqué au vif, Yancibe apposa ses paumes au sol. Il était hors de question qu’il renonce à l’affronter, lui, son arc vicié et ses flèches enchantées. Quelques mots gutturaux et incompréhensibles furent prononcés. Le parquet sembla se disloquer, des geysers de brouillard s’échappant de ses interstices, emplissant en quelques secondes la salle, déjà désertées lors des premiers assauts par ses clients et son personnel. S’il ne pouvait le mettre hors d’état de nuire par noyade simulée, il n’hésiterait plus à le submerger de la magie des Phénix, lavant au loin les utopies viciées qu’avait insinuées en son esprit cet Empire corrompu.


L’atmosphère devint rapidement irrespirable malgré l’enchantement de son masque, l’humidité emplissant son être. Il sauta du bar d’une détente souple, atterrissant agilement sur une table. Tout en accomplissant sauts et pirouettes, des geysers continuaient à déverser impitoyablement cette brume épaisse dans la pièce qui semblait désormais plus qu’exigüe, la pression qu’elle exerçait allant crescendo. Quel frimeur ! Toujours en train d’exhiber les pouvoirs que lui conféraient les Phénix, surement à tort à son avis. D’un simple tir, il repoussa de nouveau un tentacule, perçant succinctement ce rideau suffocant avant qu’il ne se referme de nouveau. A ce rythme, il devrait se battre sous l’eau dans quelques minutes, se fit-il la réaction en sentant ses gestes se ralentir sous la pression.
Les vitres partirent en éclat sous ses tirs et il s’échappa d’un bond par l’une d’entre elles. Il roula sur le pavé avant de se rétablir rapidement. Comment pourrait-il s’échapper de cette situation ? Pas de roses des vents en stock, murailles fermées et ce n’était même pas la peine de penser s’échapper par glisseur, cible d’une surveillance scrupuleuse des Néogiciens de l’Empire. Il pouvait très bien attendre que le petit matin se lève et se faufiler à l’intérieur d’une bicoque quelconque, où se faire recruter comme mercenaire pour assurer la sécurité de la navigation. Néanmoins, dans les deux cas, il n’aurait aucun moyen de faire face aux Léviathans terrorisant les frets, pas sans un équipement adapté à la chasse aux monstres marins. Et puis d’ailleurs, qui engagerait un aveugle armé d’un arc ?
Soudain, la porte de la taverne fut propulsée par les courants de brume, accompagné par l’Elémentaliste. Si sa cécité ne l’autorisait pas à le décrire, il pouvait visualiser ses flux magiques, tourbillonnant en son sein tel un ouragan. Depuis qu’il avait joint l’armée de la Coalition, il s’était efforcé à développer ses autres sens. Il pouvait sentir sur le grain de sa peau une magie puissante et féroce se propager dans l’air telle des bourrasques portant sa brume. Son ouïe était harcelée par le crépitement des flux magiques qui tourbillonnait autour du vieil homme et s’entrechoquaient comme vague sur récif. Il affrontait une mer enragée, les embruns humidifiant les pierres chauffées par les trois soleils de la journée, déchaînée et décidée à faire chavirer quiconque tenterait de se mettre en travers sa route :

-Tu as peut être eu dix ans de répit mais tu restes le même jeune insolent pour qui j’aurais pu sacrifier ma carrière pour t’octroyer un avenir.

-Ah oui ? Regarde-toi, fumant de puissance, tu es capable de tenir tête à un bataillon entier de soldats ! Te souviens-tu ne serait-ce que de la bataille de Pourpresable ?

Sa réplique fit mouche. La langue de l’Elémentaliste fourcha dans d’étranges palabres, aspirant la brume à nouveau entre ses paumes. Les poulies de son arc grincèrent à nouveau sous la pression de la corde qu’il armait à son tour :

-Rappelles-toi ! La première fois que la Coalition a du faire face au Mal Sombre ! Cette soit-disante malédiction envoyée des cieux vers les pêcheurs !

Ce ne fut point un seul tentacule qui jaillit de la sphère de brume mais une infinité de courants qui se propagèrent autour de l’Elémentaliste, esquissant la forme d’un Kraken fait d’ouragan et d’épais nuages de tempêtes, éclipsant la lumière bleutée d’Arturis qui s’échappait entre les mansardes :

-Que vous ai-je entendu vous gausser, remercier avidement les Sources pour ce châtiment divin ! Mais quelle désillusion, j’ai pu entendre dans ta voix, ricana-t-il tout en se laissant gober par l’ombre du monstre. Je pouvais même imaginer ton visage se rider sous le poids de la déception. Déçu que les Sources n’aient pas décidées à exterminer ces traîtres à leur sang ! Déçu de la clémence du Général envers la technologie ! Déçu de ces troupes incapables de lutter contre quelque chose que tu ne comprenais d’ailleurs point et que tu as juste engagé sur l’échafaud en leur ordonnant de charger sur cette plage !
Un premier tentacule plongea sur lui. D’une roulade, il se mit hors de portée alors que les pavés volaient en éclat à côté de lui. Le tentacule fut déchiré par une flèche précise, tandis qu’il encochait une nouvelle. Malgré le souffle qui venait à lui manquer, il ne put s’empêcher de hurler de rage face à l’immense bête qui le surplombait :

-Tu ne fais que ruminer ta déception encore et toujours envers tout ce qui n’est pas pur autour de toi ! Et tu m’envoyais à ta place aux réunions, aux réceptions et au front, de peur que ton masque de brume ne s’efface de part ma présence ! Ne crois-tu pas que je vois le vieux croulant que tu es au sein de cette monstruosité !

De nouveaux tentacules fondirent sur lui, envahissant la ruelle en coupant toute retraite au sol. Qu’à cela ne tienne, il ne se contentait plus de ramper devant ses supérieurs depuis un bon moment. Löhar prit appui sur le pavement désormais fragilisé et bondit sur une façade, s’accrochant à une poutre d’une main in extremis. Le torrent de brume se fracassa dans un bourdonnement assourdissant en contrebas.

Sans faiblir, le ressac se déchaînait sous ses pieds, l’incitant à escalader pour éviter de se voir emporter tel une brindille par le courant déchaîné. Il passa son bras en travers de son arc pour disposer de nouveau de ses deux mains. D’un saut agile, il agrippa de nouvelles prises, réduisant la durée de son ascension à quelques secondes.

A peine eût-il posé le pied sur le toit de tuiles, qu’un sifflement strident l’avertit du danger imminent. Le ravalement fut littéralement transpercé par un gigantesque tentacule formé par le torrent qui s’était tari. Le Kraken de Brume se souleva de terre, balayant les toits de ses appendices vaporeux en y décrochant tuiles, poutres et briques. Courir ne servirait à rien face à ce titan de brouillard, le face à face était désormais inéluctable. La garde de Piratas ne devrait pas tarder à intervenir sur place, malgré leur désertion habituelle de ces faubourgs, il ne pourrait pas ignorer ni tolérer la présence d’un mage aussi puissant dans leur ville, surtout s’il venait à remettre en cause leur fragile neutralité entre les deux factions.



Édité le 29 août 2014 - 17:36 par Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 10 juillet 2014 - 22:07

En encochant une nouvelle flèche, il prit son temps cette fois-ci pour ajuster sa ligne de mire. Il n’arrivait pas à localiser sa cible dans cet enchevêtrement de flux magiques rugissant tel le tonnerre, brouillant ses sens. Son existence semblait s’être dilué tout en entier dans cet amas informe de brume, chaos immodéré fouettant l’air de ces tentacules. La logique semblait avoir quitté la gestuelle de cette bête, elle attaquait le moindre courant d’air qui la frôlait et s’agitait inutilement. Il avait de plus en plus de mal à considérer ce sortilège comme l’œuvre de son maître, imprévisible et incontrôlable, les flux semblaient entraînés dans une ronde frénétique.

Pourtant, il détecta une régularité dans ce mouvement. Un semblant de respiration, puis d’expiration, presque imperceptible. Yancibe devait retenir son souffle, de peur d’être directement pris pour cible. Il retardait son ultime assaut, jaugeant les environs et déterminant quelle manœuvre serait la plus efficace pour briser ses os et transpercer sa chair.

Soudain, les tentacules se figèrent, rétractés tel des ressorts. L’impulsion qu’ils donnèrent dévasta entièrement le taudis sur laquelle elle se tenait tandis que la bête chargea dans une ruée sauvage sur l’archer. La corde de l’arc se tendit jusqu’à son point de rupture. Sa main ne trembla pas. Il ne se souciait jamais de ce qui allait arriver après son tir. Il se débarrassait de toutes pensées conjoncturelles, les enfermait dans un recoin oublié de sa cervelle. Il ne voulait pas les sentir couler entre ses doigts, insinuant doute et peur dans ses nerfs.

Le Kraken n’était plus qu’à une vingtaine de mètre. Fulminant de toute part, écrasant toute construction sur son passage. Il ne semblait être plus que rage et fureur. Tout du moins en surface. Löhar pouvait percevoir les vents qui se déchaînaient à l’intérieur. Il pouvait entendre leur rugissement quand ils s’entrechoquaient formant de singulières tornades. Et il pouvait suivre le courant de l’eau, vaporisé en gouttelette. Tout cela s’agitait, se tourmentait et se fomentait en un ouragan majestueux.

Mais l’œil du cyclone y semblait être aveugle. Sa respiration se fondait dans les bourrasques sifflantes. Ce souffle portait les paroles de son émetteur. D’abord des incantations proclamées dans une langue qui lui était inconnu jusqu’alors, invoquant des arcanes magistrales. Puis des cris, de colère, de douleur, de joie se mêlèrent à la tornade. Il ne prenait plus le temps de s’exprimer. Ses regrets, sa frustration, ses envies, tout s’exprimait en un unique instant dans un cri monstrueux emporté par ce typhon tonitruant.

La corde se tendit alors, fière et loyale. La flèche de chêne, elle, n’attendait plus que ces doigts relâchent de leur entrave l’empennage verdoyant. Il pouvait d’hors et déjà sentir un courant s’enrouler entre ses jointures, l’encourageant à relâcher ce zéphyr mortel.

Quand le trait partit, un instant d’extase le traversa de part en part. Son fardeau venait de s’envoler, filant tel un rapace vers sa proie. Cette euphorie passagère emplit son crâne d’une ivresse particulière que seuls connaissaient les archers. Pouvoir rassembler dans un acte, aussi futile qu’il soit, tout ce qui faisait sens à ses yeux. Cette flèche, c’est l’achèvement de son voyage initiatique, une arme parfaitement calibrée entre la magie sauvage et la technologie civilisée.

Le trait s’enfonça dans l’ouragan lancé à pleine vitesse. Le Kraken se figea alors instantanément à quelques centimètres de Löhar, toujours en position de tir. Le brouillard cessa de se débattre inutilement en vains tourbillons pour stagner, puis retomber progressivement. Ce fut toute la bête qui s’affaissa sur elle-même, perdant le peu de forme que la magie lui avait insufflé. Il ne resta alors bientôt plus qu’un amas brumeux, ruisselant sur la pente du toit pour s’écouler dans les caniveaux en contrebas laissant le calme nocturne reprendre ses droits sur la cité. Autrefois étouffer par le hurlement de la tempête, il pouvait désormais entendre la rumeur grandissante des curieux qui se massait dans les rues. La garde devrait se présenter sous peu désormais que l’orage avait cessé.

Et une silhouette émergea. Pantelante, elle tomba à genoux sur les tuiles comme désarticulée. Löhar s’approcha lentement, rengainant son arme dans sa posture originelle et la rangeant dans le repli de son manteau noir. Cette flèche, c’était l’achèvement de son exil, un tir dissipant ses doutes et ses peurs.



Édité le 29 août 2014 - 17:36 par Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 16 juillet 2014 - 13:03

Chapitre 4

La douleur avait fini par se tasser au fond de son estomac. Il se sentait vidé de son énergie. Celle-ci se déversait en torrent à travers les pores de sa peau, fuyant ses gestes à chaque fois qu’il tentait de garder prise sur celles-ci. Mais, constamment, il suintait irrémédiablement de cette brume salvatrice qui refusait de remettre en place les os brisés, de revivifier les organes défectueux.

Les flux de Nereïde demandaient une intronisation particulière de ses disciples. Il ne fallait pas simplement jurer allégeance au Phénix, que vaut un serment de mortel face à la volonté divine ? Il avait du ingurgiter, soit de gré, soit de force, l’eau divine qui reposait dans les profondeurs du palais de Glacesang.

Il avait senti cette eau imprégnée du goût minéral des roches sombres d’Etermine lui emplir d’abord le gosier puis son estomac jusqu’à ce que celui-ci ne puisse plus accepter plus de liquide. Ce fut alors au tour de ses poumons d’accueillir le précieux nectar rocheux. Ils les sentaient encore se gonfler sous le poids, menacer de se rompre, mais jamais ceux-ci n’avaient à un moment ou un autre fait état d’une quelconque noyade.

Sa respiration s’était alors stoppée, provisoirement. Il accomplissait un geste de foi. Sa soumission aux commandements divins avait été entière. Seule sa raison, cette mégère insupportable le suppliait d’arrêter ce supplice affligeant. Il ne pouvait qu’affronter ces imprécations d’une oreille sourde. Ses sens étaient aveuglés par le doux bruissement de l’eau qui jaillissait dans ses vaisseaux sanguins, purifiant son corps des imperfections mortelles que la Nature lui avait infligée.

Mais désormais, il n’y avait plus que cet affreux bourdonnement à ses oreilles. Les remontrances étaient devenues juron dans le creux de ses oreilles. Il lui avait semblé avoir échappé à tout jugement face au pouvoir grandiloquent que lui accordait sa foi en les Phénix, filles de la Source de la Vie. Cependant, son être entier était désormais à la vue de tous. Sa peau se flétrissait tandis que la brume envahissait désormais son regard. Des spasmes surgissaient par surprise du moindre recoin de son corps, dans un élan de détresse. Son esprit était désormais prisonnier de son corps, torturé par ces maux sans pouvoir s’en échapper :

-L’agonie a-t-elle ce goût amer de déception, questionna l’archer qui s’était approché ?

Yancibe leva péniblement les yeux. Le masque cuivré l’éblouissait et il ne put s’empêcher de plisser les yeux :

-Désormais que tes artifices s’effacent, il serait peut être noble de ma part d’en faire de même.

D’un geste calme et posé, le lieutenant détacha les sangles de cuir, laissant le masque s’affaisser entre ses doigts. Ses traits avaient irrémédiablement muri mais avait gardé l’aspect élancé de ce visage intact. Des cernes acérés comme l’ombre d’une lame sur ses joues creusées étaient contrastées par les pupilles lunaires de l’archer, transperçant la pénombre et portant ces ailes sombres dignement telle une brise nocturne. De plus, sa peau était désormais passée au mat léger, tannée sous les soleils accablant de Piratas en un cuir brut qui soulignait les contours tranchés de sa face.

Des replis de son manteau, il sortit une vasque argentée dont il dévissa le bouchon pour porter le goulot à ses lèvres. Une liqueur brune suinta sur le bord de ses lèvres tranchantes, augurant un rictus d’ivresse :

-Une gorgée peut-être, proposa-t-il ?

Il ne put répondre que par un silence méprisant, démuni de toutes ses armes. Ses dents formaient désormais une barrière contre l’air, l’empêchant de libérer ne serait-ce qu’un gémissement :

-Trop fier pour montrer que tes entrailles sont en train de bouillir ? Je comprends, tout n’a été que fierté de toute façon dans tes apparences. Garde-la, si cela te fait plaisir.

-P…pourquoi as-tu fui, bredouilla-t-il douloureusement ?

L’archer écarquilla succinctement les yeux, surpris par ce retournement :

-Et bien, pour une fois que tu t’intéresses à moi, je ne vais pas faire la fine bouche. Mais maintenant que tu sembles moins belliqueux, je te propose de reprendre notre conversation de tout à l’heure.

Il se mit en tailleur devant l’homme agonisant, avalant une nouvelle lampée de liqueur :

-Quelle ironie, tu savais que cette liqueur était distillée dans l’eau de mer ? Les tavernes sont de piètres refuges en temps de guerre, mais l’alcool fait des merveilles. Après, Pourpresable, je me suis réveillé dans un lit de camp. J’étais apparemment un des miraculés de l’attaque. Le prêtre qui s’occupait de moi croyait que j’étais devenu aveugle pendant l’attaque.

Il fit une pause pour caller un rejet entre deux phrases :

-Quand je lui dis que j’étais aveugle depuis ma naissance, raconta-t-il, mon sort lui parut beaucoup plus enviable. Il était rassuré que je n’ai pas perdu plus que je n’avais quand l’assaut fut donné. Et dans un sens, je me dis parfois que si j’avais eu la vue ce jour-là, l’Ombre de la douleur n’aurait cessé de me tourmenter jusqu’alors.

Yancibe commença à sentir le froid engourdir ses sens, lancinant ses membres. Les flux de Lys l’abandonnait, laissant la faux d’Ark’hen reposer sur sa glotte désormais, prêt à trancher net son cou pour confier son âme à Brokken’kraft, l’Ombre des âmes :

-Mes papilles étaient encore saturées du sel acide de la mer porté par les embruns, mon corps était parsemé de contusions, certaines de mes côtes avaient cédées mais je m’estimais heureux. Car oui, Yancibe, tu as raison, j’ai fui les maigres souvenirs qu’ils me restaient. Les cris de guerre des sansâmes sortant des flots malgré le ressac déchaîné, rauque et sauvage tel des volcans en éruption. Puis, l’air se chargeait de cette fragrance métallique, je sentais mes pieds s’empêtrer dans le sable devenu boue sous les torrents de sang qui s’écoulait. Je me sentais chavirer, couler dans ces marais de souffrance Oh, tu devais regarder cette horreur depuis ton haut récif à ce moment là. Ton propre régiment, tombant sous les coups des adorateurs de Saralzar.

-Alors, c’est cela…que tu me reproches, tressailli Yancibe ? Ne pas être mort à leurs côtés ? Crois-tu réellement que leurs vies ne m’importaient guère ? Je suis un disciple de Lys et des Phénix, je ….

-La religion ne te servira point d’excuse ici Yancibe, coupa l’archer. Non, tu as agi en tant que commandant de tes armées. Si cette colère m’étreignait encore lorsque je mis le pied hors de Glacesang après ma fugue, mon voyage m’a appris qu’un homme ne vaut guère plus que le rôle qui lui a été assigné en société. Ton rôle pendant cette bataille n’était pas de mourir, mais de vivre. Ainsi vont les temps de guerre, les rescapés n’étant que des malencontreux dommages collatéraux face à cette morbide logique. Je ne faisais que provoquer ta rage plus tôt. Mais dis-moi plus tôt, te rappelles-tu après toutes ces années des ordres que tu as ordonné par la suite ?

Il ne souffrait désormais plus. Son cerveau avait cessé d’enregistrer la douleur, le plongeant dans cet état de transe somnolent. Il revoyait encore la tente dans laquelle il avait ses quartiers. Ses mains étaient posées sur une table où trônait une réplique des récifs de Pourpresables. La falaise était abrupte, brisée en de multiples strates dans laquelle venait se loger l’écume des fortes vagues. Néanmoins, ci et là, lors de la basse marée, émergeaient des bancs de sables larges, inaccessible du fait de la hauteur des falaises.

Le plan de bataille avait été dressé de manière à creuser directement dans la roche des cavités pour permettre aux troupes d’atteindre le rivage. Les larges grottes communiquaient directement avec le sommet des falaises. Les disciples de Coronae s’étaient relayés pour aménager les galeries pendant des jours, dégageant des meurtrières dans la roche pour permettre aux archers et aux mages de pouvoir lancer tous leurs projectiles. Le désavantage était flagrant pour les sansâmes, la seule manière de pénétrer sur le Continent d’Örn étant d’escalader la falaise sous le feu ennemi.

Lorsque les premiers émergèrent des flots, tels des apparitions cauchemardesques et pénétrèrent sur la plage, les archers et les mages s’étaient mis en position et accablèrent flèches et salves d’énergie chatoyante sur eux. Néanmoins, de nouveaux sansâmes continuèrent d’émerger, se protégeant des flèches à l’aide de boucliers de fortune, rampant vers le rivage, même blessés, même estropiés de plusieurs membres. Ceux-ci s’empalèrent d’abord sur les pics rocheux que faisaient jaillir les élémentalistes selon leur volonté. Mais ils servirent par la suite aux nouveaux assaillants de prises d’escalade.
Les archers étaient dépassés par le nombre. Jusqu’à la première victime. Une jeune recrue prometteuse, toute juste sortie des quartiers malfamés de Glacesang, fut attrapée violemment à la gorge par une de ses abominations. Chacun avait pu voir la manière dont l’être à la peau cloquée, plus proche de l’état de la charogne, l’avait dévisagé, puis d’une solide torsion, avait tordu son cou. Le cadavre était alors lentement retombé, au ralenti, parmi la masse des sansâmes, englouti en silence.



Édité le 29 août 2014 - 17:36 par Bémoth

Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 16 juillet 2014 - 13:04

Il entendit alors un premier ordre retentir dans les caves. Löhar venait de sonner la retraite face à cet afflux massif. Le surnombre de cette vermine outrepassait les carquois des archers et les pouvoirs réunis des mages présents. Ils avaient vu alors cette marée organique s’engouffrer par les meurtrières, grattant de leurs griffes la roche qui finissait par se fendre malgré les enchantements posés par les disciples de Coronae.

L’horreur résonna alors à leurs oreilles. Des échos assassins s’échappèrent des récifs hurlants. Le vent s’était arrêté de souffler, la mer avait interrompu son reflux continuel. Désormais, il n’entendait que la peur se mêler aux bruits des flèches qui se perdaient dans les tranchées. Quelques archers commencèrent à remonter et à sortir des dédales, le visage livide et crispé. Certains portaient des camarades tombés au combat, atrocement mutilés. Il en vit un, une jambe et un bras en moins et se dit qu’il ne passerait pas la nuit.

Le flot des archers continuait à se déverser quand soudain, un sansâme émergea de la grotte. Il semblait affolé par la lumière envahissante. Une épée rouillée lui servait d’arme mais il n’en paraissait pas moins féroce. Dès qu’il eut retrouvé ses esprits, il se jeta sur un soldat qui boitait, surement la proie qu’il s’était choisi dans cette caverne. A peine eut-il fait un pas, qu’une flèche lui transperça la boîte crânienne, se fichant à travers sa cervelle. Il vit alors Löhar, tremblant, s’approcher de la bête convulsant, armer plusieurs flèches et les tirer les unes après les autres, la criblant de toute part. Les cris couvraient ses ordres, il n’aurait jamais le temps de restructurer ses troupes.

Puis, il entendit chuchoter à son oreille quelques messes basses. Les Sources veulent purger les hérétiques de la Coalition, ils nous ont peut être déjà infiltrés. Nous ne pouvons pas laisser cette vermine pénétrer sur le territoire. Un tel échec ne saurait être permis par le Général. Qui a bien pu tant sous-estimer le nombre d’opposants ? Ces traîtres d’Impériaux ont du infiltrer nos systèmes de renseignements.

Yancibe s’était alors tourné vers le disciple de Pironess et lui avait fait signe de la tête. Ce dernier lui répondit, puis psalmodia une prière pour les âmes des défunts. Des flammes se matérialisèrent au creux de ses mains, puis montèrent dans les cieux dans des gerbes brulantes. Le signal était lancé.

Un frisson le ramena à la dure réalité. La flasque était en train de vider son contenu sur le crâne de l’élémentaliste :

-Allons, mon colonel, ne partez pas si vite, dit-il solennellement. J’ai encore quelques questions à te poser. Pourquoi as-tu mis le feu à la grotte ?

-Je….je ne pouvais…pas…laisser, cette peste se répandre, murmura-t-il faiblement.

-Des renforts seraient arrivés, dit-il froidement. De nombreux soldats se trouvaient encore dans ce qui est désormais une crypte pour eux.

-Les…sansâmes….ils….

Löhar reboucha la flasque et s’approcha du visage de l’homme vieillissant qu’il avait en face de lui :

-Les sansâmes ont pénétré sur le territoire de toute manière. Ils sont désormais sous la bannière d’un homme qui les a unifiés. Je pouvais entendre les échos de son nom, chantés dans ces cavernes par nos assaillants. Les sansâmes sont sur le point de réveiller quelque chose de beaucoup plus maléfique que l’on ne peut l’imaginer, quelque chose qui pourrait à lui tout seul, briser l’équilibre imposé par les Sources.

Il se releva, le regard dans le vide au loin tandis que la liqueur coulait à grosses goutes dans son cou :

-Cette ville est pour l’instant un havre de paix, mais tôt ou tard, elle sera rattrapée par les préoccupations du monde. Et que ce soit la Coalition, l’Empire, ou même les guildes, je ne donnerai pas grand-chose de ses habitants.

Il ne tenait plus. Il se sentait sur le point de tomber à la renverse, gisant sur les tuiles du toit :

-Et te voilà, réclamant mon retour. J’avais l’intention de laisser cette ville dans les semaines à venir. Je pensais partir pour Solmen, admirer Rosedune sous les feux d’artifice du Festival Ardent. J’ai entendu que l’éclat des Soleils ne valait en rien les lueurs magiques qui régnaient le temps du Festival dans les rues de la ville.

Une goutte se déposa dans le creux de sa paume. Il sentit alors le sel se cristalliser sur sa peau, apaisant la douleur odieuse qui l’enivrait :

-Que nous reste-t-il désormais, à toi comme à moi ? Tu m’as enlevé tous mes compagnons de combat, réduit en cendres par tes ordres. Je ne cherchais pas la vengeance mais tu as provoqué à toi tout seul cette flèche qui est en train de t’ôter la vie, dit-il avec compassion en la montrant du doigt.

Le bruit des pavés martelés par les bottes annoncèrent l’arrivée de la garde. Sa paume se serra autour de cette unique goutte qui trônait dans sa paume. L’eau de mer était particulièrement malléable à manipuler. Yancibe chuchota quelque chose entre ses lèvres gercées. Löhar se rapprocha par curiosité :

-Ne t’inquiète pas, l’implora-t-il un léger sanglot dans la voix. Le Général s’est toujours montré généreux envers la famille de ses subordonnés. Les tiens ne devraient manquer de rien. Si tu as un message à leur faire parvenir, je dispose encore de quelques contacts…..

Soudain, la main de Yancibe l’étreignit violemment à la gorge. Il sentit la liqueur rentrer par les pores dans la douce gorge de l’archer. Puis la liqueur se compacta dans sa gorge et se solidifia :

-Je ne vais pas te tuer, je vais juste geler ton larynx pour réduire l’apport en oxygène de ton cerveau, lui murmura-t-il doucement à l’oreille. Je n’ai pas besoin de ta pitié envers ma famille. Le froid va t’engourdir au départ mais tu t’endormiras rapidement.

Au fur et à mesure qu’il sentait sa salive se figer dans la gorge de l’archer, sa prise sur les flux fuyant se raffermit. Il n’était plus brume désormais, il n’était que froid et glace. Son corps accueillit ce nouvel état avec une rapidité sans égal. Son sang cessa de couler, se coagulant autour de la plaie béante et de la flèche, se figeant en cristaux sanguins.

Les yeux de Löhar se fermèrent rapidement, piégé dans une torpeur physiologique. Son corps s’affaissa, laissant ses ultimes résistances tomber. Yancibe quant à lui relâcha la pression sur sa gorge. D’un geste sec, il arracha la flèche. Il ne ressentit rien, son organisme fonctionnant au ralenti, son système nerveux totalement gelé.

Le colonel se releva. Il manqua de trébucher comme ivre de cette renaissance. Il ne pouvait empêcher la liqueur imbiber ses sens. Néanmoins, l’eau de mer contenue l’avait revivifié. Si la brume était un élément très volatile, la glace quant à elle s’était installée dans son corps, ancrée au fin fond de son estomac.

L’aveugle grelotta à ses pieds. Il s’accroupit et dissipa la glace qui encerclait désormais sa gorge. Le réveil serait dur, mais il était solidement bâti, il en réchapperait. Une larme coula de nouveau sur sa joue, et elle n’était pas faite de sang cette fois-ci. Dans la lueur bleutée d’Arturis, des rémanences des souvenirs qu’il avait de lui s’implantaient sur le visage désormais apaisé de Löhar.

Il revoyait encore le gamin des rues, pris sur le fait d’un vol de denrées destinées au front, tempêtant contre le garde qui enserrait son poignet. Il venait de se marier, sa lune de miel brisé par la conscription pour lutter contre l’Empire. Il n’avait pu ordonner d’envoyer le pauvre gamin aveugle dans un orphelinat et l’avait pris sous son aile. Il l’avait éduqué comme son fils, s’efforçant d’outrepasser sa cécité et du mauvais augure qui y était attaché.

Au loin, il aperçut des torches former une colonne. Il attrapa du bras l’archer toujours inconscient. Il ne devrait pas tarder désormais :

-Nous allons à la maison Löhar, Glacesang nous attend.

Il sortit une étrange boussole de ses poches, la manipulant délicatement, se tournant vers les murs de la cité :

-Emmène-nous à Glacesang, Rose des Vents.

Un zéphyr se posa sur les deux hommes, dispersant leur silhouette aux vents, ne laissant qu’une flaque de liqueur encrassé la toiture et plusieurs bâtiments sérieusement endommagés derrière eux.





Édité le 29 août 2014 - 17:35 par Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 29 août 2014 - 17:34

Chapitre 5

Löhar était transi par l’humidité, ankylosant ses nerfs dont le signal semblait brouillé. Son réveil fut non seulement inconfortable, mais il fut aussi douloureux, une migraine s’étant durablement installée sur l’avant de son crâne. Il pouvait sentir ses tempes palpiter sous la douleur, martelant son esprit d’alertes incompréhensibles qu’il n’arrivait pas à déchiffrer. Sur sa peau nue, il sentit alors la pierre, gelée par la nuit et légèrement imbibée de la prochaine rosée de l’aube. Si la lumière du soleil lui était alors jusque là inconnue, quelques indices le mettaient régulièrement sur la voie :

« Ouvre la bouche, il faut que tu bois après ce qu’il t’est arrivé, lui susurra Yancibe. »

Encore embrumé par la torpeur artificielle de la glace, ses lèvres laissèrent une ouverture dans laquelle s’engagea un pichet en argile rugueuse. Au contact de ses lèvres, l’eau était froide mais dès qu’elle commença à couler dans son gosier, elle se changea en torrent bouillant qui faillit lui bruler la gorge. Il faillit boire la tasse et repoussa le récipient, toussant pour repousser l’eau envahissant ses poumons :

-Désolé mais il va falloir t’hydrater à un moment où à un autre avant que ton corps s’assèche, le rassura-t-il.

-Je vois qu’une mort lente et désagréable est encore trop demander, haleta l’aveugle.

Le militaire déposa le pichet sur les pavés froids qui rendit un écho sourd et se leva tout en époussetant ses habits. Le silence nocturne voulut lui répondre, mais cette fois, le remous des vagues était absent tout comme le crépitement des torches dans les rues et le claquement des bottes des patrouilleurs sur le pavement. Non, il était désormais engoncé dans le néant, son seul compagnon étant l’écho de ses gestes :

-Glacesang, soupira-t-il, cela faisait une éternité.

-Les geôles du Palais pour être précis, répliqua Yancibe.

-Simple détail, cette ville a toujours eu l’aspect d’une prison pour moi.

Yancibe l’ignora et ne releva pas. Il commença à faire les cents pas dans la cellule, imitant un semblant d’anxiété pour son ancien compagnon. Au fur et à mesure que sa lucidité revenait, il remarqua que ses poignets étaient enchaînés à des fers, réduisant d’encore plus sa marge de manœuvre dans ses mouvements. Cela intrigua l’aveugle, son ex-supérieur était bien au courant que cela ne retiendrait pas longtemps son évasion ni la possibilité de le mettre hors d’état de nuire en quelques prises bien ajustées. Dans le passé, il s’était même entraîné et avait appris à ses camarades de garnison comme défaire loquets, chaînes et verrous.

Cependant, cette précaution semblait donc bien dérisoire si l’on considérait bien la situation. Il était face à un Elementaliste de renom au sein de la Coalition, capable de manipuler la brume et la glace, fait nouveau d’ailleurs, avec une dextérité remarquable et continuellement sans que ces flux ne se tarissent après des heures et des heures. Lui, enchaîné, meurtri, démuni de tout son attirail et ne pouvant même pas s’alimenter tout seul, ne tiendrait pas une seconde contre les assauts du maître.

Les deux hommes étaient désormais face à face, l’un l’autre fixant le passé derrière le dos de chacun, telle une ombre qui soutenait leur maigre silhouette. L’humidité prégnante de sa cellule avait trompé ses sens mais il était désormais certain de sa position. La roche lisse et cruelle lui martyrisait ses articulations, sans aucune rugosité donnant un semblant de forme à celle-ci. La roche d’Etermine était à l’image du nom de la Cité, Glacesang :

-Rose des vents ? Tu ne regardes pas à la dépense, plaisanta-t-il, à moins que tu ne te sentais pas capable de me supporter pendant le voyage.

-Je te connais Löhar, tu aurais trouvé la faille dans mon dispositif magique à un moment ou un autre, ou tu aurais profité d’un moment d’inattention quelconque. Naviguer jusqu’à Glacesang dans le frêle esquif que j’ai utilisé pour accoster à Piratas aurait été trop coûteux en ressources.

-Tu peux dire aussi que tu étais crevé après avoir déchaîné tes forces pour capturer un simple homme, ça revenait à la même chose et ça aurait eu le mérite de flatter mon égo, répliqua-t-il en crachant.

Un léger gloussement perça le silence. Son humour avait souvent fait mouche depuis des années. Après son arc et ses flèches, l’ironie avait souvent été sa meilleure arme, attirant les faveurs de son mentor, de ses soldats et de ses conquêtes mais aussi les foudres des hauts-gradés qui le houspillaient régulièrement, dédaignant son rôle dans l’action, le jugeant immature. Yancibe à l’époque appelait cela plutôt du pragmatisme déguisé, invisible aux yeux des simplets. Ces faveurs avaient ainsi le don d’irriter davantage les militaires aigris de sa position avantageuse.

Il se souvenait encore des ragots collants qu’il pouvait capter dans son dos, des vices dont on l’accusait à l’occasion voir de ses possibles ascendances impériales. La dernière rumeur qui l’avait surpris au près de servantes peu discrètes racontait comment tout petit, une famille pauvre de Centralis l’avait vendu aux Lucans pour ses besoins constants en nouveau-nées pour effectuer des expériences scientifiques toutes les plus atroces les unes que les autres. Outre sa cécité, l’Empire avait jugé bon de l’envoyer dans les rues glaciales de la capitale de la Coalition en tant qu’agent dormant, prêt à répandre les idées malsaines de la technologie au sein de la cité.

Yancibe était respecté, les frasques de son protégé épargnaient l’image du colonel qui était aux yeux du peuple totalement acquis à la cause des Sources. Sa piété poursuivait sa renommée tandis que la rumeur venimeuse détruisait petit à petit sa crédibilité. Déjà dans toutes les tavernes de la contrée, les gardes se promettaient de se mutiner s’ils recevaient le moindre ordre venant de lui. Que valait de toute façon la parole d’un homme dont les pupilles se cachaient derrière un voile laiteux ?

Le vieux militaire décida de reprendre la parole :

-Je ne regrette néanmoins pas de voir que ces années n’ont en rien émoussé ta langue. J’ai eu presque peur en te voyant, assis tranquillement à ton piano, que tu sois pris de ce maux si répandu dans notre faction : la sagesse.

-Tu t’es mis au sarcasme, ricana-t-il, j’ai du terriblement manquer à la Coalition. Comment va Helkazard d’ailleurs ?

-Le Général n’est pas au courant que tu te trouves en ce moment ici.

Löhar fut interloqué. La loyauté était surement une des plus grandes qualités du colonel. Que celui-ci ait délibérément omis de rapporter sa capture aux autorités lui échappa complètement. La Coalition avait pourtant lancé un vaste plan pour rechercher les fugitifs puis les ramener à la capitale pour « purger leur vie et mourir pur». Belle tournure de phrase pour désigner le travail des Nécromanciens de la faction, croquemorts de l’armée et fournisseur de chair décomposée à canon.

Les Légions Mortifères étaient des bataillons uniquement composés des morts, voir des exécutés. Fer de lance, éclaireurs, simples fantassins, leur utilité était amplement reconnue au sein du commandement, même si régulièrement leur utilisation était régulièrement contestée par les différents Conseils de Glacesang. Leurs critiques ne dépassaient généralement pas le cadre de leur réunion et on en retrouvait que de maigres traces dans les rapports qui en étaient faits, principalement dus à la volonté des conseillers de ne pas rejoindre celles-ci.

Il se souvenait de l’odeur pestilentielle que dégageait leur présence sur le champ de bataille, bien avant que les armées se rencontrent. Les charognards croassaient d’indignation envers cette chair en putréfaction qui échappait à leurs becs acérés. Dociles, ils avançaient en rang face à l’ennemi, formant une véritable barrière charnelle devant le front, interceptant les salves meurtrières, se jetant sur les lances ennemies pour les émousser, terrifiant ses soldats de part leur pugnacité morbide. La terre se transformait en bourbier mortuaire sur leur passage, au fur et à mesure que les fantassins ennemis brisaient leurs membres déjà fracturés. Ainsi finissaient les fugitifs, enterrés sur un champ de bataille qu’ils avaient tentés de fuir.
Yancibe s’accroupit en face de lui et posa sa voix tranquillement :

-Je suis effectivement venu te chercher pour te faire reprendre raison, tenter de te réintégrer sous mon commandement, les lieutenants perspicaces tel que toi me font défaut en ce moment, que des carriéristes lèche-bottes.

-Travailles mieux tes arguments, la noyade simulée ne m’a jamais convaincue, répliqua-t-il.

-Il y a dix ans de cela, je ne suis pas parti à ta poursuite, lâcha-t-il d’un trait.


Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 29 août 2014 - 17:35

Löhar s’apprêtait à répondre mais un raisonnement le coupa. Il y a dix ans de cela, il avait tout fait pour mettre le plus de distance entre lui et ses probables poursuivants lors de son exil. Il avait traversé la jungle, sautant par-dessus les racines, plongeant dans les buissons au moindre bruit suspect. La nuit ne le dissimulerait pas constamment et il avait fallu prendre une sacrée marge de manœuvre pour la suite de son plan. A part quelques patrouilles qu’il avait auparavant identifiées, aucun obstacle imposant ne lui barra la route, si ce n’est quelques animaux sauvages, abattus d’une flèche dans le gosier.

Il avait finalement rallié juste avant l’aube la côte, un navire solaire l’attendait, accosté à la falaise. Il avait lâché une bourse remplie à rabord de crédits dans les mains du chef du réseau clandestin. Il était courant de faire passer un quelconque marchand, un grand nom bourgeois né dans la mauvaise branche familiale à cette époque mais un lieutenant de la Coalition, c’était un sacré risque. Tout d’abord, sa disparition ne passerait pas inaperçue, même s’il imaginait le réconfort de la population, et le Général Helkazard se démenait comme un diable pour éviter que l’armée n’implose, que ce soit à travers des faveurs régulières, ou tout simplement, la peur de rejoindre les Légions Mortifères.

L’aube s’était levée finalement, dévoilant le premier soleil de la matinée, le rouge sanglant, celui qui brule sans ménagement la peau des paysans. Les grandes voiles se gonflèrent fièrement sous le rayonnement nouveau, tandis que l’équipage s’affairait sur le pont. L’ancre fut remontée et le bâtiment s’éloigna de la côté, lentement, comme s’il pouvait faire demi-tour à tout instant. Lui, s’était posté sur la proue du navire, droit devant, sentit le navire prendre de l’allure alors que le deuxième soleil, le bleu nacré, diffusait ses doux rayons sur le bateau. Les vents vinrent s’engouffrer à l’unisson dans la voile, portés par un élémentaliste en pleine méditation sur une plateforme postée en haut du plus haut des trois mâts. Les embruns vinrent remplacer l’humidité de la jungle.

Le capitaine houspillait ses hommes, la manœuvre était délicate. Les voiles avaient déjà atteint leur tension maximale et il n’y avait pourtant que deux soleils de levés. Il fallait augmenter d’urgence la voilure, les rayons solaires menaçant d’enflammer les voiles déjà abattues. Les poulies crissèrent sous l’action des cordes, l’équipage battant le pont, tendant les cordes.

Yancibe reprit calmement, ce ton qu’il avait l’habitude de prendre dans les réunions diplomatiques, emprunt d’empathie et de sagesse :

-Je savais que ça ne servait tout d’abord à rien, te connaissant, tu aurais été capable d’échapper à Ark’hen avec une guillotine autour de ton cou.

Löhar ne put s’empêcher d’acquiescer le plus naturellement du monde, ne relâchant pas son attention envers son ex-supérieur :

-Mais, j’aurais du au moins sauver les apparences, faire un semblant d’effort aux yeux du monde pour rechercher l’Aveugle Traître, n’est ce pas ? Une patrouille dans la jungle ? Un avis de recherche avec prime ? Et pourquoi ne pas engager des mercenaires sur Keos ?

-Viens en au fait s’il te plait, le suspense n’a jamais été ton fort.

-Le lendemain de ta fugue, ma femme a été retrouvée morte et mes enfants disparus et tout mène à croire que l’assaut fut mené par l’Empire….


Bémoth

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RE: Chroniques Olydriennes
le 17 janvier 2015 - 18:54

[Hors Sujet : Il parait qu'il faut que je termine mes fics...bon,c'est raté mais cela cloturera au moins cette partie)

Chapitre 6

Il ne restait désormais plus qu’un mince filet de rosée dans l’atmosphère, s’enroulant allègrement autour des narines sifflantes de Löhar. L’air de la jungle en regorgeait mais celle-ci venait d’envahir ses sens quand il rabattit la lourde trappe. Il resserra les sangles de son sac de victuailles autour de ses omoplates, lui coupant presque la circulation et relâchant un fourmillement qui associé au froid l’aidait à affronter la torpeur qui le tarabustait de temps à autres. A cette heure-ci du matin, il pouvait entendre le sourd ronflement de la jungle, les lianes qui s’agitaient indolemment à l’unisson sous l’effet d’un vent pourtant absent. Rien ne semblait troubler ce repos végétal, non seulement par crainte de briser la douce harmonie qui s’en dégageait, mais aussi poussé par cet instinct de pénétrer dans l’antre d’une bête assoupie.

Il s’aida d’un tronc vermoulu pour enjamber la fosse pour ensuite refermer d’un coup de pied sec la trappe. Celle-ci ne se fit pas prier pour se fermer alors que des racines reprirent leur place originelle, sinuant pour camoufler l’entrée du passage. Sa main s’attarda sur les sinuosités de ces racines qui semblaient s’être endormies à leur tour, sortie trop vite de leur indolence originelle. Ses doigts parcoururent le nœud, remontant doucement la rugueuse écorce et évitant les éventuelles échardes. Il écouta calmement l’arbre, non pas avec son ouïe, mais avec ses os, à la recherche de la moindre vibration, même infime. Que de temps était passé depuis la dernière fois qu’il avait accompli ce rituel. Son doigt s’immobilisa alors dans une petite niche qui semblait avoir été creusée par un quelconque rongeur ou oiseau. Néanmoins, aucun chant ni aucun crissement de griffes ne lui était jamais été parvenu au sein de cette jungle si ce n’est que le bruissement des feuilles ou le craquement du bois sinueux les jours de tempêtes.

Löhar reprit sa route, Yancibe avait été clair, personne ne devait savoir qu’il était revenu sur Glacesang. Il sortit un étrange bâton de son sac. D’un coup de bras sec, celui-ci se déplia devant lui, faisant office de cane. L’ennui avec les forêts, c’est qu’il y a pleins d’arbres. L’ennui de cette forêt est qu’il n’y en a point.

Sa cane fit son travail d’excavation des alentours, lui permettant de détecter les embuches qui s’étaient glissées devant lui sous forme de racines, fossés, et il en passait. Il sentait néanmoins que l’orée était toute proche, au fur et à mesure que l’odeur d’humus diminuait, emporté par un vent qui se voulait de plus en plus fort.

Lorsqu’il eut franchi les derniers arbres, il planta sa cane dans le sol. Il était désormais temps de faire usage de ses victuailles. Si Yancibe l’avait forcé à prendre cela, c’est qu’il devait bien y avoir une raison. Ses phalanges se refermèrent sur un petit écrin de velours qu’il extirpa méticuleusement de son sac. Il en sortit machinalement une pierre qu’il fit miroiter dans ses doigts. Lisse, compacte, et pourtant si lourde. La pierre fut balancée dans les airs tandis que Löhar inspira profondément :

-COALITION DESTRUCTION !

Son cri percuta de plein fouet la pierre, comme s’il avait déclenché un tremblement de terre et que la pierre était faite d’un délicat alliage entre du verre et de la porcelaine. Un sinistre craquement raisonna dans la clairière. Sinistre craquement qui fut couvert lui-même par un nouveau cri, perçant, prêt à déchiqueter n’importe quelle forme de vie dans les parages. C’est dans cette cacophonie que Löhar sentit quelque chose atterrir devant lui paisiblement.

Un hippogriffe se tenait désormais devant lui, repliant ses ailes et penchant la tête face à son maître. Le sourcil de l’aveugle se leva :

-Sérieusement ? C’était ça le moyen de se déplacer désormais plus facilement pour un aveugle ?

Un grincement lui répondit en guise d’acquiescement. Il soupira en retour :

-Et bien mon vieux, il semble que l’on soit destiné à passer un peu de temps.

Il contourna l’hippogriffe et s’approcha de son flanc. Une selle y était déjà harnachée, des sangles pendant autour. La sécurité avant tout après tout. Alors qu’il mit pied à l’étrier, Löhar repensa à ce qu’il était sur le point de faire. Contre son gré, il avait accepté d’aider la personne qui l’avait menée à une vie misérable de vagabond. C’était ça, ou le courroux d’Helkazard.

Lui revint alors son dialogue avec Yancibe dans les geoles, tandis que ses bras pendouillaient misérablement aux chaînes :

-Tu veux que je fasse quoi ?!

Yancibe avait soupiré de nouveau :
-Je ne veux pas, j’exige. Tu n’es pas en mesure de négocier.

Il s’était alors accroupi en face de l’aveugle, son souffle froid et humide se déversant sur son corps nu et vulnérable :

-Nous ne sommes pas tous blanc Löhar comme toi. Il y a de nombreuses erreurs que je souhaiterai réparer mais qui malheureusement échappe à mon contrôle.

-Et qu’est ce qui te fait croire que je peux réussir là où tu as échoué, lui cracha-t-il au visage ?

-La situation était un peu plus compliquée. Je ne peux pas t’en dire plus, certains détails ne sont même pas connus de par le Général.

A nouveau, il était interloqué parce qu’il apprenait. Le dévoué et fervent Colonel qu’il avait connu s’effaçait au fur et à mesure de ses souvenirs. De son ton calme et posé, montait l’hypocrisie, de ses actes, ne restait que le mensonge. Sa mâchoire se crispa tandis que Yancibe reprit :

-Tu comprends pourquoi tu es le seul homme sur lequel je peux compter. Je suis désolé d’avoir à te menacer pour te faire accepter cette quête, mais je te charge de retrouver mes enfants.

L’hippogriffe s’ébroua, déséquilibrant Löhar qui se rattrapa de justesse à ses plumes :

-Ouuuh tout doux mon beau, si tu pouvais éviter de faire cela de nouveau quand on sera en vol.

Il n’obtint qu’un vague grognement qui fit sourire l’aveugle. Si en plus il avait le même caractère que Yancibe, ça promet. Il lança l’hippogriffe au galop, ne tardant pas à se sentir accélérer, dévalant la plaine à vive allure. Son estomac se tassait progressivement alors qu’il se cramponnait de toutes ses forces. Les paroles de Yancibe résonnaient encore dans sa tête :

-Tu comprendras quand tu les trouveras. Tu comprendras pourquoi il faut me les ramener. Ils sont en vie, quelque part, c’est certain. Tu les reconnaîtras ou en tout cas, tu me connais assez pour reconnaître ma descendance grâce à ta lecture des flux si particulière. La magie attire la magie comme l’on dit.

A son poignet, une nouvelle marque bleutée frétilla. Un serpent sinueux rampait autour de son nouveau bras, circulant dans les méandres des tatouages calligraphiques. D’un claquement de doigt, Yancibe pourrait le faire remonter jusqu’à sa gorge et l’inonder de nouveau. Néanmoins, étant ampli des flux de Yancibe, celui-ci allait bien finir par entrer en résonnance un moment où un autre avec les flux de ses bambins.

L’hippogriffe déploya ses majestueuses ailes, brassant le vent salvateur. Sa foulée se fit de plus en plus espacée et saccadée, ses enjambées se transformant en bonds de géant.

Comment lui avait-il dit qu’ils se nommaient déjà ? Ah oui...

Sa pensée se perdit au moment où l’hippogriffe plongea brutalement à l’endroit où il pensait que le sol était toujours présent. Il avait juste oublié qu’il se trouvait au bord d’une falaise…


Bémoth

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